‹ De la conservation et dela restauration des tableauxChapitre 7 sur 51 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les tableaux qui ont noirci ne le doivent pas seule*ment à leur préparation. L'emploi immodéré de Thuile et des siccatifs y contribue beaucoup , surtout ces derniers, comme on le verra plus tard. Non-seulement ils font noircir le ton dans la composition duquel ils entrent , mais ils entraînent même la perte de Tœuvre du maître qui en a fait abus.

La condition essentielle pour qu'une peinture conserve toute sa fraîcheur et toute sa valeur de ton , git dans la franchise de son exécution. Une production dont les teintes locales ont été fatiguées par des retouches ou glacis répétés , surtout quand on les a employés pour obtenir des dégradations ombrées, ne tarde pas à prendre une vigueur que le peintre est loin d'avoir voulu lui donner.

Les peintres de la troisième période de l'Italie firent de grands progrès dans la partie mécanique de l'art , mais en général iU conservèrent le procédé des maîtres de la seconde période , qui modelaient toutes les parties ombrées avec le secours des glacis et des demi^ tons. On retrouve ce procédé chez les Garrache,même là où les parties claires fortement empâtées , ainsi que la largeur de la touche, le dissimulent en partie , mais sans qu'il puisse échapper à l'attention de l'observateur éclairé.

Sans aucun doute , c'est à cette pratique, exécutée surtout sur des préparations d'ocre , que la mageure partie des tableaux italiens doivent l'aspect, comme couleur, qui les caractérise. Dans l'œuvre d'un grand maître où tout est touché avec la puissance du talent ,

oùaacim tâtonnement, par conséquent, ne se rencontre; la vigueur que prirent ses productions, souvent loin de leur nuire vient en aide à leur harmonie , en y introduisant des transparences mystérieuses qui prêtent à rêver. Mais c'est Fexception. Les autres productions de ces écoles ont pris pour la plupart un ton bistré qui peut plaire à Tamateur peu éclairé , mais qni sera toujours repoussé par celui dont le tact est fin et de bon goût , surtout quand plusieurs des causes que nous venons de signaler ont assombri ces œuvres.

Remarquons que tous les coloristes , le Gorrége , Rnbens, etc., etc., ont cherché ce vif sentiment de la forme qu'ils exprimèrent à un si haut point , non dans Topposition du noir au blanc , mais dans la dégradation de tons argentins. Ils mirent leur modèle en pleine Inmière, Ten inondèrent, ne demandant qu'aux resvoorces bornées de la palette , et à la franchise de ses tons, ces brillants effets qui nous captivent.

Les peintures exécutées en pleine pâte lumineuse, <inoiqu*obtenues par un travail patient, comme celles dn Corrége, n'ont rien à redouter de l'effet des glacis <j[n*il n'employait qu'avec franchise siu: des pâtes brillantes, auxquelles il demande de la transparence; ni ^ ton de la toile , puisqu'il n'en réclame que bien rarement le secours. Pour obtenir ces magiques clairsobscurs, il les cherche dans des transparences de teintes bannonieuses qui deviendraient brillantes si l'on étei- Ipiait les parties claires qui leur font opposition. Aussi, ^vec le temps, les peintures ainsi exécutées s'aga- ^sent et prennent une morbidesse qui en double le ^^hanne.

n n'en serait pas de même de Rubens, lui, le peintre ^i^thousiaste 1 II ne peut soumettre ses productions , ^mme le Gorrége, à un travail patient et réfléchi.

Emporté par une chaleureuse fougue d'imagînaticm» il exécute tout avec la rapidité de la pensée.

L'étonnante beauté et Topposition des tons que nous remarquons dans ses tableaux, sont chez lui le résultat d'un don divin, celui de la couleur. Né coloriste, il exécute tout sans préoccupation, s'en remettant, pour ' tout ce qui tient à Fexécution, à cette inspiration du moment qui ne lui fait jamais défaut. Aussi en étudiant ses tableaux on voit partout la toile jouer un rôle important. Là, dans cette partie ombrée, un simple frottis la recouvre. Dans cette demi-teinte la préparation est à nu. Partout où son ton a pu être utilisé, elle se montre franche, se mariant à des touches chaleureusement jetées.

