INSTRUCTIONS SUR L’USAGE DU MICROSCOPE DIOPTRIQUE COMPOSÉ
L’usage pratique du microscope s’acquiert bien plus facilement lorsqu’on est dirigé par une personne habile à s’en servir, ainsi que par l’étude particulière et l’expérience personnelle , que par l’observation de plusieurs règles qui, en conséquence de la nature du sujet, doivent nécessairement être imparfaites. Nous devons, au surplus, prendre en considération les dispositions diverses de l’instrument, les propriétés différentes des lentilles, la dextérité et les facultés de l’observateur, ainsi que la variété des objets sur lesquels portent les observations microscopiques. Tandis que quelques personnes emploient le microscope uniquement pour se récréer ou tout au plus pour observer les formes variées des objets, d’autres cherchent à démontrer le but de ces formes en découvrant les principes et les lois qui les gouvernent. Ce n’est qu’autant que ces deux classes d’individus continuent à être de simples observateurs, que la manière de faire usage de l’instrument est invariable ; car dès qu’on tente de chercher la cause du fait observé, il faut aussitôt adopter une nouvelle disposi-
tion de l’objet , et comme, dans ce cas, on ne peut donner que des renseignements généraux , il est très important de se bien familiariser avec l’instrument , d’être très ingénieux et persévérant, et d’avoir cette sûreté de vision qu’une longue pratique peut seule procurer.
Dans les pages suivantes, nous ne pourrons donc donner nos renseignements que d’une manière générale, nous proposant, dans ce chapitre, d’indiquer simplement les règles que l’on doit suivre pour conserver et disposer le microscope , pour l’éclairage et la préférence à donner aux grossissements, et pour le choix, la préparation, l’observation et la description de l’objet; en dernier lieu, nous traiterons de la mesure , du dessin et de la conservation des objets.
Les personnes qui possèdent un microscope et en font usage, doivent surtout veiller à sa conservation , et réellement, l’état dans lequel un observateur maintient son appareil, peut être considéré comme un indice de la manière dont il dirige ses observations. Lorsqu’un microscope sert continuellement , il vaut mieux ne pas le démonter ; on peut le garantir de la poussière, etc., en le couvrant d’une cage de carton ou de bois mince sur les joints de laquelle on collera du papier. Quoiqu’un cylindre de verre orne davantage , il est plus exposé à des accidents et n’empêche pas l’action nuisible des rayons solaires directs.
L’instrument sera tenu à l’abri de l'humidité, des chocs ou commotions violentes qui pourraient déranger le centrage des lentilles. Il est moins facile de préserver les lentilles de la poussière ou des traces des doigts. On enlève la poussière d’abord avec un pinceau doux de poils de chameau ; s’il devient nécessaire de nettoyer les verres, sur-
tout lorsqu’ils sont humides ou salis par le contact des doigts, on pourra faire usage d’un morceau de linge fin qui • ne soit pas trop usé, de crainte que les brins de fil n’adhèrent à la lentille et ne troublent l’observation. La peau souple n’est pas aussi bonne , parce qu’elle devient raide quand elle a été mouillée et que les corps étrangers , par exemple des grains de sable, s’y attachent aisément et raient les lentilles lorsqu’on les nettoie. Il est encore plus mauvais d’employer à cet usage de la soie, qui laisse souvent sur le verre une légère couche grasse. Il est bon de nettoyer les lentilles en conduisant la main circulairement , de manière que si, par une cause quelconque, on les raie, les traits soient concentriques à la circonférence du verre, ce qui est moins nuisible que lorsqu’ils traversent le centre. Si la lentille était ternie, on pourrait la nettoyer avec un peu d’essence de térébenthine (1); mais il faut s’en servir rapidement pour qu’elle ne pénètre pas entre les deux verres qui composent la lentille , lorsqu’ils sont collés avec le baume de Canada. Quand on a employé des agents chimiques, particulièrement ceux qui pourraient attirer de l’humidité sur l’objectif, il faut nettoyer les lentilles immédiatement après l’observation. Sous ce rapport, l’acide hydro-sulfurique attaque fortement le flint-glass qui contient une grande quantité de plomb et dont la surface plane est en dehors dans nos objectifs achromatiques ; il faudra donc éviter de laisser un microscope dans un laboratoire de chimie. Lorsque, pendant l’hiver, on transporte le microscope d’une chambre froide dans une pièce chaude, et qu’il se couvre d’humidité, il est préférable, ou d’attendre que l’humidité
(1) L’alcool absolu est bien préférable.
se soit dissipée ou de tenir l’instrument devant le feu pen- * dant quelques moments, plutôt que de nettoyer tout l’appareil. En général, il vaut mieux éviter des nettoyages trop fréquents, moins nécessaires pour l’objectif parce qu’il est dirigé en bas et ne se salit ordinairement que faute de soins et lorsqu’on place l’objet sous la lentille; l’oculaire, tourné vers la partie supérieure, est sali plus aisément par le contact des cils.
Ce que nous avons dit des lentilles est également applicable aux lames de verre sur lesquelles on place les objets, et aux lames minces. Celles-ci seront nettoyées, quand cela deviendra nécessaire, avec delà batiste fine humectée d’eau ou de térébenthine (1); il faut aussi avoir soin de les bien nettoyer lorsqu’on y place l’objet soumis à l’observation. Comme ces lames ne sont pas d’un prix élevé, il ne faut pas se servir long-temps des mêmes verres, parce qu’on les raie avec facilité en les nettoyant. On essayera les nouveaux verres avant de s’en servir, pour reconnaître s’ils sont rayés ou autrement altérés, ou bien si quelque substance étrangère est attachée au verre ou à l’objet qu’on examine, parce que, dans ce cas, ils ne se trouveraient pas au même foyer. En tournant l’oculaire ou l’objectif sur son axe pendant l’observation, le mouvement fera reconnaître la position exacte de la poussière ou de la raie.
