‹ De la conservation et dela restauration des tableauxChapitre 9 sur 51 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

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ORDOfAiiar.

■Ofrappdle Tisrnis oninnairè, celui que Ton dësigiie

inn le' nom Tvlgaire de vertiis à tableaux. Il est aîi-

jaofd'lnii d'un vsage journalier dans toute TEurope

'ttofMau'delOtts les amateurs. En donner la compo-

^éD serait superflu. Nous dirons seulement qu*il ré-

'^(0 d>ane dissolution de mastic résineux dans une

<inuithé bien proportionnée d*essence de térébenthine ;

cia peu de temps il acquiert un degré de dureté et de

Cohésion que le temps n'accroît jamais au delà du

l^int nécessaire pour qu'un frottement léger des

<toigts ne puisse Tentamer et le réduire en poussière.

Les moyens employés pour Tenlever du tableau qui

A^a reçu sont de deux sortes. — Le premier, qui est

I« plus préconisé' par les amateurs, est celui obtenu

t>ar le frottement des doigts sur ce vernis. On appelle

^etie opération dérouler,

11 est nécessaire pour faire lever la première poussière , ou autrement dire pour en rompre le poli qui ^36 cède pas toujours sous les doigts , de les passer i^ur de la résine pulvérisée, ou bien de les salir d'un )>en de cendres tamisées. Une fois le poli rompu, la ^lus légère pression le réduira tout en poudre; il ne %udra pour cela qu'un peu de patience et le soin attentif d'enlever constamment le vernis pulvérisé, ^ifin de suivre de l'œil autant que possible la peinture ^il recouvre.

Plus on approche du maître, plus aussi on doit

user de circonspection ; car le frottement de ce petit sable sur la partie découverte du tableau lui serait funeste. On reconnaît que Ton est arrivé à la pâte du maître par la différence qui existe entre elle et le vernis. La sensibilité du doigt l'indique, car il glisse sur une partie plus ferme et plus polie qui ne cède pas sous sa pression comme fait le vernis, qui se pulvérise jusqu'à ce qu'il soit entièrement extrait.

Il se rencontre sous ce dernier des rettauralions qui , ti Ton n*y porte une grande attention, sont oaiMe d*accident8, surtout quand ce nettoyage est opéré par une main peu exercée. Leur prëseuce rend le vernis moins friable (1) et exige un frottement plus appuyé, ce qui , souvent , fait attaquer les parties saines qui les environnent.

On rencontre aussi bien des fois entre la peintme et le vernis des encollages ; il faut autant que poaaible les respecter, car ils préservent la peinture, dans ce mode de nettoyage , du frottement qu'on lui ferait subir sans sa présence. Le vernis enlevé, il suffit d'un peu d'eau chaude pour faire disparaître ces encollages. «^ Il y en a de plusieurs sortes : ceux de colle de peintre en bâtiments , de poisson, de pâte , de blancs d'œufs sans mélange ou auxquels on cgoute du sucre candi; on emploie aussi la gomine, mais bien rarement.

Le second procédé est plus simple, plus prompt. H consiste dans l'emploi des spiritueux. On forme un mélange de bon esprit-de-vin et d'essence de térébenthine que l'on proportionne en raison de l'épaisseur du vernis qui couvre le tableau que l'on veut nettoyer ; la proportion de l'esprit doit ôtre au plus de moitié (S).

(1) Od les reconnoit «n ce qu'elles font perdre la blanehoor du vernis, et que ce deiiiier semble gras sous le doigt.

(2) Il y a des pcrsoimet qui l'emploient presque pur, daat de

On en diminuera la dose en raison des ménagements que nécessitent les peintures, soit par leur finesse ou délioitesse qui ont présidé à leur facture, ou bien en raison du temps de leur existence.

On imbibera un coton de ce mélange avec lequel on firottert le ternis que Ton veut détremper et enlever; et la main gauche on tiendra un coton d^essenoe imre dont on se servira pour neutraliser les effets de Tesprit en rétendant (4) ; on renouvellera ces cotons teni souvent qu'ils seront suffisamment empâtés de lemis. 11 est essentiel de ne pas tâtonner.

D fiaut attaquer franchement la partie du tableau Nr laquelle on a commencé l'opération qui en sera toujours la moins importante. En principe , moins les lk|tteurs séjourneront sur la peinture, moins aussi le Alger sera grand ; puisque en ne les laissant que Jme le temps nécessaire pour dissoudre le vernis on Be peut atteindre la peinture qui , dans les vient ta- Meàiix, est au moins six fois plus solide que ce dernier; donc il faudra six fois plus de temps pour l'inelHr. En calculant ainsi le degré de solidité de ohacme des pâtes sur lesquelles on doit opérer, rare* tteat se tronvera-t-on en défaut.

