XCVII
Lions i5. Chauça erramment les hueses vermeilles. Revêtit aussitôt les bouses vermeilles , c'est-à-dire la chaussure élevée qui étoit la première partie du costume impérial, à Constantinople.
§. xcvni.
Ligne 10. Et elèrement fu seu prochainement des Grieus et des François comment il avoit esté estranglés. Tous les historiens grecs et françois s'accordent à raconter de même la trahison de Morchufles ou Murzuphle. La Chronique métrique de Morée ajoute que la nouvelle en fut donnée par les Grecs aux pèlerins , comme ceux-ci se mettoient déjà en marche vers la Syrie.
'EîTctt/Tot >«tf »t ftïAtn tiric à.irl tjit Wxi?....
'Ext* fafto y-râfyAHMi 'e t* jkfpa <r»t îvfi&t. A*gr1e/*ff£ç «rovr •«r** , i, at«# j*rXjif«0Of»0-Âv rovt Tou Bae-ixiac T6» ôatratTO»....
Voici comme le second continuateur de Guillaume de Tjr raconte la mort d'Alexis : « Morchofles.... fist entrer à Blaquernc
« en la chambre où li emperéres se dormoit , une nuit , un ser- « gent , si le fist estrangler. Or fu bien avérés li songes que li « emperéres songea une nuit. Il avoit un porc sauvage de cuivre « contrefait à Boque de Lion qui estoit sus la mer. Si songea une « nuit que cil pors l'estrangloit. Et quand ce vint l'endemain , pour m la paour que il avoit eue la nuit , si le fist depecier par pièces. « Mais ne li valut riens. » (Foi. 368.) Ce passage est intéressant , quand on le compare au discours ampoulé de Nicetas, sur les roonumens détruits par les croisés. D'après notre vieux chroniqueur, ce porc ou bœuf sauvage aurait été détruit avant la mort d'Alexis, et par d'autres que les Francs. Les autres historiens grecs nous disent d'ailleurs que , pour acquitter la somme qu'il devoit aux croisés , Isaac fit fondre les vases sacrés. Ne peut-on admettre , sans invraisemblance , qu'il fit également mettre au creuset les statues et les autres monumens de l'art antique qui décoraient Constantinople ? Et, sans doute , il n'aura pas commencé par les vases sacrés.
Le bœuf sauvage dont parle ici le second continuateur de Guillaume de Tyr , est évidemment le groupe d'un bœuf et d'un lion luttant ensemble , et qui avoit donné le nom de Bucolion , ou Bouche-de-Lion, au grand palais impérial construit sur la rive de' la Propontide. On conçoit d'où sera venu le bruit du rêve de l'empereur : les Grecs , ne pouvant comprendre le motif qui portoit ce prince à détruire un monument aussi remarquable , auront supposé qu'en agissant ainsi il obéissoit non pas aux exigences des Latins , mais aux terreurs d'un songe.
§. xcix.
Ligne i3. j4 filée. Àlbéric de Trais-Fontaines la nomme également Âfileta. Cette ville était au-dessus de Buiuk~Deré, sur le Bosphore de Thrace, que Villehardouin nomme le Bras de Roussie. Dans les anciens Itinéraires, elle est nommée Pkinaea ou Phinopolis. Du Cange s'est trompé en la plaçant sur la mer Noire. Villehardouin disant précisément le bras et non pas la mer de Roussie.
NOTES. a8g
Lighk iâ. Gront gooing de prisons. Aujourd'hui nous disons prisonniers.
Ligue 3i. Et il méi/tnes i dut estre pris. Là perdi-il son gonfanon roial et une ancone qu'il Jais oit porter devant lui. Le manuscrit 9644» au lieu des premiers mots , porte : Là déust estre prias les cors domaines; c'est-à-dire son corps même. D'après cette leçon mal lue , l'édition de Lyon imprima : ses chars d'armes , et toutes les éditions suivantes ont reproduit la même Lé vue. Cependant , le bon sens de Du Çange l'a conduit à deviner le véritable texte. H est certain , en effet , que le carroccio des Italiens ne fut jamais connu des Grecs , et que dans le moyen âge , comme en France , deux enseignes accompagnoient souvent leurs armées. La première étoit religieuse : c'est ici V ancone, V icône ou image de Notre-Dame ; la seconde étoit impériale , c'est le gonfanon. Toutes deux furent prises dans cette rencontre. En France , l'oriflamme ou bannière rouge de saint Denis marchoit avant la bannière d'azur aux fleurs de Us d'or. ( Voj. le nouvel ouvrage de M. Rey, sur les Drapeaux et insignes de la monarchie françoise. ) Quant à cette ancone, Baudoin, dans sa lettre aux chrétiens de l'Occident , dit que l'intention des pèlerins étoit de la confier aux moines de Citeaux. m Quam ordini Cisterciensi nostri dedicavere victores. m Sicard , évéque de Crémone, parle sans doute de cette image dans le passage suivant : « Et cum palatium Blachernae Latini obsede- « runt, Oclighita, id est beatae Yirginis icona, ab evangelista « Luca Virgini conformata, ad confusionem hostium. mœnibus « superponitur , sed à Latinîs reverentius adoratur. » — ( Muratori, Rer. Ital. Scrip tores, t. VII , p. 620. )
Ligne 33. Et pour ce, fait que sages qui se tient avoec les bons. Cette leçon des deux Mss. 455 et 207 vaut bien mieux que celle des éditions imprimées : Et por ce , si fait que sage qui se tient devers le miels.