Si ce grand peintre eût employé une préparation qui dût acquérir une vigueiur de beaucoup supérieure an ton qu'il jugea à propos d'utiliser, ses tableaux eussent infailliblement , avec le temps, subi un changement considérable dans leur harmonie et surtout dans la finesse des tons qui y produisent le charme principal.

Ces changements cependant se feront moins sentir chez lui que dans beaucoup de productions ; car la franchise d'exécution qui le distingue le préserve de plus d'une cause qui d'ordinaire produisent le noir: c'est , au reste, un fait qui peut se vérifier dans son œuvre même.

Rubens a travaillé longtemps en Italie. Il exécuta en ce pays un grand nombre de portraits, et quelques tableaux, les uns avec le procédé italien, les autres dans sa manière flamande, et sur préparation grise. Tous ont conservé un brillant qui n'appartient qu*à lui seul. Cependant ses productions dites italiennes ont acquis une vigueur qui ferait douter qu'elles ftifsent de sa main, si Ton n'y rencontrait sa chaleureiiie

ie touche. Noas avons possédé le portrait de Spinola Doria, peint à Gênes en 4 606. Ce porexécuté sur toile rouge et dans ]a manière des 18. On y trouve partout la touche large et ins- 3 Rubens, mais on sent la gêne qu'il éprouve e préparation rouge pour Texécution de ses Slles sont plus empâtées, moins enlevées qu*el- 3 sont habituellement. Toutes ses ombres et intes ont acquis une vigueur qui donne à ce Taspect qu'ont les œuvres de Véronèse, en int toutefois ce brillant qui n'appartient qu^à

donc, les causes qui font pousser au noir sont : vaises préparations; l'emploi inmiodéré des M des siccatifs, et plus encore le tâtonnement exécution d'une œuvre de peinture. Un mal st facile à éviter, mais que messieurs les artisersuadent bien que c'est surtout dans la pureté et dans la franchise de la touche que réside la lidité ; que tous les petits moyens n*ont qu'un impeur auquel le temps ne pardonne jamais»

le jugement porté sur le Titien par un écrivain, r connu, dont Fouvrage est souvent consulté, ie Burtin dans son Traité des connaiêsanees nis à tout amateur (tome i", page 59).

en parlant du clair- obscur que <s c'eit à tort 1 a nommé le Titien prince des coloristes ; car 'il possédât au suprême degré plusieurs autres du coloris, il a tellement méconnu celle-ci, dans inonic générale, que ses fonds sont rarement d avec le reste, et très-souvent sont tout noirs. ms, de la galerie de Dresde, et son Ecce komo iWe de Vienne, deux de ses tableaux les plus reis, surtout le dernier qui est une de ses compo»

les plus capitales, offrent parmi tant d'autres

tistes qui n^ëtaient que les interprètes de maîtres qu'ils ne comprenaient même pas, et il conserva toute sa vie un sentiment faux de la couleur. L'autre, né Parisien, voit Kubens, sa vocation se révèle, il étudie la nature; sa première impression décide de son talent, il est coloriste,

l4argillière est un des hommes les plus remarquables de notre école ; notre musée n'en donne qu'une idée bien imparfaite, l'avenir lui rendra plus de justice»

Yoici CO que nous avons recueilli sur sa vie privée.

LAR6ILLIÈRE, m; 4 PAEis Bf 4(56, noiT an 4746,

n y i peu d'années, on voyait rue Geoffroy-Langevin, sur la maison portant le n<> 7, une belle pancarte jaune sur laquelle on lisait en lettres noires : EeoU de dêêtin tenue par M. Langloû de Séxanne. En effet, ce modeste artiste habitait cet hôtel ; car c'en était un, et des plus aristocratiques, bâti dans le plus beau style de Louis XIV, quoique l'extérieur n'offrit rien de remarquable que les solides barreaux qui en garnissaient les fenêtres. Cet artiste, dis-je, l'habitait depuis 40 ans, et son bonheur était de penser qu'il mourrait là où Largillière était mort; car c'est de l'hôtel de ce dernier que nous parlons.