Plusieurs observateurs se servent toujours du microscope dans la position verticale, d’autres dans ia position horizontale. La préférence est déterminée par l’habitude. Si l’instrument est employé verticalement, il faut qu’on
(1) L’alcool absolu est bien préférable.
se tienne debout pendant l’observation; il en résulte qu’une personne qui travaille pendant plusieurs heures consécutives, sera exposée à éprouver une fatigue générale et plus particulièrement de la douleur dans les muscles du cou et de l’oppression à la poitrine ; on prétend aussi que le fluide lacrymal peut tomber à la surface antérieure de la cornée, et qu’en s’accumulant en plus grande quantité il trouble l’observation ; cette objection est peut-être plus théorique que réelle. Quand on se sert du microscope dans la position horizontale, on a l’avantage de pouvoir s’asseoir pendant qu’on fait les préparations ainsi que durant les recherches; les mouvements de la main seront aussi plus surs, parce que le coude peut porter sur la table ; cette position est encore la plus commode lorsque l’observateur veut dessiner un objet à la chambre claire; mais la puissance de l’éclairage est peut-être un peu moins grande que dans la position verticale, car il faut employer un prisme quand le tube du microscope est coudé.
Lorsqu’on est sûr que l’instrument est en bon état, il faut avoir soin d’ajuster exactement toutes ses parties. La table sur laquelle il repose doit être bien assise, pour que les secousses ne puissent lui imprimer aucun tremblement, ce dont on s’aperçoit très facilement pendant l’observation, car il suffît qu’une personne se promène dans la chambre pour que le mouvement de l’objet placé sous le microscope n’échappe pas à un observateur attentif. La surface de la table doit être horizontale, ou bien le microscope sera placé horizontalement, soit en le nivelant par un procédé quelconque, soit au moyen des vis calantes lorsque l’instrument en est muni ; autrement, les objets suspendus dans un li-
quide, suivront la loi de la gravité et parfois disparaîtront entièrement du champ de vue. On comprend , sans doute , que la table sera d’une hauteur convenable à l’observateur, qu’il soit assis ou debout, de manière que ses mouvements ne soient pas gênés et que la position ne le fatigue pas. Il est bon d’avoir une table particulièrement destinée à recevoir le microscope et les autres appareils.
L'éclairage peut être produit par la lumière du jour ou par une lumière artificielle. Si l’on se sert de la première , la croisée qui éclaire la pièce où se trouve placé le microscope, devra de préférence être exposée au Nord, parce qu'on obtient ainsi la lumière la plus constante et que l’observateur n’est pas incommodé par les rayons directs du soleil. Il serait à peu près inutile de fermer les volets des autres croisées et de ne donner accès qu’à la quantité de lumière qui peut tomber sur le réflecteur, de façon que la pupille soit plus dilatée et reçoive un plus grand nombre de rayons; ajoutons que si la pièce n’est pas convenablement éclairée, on est gêné pour préparer et dessiner l’objet que l’on étudie. Afin de garantir l’objet contre la lumière réfléchie, on pourra fixer un écran devant la platine et l’objectif. L’horizon devra être aussi libre qu’il sera possible et ne présenter ni construction élevée et surtout de couleur sombre , ni des objets qui se balancent devant la croisée. D’après mon expérience, un ciel à nuages blancs fournit la meilleure lumière ; il y a peu de personnes qui préfèrent un ciel bleu pur. Si le ciel est bleu et traversé de temps à autre par des nuages blancs, l’observation est troublée, parce que l’éclairage change à tous moments. Par un temps couvert, la lumière est généralement insuffisante. Il ne faut jamais avoir recours à la lumière directe du soleil ,
si ce n’est pour étudier certains corps moins transparents, et alors même, n’en faire usage que pendant quelques instants. La vive lumière du soleil fatigue les yeux; on a cherché à combattre cet inconvénient en adaptant des verres colorés (bleus ou rouges) à l’oculaire ou sur l’objectif; cette lumière rend parfois invisibles des objets très transparents et produit des apparences de stries et de flammes tremblottantes , encore plus prononcées lorsque l’objet n’est pas parfaitement immobile; il arrive aussi que par l’effet de la diffraction, les corps se montrent entourés de franges irisées. Un bon nombre d’erreurs anciennes et même modernes, sont dues à l’usage d’une vive lumière solaire. Goring a conseillé de recevoir les rayons directs du soleil sur un miroir recouvert de plâtre à mouler ou de papier blanc qui les réfléchit ensuite sur l’objet ; mais on n’obtient pas de meilleurs résultats par ce moyen qu’à l’aide de la lumière ordinaire. Les rayons solaires peuvent, au contraire, être employés quelquefois pour étudier des corps opaques moins fortement amplifiés, ou ceux qui ont des couleurs foncées et brillantes.
Quand on se sert de la lumière artificielle, il faut employer de préférence une lampe d’Argand, dont la flamme est bien blanche et immobile ; la bougie ou la chandelle présentent des inconvénients, parce que la flamme ne brûle pas sans osciller et que la chandelle s’use pendant l’observation, en sorte qu’il devient nécessaire de changer constamment la position du réflecteur ou celle de la bougie. J’ignore si la flamme du gaz liquide est applicable aux recherches microscopiques. Il est inutile de se servir de plus d’une flamme, car le réflecteur ne peut être dirigé que vers une seule lumière à la fois. La lampe sera placée de
telle manière que les distances du miroir à celle-ci et à fobjet, soient à peu près égales.