S- Cil.
Ligne i. Ensi fu ciste convenance asseurée.... de F issue de mars qui venoit , en un an.... Voici le traité conclu alors entre les Vénitiens et les François, tel que l'auteur des Acta Innocenta III nous l'a conservé.
m In nomine DoMini , amen. Nos quidem B. Montisferati mar- «< chio , et Balduinus Flandrise et Hannoniae , et L. Blesensis et <« Carnotensis , et H. Sancti-Pauli comités, pro parte nostrâ, vobîs- « cum, vir inclfte Domine H. Dandule, Venitia, Dalmatiae atque « Croratiae dux , et cum parte vestrâ , ad hoc ut uni ta s et firma « inter nos possit esse concordia , et ad omnem scandalî materiam « evitadatn , ipso coopérante qui est pax nostra et fecit utraque « nirom,ad ejus laudetn et gïoriam talem duximus ordincm obser- « vandum , utrftque parte juramento adstrictâ.
«lmprimi* omnium , armatâ manu, Christi invocato nomine, « civitatem expugnare debemus. Et s! , divinSi auxiliante pbfrentiâ , « cfvitatem intraverimus , sub eorum regimihe debemus manere a et ire , qui fuerînt Super exercitum pr&eîecti , et eos séqui secuna dùm quod raërit drdinatum.
« Totum quidem havere quod fn civitatem inventum fuerit à quo- « Hbet duci , débet et poni in commune , in eo locô qui fuerit ordi- « natum ', de quo tartien havere vobis et hominibus Venetis très « partes debent solvi pro illo havere quod Âlexius qnotidam impe- « raiot vobis et nôfri* sblvere teneb&tnr ; quaitatri vero partem nobis û retînere debetous , donec fueViratte m ipsâ sohrtione coaequales.
« Si ftutem aïiqutd residuiini fuerit, debemus per mediètatem « inter nos et vos dividerè , donec fueritis apacati ; si véro minus « fuerit , ità quod non possit sufficere ad memoratum debttum per- « solvendum , undecumque fuerit priùs havere acquisitum , ex eo « debemus dîctum ordinem obsèrvare; salvis tamen victualibus « quae debent observari et «dividi tam vestris quàm nostris aequa- « liter, ita quod utraque pars possit indè congrue sustentari. Quod « autem residuum fuerit , partiri débet in alio havere , juxta ordi- « nem prae nom i natum.
NOTES. agi
« Vos etiam et hommes Veneti libéré et absolutè, absque orani « controverstâ , per sotum ùnpeorram habere debetis omnes honori- « fioentias et possessiones quas quondam eousuevistis habere * tant « in spiritualibns qnàm in temporalîbn* , et omnes rationes que « sunt in seripto et sine seripto»
m Debent etiam ses nommes etigi pro parte vestrâ et ses pro « nostrà, qui jnramente astricti, eam personam eligere debent in « exercitu quam credant melips seire et melras posse tenere et « meliùs «cire ordinale terram et imperium ad honorem Dei et « sanctsa Romane ecclesfss et impern ; et si fuerint in tsno 'oon- « «ordes , illnm debemus imperatorem kabere quem ipsi concor- « diter elegerint.
« Si yerd sex in unft parte et sex in alîâ ooncordaveiint , sors « mitti débet , et super qnem sors oeciderit debemus pro iropera- « torem babere. Et si pltires eonsenserint in unâ parte quàra in « aliâ , illnm imperatorem habebimus in quem major pars consen- «* eerit. Si verô plnres partes raerint qnàm dus , saper quem major « pars concordaverit sit imperator.
« Débet verô sste imperator habere ontversam quartàm partem « acquistti imperii, et palatkim Kachernse et Buccam Leonn. R*>» « liquae verô très partes per medietatem inter nos et vos divtdantnr.