M« Langlois avait alors près de 80 ans : vieillard des plus agréables , conteur par excellence , doué d'une mémoire qui ne l'abandonna jamais, il était de ces arlistes de vieille roche , l'honneur personnifié, fier de aa profession, qu'il aimait avec fanatisme, ainsi que tous ceux qui l'avaient honorée. La plus grande partie de ses ceonoroies avait été convertie en objets d'art.

Son cabinet renfermait beaucoup d*œuyres de ses

peintres de prédilection. Naturellement Largillière

occupait l'une des plus belles places. Il y avait réuni

les productions de oe maître, à toutes les époques de

ion talent, et se plaisait, en les montrant, à expliquer

la manière de procéder de Largillière ; il y mêlait, en

outre, une foule de particularités quMl tenait'des élèves

de ce grand homme. Gomme il m*honorait de son

amitié, je les ai recueillies, et j*en ferai la base de

cette notice.

Largillière, né à Paris, était fils d^un négociant originaire de Beauvais, qui habitait Anvers. Un ami de ion père, qui était fixé à Londres, Ty emmena à Tâgc di neuf ans, dans le but de lui faire conoaltre TAngletem, et de lui en apprendre la langue. Durant les vioft mois qu'il y resta, tout son temps fût employé à dessiner; aussi, de retour à la maison paternelle, son père fit avec stupéfaction ce goût devenir une passion, cir il le destinait à la magistrature. Mais dans un piyi comme Anvers, où Rubens est un demi- dieu que Ton fête chaque année, les artistes trouvent des sympathies. Aussi les amis de son père eurent bientôt raincu ses scrupules, et Largillière put se livrer tout entier au goût qui Tentralnait.

Dn peintre de marchés et de foires , Antoine Goubeau, fut son maître. Il remployait à peindre, dans ses tableaux, les accessoires, tels que les poissons, les fruits, les fleurs ; mais les inspirations de Largillière avaient une portée plus élevée ; aussi profitait-il de Tabsence du maître pour s'y livrer. Un jour qu'il terminait une vierge qui ne put , cette fois , échapper aux yeux de Goubeau, celui-ci, étonné des qualités que renfermait ce tableau, redoubla les soins qu'il avait pour son élève, pendant les dix-huit mois qu'il reata encore dans son atelier. Au bout de ce temps, il

In ariim qall en savait mastz paw mier de ses propres ailes. D avait alors dîx-lmit aas.

Quriqoes semaines après, fl passait à Londres, où Pierre Lelr, premier peintre de Charles II, le recommanda an sarinteadant des bâtîmenisdn roi. Pfaisîenrs tableanx de grands nMitres, destinés à être placés ditts le chàtcan de Windsor, faû fnrent confiés, afin fangmrnter lecr dimcnâon. Le rai, qm avait ordonné ces travaax, fnt dorme de la amnière habile dont ib avaient été exécntés. D admira sartont on Amour endormL n avait Cût tonte la partie infcrîenre dn corps, sans qœ Ton pàt distingner son travail de ForiginaL Ce prince ordonna qne Larplliêre hii fût présenté. Le Toyant si jeune, il dit, en s*adressant à ses coortisans : « On ne ponnait le croire, si on ne le TOfait; ce n'est qu'on enfant. » Puis il lui témoigna le désir de Toir ses œuvres. Largillière lui présenta trois tableaux qui méritèrent ses suCiages« ainsi qne cewL de toute la cour. — 11 y avait quatre ans qu'il habitait FAngleterre lorsque les persécutions religieuses se ré- TciUèrent. Un Françab de ses amis, poursuiri conmie catholique, vint lui faire ses adieux ; il se rendait, disait-il, à Paris, qu'il n'aurait jamais dû quitter ; ce Paris de IG78, si brillant, et si redouté! ce Paris du siècle qui Tit s'élerer à la fois les Invalides, la oolounade du Louvre, Versailles, Mariy, Trianon, le Valde-€ràoe, TObserratoire ! Paris, où des acadéimes s'étaient fondées ; d'où Fou envoyait fouiller les entrailles de la terre d'Asie, d'Afirique, pour lui arracher les cbefs-d'cravre des andens ! Uenthousiasme de son ami réveille en LargillîèreFamour de la patrie, et peu dlieurcs après ils fusaient voile ensemble pour la

