DES CRAQUELURES
;raquelures sont de trois sortes :
slles qui sont le résultat de la sécheresse des imaillées. Celles-ci sont remarquables par leur et par une finesse telle , qu'elles n*altèrent en modelé et TeAPot des parties qui en sont atteines distinguent les anciens Flamands et Hollan- )ur lesquels on peut les étudier; car aucun de riginaux ne doit en comporter d'autres (4).
elles qui se remarquent sur les peintures du r siècle : elles sont profondes ; les lignes s forment sont plus étendues; elles ont Tappale cassures nettes ; elles traversent souvent par ^e égale d'épaisseur une grande partie du ta- Si par le rentoilage on ne les forçait pas à renlles se multiplieraient à l'infini, et toute la par- 1 en serait atteinte se détacherait en forme de es. Il ne faut jamais nettoyer ces tableaux avant n'aient été parfaitement rentoilés. Sans cette ition on altérerait infailliblement les arrêtes des ilures, on nécessiterait des travaux inutiles qui, en faits qu'ils soient , n'en sont pas moins de la ration.
elles que l'on trouve sur les tableaux modernes. \k réclament une attention particulière. Ces
r* Hf^ ici to tablMuz de Tnierf ^ M«tiu, etc.
craquelures sont une cause de destruction rapide, à laquelle il faut porter un secours immédiat ; elles sont lé résultat, le plus souvent, d'un vernis trop tôt appU^ que. Dès qu'elles paraissent, il faut dévemir le tableau sans plus attendre.
En effet, le vernis dessine d'abord, en se retirant , de petits cintres autour desquels se forment l>ientôt des crevasses qui s'élargissent de jour en jour. Pûiè', quand ce vernis sera parvenu à se rompre entière^ ment plus tard dans son mouvement de retrait, il entraîne la peinture elle-même, qui n'a souvent éékéà que la surface , dans les parties bitumineuses sùirCÀut; qàl contiennent souvent avec abus des iiicoiàSi q^ ij^^iifLiit alors i^iBt l<rale de petits grénDenittilli iféi sembleraiait être le résultat de l'âicUon' du feti.Nôuâ engageons à bien observer le travail des eraqueliÉMf et leur différaite nature dans -diaqne éMti'^mà' éKk4 serviront de guide à l'amateur. Au moins ptir Mëi'S reconnaîtra les tableaux di fabriea^ comme les à{](pellent les Italiens ; car elles sont la seule remarqué matérielle qui puisse prêter assistance à ceux qtâ n'ont pas encore une longue expérience.
Ces imitations , destinées à tromper les yeux peu exercés, sont d'autant plus difficiles à reconnaître, qu'elles sont souvent exécutées par des hommes trèshabiles.
hoo9 vendus de faire connaître tous les proeéHés et les ingrédients nécessaires pour dégager les tableaux des différentes matières qui les recouvrent habituellement. Nous avons supposé qu'elles devaient se rencôn^ trer isolément sur les peintures ; mais il en est rarement ainsi. Les peintures qui datent de plusieurs siècles ont passé, le plus souvent, par bien des mains différentes. Pour faire revivre les couleurs, Tun a employé l'huile, un autre le vernis. Quelquefois oh à
^estanrë par-dessus les crasses; on est donc forcé l^appeler à son aide plusieurs procédés pour le net- ;oyage d*un seul tableau , procédés que Ton doit employer avec méthode; car celui qui voudrait de suite ntlaquer crasses et vernis jusqu'au fond altérerait nécessairement les peintures qu'il veut rétablir. La patience et la prudence doivent servir de guides à celui [fui nettoie un tableau.
Nous donnons comme exemple , pour conduire un nettoyage, le fait suivant. Nous possédions depuis bien longtemps une tète dans le genre de Raoux. Cette peinture était couverte de mauvaises restaurations; elle restait, pour cette raison, oubliée dans un coin. Un jour qu'on nous avait entretenu de nouvelles découvertes relatives à la restauration , nous voulûmes les expérimenter ; ce que nous fîmes sur cette tête. Comme nos essais ne s'appliquaient que sur une pe- Ute partie du tableau, nous découvrîmes qu'une peinture ancienne était recouverte d'une plus moderne , qui , elle aussi , avait reçu des restaurations à différentes époques. Notre curiosité en fut d'autant plus excitée, que nous apercevions des tons rembranesques et une puissancede modelé qui annonçait une bonne chose.
