DB LA CONSCIENCE
gistes, suivant la critique justement méritée qu'on a pu adresser à Claude Perrault (1).
Voilà les raisons pour lesquelles, entre toutes les hypothèses sur un point si obscur, nous inclinons à adopter celle de la coexistence de Tàme avec la vie et de la vie avec la conscience. En substituant un développement continu à une révolution subite et miraculeuse, elle nous semble offrir moins de difficultés que toutes les autres. En résumé (2), vivre c'est sentir et sentir c'est avoir la conscience, à un degré quelconque, à une distance, si l'on veut, infiniment petite de zéro, mais sans jamais se confondre avec lui.
(1) Je crois devoir ainsi modifier Topinion que j'ai soutenue dans mon ouvrage sur le Principe vital et Vdme pensante^ chap. XXI. Je disais que l'ânie^ se manifestant d'^abord uniquement comme principe vital, commençait par agir sans conscience. Je pense aujourd'hui avoir eu tort de faire cette concession aux adversaires que je combattais et je me reproche d'avoir été trop timide. Je suis toujours d'avis que l'àme ne se manifeste à l'origine que comme principe vital, mais, par les raisons que j'ai exposées, j'en suis venu à penser qu'il n'y a pour elle aucune période d'inconscience absolue. CetFè "sensibilité sourde, ce minimum de conscience que je lui accorde dès qu'elle commence d'exister, laisse d'ailleurs parfaitement subsister la critique que j'ai faite de la prétendue science du fœtus dans la formation des organes. Je suis heureux de pouvoir m'appuyer ici sur l'opinion de M. Ravaisson qui n'admet pas que « l'instinct de l'âme dans ses fonctions vitales soit absolument et rigoureusement aveugle , c'est-àdire entièrement dépourvue d'intelligence et de conscience. • {Rapport sur les progrès de la philosophie en France, p. 174.)
(9) Maine de Biran, œuvres inédites publiées par M. Ernest Naville, tome S, p. 1.
A partir de ce fait primitif, de cette sensibilité sourde , par où d'abord elle se manifeste, la conscience va toujours en se développant et en se transformant, de la nuit plus ou moins épaisse jusqu'au demi-jour, du demi-jour j usqu'à la pleine lumière et jusqu'à ce point où se repliant sur elle-même par la réflexion, elle s élève, pour ainsi dire, à une seconde puissance et devienne la conscience de la conscience.
L'histoire des progrès de la conscience ne serait rien moins qu'un tableau complet de la généalogie et des développements de notre être intellectuel et moral. En effet la psychologie tout entière, comme Ta bien dit Hamilton, n'est qu'un développement de la conscience. Sans avoir la prétention de tracer ici un pareil tableau, bornons-nous à indiquer les trois grandes phases de ce progrès de la conscience : 1" conscience des sensatioiis et des perceptions vitales, qui est le point de départ et le premier degré ; 2** conscience des sensations et des perceptions des sens; 3^ conscience des sentiments, des volontés et des pensées réfléchies (!)•
(1) Un psychologue anglais contemporain, Georges Lewes, a distingué trois phases analogues ou degrés de conscience : 1<> la conscience du système organique qu'il appelle systemic consciousness ; 2** la conscience des sens ; 3' la conscience de la pensée. C'est la conscience systemic qui nous dÔnne le sens de Texistence et toutes les sensations qui naissent des fonctions organiques. Il attribue è tous les animaux sans exception, même aux mollusques, cette espèce de conscience. Physiologie of common life, cité par M. Ribot dans son inté-