TITRE IL
Du territoire des Espagnes , du gouvernement et des citoyens espagnols»
Le chapitre premier traite du territoire espagnol. Ici on fait une longue énumération de toutes les provinces d'Espagne, y compris toutes les îles et toutes les possessions d'outre-mer. Sans doute il faut suppo-
( 9 ) ser ici que leurs habitans étoient aussi convenus entre eux de sortir de l'état dénature , dejaire un contrat social , et de choisir pour chef de leur pouvoir executif, tantôt un général visigoth , et tantôt un Arabe ; tantôt un comte d'Aragon ou de Castille, redevenu indépendant ; tantôt un archiduc d'Autriche, et tantôt un prince de la Maison de Bourbon 5 et que tout cela s'est passé sans que ces chefs leur aient jamais demandé leur consentement, et même sans que les Cortès s'en soient jamais embarrassés. Mais la division1 naturelle de ce territoire, d'après l'époque où il fut acquis, ou d'après les titres de son acquisition , déplaît déjà aux philosophes. Il sera , dit l'auteur , dressé une division plus convenable (art. 11 ) , ï
c'est-à dire une division mathématique qui effacera toute dénomination historique , tout souvenir des anciens propriétaires , tous les droits et privilèges des habitans eux-mêmes , division en pachalîks militaires ou en diocè.-es maçoniques et philosophiques , destinés à disperser la société en atomes , à surveiller les prétendus citoyens, on à administrer les nouveaux fidvles jusque dans les dernières ramifications. On fait l'honneur à la religion de lui vouer un chapitre composé d'un seul article , qui déclare que la religion de la nation espagnole est la religion catholique , apostolique et romaine , la seule véritable , et que la nation prohibe l'exercice de toute autre. Il paroît que cet article n'est entré dans la Constitution que pai • contrebande, ou pour servir de passeport à la partie prétendue, philosophique ; car, s'il étoit authentique , s'il de voit réellement être observé, il s'ensuivroit nécessairement que la Constitution est fausse
( io) et qu'elle doit elle-même être prohibée comme contraire à la religion , soit dans la doctrine sur laquelle elle repose, soitfdans son organisation opposée à Tordre naturel et divin des rapports sociaux , soit même dans ses dispositions principales , comme nous aurons occasion de le prouver ailleurs. Dans le chapitre M, du Gouvernement , après les phrases ordinaires sur le Lut de toute! société politique , il est dit ( art. i4 ) : « Le gouvernement de la nation espagnole est une » monarchie tempérée héréditaire. » Elle l'étoit effectivement autrefois , et s'il plaît à Dieu elle le sera à l'avenir. Mais d'après la Constitution il eût été plus exact de dire : Le gouvernement de la nation espagnole est une coterie de philosophes investie du pouvoir absolu , et cpii a fait du roi légitime son premier commis. Ensuite on fait parade de la distinction des pouvoirs législatif, exécutif et judiciair«1 , quoiqu'il soit facile dé démontrer que celte distinction , ou méthode de classification, est impraiicable, que dans la réalité elle n'a jamais eu lieu ; que ces trois prétendus pouvoirs ne sont que diverses émanations de la même faculté , et qu'ils sont essentiellement unis par leur nature , comme la volonté , l'action et le jugement le sont dans la même personne , quelle que soit la fonction à laquelle elle est appelée.