LES REPEINTS
Quand on aura enlevé le vernis au moyen de l’esprit mitigé de térébenthine, et qu’il se sera rencontré des repeints qui auront résisté à l’action de ce genre de nettoyage, il faudra pour les enlever doubler la force de l’esprit en en augmentant la dose; dans son mélange avec la térébenthine, comme pour le nettoyage, on imbibera des cotons de cette préparation, puis on les fera séjourner sur le repeint en les appuyant. Il s’attendrira suffisamment s’il n’est pas trop ancien ; alors, par ce simple moyen, avec le grattoir on enlèvera toutes les parties amollies en recommençant ainsi jusqu’à ce que l’on rencontre le maître.
L’essence pure peut encore être employée à délayer et à enlever les repeints attendris (1); mais nous préférons le grattoir, puisqu’ avec son emploi on est plus sûr de n’enlever que là où il plaît, et qu’il est essentiel de ne découvrir la partie repeinte qu’avec méthode, c’est-à-dire par couches, et avec une égalité parfaite, pour ne pas mettre à nu quelques endroits de la pâte originale, car ils deviendraient alors un embarras ; il serait trop difficile de les réserver, et en achevant son opération on risquerait fort de les altérer.
(1) L’essence de térébenthine employée sans mélange n’a aucune action sur les vieux tableaux qui sont émaillés. Elle ne sert, pour le nettoiement, qu’à délayer les vieux vernis ou repeints. Mais employée sur des tableaux modernes, elle est dangereuse , car elle délayerait les couleurs originales. Pour opérer sur ces sortes de tableaux, il faut y substituer l’huile.
Il arrive souvent que les repeints sont très-vieux ; qu’ils ont acquis avec le temps une dureté presque égale à la pâte du maître. Souvent aussi on trouve plusieurs restaurations posées les unes sur les autres à des époques plus ou moins éloignées. Il sera toujours possible d’en dégager le tableau ; car ces différentes couches de peintures ne se sont jamais mariées avec leurs devancières, parce que la nature des pâtes en est ordinairement différente, et qu’entre chacune d’elles il sè rencontre toujours des saletés de diverse nature, qui les isolent. Aussi, en les enlevant avec ménagement l’une après l’autre, on arrive au maître sans accident notable. Si pour obtenir l’attendrissement de ces vieux repeints il faut agir plus vigoureusement que pouf les précédents : on devra se servir, de ce que nous appe^ Ions les applications, c’est-à-dire des cotons imbibés d’esprit presque pur, que l’on étendra sur toute la surface qu’occupent ces restaurations (1). Ces cotons ainsi appliqués, on enduira leur superficie d’huile, afin de concentrer la force de l’esprit, l’huile empêchant l’évaporisation.
On laissera séjourner ces cotons, tout en les renoii^ vêlant chaque fois que l’on jugera que l’alcool a perdu de son activité , jusqu’à ce qu’enfin ils attendrissent la pâte des restaurations. Alors, comme dans l’opération précédente, on les enlèvera par couches en employant les moyens indiqués.
Lorsqu’après un déroulage ou nettoyage par le doigt, il se rencontre sur le tableau des restaurations (2) qui, par ce mode d’opérer ne peuvent disparaître
(1) En ayant soin, toutefois , de ne pas toucher la partie du maître qui ne serait pas couverte de restauration.
(2) Les restaurations d’un tableau dépouillé de son vernis par le déroulage sont faciles à reconnaître, car dès qu’il est extrait •.
entièrement, il faut recourir à l’esprit mitigé. Les restaurations légères disparaissent par un simple frottement du coton. Dans le cas où elles seraient anciennes et importantes, il faut naturellement se servir du moyen que nous venons d’indiquer.
Cependant un restaurateur habile ne doit pas enlever toutes les restaurations indistinctement. On peut souvent les utiliser avec avantage, surtout dans les parties ombrées. Il en est de même pour certaines parties de vieux vernis qu’il est bon de conserver par places* dans le paysage principalement. Ceci est laissé à l’appréciation de l’artiste qui les fait souvent contribuer à l’agrément du tableau qu’il rétablit. Mais pour toutes les parties claires, dans un ciel surtout, on doit les faire disparaître avec un soin scrupuleux.