Nous commençâmes dpnc par enlever les vernis sales qui couvraient les d'ornières restaurations; puis celles-ci , qui cédèrent facilement à l'esprit mitigé ; d*autres plus solides furent enlevées en maintenant quelques instants les cotons plus chargés d'esprit sur elles. Ensuite, attaquant les parties ombrées avec l'esprit au même degré , nous les enlevâmes toutes sans difficulté , quoique cette peinture eût au moins quarante ans d'existence. Il ne restait plus que les empâtements clairs à faire disparaître : nous employâmes
— files •pplifiHw»f en ne les ëtcBdant dTabcvd qae les cmpètemcBts les ph» saillants; à neaoïeqpa gig"M*«** le nirean^ nous augmentîoos leur largenr en nous serrant dn grattoir pour en extraire tontes les parties amollies , procédant ainsi jusqu^à œ qn^oiin nous dëoou¥rissions que nous approchions ascex dn maître pour ne dcToir plus nous serrir que dn simple frottement du coton. Le tableau entièrement dégagé de toutes ks peintures qui le recourraient^ nous reconnûmes qu^un peintre, roulant conserver la composition de ce tableau tout à £ût gracieux qu*il croyait perdn , Tarait reproduit sur les fumées et Thuile qui le rccoo- ¥raient.n nous restait à Fen dëgagor. Pour j parvenir, nous utilisâmes le procédé de Thuile bouillante, td c|iie nous FaTons indiqué; après quoi nous limes disparaître les fumées arec le secours du tartrate de potasse. Nous Times paraître alors une des plus jolies productions de Grimoux.
IHsons quelques mots sur Grimonx.
Ce peintre, dont la rie est des plus originales et des plus bizarres, apparaît homme de talent sans qu^U soit possible de rien apprendi-e sur son enfance , sur ses études premières. On sait seulement qu'il est né à Argenteuil, près Paris, et qu'il est mort en 1740.
Au Lourre , on peut Toir aa portrait d'homme fétu de soierie , accoude sur une lable , en compagnie de pipes et de bouteilles. Ce portrait reçoit la lumière d'une lampe. Dans ce tableau , le clair-obscur est admirable et d'une grande Térité ; Teffet en est saisissant, n riralise arec Schalken, mais il remporte certainenKUt par le mouTement et par sa touche spirituelle. On connaît de lui une foule de délicieuses têtes de fantaisie , toutes vêtues des costumes qu'il composait lui-même. Sa maîtresse était son modèle faTori*
C'est â*aprè8 elle qu'il les fit principalement ; c'est ce qui eiLplique la ressemblance qui se rencontre dans beaucoup de ses tôtes.
En tr^peu de temps son talent lui valut une §^rande réputation; il séduisit par sa brillante couleur et la xérité de ses effets. Ses œuvres, avidement recherchées des amateurs, étaient difficiles à obtenir. Grimoux avait une aussi haute idée de son talent qu'il avait d'indépendance dans Tesprit; il ne travaillait que pour qui lui plaisait, et pour lui plaire il fallait être excellent buveur*
n ne fut jamais que de Tacadémie de Saint-Luc. S'étant présenté à Facadémie royale , il y envoya son tableau. Le jour de sa réception, en attendant Theure de rassemblée , Grimoux s'amusait à considérer des tableaux qui se trouvaient sur les chevalets. Ayant demandé quel était Fauteur de Tun d'eux , on lui répondit qu'il était de l'artiste qu'on allait recevoir en inôme temps que lui. c( Quoi ! s'écria-t-il, on accueille ici de pareils ignorants ! Je ne veux plus être d'une telle académie ; qu'elle apprenne quels associés elle doit donner à Grimoux. » Et sans vouloir rien entendre, il fait emporter son tableau.
Le duc d'Orléans, régent, voulant avoir des œuvres de cet artiste , et connaissant la difficulté de le faire travailler, le manda au Palais-Royal. Le duc le fit enfermer dans une pièce , lui signifiant qu'il n'en sortirait qu'en y laissant un de ses meilleurs tableaux ; lui faisant savoir que , pour le consoler de la perte de sa liberté , on lui servirait tout ce que ses caprices lui suggéreraient.