Au surplus , je dois conseiller à mes lecteurs de ne pas faire usage de la lumière artificielle, bien que je sache que plusieurs observateurs distingués font toutes leurs recherches le soir. La lumière artificielle fatigue l’œil bien plus que celle du jour; elle est moins fixe, et souvent il en résulte une apparence de tremblement dans les objets soumis à l’étude ; en outre, les couleurs ne sont plus apparentes, et personne, assurément, ne niera que les recherches anatomiques ne présentent de plus grandes difficultés le soir que durant le jour. Je ne donnerai la préférence à la lumière artificielle que dans le cas où l’on observe des objets opaques, colorés profondément, des préparations injectées, par exemple, et surtout quand on a recours à une puissante amplification. Le conseil donné par Griffith, de faire passer la lumière d’une lampe, dont le jaune est ordinairement la couleur prédominante, à travers un verre teint de la couleur complémentaire, afin de produire de la pure lumière blanche , ce conseil est aussi mauvais, au point de vue théorique, que l’idée émise par Brewster, d’employer une lumière homogène ; il manque d’exactitude pratique. Quand l’objet est opaque, on ne se sert pas du miroir réflecteur, si ce n’est avec leLieberkuhn ; dans tous les autres cas, l’objet doit être observé à la lumière réfléchie dont on augmentera l’intensité par les moyens déjà indiqués. Fait-on usage de la lentille de Selligue, on aura le maximum de lumière en tournant le côté plan vers la lumière et le convexe vers l’objet, lorsque la lentille est piano-convexe. Pour l’éclairage artificiel, la lumière doit être placée très près de la lentille.
D’un autre côté, si on se sert de la lumière transmise, le miroir réflecteur devra être dirigé plus ou moins obliquement vers l’objet d’où elle émane, et l’on trouvera facilement alors le maximum d’éclairage en faisant exécuter divers mouvements au miroir. Lorsqu’on emploie la lumière naturelle, ce que nous considérons comme constant dans les remarques suivantes , on trouve la lumière qui éclaire le champ de vue tantôt plus forte et rougeâtre, tantôt plus faible et tirant davantage sur le bleu. En général, aucune de ces lumières n’est convenable aux observations ; il faut que le miroir soit placé de manière à fournir de la lumière blanche; afin d’y parvenir, il est souvent nécessaire de le tourner un peu sur le côté ; cette disposition est encore utile lorsqu’un objet placé devant le miroir empêche l’accès de la lumière. Pour obtenir un bon éclairage, le réflecteur doit être tantôt rapproché, tantôt éloigné de l’objet, pourvu toutefois que la structure du microscope permette ce mouvement de va et vient.
Nous avons déjà examiné les moyens qui permettent d’augmenter et de diminuer l’éclairage à l’aide d’un diaphragme. Si le diaphragme n’existe pas, ce qui n’arrive presque jamais avec les instruments modernes, il faut changer la position du miroir ou bien y projeter de l’ombre avec la main. Quoiqu’il soit moins commode de procéder ainsi que de changer les ouvertures du diaphragme, il est pourtant plusieurs circonstances où cette manœuvre peut être préférée avec avantage ; quelques personnes remuent constamment le miroir pendant l’observation pour placer l’objet dans des. éclairages variés et surtout afin de l’éclairer d’un côté tandis que l’ombre tombe sur le côté opposé ; on peut également obtenir ce résultat avec le dia-
phragme, lorsqu’on n’emploie que la moitié d’une ouverture. Le plus grand nombre des observateurs laisse en même temps le miroir dans la même position, une fois qu’il est convenablement disposé ; il faut alors veiller à ce que les vis sur lesquelles pivote le miroir ne se relâchent pas, de peur que la position ne varie tandis que l’on observe. Quand on change l’éclairage, il est quelquefois nécessaire de modifier légèrement la distance entre l’objectif et l’objet.
Relativement au choix du grossissement convenable , j’ai déjà plusieurs fois conseillé l’usage des oculaires faibles et des objectifs puissants , parce qu’ainsi on obtient une meilleure image qu’avec le procédé inverse. Les objectifs sont ordinairement construits avec plus de précision que les oculaires, et bien que l’image formée par l’objectif puisse être amplifiée lorsqu’on la regarde à travers l’oculaire, elle ne devient ni plus lumineuse ni plus nette. Les commençants se trompent souvent sur ce point, parce qu’il est plus commode d’avoir une grande distance entre l’objet et l’objectif, soit au moment où l’on place l’objet sur la platine, soit durant l’observation, en employant un puissant oculaire et un faible objectif ; il peut aisément arriver que l’objectif vienne en contact avec la lame sur laquelle se trouve l’objet, et que ce dernier soit déplacé en même temps que la lentille sera ternie. Quand l’oculaire est très puissant, sa surface devient trop peu étendue pour embrasser toute l’image formée par l’objectif, car la largeur du champ de vue et l’intensité de l’éclairage décroissent avec les diamètres de l’oculaire et de l’objectif ou suivant le grossissement dont on fait usage. Il est donc préférable pour les commençants, de choisir un objectif plus faible et de s’en
servir à rechercher l’objet et à le conduire au centre du champ visuel ; ils le trouveront ensuite avec beaucoup plus de certitude au moyen des lentilles plus puissantes. Le praticien plus exercé peut certainement recourir de suite au grossissement qu’il croit le mieux approprié à l’observation.