Sa famille, qui comptait dans son sein plusieurs personnages dedittinction,lereçntavec tant Fempres-

sèment que lui méritaient ses premiers succès. Cet •Dcueil bienveillant, et plusieurs portraits qui lui valurent les éloges de tous, auraient dû suffire pour le fixer à Paris; mais il ne &llut pas moins, pour Ty résoudre, que Fintervention de Van der Meulen, dont H faisait alors le portrait, ainsi que celui de Ch. Lebrun, premier peintre du roi , qui, en voyant cette remarquable production, qu'il admira^ fit ses efforts pour le retenir. « Pourquoi, lui disait Lebrun, porter à rétranger ce talent qui peut vous faire briller en Votre patrie î Votre modestie, mon ami, vous abuse ; riêfttéz parmi nous, vos succès vous révéleront bientôt t^ (fùe vous valez. > En effet, Largillière possédait Unes les qualités nécessaires pour réussir dans le La nature Favait comblé de tous ses dons; la de ton oaractère remportait encore sur celle de «a visage, qui était des plus beaux. Il joignait à un trient-vrai «ne halûleté exquise dans Fart de flatter sins nuire à la ressemblance de ses modèles. Sa couleur était brillante et des plus harmonieuses; elle séduit d'autant plus que les têtes de ses portraits, sont toujours en pleine lumière. Il semble en avoir proscrit ks ombres, n'ayant recours, pour obtenir leur modelé, qu'à des demi*teintes d'une finesse qui ne se trouve que sur la palette de Rubens.

Le doute qui s'était emparé de son esprit se dissipa

bientôt. Chaque portrait qu'il produisait lui attirait

les éloges les plus flatteurs, et étendait de jour en

jour sa réputation. On ne parlait plus que de son

. babileté à peindre les dames. Sa réputation, dis-je, fut

Aussi rapide que ses grands talents le méritaient, non-

'eulement comme peintre de portraits, mais encore

^^8 l'histoire. Son tableau du Parnasse fit connaître

fl^e tous lesgenres lui étaient familiers.Dès Fannéel 686,

•7./^^i^Çu à FÂcadémie, dans la section d'histoire.

sur la prëientation du portrait historié de son ami Charles Lebrun.

Dans un pays comme TAngleterre, un homme du talent de Largillière ne pouvait être oublié ; aussi, à ravénement de Jacques II, fut-il mandé à la cour pour y peindre le roi et la reine, qui le comblèrent d'hon« neurs et de présents. Toute la noblesse lui fit les offres les ^lus brillantes pour le retenir; maia les tracasseries qui lui étaient suscitées par les artistes anglais , jointes au peu de goût qu'il avait pour les grands, lui firent tout refuser. Jamais en France il ne tenta aucune démarche pour s'approcher de la cour* Il préférait travailler pour le public. H disait que les soins en étaient moins grands, et le paye« ment plus prompt. C'est peut-être à cette disposition d'esprit qu'il dut l'étroite amitié qui l'unissait à Rigaud, son illustre rival.

Ce fiit au retour de ce troisième et dernier voyage que lui furent commandés, par les officiers de la ville, deux grands ubleaux représentant : l'un, le repas que la ville de Paris donna en 4687 à Louis XIV, en réjouissance de sa convalescence ; l'autre, le mariage do duc de Bourgogne avec Man&*Âdélaïde de Savoie. Ces deux tableaux ont été brûlés en 4793* Il reçut aussi la commande d'un tableau représentant le vœu que fit la ville, en 4 694, pendant la famine qui désolait la capitale et le pays. Cette oeuvre, destinée à l'ancienne église de Sainte^Geneviève, est, depuis sa destruction, dans celle de Saint-Etienne du Mont. Largillière y figure parmi les assistants; il y a mis Santeuil dans son habit de chanoine régulier de Saint^Yictor. Les génovéfins eu furent choqués et firent changer en une robe noire le vêtement blanc de Santeuil. Il s'en plaignit en beaux vers, et obtint la restitution de son premier cos^ tume* Les vers mêmes de Santeuil prouvent que cette

anecdote est rapportée d'une manière inexacte par DargenTille.