« Sciendum etiam quod clerîci qui de parte illâ raerint de qui m non ftferit àaapecwter electus, potestatem habebunt ecclésiam « sanetae Sbphiss ovdinandi et natriarcham elîçendi ad honorera « Dei et sancto Roman» «eclesiae et imperii. Clerici verô utrwque u partis illas ecclesias ordinare debent quae suae parti contigerint* :
* De possessionibas ve*à eceiesiarum , tôt et tantum ciericss de- •* bet provideri, quodhanorince possint vtvere et snstentari. Reêtqnx m verô possessiones eceiesiarum dividi et partiri debent secondera m ordinem praesignatum.
u Insuper etiam jorate debemus , tam ex oostrâ parte quàra ex «c vestrà, quod ab tdtimo die instantis mensis martii morari de» m bemus , usque ad ankium explerum , ad imperium et impera- «* torem manutenendum ad honorem Dei et sa ne ta Roman» cccle-
« «ae et imperii. Deindè, verù et ut anteà , omnes qui in imperio « remanserint , ipsi imperatori astringi debent juramento , secun- « dùm bonam et rationabilem consuetudinem : et illi qui tune in « imperio remanserint, ut praedictum est, jurare debent quod firmas u et stabiles partes et paçtiones quae factae fueriut , habebunt.
« Est autem etiam sciendum quod à nostrâ et vestrâ parte , duo- « decim homines vel plures pro parte eligi debeut , qui juramento « astricti, feuda et honorificentias inter homines distribuererde- « bent , et servitia assignare quae ipsi homines imperatori facere « debent , secundùm quod illis bonum videbitur et conveniens « apparebit. Feudum verô quod unicuique assignatum fuerit Uberè « et absolutè possidere debent de herede in heredem, tam in « masculo quàm in fœminâ , et plenam habeant potestatem ad « faciendum indè quidquid suie fuerit votantatis , salvo tamen jure « et servitio imperatoris et imperii. Imperatori autem reliqua « servitia faceri debent quae fuerint fiieienda , praeter ea quae ipsi « facient qui feuda et honorificentias possidebunt , secundùm or- « dinera sibi injunctum.
«< Sciendum est etiam quod uemo hominum aticujus gentis quae « guerram vobiscum et successoribus vestris vel populo Vencto « habuerit, recipiatur in imperio, donec guerra illa fuerit pacî- « ficafta.
« Teneatur etiam utraque pars ad dandam operam boni fide, ut « hoc à Domino Papa possii impetrari, quod si aliquis contra « banc institutionem ire tentaverit , ait excouununicationis vincolo « innôdatus.
« Insuper, imperator jurare débet quod firmas et stabiles partih tiones et dotationts quae &ctae fuerint irrevocabûiter habebit, « secundùm ordinem superiùs distinctum.
« Si vero aliquid in istis omnibus fuerit addendum vel minuendum, « in potestate et discretione vestrâ et vestrorom sex consittatorum, « et domini marchionis et sex ejus consiliatorum consistât.
«1 Scieudum est etiam quod vos , predicte domine dux , non de- « betis imper a tari qui fuerit electus vel imperio, ad aliqua servitia
« facienda juramentum prestare, propler aliquod datum vel feu- « dum sive honorificentiam quae vobis debeat assignari ; tamcn ille « vel illi quem vel quos loco vestro statueritis super his quae vobis « fuerint assîgnata , debeant juramento teneri ad omne servitium « imperatori et imperio fàcîendum juxta omnem ordinem superiùs « déclara tum.
u Datum anno Domini MCCI Y , mense martîi , iodlctîone « septimâ. »
S. cm.
Ligne 12. Adonc commença li asseois. «< Les croisés n'attaqué- « rent point la cité impériale du côté de la terre. Les Vénitiens et <« les François réunirent tous leurs efforts contre les remparts qui « bordoient le havre. » (Michaud et Poujoulat, Correspondance a* Orient, tome III, p. 123. )
§. civ.
Ligne 7 . Et cil de la ville les doutèrent mains. C'est la leçon de tous les manuscrits. Toutes les éditions imprimées portent cependant : Les doutèrent plus. Les mots qui suivent rendoient l'erreur inexcusable : Si furent si esbaudi. C'est-à-dire : Os étoient si animés , si ardens , de si bon courage.
Ligne i4* Un vent qu'en apele Bjrse. Variantes des Hss. 7974» g644 et 687 Supplément françois : Boire. J'ai suivi les Mss. 455 et 207 Supplément françois. — Boire, on vent de Borée.
Ligne 17. L'une avoit non la Pèlerine et l autre U Parevis. L'évéque de Soissons étoit dans l'une , et l'évéque de Troyes dans l'autre, comme on le voit par la lettre que Baudouin envoya en Occident : « Duae naves pariter colligatae , quae, nostros episcopos , « Suessionem videlicet ac Trecensem , deferebant , quarum erant « insignia Paradisus et Peregrina , prima? scalis suis scalas turrium u atti gérant , et felici auspicio , Peregrinos pro Paradis* certantes m bostibus admoverunt. Prima muros obtinent vexilJa Pontifi-
m cum , etc. » On voit que le clerc du comte de Flandre avoit l'imagination poétique.