En général, on doit avoir soin de varier le grossissement le moins que l’on pourra, et quand cela sera possible, l’observateur devra toujours se servir du même microscope, parce qu’il est plus facile de se familiariser ainsi avec la disposition de l’instrument et les qualités des lentilles, et de reconnaître la combinaison d’objectifs et d'oculaires qui donne la meilleure image; mais, surtout, on peut déterminer plus rapidement la véritable grandeur de différents objets , et, en même temps , il est plus facile de démontrer leurs proportions à d’autres personnes , lorsqu’on ne se sert que d’un ou de deux grossissements pour les dessiner. Il n’est pas rare de rencontrer sur une même planche des objets dessinés sur des échelles diverses, quoique la différence soit peut-être fort peu sensible , et il en résulte que la comparaison de la grandeur des objets présente beaucoup de difficultés. En résumé, deux grossissements suffiront : l’un plus faible, l’autre plus fort. On peut adopter, pour le plus faible, un grossissement linéaire de 20 à 50 diamètres ; pour le plus fort, un grossissement linéaire de 300 à 400, et au plus de 500 diamètres. Cette amplification est employée par les meilleurs observateurs ; il en est un bon nombre dont les recherches gont généralement faites avec un grossissement de 300. Une forte amplification n’a pas autant d’importance qu’une image pure et nette. De très hauts pouvoirs de mille fois ou plus,
produisent très fréquemment une mauvaise image, en partie à cause de la faiblesse de la lumière , en partie parce que les contours des objets ne se montrent pas avec assez de netteté; il est bien rarement nécessaire d’avoir recours à d’aussi hauts pouvoirs pour examiner les parties les plus délicates des objets.
Nous avons déjà parlé des diverses combinaisons des objectifs avec les oculaires, et nous verrons tout à l’heure que éhacun doit calculer le pouvoir pour lui-même. Afin d’augmenter ce pouvoir, on peut, soit changer l’oculaire ou l’objectif, soit les deux, soit allonger le tube du microscope ; mais, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, bien que l’image augmente lorsqu’on emploie le dernier procédé, il en résulte une diminution de la lumière, du champ de vue et de la netteté de l’image. On devra donc y avoir recours très rarement.
La préparation de l’objet soumis à l’étude exige la même précision et la même dextérité que les dissections anatomiques; le succès des recherches dépend du soin que l’on apporte à la préparation, et ce n’est que dans des cas fort rares que l’on peut s’en dispenser. Mais le grand nombre des corps aussi bien que les dispositions individuelles, s’opposent à ce que l’on puisse établir autre chose que des règles générales pour la préparation des objets, et il adviendra souvent que l’on emploira beaucoup de temps et plusieurs procédés avant de découvrir celui qui permettra d’analyser bien nettement la structure des différentes parties. D’un autre côté, deux ob~ servateurs peuvent arriver au même résultat par différentes méthodes, et chacun d’eux estimera que son mode de préparation est le meilleur
Il faut d’abord reconnaître si l’objet se prête aux recherches microscopiques. Nous n’avons pas seulement en vue les cas dans lesquels le microscope ne peut nous fournir des caractères plus prononcés que ceux que nous apercevons à l’œil nu , non plus que ceux où le microscope en fournit moins encore, parce que les différences qui peuvent exister moins dans les parties élémentaires que dans leur disposition , disparaissent fréquemment sous le microscope, quoiqu’elles soient visibles à l’œil nu. Nous entendons parler ici de ces influences extérieures qui font que les objets se montrent à nos yeux dans des conditions qui ne sont plus normales. Actuellement, nous poserons comme règle de ne jamais soumettre au microscope un corps qui n’est pas parfaitement frais, au moins pour le premier examen. Il est certain que l’observateur devra être bien familiarisé avec les changements que détermine la mort et l’influence des agents externes (l’air, l’eau, le froid, etc.). Nombreuses sont les erreurs qui se sont glissées dans la science, parce que les observateurs ont fait un mauvais choix de matériaux et ont observé et décrit des formes qui avaient cessé d’être normales. Il ne faut pas oublier non plus, que tandis que plusieurs parties des animaux et des plantes conservent long-temps après la mort les formes naturelles et la disposition des parties élémentaires, et peuvent en conséquence servir à la fois aux recherches anatomiques et microscopiques, il en est d’autres, surtout dans le règne animal, chez lesquelles, au contraire , la forme et la disposition se montrent sous des conditions qui nous permettent à peine de former des conjectures relativement à leur état naturel. Je rappellerai seulement à ce sujet, les recherches relatives à la
rétine , et les opinions erronées sur la structure de cet organe , nées pour la plupart du mauvais choix de l’objet.
Les règles essentielles pour la préparation des objets destinés aux recherches microscopiques, dépendent, en général, de la consistance de ces objets. Le but de la préparation est de réduire les parties opaques à Un tel état de ténuité, et les corps fluides à une couche si mince, que l’on puisse faire usage de la lumière transmise. En conséquence, les substances opaques que l’on ne peut rendre transparentes ou que l’on ne veut examiner qu’à la lumière réfléchie, n’exigent aucune autre préparation que celle qui est nécessaire pour les fixer sur un fond convenable. On devra les poser sur la platine et les étudier de la manière que nous avons déjà indiquée en traitant de l’éclairage des corps opaques par la lumière réfléchie. Il sera bon, s’il est possible, de disposer en même temps la surface de l’objet de façon qu’elle soit plane et que cette surface entière se présente à égale distance de l’objectif. L’image est plus lumineuse lorsqu’on la voit sur un champ poli. Si le corps n’est pas brillant par lui-même , on peut lui donner cet aspect au moyen d’une mince couche d’eau, de térébenthine ou de quelque autre vernis.