Ce fut aussi en ce temps que, faisant bâtir son hôtel,

U se plut à l*enrichir de ses œuvres. J'ai encore ptt

toir un délicieux petit salon tout décoré de sa main*

Cette décoration figurait des rideaux cramoisis s'ott-

vtint sur les trois faces de cette pièce, et laissant aper*

oevoir un magnifique panorama. Une rampe de pierre

tonnait les balcons, sur lesquels des perroquets, des

chits, des singes s'ébattaient au milieu des fhiits et

des fleurs. On voyait aussi, dans tous les autres appar*

tAments, des dessus de portes, des dessus de glacest

ivprésentant des attributs en rapport avec la destina«>

tion de ces pièces, le tout d'une couleur si briUantei

tftti effet si piquant et si vrai, qu'il le disputait à la

tttaro même. Il y avait réuni une collection de 4500

portraits, ainçi qu'une grande quantité de ses œuvreSi

^tre autres une Annonciation, le Jardin 4es Oliviers,

riS&trée à Jérusalem, un Portement de Groix^ une Elé*

Htion de Croix, un Cruciftment, le Dernier Soupir dtt

Christ, une Mise au Tombeau, ainsi que plusieurs

payiages, etc.

Dans toutes les productions de Largillière, ce qui hppe d'abord c'est sa touche savante et légère, ainsi <IQe le moelleux du pinceau qui, venant en aide à la richesse de son coloris, produit une harmonie qui <^&ptive« La composition de ses portraits est d'une sim» pHcité noble et ingénieuse, et toujours animée par Téian de l'àme, source première du style héroïque, ^out en eux respire le mouvement et la vie. Les critiques disent, avec quelque raison, que ses draperies, quoique légères et distribuées avec goût, sont souvent '^toiérées : c'est qu'il les exécuta toujours de souve- ^'^> et qu'il les cherchait au bout du pinceau, souvent ^^ikb sans les dessiner (quoique esclave du diodèle

msHiriniL

CHAPfTRE PftEXIES.

Apriâ^ i¥Oir vu ^a iniùi jMHÎste "^vt in TCBtoiknr.

iamOÊOU ivertL -^t Jumpr^umu e iauiçer luquei il

DM^iiiipruiieiif& ou i:aiuniuuw

CO^ le»^ {>riM:tHiâ:»^i4Uii uo>cCiiiieshaùiA&> ou& lui:» a même

ingrat de tons. Celui qui le possède a à vaincre, pour le produire, mille difficultés, puisqu'il ne peut même K faire un titre des travaux qu'il a exécutés. S'il agissait ainsi il déprécierait les oeuvres qui lui ont été confiées: la discrétion lui est imposée; c'est une de ses priAdpales qnalltéi.

Aussi, Inen longtemps, est-il tenu en charte privée par les amateurs ou marchands qui les premiers ont éprouvé son talent. Un artiste en ce genre est d'autant plus rare, qu'un homme de quelque valeur hésite longtemps avant d'accepter une position qui n'o£nri que pea de renommée et un médiocre profit. Et cependant, toute modeste qu'elle est, elle ne peut souvent échapper ttx attaques de quelques publicistes dévoués à de petitii ambitions, qui, craignant l'influence clairvoyante ^m homme utile et consciencieux, cherchent à l'a- ^indrir en niant son savoir.

Sans doute, dans cette classe d'artistes plus que dans ^ate autre (par les raisons que nous en donnons), il ^ rencontre des hommes qui ont plus d'outrecui* <^oe que de talent.

Hais en est«-il autrement dans toutes les carrières Ubrea?

