‹ De la consécration épiscopale d'après le pontifical romain (volume 2)Chapitre 6 sur 13 · DE IA CONSECRATION EPISCOPALE · texte numérisé non relu

DE IA CONSECRATION EPISCOPALE

LE SACRIFICE DE LA MESSE (Voir p. 20)

Triptyque do Rogior Van der Weyden. Musée d’Anvers, xv* siècle. — Lo cadre du rite de la Consécration épiscopale est celui do la messe elle-même.

examen et dit tendrement à l’Élu : « Que le Seigneur dilate en vous cette foi, mon frère très aimé, et vous conduise à la béatitude qui n’a pas de fin. »

Les préliminaires sont décidément achevés, et, après être resté longtemps sous le portique, nous allons enfin pénétrer dans le temple.

Pour avoir l’intelligence de tout ce qui va suivre, il faut jeter par avance un coup d’œil d’ensemble sur tout le développement du rite et se demander quelle est sa physionomie générale. Les créateurs de cette admirable liturgie ont eu ici, comme dans l’office de l’Ordination, une idée à la fois naturelle et sublime. Ils ont donné un cadre à tout ce rite, et ce cadre n’est autre que la Messe elle-même. Le Gonsécrateur et l’Élu vont célébrer ensemble le divin sacrifice, et les différentes phases de la Consécration épiscopale vont correspondre harmonieusement avec les différentes parties de la Messe, depuis l’Introït jusqu’au dernier évangile. Telle est la « dominante » de toute la fonction, et qui ne la voit pas ne voit rien.

L’Élu, avant de monter à l’autel, a été revêtu du noble costume pontifical : on lui a attaché ses sandales aux pieds, on lui a mis au cou sa croix pectorale, on lui a « décroisé » son étole, ot le voilà qui monte les degrés de l’autel, couvert de la tunique, de la dalmatique et de la chasuble, de ces vêtements qui rappellent les saintes fonctions du lévite et du prêtre, par lesquelles l’Élu a dû passer et dont il ne perdra jamais la mémoiré.

Jusqu’à la fin du Graduel, rien de nouveau. Le Consécrateur et FÉlu disent la messe du jour, chacun à un autel, et rien n’est plus touchant que le spectacle de ces deux chefs du peuple chrétien, qui disent ensemble les mêmes prières. C’est cette simultanéité qui est particulièrement émouvante, et il n'est pas interdit d’y voir un symbole de cette profonde unité dans la doctrine que doivent sans cesse maintenir entre eux tous les évêques du monde catholique, sous l’autorité du Pontife suprême.

Le dernier alléluia du Graduel vient d’être terminé, avec ses neumes et vocalises. Le Gonsécrateur s'assied de nouveau devant l’autel, et, d’une voix forte, rappelle à l’Elu, en une formule saisissante et brève, tous les nouveaux devoirs dont il assume le fardeau : « Un évêque doit juger, interpréter, consacrer, ordonner, offrir, baptiser et confirmer. » Dieu seul peut donner à l’Élu la force dont il aura bientôt besoin, et c’est ce que le Consécrateur demande pour lui à la souveraine Bonté : « Prions tous, mes frères, prions pour que l’abondance de la grâce descende d’en haut sur celui qui va être ordonné évêque. » L'Amen retentit dans la basilique; puis, quelques minutes après, on y entend ce grand cri de supplication qui résonne si souvent dans nos temples, le Kyrie eleison plusieurs fois répété. Ce sont les Litanies que l’on entonne.

Ceux qui sont familiers avec l’étude de la liturgie ne tardent pas à se convaincre que les mêmes rites, en des circonstances analogues ou semblables, y sont fréquemment reproduits. C’est l’unité dans la variété, et rien ne semble, d’ailleurs, mieux justifié que de prêter à l’âme chrétienne les mêmes accents dans les mômes dduleurs ou dans les mêmes joies. Tel est ce beau rite de la Prostration qui

accompagne si souvent le chant de la grande Supplication. Tandis que le Consécrateur et les Assistants restent à genoux, l’Elu tombe à terre, s’y étend de tout son long et, collé pour ainsi dire aux dalles, écoute ainsi la mélopée populaire des litanies. Que ce rite soit ou non d’origine orientale, peu nous importe : il est expressif jusqu’au sublime. 11 est à la fois naturel et sacré. Si dur qu’on ait le cœur, il faut pleurer.