Lorsque, au contraire, l’objet doit être observé sur une lame de verre, au moyen de la lumière transmise, et s’il n’a que peu de consistance, il faut en couper une tranche aussi mince que possible. Cette opération exige une certaine habitude, surtout quand on veut obtenir une tranche de quelque étendue. On emploie rarement des ciseaux à cet usage, parce qu’ils exposent à écraser l’objet. Il vaut mieux se servir d’un couteau ordinaire bien tranchant ou
à large lame, lorsqu’on a besoin de tranches plus grandes ; dans ce cas, ainsi que dans d’autres, on peut avoir recours à un rasoir bien affilé. Le couteau double de Valentin est fort utile pour couper de larges tranches que l’observateur a l’intention de conserver. En général, on coupera plus facilement avec un couteau ordinaire. Afin que la tranche se détache plus aisément du couteau , il faut laisser tomber une goutte d’eau sur le corps ou tremper l’instrument tranchant dans ce liquide ; il sera même nécessaire parfois d’opérer la section dans l’eau. Dans le cas où l’objet serait très petit, délicat et difficile à tenir entre les doigts, on le posera sur un morceau de liège mince ou bien on le fixera sur ce dernier et on coupera les deux à la fois. On se servira également de la moelle du sureau ou d’une plume d’oie. Le microtome d’Oschatz serait utile pour tailler un grand nombre de pièces semblables, si cet instrument n’était pas si compliqué et d’un prix aussi élevé. Pappenheim se sert d’un rabot pour faire des lames très longues ; au moyen d’un rabotage répété, il divise le corps en plusieurs copeaux minces; mais le corps doit être durci dans une solution de carbonate de potasse ou dans la créosote, dont nous allons bientôt nous occuper.
Si la substance est trop dure pour qu’il soit possible de la couper avec un scalpel, il faut se servir d’une lime ou d’une meule. Dans ce cas, on unira bien un des côtés de l’objet, que l’on fixera solidement avec de la gomme ou de la cire à cacheter, sur un mandrin de bois, puis on usera l’autre côté avec la lime ou la meule. Durant cette opération , il est préférable de fixer le corps sur une lame de verre, afin de ne pas le perdre de vue et de savoir s'il est assez mince pour être éclairé par la lumière trans-
mise. On dissoudra la gomme ou la cire à cacheter en faisant tremper la préparation dans l’eau froide pendant quelque temps. Dans la plupart des cas, la pièce entière devra être d’une égale épaisseur ; mais, parfois, on peut la couper plus mince dans certains points que dans d’autres, pour mettre mieux en évidence la disposition des parties élémentaires. Les lames seront coupées en différents sens, longitudinalement ettransversalement, de manière qu’on puisse avoir une image distincte des éléments constitutifs et de leurs positions relatives, quand on les examine de face ou de profit.
Enfin, si l’objet est très mou, en sorte qu’il ne puisse être coupé en lames assez minces, on pourra obtenir un degré de ténuité convenable en en comprimant une petite portion ; dans ce cas, on fera usage de l’un des compresseurs, ou bien l’objet sera recouvert d’une lame de verre mince que l’on pressera légèrement avec une aiguille contre la plaque de verre qui supporte les corps. Ceux-ci sont quelquefois tellement mous, que le poids de la lame mince suffit pour les rendre assez minces et assez transparents. Si l’on craint que la pression ne soit trop forte (comme, par exemple, lorsqu’on étudie les mouvements des infusoires dans un fluide) ou lorsque l’observateur désire voir une lame plus ou moins mince de l’objet, on placera entre les deux verres un cheveu délié ou un autre objet très mince, à une distance plus ou moins grande de l’un des bords ; le corps interposé de cette façon s’opposera à une trop forte pression. Si les parties élémentaires sont dans un fluide, il est presque toujours ou toujours inutile de le préparer, et il suffit de mettre une petite goutte du liquide sur le verre et de la couvrir d’une glace mince , pour lui
donner l’aspect d’une pellicule transparente au moyen d’une pression plus ou moins forte.
Parfois il peut être utile de durcir la substance afin de pouvoir couper quelques portions des parties les plus molles. Dans ce but, on a recours à l’alcool, à la créosote, au carbonate de potasse, et surtout à l’acide chromique très étendu. L’acide chromique facilite la séparation des éléments lorsqu’on les prépare avec des aiguilles, et les rend plus distincts en les colorant en jaune. Les éléments du plus grand nombre des substances animales se conservent sans altération dans l’acide chromique dilué; plusieurs d’entre eux deviennent plus distinctement visibles que dans leur état ordinaire ; ce réactif est donc particulièrement utile pour la conservation des objets soumis à l’observation microscopique. Il est un autre mode de préparation qui consiste à dessécher le corps, puis à en détacher des tranches minces qu’il faut ensuite ramollir dans un liquide avant de les soumettre à l’observation. On peut préalablement faire macérer, bouillir ou traiter d’autres portions par les agents chimiques , par exemple l’éther ou la térébenthine, afin d’en séparer les parties grasses; l’acide chlorhydrique pour dissoudre la chaux ; l’acide acétique ou iodique dans le but de déceler les noyaux des cellules; l’acide sulfurique pour faire voir l’épiderme des cheveux ; l’iode pour connaître les globules d’amidon ; l’indigo ou le carmin pour étudier le canal alimentaire des infusoires. On peut faire des coupes transversales de poils, en se rasant ou en fixant les poils dans une fente (comme pour faire une brosse) et en les coupant en travers, etc. Chaque observateur adoptera , du reste, le procédé qui lui paraîtra le mieux approprié,
car, dans des cas semblables, quelques personnes auront recours à un moyen de préférence à un autre qui demande plus de soins. Ainsi, par exemple, il est plus facile de se procurer une lame mince de l’os ethmoïde, quand on veut observer les molécules osseuses, que de faire la même préparation sur un plus grand os, et ainsi du reste. Nous ne pouvons pas aborder ici la description de l’effet produit par les agents chimiques en général ; nous renverrons nos lecteurs aux traités de chimie.
