RIRE
Les suites opératoires de l’invagination furent parfaites. Mais, le 26 février, 10 jours après l’intervention, alors que l’on s’apprêtait à laisser la mère ramener son enfant, celle-ci fit une crise convulsive, puis resta en état de contraction pendant deux heures. Le lendemain matin, l'enfant est somnolente, ne prend plus le sein, vomit. La température est à 37°. Le 28 janvier, elle a une nouvelle crise convulsive dans la nuit. L’on trouve les fontanelles un peu tendues, une contracture de la nuque, un Kernig, un léger strabisme, des signes de paralysie faciale gauche, Une cuti-réaction et une ponction lombaire sont pratiqués. La cuti est fortement positive. La ponction lombaire révèle "un liquide clair hypertendu où l’examen cytobactériologique révèle 55 lymphocytes par mm° sans BK. décelable, l'examen chimique, 6 g. 4 de chlorure, 0 g. 69 de glucose. On frictionne l'enfant à l’onguent napolitain; elle finit par mourir. On apprit ensuite par le médecin qu’il s’agissait d’une enfant à antécédents familiaux très chargés, fille d’éthylique et élevée dans un milieu très contaminé par le B. K.
OBSERVATION N° VI (Docteurs Riou et BrANCHI, inédite)
M. Emile Le... 17 ans, sourd-muet et aveugle, en pension à l’établissement de la Persagotière est envoyé à l’'Hôtel-Dieu le mardi 22 mars 1938, à 18 heures, pour « colite ».
Cet adolescent est accompagné de l'infirmière de la Persagotière. Grâce à cette infirmière, on apprend lhistoire suivante : 4 jours auparavant, le samedi matin, ce jeune homme a été pris de douleurs abdominales qui se sont renouvelées de quart d'heure en quart d’heure ce jour-là et sont devenues plus rares les jours suivants. Le
EN y)
malade n’a jamais vomi. Il n’a pas présenté d'arrêt des matières et de gaz ; bien au contraire, depuis quatre jours il présente plutôt de la diarrhée. Il rend 5 à 6 selles par jour, liquides. De plus, il a présenté trois hémorragies intestinales de sang rouge que l’infirmière a nettement constatées.
A l'examen d’entrée à l’Hôtel-Dieu, M. Aversenc, interne de garde, trouve un abdomen légèrement météorisé un peu partout, tympannique, douloureux. La température est à 37°, le pouls à 90 bat bien. L'état général n’est pas inquiétant. Il met en doute le diagnostic de colite avec lequel est envoyé ce jeune homme, mais ne peut affirmer de quelle sorte d’affection il s’agit. Il appelle le Dr Riou qui passait à ce moment devant la salle d'urgence. Celuici, tandis qu’on lui raconte l’histoire du malade, palpe l’abdomen et sent avec une netteté parfaite derrière la paroi abdominale, dépressible, une tumeur allongée dans la fosse iliaque gauche.
Au toucher rectal : rien d’anormal. On affirme le diagnostic d’invagination intestinale devant l’interne de garde étonné et on lui fait palper la tumeur.
Le malade est conduit à la Radio. Un lavement baryté remplit rapidement rectum et sigmoïde, s'arrête au côlon descendant où se dessine une image en cupule. Sous l’effet du lavement l’on voit la désinvagination se produire jusqu’à l’angle splénique avec une image assez nette, en cocarde, à ce niveau; peu après un temps d’arrêt, la désinvagination progresse au niveau du côlon transverse jusque vers son milieu à peu près. Dès lors la désinvagination ne progresse plus.
Le Dr Bianchi, chirurgien de garde prévenu, opère le malade ; sous anesthhésie au schleich, il pratique une laparotomie médiane para-ombilicale, tombe aussitôt sur la tumeur d’invagination qu’il lui est facile de réduire
par expression ; l'intestin malgré l’ancienneté de l’invagination n’était pas bien malade.
Soins post-opératoires : sérum physiologique, 300 ce. sérum hypertonique intra-veineux à 20 %, 20 ce. Suites opératoires excellentes. Sortie le 5 avril.
Deuxième groupe
Nous avons réuni ici quatre observations de jeunes enfants envoyés par leur médecin à l’Hôtel-Dieu avec le diagnostic d’invagination intestinale, en raïson de douleurs abdominales, de melæna, parfois de vomissements; mais où la palpation de l’abdomen ne révélait aucune tumeur d’invagination. Le lavement baryté pratiqué sous écran, sans avoir jamais montré d'image typique d’invagination, remplissait tout le côlon, injectait parfaitement le bord externe du cæcum et trois fois sur quatre l’intestin grêle. L'évolution a confirmé la clinique et l'examen radioscopique : il ne s’agissait pas d’invagination (une seule réserve, c’est qu’il se fût agi d’invagination intestinale spontanément réduite).
OBSERVATION N° VII (Docteur Riou, inédite)
L'enfant, Arlette P.., 3 ans, est envoyée à l’Hôtel-Dieu le 11 février 1938 vers 20 heures, par son médecin, le Dr Gerbault, pour invagination intestinale. C’est le même médecin qui, trois semaines auparavant, fit opérer à la sixième heure, l’invagination intestinale de l’observation N° V.
En interrogeant la famille, on apprend que cette enfant n’était pas tout à fait bien portante depuis près d’une huitaine de jours. Elle était grognon, présentait de la diarrhée, avec des émissions de glaires. Le 11 février, l’enfant a présenté une selle où du sang rosé se mêlait aux matières verdâtres. Mais, pas de vomissements, pas de crises douloureuses typiques. Le Dr Gerbault, appelé, a vu les matières suspectes et, pratiquant un toucher rectal, ramena aussi des matières striées de sang. Aussi, a-til envoyé la petite malade à l'Hôpital.
À son arrivée, l’enfant ne paraît pas dans un état alarmant. Pas de crises douloureuses, pas de pâleur, pas de vomissements. Température 36°5. Le pouls est bon.
A l’examen, la palpation ne révèle pas de boudin d’invagination, le toucher rectal ne ramène pas de sang.
On doute fort du diagnostic d’invagination ; on penche plutôt pour celui de gastro-entérite et l’acte opératoire est différé.
Pour plus de sûreté, le chirurgien pratique un lavement baryté sous contrôle radioscopique. Celui-ci injecte bien, sans image caractéristique, tout le côlon jusqu’à liléon.
L'enfant est mise sous surveillance avec mission à la Sœur de garde de prévenir l’interne si elle était prise de crise douloureuse ou avait des vomissements. La petite malade repose bien toute la nuit ; le lendemain, l’état ne s’est pas modifié. Elle quitte l'hôpital le surlendemain et depuis se porte très bien.
OBSERVATION N° VIII (Docteur Riou, inédite)
A. B.. est un petit garçon de 3 ans, demeurant à Nantes au Pont-du-Cens, envoyé à l’hôpital le 18 août 1938 pour invagination intestinale possible.