Sans laisser ici vaguer son imagination, il est permis de croire qu’en cette heure solennelle, autour de cet homme qui est ainsi prosterné et ne fait qu’un avec la terre, qui pense sans doute à son futur diocèse et à tout le bien qu’il y veut faire avec l'aide de Dieu, tous les groupes des Saints qui sont invoqués dans les litanies sont véritablement présents. Ils sont descendus du ciel avec la Mère de Dieu qui les conduit, ils sont là, ces neuf chœurs des Anges, où, selon saint Thomas, chaque individu forme une espèce ; ils sont là, tous les saints de l’Ancien Testament, qui ont connu jadis la majesté du temple de Jérusalem, et lui préfèrent cette église où habite le Dieu de bonté; ils sont là, tous les Apôtres, pour bénir ce continuateur de leur ministère et de leur œuvre ; ils sont là, les Docteurs, pour inspirer celui qui est appelé à prêcher la vraie doctrine ; ils sont là, ces saints Moines dont le futur évêque aura bientôt à connaître et à aimer les enfants spirituels; elles sont là, ces Vierges qui ont été le modèle glorieux de toutes ces communautés de Sœurs dont son diocèse est si heureusement peuplé ; ils sont là, enfin, tous les Saints, et parmi eux, au premier rang, les patrons de ce diocèse que le nouvel Évêque est appelé à gouverner. Et la basilique est remplie de leur invisible présence.

Jusqu’ici cependant l’Élu est toujours l’ÉIu, et n’est pas encore l’Évêque ; mais on sent les approches de l’instant décisif où ce prêtre va devenir le successeur auguste des Apôtres. Le chant des lilanies est un moment interrompu, et c’est le Consécrateur qui, mitre en tête, crosse en main, debout entre les deux Assistants qui demeurent agenouillés et prononcent avec lui les mêmes paroles, c’est le Consécrateur qui, à trois reprises, appelle solennellement la bénédiction céleste sur celui qui n’est pas encore consacré, mais va l’être : Ut liunc præsentem Electum benedicere et sanctificare et consecrare digneris, te roga mus, audi nos'. Lui-même il le bénit trois fois, et les Assistants le bénissent aussi trois fois ; puis la mélopée des litanies reprend son cours jusqu’au dernier Kyrie.

Il se fait alors un de ces silences qui ajoutent encore à la mystérieuse beauté de la liturgie et annoncent toujours quelque chose de grand. Les fidèles se recueillent, et, le cœur serré par l’émotion, attendent. Sur les deux épaules de l’Élu, le Consécrateur place le livre des Evangiles tout grand ouvert. Le livre sacré est appuyé contre la tête du futur évêque, de telle façon que le texte divin soit à la fois près de son cerveau et près de son cœur. Il semble en vérité qu’on voudrait le faire pénétrer en tout son être. C’est là un beau, un précieux symbole, et que les esprits les plus ignorants et les âmes les plus simples peuvent aisément comprendre. L’Église veut que la vie, les mœurs, la parole, l’action, l’âme et le corps de l’Évêque soient imprégnés d’Évangile. Elle veut que l’Évêque, sous ses vêtements d’or, sous sa mitre couverte de rubis

1. « Nous te supplions de bénir, de sanctifier et de consacrer le présent Élu. B

(Voir p. 24)

et d’émeraudes, à travers toutes les splendeurs de sa fonction, toutes les pompes de son ministère, et alors même qu’il serait, comme au moyen âge, un véritable potentat ; elle veut, dis-je, que l'Évêque soit avant tout évangélique. S’il se refuse à l’être, il n’est pas selon le cœur de l’Église.

Le rite grandit, grandit toujours, et l’émotion des fidèles va toujours croissant.

L’Élu vient de tomber à genoux. Le Consécrateur et les deux Assistants touchent, chacun de leurs deux mains, la tête de celui qui doit être consacré, et prononcent, tous trois en même temps, ces mots qui, dans tous les Pontificaux, devraient être imprimés en lettres d’or, comme les plus importants de tout ce magnifique office : Accipe Spiritum Sanctum K

L’Esprit descend, avec tous ses dons.

Ce futur évêque, il est désormais armé, et n’a plus rien à redouter. Il vient de recevoir le don de la Sagesse, qui lui fera porter un jugement exact sur toutes les choses de ce monde ; le don de l’Intelligence, qui lui fera surtout comprendre la profondeur des choses célestes ; le don du « Conseil », qui le préservera de tout excès dans la parole et dans Faction ; le don de la Force, qui le défendra de toute compromission et lâcheté ; le don de la Science, qui lui permettra de répondre à toutes les attaques contre la sainte Église ; le don de la Piété, qui lui communiquera un amour brûlant pour les hommes et pour Dieu, et enfin, le don, l’admirable don de la Crainte de Dieu, grâce auquel il défiera l’effort de toutes les puissances terrestres et leur tiendra tête jusqu’à la mort.

Page 1