Ligne 21. Uns des chevaliers de France et uns Féniciens.YiUehardouin nomme le chevalier françois , et Nicétas nous apprend que le premier assaillant avoit nom Pierre, étoit d'une taille colossale et avoit un casque qui paroissoit aussi grand qu'une tour. C'est peut-être le même que Ramnusius , je ne sais sur quel autre fondement , nomme Pierre Albert. Ce nom d'Albert appartient à une ancienne famille noble de Venise , à laquelle se rattache la maison françoise de Luynes.
Ligne 22. Andris cTUrbaise. Variantes : n 6 7974 et 4^ Supplément françois , cTUrc boise. Les continuateurs de Villehardouin écrivent de Iurbise et Durjonche, et les compilateurs belges ont pensé qu'il falloit lire de Turbise, nom d'un village du comté de Hainant. Mais , bien que le premier continuateur de Guillaume de Tyr dise expressément que ce chevalier étoit au comte de Flandre , je pense que l'opinion de Villehardouin est préférable. André d'Urbaiac pouvoit d'ailleurs {aire partie de la bataille du comte de Flandre , sans être pour cela Flamand ou Hennuyer. Au reste voici le récit assez curieux que (ait de la prise de Constant*nople le second continuateur de Guillaume de Tyr :
a Illuec yvernèrent li Franc à grant meschief , tant que vint en « caresraes que li Véniciens firent pons des mas des nez , et les « atirèrent par tel engîeng que il montèrent sus tuit armé. Et quant « il voloient , si estoient sus les plus hautes tors qui estoient par u devers la mer où il dévoient assaillir. Ensi orent lor afaire « apareillie à la Pasque florie. L'en demain par matin, s'armèrent « et entrèrent es nez. Diex lor donna tantost un pou de bon vent u qui les mena jusques as murs de Constantinoble. La première nef n qui vint as murs (a la nef de l'évesque de Soissons. Celé avala « tantost son pont sus une toux , et François et Vénicien raou- « tèrent sas le pont , si prinrent celé tour. Cil qui primes i entra f» « un Vénicien , et fu ocis ; li autre après fu uns chevaliers de
« France et ot non Andrex Durejonehe; cil gaagna ceat mars « d'argent et li autres cinquante. Tantost comme celç |or fu priae , « la gent s'en alérent et ouvrirent les portes de la cité et entrèrent « ens. » (Fol. 368.)
§. cv.
Ligne 7. Et commencièrcnt à mètre hors les chevaus des huissiers. Et li chevalier commencièrent à monter. Les éditions imprimées ont supprimé , sans doute par suite de l'inadvertance de la première , toute cette phrase ; elles portent seulement : Et commencièrent à monter.
Ligne 16. Et murs et mules. -— Murs pour mulets. C'est ainsi qu'on disoit mar pour mal.
« La véisaiec les chamherlans venir....
« Les escujers aus murs et aus roncins, « Aus palefrois et aus chevaus de pris. »
(Garin le Lohcrain, tome II, page 146.)
§. cvi.
Ligne 7. Vers les près de la ville. Les éditions précédentes portent avec le Ms. g644 : Devers Fespès de la ville. C'est une faute que corrigent les n 0i 7974 , et 455 et 207 Supplément fran-r cois. Comment Bonifaces > à la suite du conseil dont on vient de parler , se seroit-il aventuré au milieu de la ville ?
Ligne 9. Le lundi de Pasques /tories. C'est-à-dire le lundi de la semaine qui précéda et non pas suivit le dimanche des Rameaux , 12 avril i2o4-*5 • Le continuateur de Guillaume de Tyr marque que ce fut le mardi. « Ainsi fu prise la noble cité de Constanti- « noble , à xiir» jours d'avril , par un mardi. » ( Fol. 368). Mais il se trompe probablement.
Ligne 20. Porte Oirée, ou porte Dorée. « Elle est située à l'angle a oriental de la ville. Ce fat de ce côté-là et par cette même porte « que les Grecs entrèrent dans la cité impériale, soixante ans après
« la conquête des Latins. » (Michaud et Poujoulat , Correspondance à? Orient , tome III , page 124* )
Ligne 24. Ne soi quels gens. Villehardouin le sa voit peut-être, mais n'a pas voulu le dire , afin de ne pas réveiller des souvenirs de discorde. Guntherus est moins discret; il accuse un comte allemand (sans doute Berthous de Katzenelbogen). n Quod videns « quidam cornes Theutonicus , jussit urbem in quadam parte suo- « cendi , ut Graeci duplict laborantes incommoda , belli scilicet h atque incendii , faciliùs vincerentur. » Les Allemands feisoicnt partie de la bataille du marquis de Montferrat.