Tons ceux qui se disent peintres sont- ils des Vemet? i^armi ceux qui se décorent de ce titre honorable, ^)ielques-uns ont justement assez de talent pour exé- ^ter ces tableaux-pendules que l'on peut admirer sur 1^ boulevards et dans les passages.

Un grand nombre, hélas! sont loin d'avoir l'habileté ^e main, le métier qu'exigent de semblables ouvrages. Pourquoi donc exiger que tous ceux qui exercent ^ctre profession soient gens de mérite ?

Nous avons déjà dit, dans une brochure sur l'Orga* ^ûation des musées, que la restauration n'avait pas un ^earet qui ne fût connu de tous. Nous dirons même

La r*?:>C3iinC:oB est un hkCkt q«er«K me pe«t D esise im loK tnvsQ» im kiK asrcîe«. tes artîsr

«K habiles ont fiûK liesesiiwsaafrnfsatetf!

Cest vxi xenre <fe taliene qni recismie. <.oim Me «a)Mce <ie tiaivaœL artb$tn|iieïs. mue orsanissKkHi

Pour Kussùr (fois eetfie partie <ie r»t; d fkoc «ae CBlLslL parifatte es la cmdenr et <ie Ttamoue. B fint fcnoBeer à tonte iniii^riiittaiîte, s ooMier compleCmMitt poQF je renire l'esdave du martre «{ne Ton éott «ber. ■?rs^^iijentiiieravec lut. Il Êiut qne le peintre tauraœtir. -luand il aura aoqui» la partie mécanique de Part, s^applique à la couDah^sance des dilferents pcoceiies-iiuî 'iisanaçueut les diverses eooles« ainsi qœ ceux qnt :»oat pDpres a chaque maître en p articnl ier: afin i|ue :ies retouches :se luarieat avec celles des onnrres en reparadou. Car sans ces counaissances artûsdqnes et scieutitiques uu restaurateur ne pourra, jamais arrÎTer a un ^esul^ac tout à t'ait sitisâ&isant t ï U

Cepeniiaot nous empirons tbrcement les amateurs à se livrer j. îa oounaisiïance de cet ;irt «^ui leur dericBdra d'une :^Ruiiie utilité, lorsque, tamiliartses arec ses [irifîcipes :^nerauaL et mîs ■.»ro4:e«ies^ ils pourront apprécier i i benne ou îa mauvai^^e restauration.

'IfToîci -iw :« Ï!*|^^; inis Jti 'tro^umoK itt ctMKours tpn Lebrun a r'ait . M-t-iter ju L -«ure <?•» :*uit rv.

■« Arn.'s ^ïirt; !e* arii-ie» «aruut ,* admis au v.t^'^cour*, on les oonùiiiru uads "es ûe'Hils. oùu de >*aâ»ui-«ïr de i«i ci ^iiftoni d»aiffêraysiKulr«s> et ils â«nm& obliçe» Je *ft«tiMi«>»îc»q|MntiMifr«|M!€ttr jwuut latto^^lej,

£&efet, il faut souvent un œil bien exercé pour ne pas se tromper sur le véritable état d'un vieux tableau. De plus, ce travail leur fournira Toccasion d'étendre leurs connaissances, en examinant la variété des procédés employés par les célébrités : en étudiant leur théorie, ils perfectionneront leur jugement.

Le restaurateur habile trouverait en ces amateurs studieux un appui, et nous ne serions plus témoins de Itlégèreté avec laquelle la plupart d'entre eux acceptent les artistes qu'ils emploient, et auxquels ils confient des chefs-d'œuvre souvent même sur la simple recom- OMUidation du premier brocanteur venu.

De là toutes ces récriminations qui ne sauraient atteindre ceux qui, parmi nous, ont du talent; puisfK les fautes commises sont le résultat de la légèreté tes le choix des restaurateurs, et souvent encore «Tooe économie bien mal entendue.

La restauration d'un tableau, quand elle est bien ^écutée, ajoute au charme de la peinture, tandis que daos le cas contraire, sous la main d'un restaurateur ^''^tladroit, le tableau s'allourdit et perd son aspect Nuisant.