Quelle est , de ces deux opérations, celle que Ton doit préférer à Tautre? N'en déplaise à messieurs les amateurs, c'est la seconde*

Voici pourquoi :

Nous parlons ici des tableaux d'une certaine proportion, car pour les grandes machines la première est

grandes machineâ surtout. Cest )un tort, car datis ce cas elles lont obligées de recourir à remploi de Tbuile, qui, comme nous le terrons plus tard, doit leur devenir funeste , lorsqu^il s'agira dVxécuterla restauration, c'est-à-dire de peindre. (1) On autrement dit, en Tinondant de cette liqueur.

impraticable , attendu la grande quantité d'empâtements de toutes sortes qui s'y rencontrent et le temps immense qu'il faudrait y passer sans obtenir un résultat satisfaisant.

Nous disons que l'emploi des spiritueux est préférable à la pulvérisation des vernis par les doigts, parce que tout le temps de l'opération l'œil peut en suivre le travail et être arrêté à l'instant même si quelque danger vient à menacer (4).

Quelques jours après, on peut en toute assuramce reprendre son opération et l'achever sans accident, en employant toutefois des moyens plus doux.

Il n'en est pas ainsi du premier procédé : d'abord la pression des doigts fatigue les préparations, mais c^est un de ses moindres inconvénients ; son défaut capital est que l'on opère en aveugle, puisque la sensibilité du doigt seule peut vous guider. La poussière que produit le vernis dérobant à la vue* l'original , il est impossible de s'assurer si l'on ne dépouille pas le tableau dans un endroit plus que dans un autre. Ck>mment être certain de ne pas attaquer cette précieuse patine qui fait le charme d'une peinture vierge et qu'un restaurateur habile doit conserver avec un soin religieux? Certes le doigt le plus fin ne peut la distinguer.

Il est constant que le frottement de ce petit sable , si menu qu'il soit, épiderme les finesses de la peinture malgré les soins les plus minutieux, et la preuve, c'est qu'il est incontestable que tous ou presque tous les

(1) £q ce cas, on laisse sécher les liquides qui s^évaporent, sans aucun préjudice. Si au contraire on en craint les suites, et que Ton cherche à enlever ce liquide par le frottement, on risque d'entraîner avec les cotons les parties amollies de la peinture.

tableau K que nous appelons ëpidermës doivent cette maladie à ce genre de nettoyage qui use toutes les parties adhérentes aux grains de la toile ou aux fils du bois.

Arec Tesprit, un maladroit qui en altère une partie peut s'arrêter et s^abstenir, tandis qu'au contraire avec les doigts il ne s'aperçoit des dégâts qu'il a commis qu'après avoir peut-être altéré le tableau dans toutes ses parties.

L'emploi des spiritueux est donc bien moins redoutable qu'on ne le suppose vulgairement, puisqu'on en neutralise facilement l'action et qu'on agit sur un corps plus ou moins solide. Le danger est dans le tâtonnement; l'assurance donne le succès. L'amateur ijtn fW)ttaille une petite place de son tableau avec de jietits cotons, prenant toutes ses petites précautions pour des soins qui lui assurent une réussite certaine , se trompe; car son opération terminée, il aura trop nettoyé par places, pas assez dans d'autres, et aura ainsi désharmonisé son tableau.

Il faut dans ce travail voir l'ensemble de l'œuvre à laquelle on fait subir un nettoyage. Que la partie sale serve de guide aussi bien que celle nettoyée ; que l'œil ne perde jamais de vue aucune des parties du tableau, sans quoi , je le répète, on détruira son harmonie , et pour la rétablir on se trouvera forcé de nettoyer sa peinture jusqu'au fond , ce qui est toujours un grand tort.

Nous avons été souvent témoin des fureurs dans lesquelles entrent certains amateurs contre l'emploi de l'esprit-de-vin dans les nettoyages ; pour eux un tableau que les spiritueux ont touché est un tableau perdu.

Le. nettoyage par les doigts est chi;z eux seul admis ; mais pour faciliter cette opération, ils emploient plu-

sleiirs drogues quUls laissent plus ou moins séjourner sur leur tableau afin d*en faire blanchir le vernis : entre autres, celle qui est le plus généralement adoptée est Teau- de-vie.