Il suffit souvent, pour le plus grand nombre de parties des plantes et plusieurs de celles des animaux, de les couper en tranches minces ; mais la majeure partie des substances animales exige d’autres procédés, surtout quand elles sont ou assez tendres ou trop dures pour qu’il soit possible d’en former des tranches minces. Dans ces différents cas, on place un fragment de la substance sur une lame de verre et on le divise en parties aussi petites que possible avec un scalpel à pointe déliée ou avec une aiguille. Cette opération a pour effet de séparer et d’isoler les parties élémentaires, tandis qu’en même temps de plus grands échantillons peuvent être mieux étudiés dans leurs dispositions relatives, lorsqu’ils sont divisés de cette manière. On fait quelquefois cette préparation à l’aide d’une loupe.
Il est nécessaire d’ajouter un liquide à la préparation avant d’examiner les tranches ou les fragments d’un corps. L’un des buts principaux de cette addition, est d’empêcher que la substance ne se dessèche par l’évaporation ; d’ailleurs, les parties élémentaires se séparent pendant qu’on dissèque, de manière qu’ elles n’adhèrent pas entre elles ou à la lame de verre, mais restent mobiles et nagent
librement dans le liquide ; en même temps, la surface du corps devient lisse et reçoit une espèce de poli, tout en acquérant plus de transparence et plus de netteté dans les contours. Ce n’est que dans le cas où l’on veut faire voir les bords de l’objet d’une manière plus prononcée, ou lorsque le liquide rend les parties trop transparentes, que l’on se dispense d’en ajouter. Quand les parties élémentaires se trouvent naturellement placées dans un liquide, il est ordinairement inutile d’en ajouter un autre, à moins que ces parties ne soient tellement nombreuses, qu’elles encombrent tout le champ de vue et que la liberté de leurs mouvements en soient gênés.
Comme le plus grand nombre des tissus des règnes animal et végétal contiennent naturellement de l’eau, c’est de ce liquide que l’on se sert d’habitude. L’eau distillée est préférable, mais ordinairement il suffit d’employer l’eau de source pure, parce qu’elle ne contient pas souvent des substances solides étrangères, telles que des infusoires. Toutefois, ces derniers peuvent aisément troubler l’observation lorsqu’ils nagent autour de la préparation (1). Il est rare que l’on ait besoin d’employer de l’eau chaude.
Dans plusieurs cas, l’addition d’eau ne nuit pas aux parties élémentaires ; d’autres fois, au contraire, celles-ci sont matériellement altérées en absorbant le liquide, qui modifie leur structure et peut même les dissoudre. D’autres fluides dont l’action est supportée plus aisément par
(1) On commet une erreur en supposant qu’une goutte d’eau contient plusieurs milliers d’infusoires ; en s’exprimant ainsi, on veut seulement dire que ces animalcules sont si petits, qu’une pareille multitude pourrait se loger dans une goutte d’eau ; mais, heureusement, cela n’a pas lieu dans l’eau de source assez pure, qui renferme fort peu d’infusoires.
certaines substances, ont été conséquemment employés comme milieux atténuants ou délayants. Nous pouvons signaler les dissolutions de sel ou de sucre commun , le blanc d’œuf, le sérum du sang, les fluide^ de l’œil, les acides étendus, et principalement les acides acétique et chromique, l’alcool dilué, surtout quand les substances ont déjà été conservées dans ce liquide ; enfin, la créosote, l’huile et la térébenthine. Cette dernière convient surtout aux substances sèches , par exemple , aux dents , aux cristaux, aux pétrifications ; mais souvent elle donne trop de transparence aux parties élémentaires. La salive ne vaut rien, parce qu’elle est mêlée de fragments d’épithélium et de bulles d’air qui troublent également l’observation. Il est évident qu’on ne choisira pas les milieux qui pourraient dissoudre les objets, soit des acides pour les cristaux, soit de la térébenthine pour un corps gras, pas plus qu’il n’est possible d’ajouter de l’huile à une préparation qui contient de l’eau, à moins que ce ne soit dans un but particulier.
Il existe des substances, telle que la rétine, qui ne permettent pas l’addition les fluides et qu’il faut laisser dans le milieu où elles se trouvent plongées. Dans ce cas, on n'ajoute les fluides que pour vérifier leur action sur les parties élémentaires, après qu’elles ont été étudiées dans leur état normal.
En général, on ajoute le fluide avant de commencer la préparation de l’objet avec un scalpel ou une aiguille. Mais si la substance est très molle et qu’il soit à craindre qu’elle ne résiste pas bien à l’action du fluide, il vaut mieux la couvrir d’abord d’un verre mince, puis déposer une goutte de liquide sur un scalpel, l’approcher du
bord de la lame mince et la laisser s’introduire par suite de l’attraction capillaire. On a êncore recours au même moyen quand la substance se trouve déjà sur la platine et que l’on veut observer l’effet immédiatement produit par l’addition d’un fluide semblable ou d’une autre nature.