Que messieurs les amateurs se donnent donc la

i^îoe de chercher eux-mêmes leurs restaurateurs;

^*ils les mettent à l'épreuve; quand ils auront ren»

^^<itré un homme d'un talent consciencieux, qu'ils se

' attachent par de bons procédés, et bientôt, nous en

^^mes assuré, ils aimeront et l'artiste et ses ouvrages.

Nous savons bien que nous aurons toujours contre

^^iis les maladresses qui se commettent danste mu-

^^^s; mais qui ne sait que ces sortes de travaux sont,

^^ grande partie et malgré les concours, accordés à la

Tout le monde sait aussi que tous ou presque tous ^^ emplois de ces administrations sont occupés par

des hommes complètement étrangers à la conservation des peintures qui leur sont confiées. Si parfois, au milieu de ces employés ou membres de commission, il se trouve une ou deux capacités, leur principale occupation est d'opposer une barrière infranchissable aux hommes de talent dont Tarrivée apporterait qoel«> que lumière dans le royaume des aveugles.

Le restaurateur le plus habile est celui qui ramkie l'harmonie d'un tableau avec le moins de travail pcM»iblO) ou, pour mieux dire, qui rétablit une peinture dans son état primitif sans repeindre.

L'exécution de son travail doit se renfermer là oft la maladie existe. S'il procède par l'emploi des touches peintes (4) adroitement posées, il n'est plus un restaurateur, mais un peintre plus ou moins adroit dans telle ou telle branche de la restauration.

Les amateurs ont à choisir parmi les artistes ceux qui conviennent le mieux à chaque spécialité de travail.

n existe des aptitudes de diverses catégories.

4» Les restaurateurs proprement dits, c'estoà^^ifê qui rappellent un tableau par un travail patient et réservé.

f Ceux que les Italiens appellent les restaurateurs de quadri di fabbiica*

3° Enfin ceux que nous appelons les rebouiseitrs, c^est'à-dire des restaurateurs qui, sans presque aucun principe d'art, raccordent tant bien que mal les ta«> bleaux que le petit commerce leur confie.

Gtf trois spécialités sont des talents divers que Tâ^

(I) On enteticl par todclies peintes celles qiic V(m cmiciie dans le sens des chairs ou des plis, des étoiles, en les hannonisâttt aTee rorigiflal, 6t en ftaticipafit sur les parties conservées dimu^fe.

matêtir m le marchand utilise avec fruit, lorsqu'il a BMùr. de discernement pour ne demander à chacun d'eux que des travaux qui conviennent à son genre de talent.

L'art de la restauration se divise en deux espèces de travaux distincts qui sont : les nettoyages et la peinture de restauration.

Le nettoyage en est la partie la plus importante, car de son résultat dépend la conservation ou la dé* gradation du tableau en œuvre Seuljl peut Taltérer. Un tableau peut être mal restauré sans aucun préjudice, puisqu'un coton imbibé d'essence peut en faire jus^ tice ; tandis qu^un mauvais nettoyage peut faire perdre toute la valeur d'une peinture. Cest donc cette partie de la restauration qui réclame le plus de connaissances sci^tifiques.

Nous avions ici esquissé les qualités dont doit être doné l'artiste qui s'y livre. Mais nous, restaurateur, notre autorité ne ponrrait'^elle pas élever quelques doutes? Nous l'avons compris ; aussi, avons-nous fait lea plus grandes recherches pour en trouver une. Elles sont restées sans résultat, car personne n'a écrit sur cet art.

