‹ De la conscience en psychologie et en morale (volume 2)Chapitre 13 sur 25 · D£ LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

D£ LA CONSCIENCE

prochaine dans l’avenir, en vertu d’une organisation meilleure de la société et de la perfectibilité indéfinie du genre humain.

Ces dissentiments si profonds sur ce que vaut une époque comparée à d’autres ont trop souvent pour effet de fausser les jugements des historiens et des publicistes, d’envenimer les querelles politiques et religieuses , d’exercer une influence fâcheuse sur la ]>aix et l’harmonie de la société. Cherchons donc à montrer les choses sous leur véritable jour, et à faire la part de la vérité et de l’erreur, au milieu de toutes ces exagérations, en sens contraire, sur la perversité ou la moralité des diverses générations humaines qui se succèdent dans le monde.

Pour savoir où est le progrès, et où il ne peut pas être, il faut avant tout distinguer ce qui est immuable d'avec ce qui est changeant et perfectible dans notre nature. Ce qui ne change pas en nous, ce qui n’est susceptible d’aucun accroissement par voie d’accumulation, d’aucune transmission par héritage, ne peut entrer évidemment pour rien dans les progrès de l’humanité.

Telles sont, par exemple, les facultés de notre esprit avec leurs lois et leurs procédés, telles sont les inclinations fondamentales de notre cœur avec les passions qui en dérivent ou, pour abréger, telle est la nature humaine elle-même en tout ce qu’elle a d’essentiel. Dans ces traits intérieurs de l’homme il

n’y a pas moins de stabilité que dans ses traits extérieurs et dans sa conformation organique elle-même. A travers la variété des effets et la complication des combinaisons qui en résultent, et malgré tous les changements qui sont l’œuvre de la volonté et de la civilisation, on ne peut méconnaître cette permanence et cette identité. Quels que soient les développements de l’intelligence et de la science, quelles que soient les différences des individus, suivant les temps et les lieux, depuis un sauvage jusqu’à Descartes, toutes s’expliquent par le degré du développement ou de révolution, par la complication croissante des combinaisons des mêmes éléments primitifs, par le perfectionnement des procédés et des méthodes, sans nulle intervention de quelque faculté nouvelle. Chaque homme, comme dit Montaigne, porte en lui la forme entière de la condition humaine (1). Voilà pourquoi il y a une science de la nature humaine, voilà pourquoi l’homme décrit par Socrate et Platon est le même que l’homme de Descartes, de Leibniz ou de Kant. Si haut que vous remontiez dans le passé de l’humanité, vous reconnaissez un de vos semblables dans le premier être humain que l'histoire met en scène, qu’elle fait parler et agir, en dépit de toutes les dissemblances de

(1) « On attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privt>e qu’à une vie de plus riche étoffe. Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition, » Pissais, liv. 3, chap. n,

Page 1