En vérité , on conviendra que ceux-là Jouent étrangement sur les mots. Quelle différence y a-t-il donc entre Teau-de-vle et resprît-de-vin étendu d'une substance qui le remet au même degré de force que leur liqueur ? Quoi ! de Tesprit qui s'appelle eau-de-vift pourra séjourner cinq minutes sur un tableau sans danger, tandis que celui qui s'appelle esprit-de-vin mitigé ne peut y rester deux minutes sans le perdre? L'expérience même qu'ils font subir aux peintures qu'ils veulent dérouler est la meilleure preuve que nous puissions donner de Tefficaclté du procédé que nous avons adopté et que nous conseillons , en tant toutefois que Ton sache s'en servir.

Ces procédés ne peuvent être employés indifféremment que pour dégager un tableau du vernis ordinaire qui se rencontre presque constamment sur tous les tableaux restaurés depuis une quarantaine d'années, mais principalement sur tous les tableaux français ou flamands modernes ou de la fin du siècle dernier, car rarement ils ont reçu du vernis d'une autre nature.

La plus grande prudence doit guider pour les tableaux modernes, car souvent (comme nous le ferons voir plus tard en parlant des craquelures) la pâte de ces productions est plus tendre que le vernis lui-même. Dans ce cas il faut absolument se servir des doigts.

La peinture de nos derniers maîtres , quoique ayant plus de consistance , n'en réclame pas moins des soins attentifs , car elle n'est pas encore arrivée à l'état d'émail , et s'amollit par conséquent en peu de temps. Puis ces tableaux , comme ceux de nos jours , ont été

vernis souvent beaucoup trop tôt, le vernis en a pénétré la peinture et a fini presque par faire corps avec elle.

On en rencontrera des exemples dans les tableaui: de Prud'hon , de Greuze , etc. Ces maîtres réclament d^autant plus les soins d*une main très-eiercée, que les glacis et les demi- pâtes ont été constamment employés par eux.

Prud'hon surtout appelle la plus grande attention ; sa peinture a peu de corps. De légers glacis brillants harmonisent ses empâtements. Ses clairs-obscurs euxmêmes sont obtenus par de petits moyens, quoique personne plus que lui n^ait compris la simplicité dans les grandes masses , ainsi que les grands effets ; qualités éminentes qu'il doit à de longues méditations. Prud'hon a beaucoup étudié le Gorrége , mais il ne Voulut jamais le copier. Il chercha seulement à pratiquer, en conservant son individualité , les procédés mécaniques qu'il croyait être ceux de ce maître.

n séjourna longtemps en Italie, mais il s'y livra peu au travail manuel. Un jour l'auteur des Lettres d'un Danois lui demandait quel était l'objet de ses études dans ce pays : a Je m'occupais à regarder et à admirer les chefs-d'œuvre w lui répondll-il. Aussi , rien d'Italien ne se fait remarquer dans ses tableaux. Seulement on peut croire que l'observation attentive des chefs-d'œuvre antiques , grecs et romains , la noble simplicité de leurs contours, la pureté de leur dessin , ont eu sur son talent une heureuse influence.

Les mêmes recommandations s'appliquent à Greuze, quoique sa pâte soit plus ferme ; car quelqu*habile que semble sa peinture , elle n'en est pas moins très-péniblement exécutée.

n revient sans cesse par des retouches sur des tons locaux 9 soit par des empâtements , soit par de légers

firottis dont lui seul a le secret. En étudiant ses meil-

leures productions , remarquez-y de ces tons bleuâtres et laqueux frottés avec une adresse, nous dirons même avec un bonheur vraiment merveilleux. Voyez ses draperies blanches, elles sont presque toujours glacées par un ton rompu qui les harmonise admirablement avec ses chairs.

Tels sont les maîtres que nous posons comme types du nettoyage ; qui , dans leurs productions , ainsi que celles analogues , réclament une étude spéciale que Texpérience et une grande habitude peuvent seules faire réussir sans dommages.

Les deux procédés indiqués dans ce chapitre doivent y être employés alternativement , selon que les frottis et demi-pàtes du maître seront plus ou moins légers.

Ici s'arrêtent nos conseils , le reste ne pouvant se décrire , l'observation et le travail seuls pourront l'enseigner. Mais puisque nous venons déparier de Greuze, nous allons communiquer à nos lecteurs ce que nous avons recueilli sur sa vie privée, car encore aujourd'hui elle est peu connue.

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