Nous reprenions notre travail quand la pensée nous vint que Lebrun avait dû s'en occuper, lui Thomme epëcîal ! lui, qui dans une suite de petits écrits a si bien tracé les besoins et Tordre à suivre dans un mu'^ sée 1 lui, dont les œuvres resteront comme modèles ; que la mauvaise foi cherche à amoindrir tout en s%m^ parant des idées qu'il a léguées à ses successeniilt

En effet dans l'une de ces petites brochureiS hotts trouvons ces lignes (4) :

(1) Qaelqtiefl idées sor les disposiliofOs, Tarrâtigeffletit du Muséum national; par le citoyen J.-B.-P« Lebrun, peintre

«cL'opératipn du nettoyage est celle qui détruit le plus de tableaux : elle est sans contredit la plus dangereuse en ce qu'elle est indifféremment pratiquée par tout le monde. Les uns se croient assez éclairés pour la tenter et sacrifient des chefs-d^œuvre à leur présomptueuse ignorance. D'autres se vantent de posséder des secrets, et leurs essais offrent les mêmes résultats. Je me souviens d'avoir lu dans un journal de Paris, qu*un nommé Joulain, marchand d'estampes, annonçait Tusage du savon noii' comme le meilleur de tous les procédés ; tandis qu'il n'existe pas de moyen plus infaillible pour perdre les tableaux.

. Y> Disons donc qu'il n'y a pas de secrets particuliers pour nettoyer un tableau que les moyens connus, tels que l'eau-forte, l'eau seconde, l'eau bouillante, le savon noir, l'esprit-de-vin, la térébenthine, l'alcali, le vernis^ la soude; la brosse rude, le grattoir, la filasse, le coton, les doigts, l'éponge, sont les instruments dont le nettoyeur est obligé de se servir plus ou moins, soit pour le nettoyage même, soit pour enlever les repeints. Quels doivent être les dons et qualités de l'artiste qui nettoie un tableau?

^^ Une connaissance parfaite de ce quMl va toucher. Les tableaux italiens sont couverts d'une huile endurcie qu'ils ont appliquée sur leurs toiles au lieu de Ternis* Les tableaux flamands, hollandais et allemands sont recouverts de vernis, lequel a jauni plus ou moins. D'autres le sont de vernis gras. Enfin le Français couvre d'abord son tableau de blanc d'œuf qui, en se durcissai^fironge les couleurs, lorsqu'on n'a pas eu la préjcaution de l'ôter à temps et qu'il reste sous le vernis.

> %^ La connaissance de quelle espèce de crasse ou

marchand de tableaux, adjoint à la commission des arts. L'an III.

dé Attniéa s^eM; étendue sur le tableau *, si c'est la vapeur de l'eiiceDS, la fumée des flambeaux, ou celle d'une* dieminée. Il doit prendre garde si ce n'est pas le mastic employé dans les vernis qui a trop jauni, ou si le tableau a été dans un endroit humide qui en a fait chancir les huiles ou le vernis.

> 8* La connaissance très-important^, si difficile, de la minière dont chaque maître a peint, afin de partir de cette notion pour user des procédés les moins dangeretis et se mettre en garde contre la surprise des ingréâiebts qu'il emploie. Car il est possible que tel moyen dont on se sert pour nettoyer un chef-d'œuvre ^'^tn^îse un autre. Il est un autre genre d'instructioD eiiet^re plus essentiel et qui, je puis le dire, est Wltte fondamentale de cet art, c'est de savoir, pour ttfestaurateur lorsqu'il enlève des repeints ne pas lereonfondre avec le vrai du maître, ou, pour donner nh^lat passager, enlever les accords et les glacis, et fidreyenir une draperie bleue, lorsqu'il doit rester une teperie d'un ton verdàtre. H faut donc que le restau* niteor^it prouvé du talent et de la capacité dans ce (^eore; il faut encore que sa main soit légère, j'oserai ^^ presque autant que celle d*un oculiste en traitant ^"pkB délicat de nos organes. J'ajouterai que le res- ^rateur le plus renommé peut devenir le plus danl»^i^x, si sa vue vient à baisser et qu'il prenne la IK^inture vraie du maître pour des repeints, et que dans tous les cas ses travaux doivent être surveillés P^ des connaisseurs éclairés. »

Ainsi il est donc bien avéré qu'un restaurateur doit ^^e choisi parmi ceux chez lesquels l'intelligence des '^'^tres est le plus développée ; que sans cette intelligence, les tableaux, malgré les soins les plus précieux, ^ trouveraient exposés à des erreurs irréparables.

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