On peut, dans le même but, poser sous la lame mince un brin délié de coton, puis déposer sur la plaque de verre une goutte de liquide et yplonger l’extrémité libre du fil; de cette manière le^ fluide sera conduit jusqu’à l’objet. On aura soin de ne pas ajouter assez de liquide pour qu’il puisse refluer sur la lame supérieure, ce qui arriverait facilement si celle-ci était très mince. Si l’on a ajouté trop de liquide, l’objet devient trop mobile. On peut absorber le fluide surabondant avec du papier buvard . Quand on étudie la formation des cristaux, on diminue la quantité du liquide en concentrant la solution. Lorsque le fluide commence à s’évaporer, il se retire parfois du champ de vue en décrivant une courbe, entraînant avec lui tous les corpuscules, et souvent il reste sur le verre plusieurs stries entrecroisées dont la disposition peut être assez régulière et simuler des ramifications fibreuses.
Nous avons déjà parlé de l’emploi des verres minces. L’objet soumis à l’observation est recouvert d’une de ces lames, en partie pour empêcher l’évaporation et conserver l’humidité du corps, en partie afin que l’objectif ne soit pas couvert de vapeur et terni ; enfin, dans le but de déterminer une légère pression par laquelle les parties élémentaires sont séparées les unes des autres, placées sur un même plan et rendues immobiles. Dans le plus grand nombre d’observations, l’objet est recouvert d’une glace mince ; toutefois
celle-ci n’est pas absolument indispensable , surtout lorsqu’on fait usage d’un faible pouvoir grossissant. Il existe des substances si molles qu’elles ne peuvent admettre la superposition d'un verre, tandis que dans d’autres cas, un verre plus épais pourra, par son poids, comprimer le corps plus fortement et remplacer ainsi un véritable compresseur. Nous avons déjà signalé l’usage de cet instrument en donnant le conseil de ne pas se servir d’un verre supérieur assez épais pour empêcher que l’objet ne soit amené au foyer de l’objectif.
En examinant des microscopes construits par différents opticiens, on reconnaîtra que les uns donneront une meilleure image quand l’objet sera couvert d’une lame de verre, tandis que les autres, au contraire, fonctionneront mieux sans cette précaution ; bien plus, on verra que certains corps, examinés avec un même pouvoir amplifiant, seront vus plus distinctement et mieux définis lorsqu’on les recouvrira d’une lame mince, et qu’on en observera mieux d’autres à découvert. Un examen plus attentif fera rencontrer certaines combinaisons d’objectifs et d’oculaires avec lesquelles l’un ou l’autre de ces procédés donnera la meilleure image , quand on modifiera la longueur du tube de l’instrument et lors même que l’épaisseur variable de la glace superposée aurait quelque influence. Cette diversité d’effet résulte de ce que le constructeur, en combinant les lentilles pour obtenir une bonne image, se sert, tout d’abord, d’un test-object couvert ou non d’une lame de verre, et dispose ensuite ses lentilles de manière à détruire l’aberration par l’un ou l’autre procédé. Mais, ici encore, les propriétés particulières de la substance doivent être prises en considération, bien que l’on ne puisse
poser aucune règle précise à cet égard. Puisqu’il est avantageux, dans la plupart des cas, de couvrir l’objet d’une lame mince, on devra préférer les microscopes qui en permettent l’emploi. En général, la différence de pureté de l’image, lorsqu’on fait ou non usage de la lame de verre, est surtout appréciable quand on se sert de forts grossissements.
On peut commencer Y observation aussitôt que l’objet est convenablement préparé. Il sera placé avec précaution sur la platine, tandis que l’observateur évitera de le faire toucher à l’objectif. En conséquence, les commen çants feront bien de conserver un assez grand espace entre l’objectif et la platine, quand ils y placeront l’objet. Si l’objectif devient humide, soit par le contact de l’objet, soit sous l’influence des vapeurs qui s’en dégagent (accident contre lequel il faut également se tenir en garde dans le cours de l’observation) et pourraient le ternir, on le séchera immédiatement , ou bien l’opérateur attendra quelques instants que les vapeurs disparaissent. Alors l’objet sera amené au foyer par l’un des moyens que nous avons déjà indiqués pour ajuster la platine ou le tube ; on se servira d’abord du pignon et de la crémaillère, puis, lorsque le microscope en est pourvu, de la vis à pas fins, qui donne une plus grande exactitude.
L’œil doit être placé le plus près possible de l’oculaire, afin d’obtenir un large champ visuel et d’exclure la lumière latérale; pourtant il ne faut pas que les cils viennent en contact avec le verre, de peur que l'observation ne soit troublée et l’oculaire terni. Gomme il n’est possible d’observer qu’avec un seul œil, il vaut mieux fermer l’autre, pour ne pas le fatiguer, surtout quand il doit rester long- temps ou-
vert directement en face de la lumière. Il est rarement utile de couvrir l’œil d’un bandeau ou de se servir de l'écran noir fixé à l’oculaire et dont nous avons déjà parlé. On ferait bien de s’accoutumer à observer alternativement avec les deux yeux, parce que, autrement, la puissance visuelle perd son égalité dans les deux organes. L’observation ne devra jamais être continuée assez long-temps ni par une lumière assez vive pour fatiguer l’œil.