Piqué d'être pris au piège , il fit répondre qu'il ne savait rien faire en prison, et jura.que le premier qui lui présenterait une palette il la lui casserait sur
Grimoux réyait tristement, appuyé sur la fenêtre de Tappartement qui lui servait de prison; elle se trouyait au premier étage. Un ami de cabaret Tapercevant, lui demanda ce qu*il faisait là. « Je n'y fais, ma foi, rien , et ne veux y rien faire ; voilà pourquoi je suis enfermé. -* Tant pis , car nous eussions trinqué ensemble. •— Âttends-moi , repartit Grimoux ; je m*en moque, je ne puis rester ici. y> Il se lance dans la rue et se casse une jambe.
n devait peindre la fille du ministre B , qui loi
avait remis vingt-cinq louis d'avance, et qui devait, lui payer une pareille somme lorsquMl aurait achève son travail. Un jour Grimoux se trouve sans argent et. partant d'humeur chagrine. Ses amis le pressent d^ terminer ce portrait. «Non, dit- il, je ne le finirai pas ; il m'ennuie et je veux le gratter. — Mais c'est une folie! ce portrait est une de vos plus belles tètes. D'ailleurs vous avez déjà touché une partie du prix; enfin , dans votre intérêt, vous devez ménager un pareil client. — Je m'en soucie fort peu, dit-il en jurant, * et ne finirai point ce tableau : il n'y a qu'à rendre cet argent. — Mais où diable vas-tu le prendre? — Ah! vous allez voir. » 11 détruit le portrait et court chez un fripier, vend ses meubles contre quarante louis et renvoie les vingt-cinq au ministre , et , tout en buvant avec ses amis, il jure que ce jour est le plus beau de sa vie.
Grimoux a passé presque toute son existence avec une bonne qui lui servait de cuisinière, de laquais, de portier et même de secrétaire. Cette femme universelle, chose rare, exécutait ponctuellement ses ordres. Personne ne pouvait être admis près de son maître s'il n'était connu particulièrement de celle-ci. Ceux qui voulaient se faire peindre devaient lui écrire et attendre patiemment sa réponse. Quand il travaillait
^n ville» un bon déjeuner devait lui être servi; et pendant son travail il fallait tenir à sa portée quatre ou oinq bouteilles d'excellent vin ; si. Ton y manquait, il ^dmndonnait Fouvrage conunenoé et on ne le revoyait
11 était fort inexact à payer son boulanger.Afin.de
o.Qmbler rarnéré, celui*ci le pria de faire son portraic
(ïriaio^x y consent, et prend jour pour la semaine
suivante. Au jour dit, le boulanger se présente em-
bpncassé dans un tiabit de velours k grandes basques
,^tl9|i4tec\iargéç d'une perruque poudrée à blano.:
«Q^Ç signée cette mascarade? s'écria Grimouxdès
..qu'il Vaperçiit. Allez vite reprendre votre bonnet et
yoirfi ye^te» j'ai promis de peindre un boulanger et
Ttçn un président! » Le boulanger insiste, le peintre
Çfie plu» fort; force fut au pauvre homme de céder.
Ce portrait fut une page des plus remarquables du sa-
Ipn dé 4734.
Sôus la régence, la réputation d'intrépide buveur était enviée. Plus d'un personnage la briguait. Grimoùx tenait plus à elle qu'à celle que lui assurait son taipnt. ^Entendant publier les louanges d'un nouveau personnage à qui, disait-on, les plus déterminés ne pouvaient résister, notre artiste paria qu'il saurait lui tenir tète.
Le rendez-vous pris pour le lendemain, nos champions à l'heure du souper se rencontrèrent, mais non pas le verre à la main ; ils se sei'virent d'aiguières qui contenaient au moins upe pinte, et avec lesquelles ils se portèrent les santés. Les rasades se succèdent, notre héros tombe le premier sous la table, mais un moment de repos lui rend toutes ses forces. Chaque effort est suivi d'une chute;' chaque chute d'un moment de connaissance dont il se sert pour reprendre courageur semçnt le combat. Enfin son antagoniste veut porter
Id dernier ooup : il propose de mettre à cul un totiAeftu et de le vider en redoublant les santés. Ce nouveau trait est accueilli de rassemblée par un cri de joie. Le jour paraissant, il y eut trêve entre les deux héros. Grimoux voulut la signer au café ; là il se fit servir quelques topettes de liqueurs, tandis que son adversaire, plus prudent prenait quelques tasses de café. Après quoi, notre artiste entraînant chez lui son redoutable adversaire, renferme dans sa chambre, place sur une table douze bouteilles de Bourgogne et le défie de nou* veau ; mais le succès répond peu à tant d'audace ; il tombe et reste enseveli dans un profond sommeil , son adversaire pour en finir se retira. A son réveil Grimoux prend cette prudente retraite pour une défaite. Ses amis entraient dans le même moment s'informant de ses nouvelles. Pour leur prouver qu*il n'était point encore battu il demande une pinte d'eau de vie qu'il avale d'un seul trait. Ce fut son dernier haut ftiit, car il en mourut.
Nous avons donné à regret les détails de cette ignoble fin ; mais ils étaient nécessaires pour faire comprendre comment le meilleur ami de Grimoux était un cabaretier.
Ce dernier fut son conseil et son mentor. Il régnait despotiquement sur son esprit. Gomme il aimait les tableaux, au moindre désir qu'il exprimait à la vue des œuvres de Grimoux, ce dernier le forçait à les accepter, fût-ce même un portrait. Cet homme devint ainsi possesseur des meilleures productions du peintre.
Les œuvres de Grimoux sont remarquables par le charme et Tharmonie qu'il a su y répandre. Il a cherché ses efi^ets dans les oppositions. Le foyer de sa lumière est presque toujours réservé et entouré de larges masses d'ombre ; ce qui donne beaucoup de relief
^ ses figures. Il passe de la partie lumineuse aux tons los plus obscurs par une dégradation de teintes transparentes qui répandent une douce lumière dans les olairs obscurs. 11 séduit ainsi ceux-là même qui le critiiquent. Son travail est exécute en pleine pâte sang que 1** apparence de la touche s'y fasse sentir. Ses ombres i:ie sont que des frottis fondus entr'eux et soutenus par des touches spirituellement accentuées.
Par elles, il détruit la mollesse qu'un tel travail IM)urrait faire exister dans ses œuvres.
Son dessin quoique très-exact dans son ensemble -est peut-être un peu rond dans son exécution. Ses oeuvres sont très-rares. Depuis la vente du cardinal ^ous n'en avons point rencontré de vraies.
Grimoux est certainement l'un des hommes les plus i*cmarquables,« comme portraitiste, de Técole française, "ïant qu'un musée national de notre école ne sera pas Organisé par des hommes amis de leur pays et jaloux <ie sa renommée, une foule de talens seront rayés de la ^iste des artistes qui l'honorent.
Pendant bien longtemps nous ne connaissions de I^antara que ces anecdotes qui pourraient tout au plus ^''appliquer à Grimoux. Le premier paysage que nous Vîmes de cet artiste représentait un site d'une mélancolie profonde. Une vallée dans laquelle s'engouffrait Mn vent violent qui emportait les dernières feuilles jaunies de ses arbres. Une cabane détruite par le feu; Un sentier aux ornières profondes ; un chien noir sur le premier plan qui semblait faire entendre ses hurle* meots. Telle était cette composirion simple, mais d*une vérité saisissante. 11 y avait une telle poésie dans cette solitude, que l'impression que nous ressentîmes à sa vue n'est pas encore effacée de notre souvenir. Peu de jours aprè^ nous dînions chez notre vieil ami, M. Langlois. Il s'y trouvait comme convive un conteur
aimable et des plus instruits; c'était M. Tabbé Boudereau, amateur des arts. Il avait recueilli une foule dV necdotes sur tous les hommes remarquables de sa jeunesse. On parla de Lantara, les particularités de sa vie furent racontées, commentées, expliquées par ces messieurs. €e qu'ils savaient de la vie de cet artiste distingué leur avait été cent fois rappelé par leur ami commun Nivard, qui était son élève et son ami.
Nous recueillîmes tous ces faits. Nous en fîmes une notice que nous confiâmes en 1843 à un écrivain qui la publia en annonçant que les matériaux en avaient été tirés de notre portefeuille.
Nous allons ici la transcrire telle qu'elle lui lut confiée alors.