Le jeu du pignon ou de la vis doit être conduit ayec délicatesse mais d’une main ferme quoique légère. Il est bon, en conséquence, de reposer le coude sur la table devant laquelle on est assis, ou d’appuyer le bras contre le corps, lorsqu’on est debout. Quand on est assis, il ne faut pas que la poitrine touche la table , de crainte que les battements du cœur ne viennent troubler l’observation. Ainsi que dans beaucoup d’autres occasions, il est bon de s’accoutumer à se servir des deux mains ; mais, en général, les têtes des vis qui produisent les mouvements sont placées d’un seul côté, et la -main du côté opposé peut servir à faire mouvoir l’objet sous l’objectif et à régler le réflecteur et le diaphragme. Durant l’observation, la tête du pignon doit toujours être tenue d’une main, afin qu’il n’y ait aucune interruption entre les petits mouvements nécessaires pour observer les bords et la surface de l’objet, ainsi que pour examiner quelque autre corps placé dans le même champ de vue, mais non pas au même foyer. L’observateur évitera de rapprocher jusqu’au contact l’objectif et l’objet, ou bien, de heurter les pièces assez fortement pour les endommager ou les rompre, quand le dernier est couvert d’une lame de verre. Cet accident est presque inévitable si l’on ne fait pas attention au sens dans lequel il faut tourner la vis
ou si on la tourne trop rapidement. Plus l’objet et l’objectif sont rapprochés par la mise au point, plus il faut conduire la vis avec lenteur et précaution. On aura également soin, pendant l’observation, de s’assurer de la plus courte distance à laquelle il est prudent de placer les objets. Les objectifs puissants, dont le foyer est très court, exigent les plus grandes précautions.
Il ne faut pas oublier que l’image est renversée, et qu’en conséquence, l’objet se meut en sens opposé, à moins qu’on n’ait placé sur l’oculaire un prisme redresseur de l’image ; mais on se sert rarement de cet appareil et il est facile de s’habituer à ce mouvement inverse. La platine mobile est très commode pour faire mouvoir le corps sous l’objectif, cependant on peut s’en passer. Tandis que l’on fait marcher l’objet, il ne faut jamais le soulever sur la platine, mais seulement le faire glisser, afin d’éviter le contact avec l’objectif. Par exemple, il est nécessaire de faire glisser en avant et en arrière, la plaque de verre qui supporte l’objet, dans le but de le rencontrer et de voir les parties constituantes sous autant de formes que possible. Quand il peut être utile d’observer les parties élémentaires sur toutes leurs faces, on les laissera nager dans le liquide, ce qui permettra de reconnaître leur consistance lorsqu’elles se rencontreront entre elles ou avec d’autres corps. On obtient cet effet en mettant toute la masse en mouvement ou par des chocs légers sur la bande de verre, ou bien par l’addition ou la soustraction d’une petite quantité de fluide. Si la préparation n’est pas recouverte d’une lame de verre, le mouvement pourra encore être produit par l’évaporation qui sera en raison directe de sa rapidité. Cependant, l’ob-
servateurne doit pas se laisser tromper par le déplacement des parties qui peut être dû à la présence dans le liquide d’infusoires ou de cellules vibratoires. On reconnaîtra bientôt si la platine est ou non horizontale, par la direction constante des corps vers un même côté. Si l’on veut étudier en même temps les parties élémentaires combinées entre elles ou isolées, il vaut mieux porter son attention sur le bord d’un fragment. De temps en temps, il sera encore utile d’employer la compression afin de rendre l'objet plus transparent.
Il n’est pas difficile de regarder simplement un objet dans le microscope, quoiqu’il n’en soit pas de même lorsqu’il faut examiner pour rendre compte de ce qu’on a observé. Les difficultés, dans ce cas, dépendent principalement de la manière dont les corps sont éclairés quand on se sert de la lumière transmise. Il est beaucoup plus facile d’observer et d’expliquer la nature des corps opaques vus à la lumière réfléchie, parce que celle-ci vient d’en haut et d’un seul côté, tandis que l’ombre tombe du côté opposé, ainsi qu’il arrive lorsqu’on regarde à l’œil nu les objets éclairés par la lumière réfléchie. Les couleurs des corps, qui les font reconnaître plus aisément, ne sont pas changées, non plus, par la lumière réfléchie. Avec la lumière transmise, dont on fait usage dans le plus grand nombre d’observations , les couleurs , même éclatantes , disparaissent facilement ; tous les rapports de lumière et d’ombre sont changés, et souvent il faut avoir une grande pratique pour décider si le corps que l’on observe est solide ou creux, si c’est un cylindre creux ou solide, une longue bande plate, une portion de fibre, un globule ou un disque, un orifice ou un point, une saillie ou une cavité, et ainsi de suite.
Si nous ne pouvons reconnaître ces différences au premier examen, c’est tout simplement parce que, en regardant à travers le microscope, nous ne voyons bien nettement que la partie plane de l’objet placée exactement au foyer de l’objectif, tandis qu’un autre plan, situé plus ou moins loin, paraît trouble ou peu distinct. Le pouvoir que possède l’œil de s’accommoder aux différentes distances et qui nous vient en aide quand nous observons alternativement des corps plus ou moins rapprochés, nous fait défaut dans les observations microscopiques, et nous ne pouvons y suppléer qu’en rapprochant ou en éloignant les lentilles de l’objet, afin d’amener au foyer les divers plans. Dans plusieurs cas, lorsqu’il est difficile, à l’œil nu et à une grande distance, de distinguer un bas-relief d’une peinture, nous avons recours au changement de position de l’œil, nous nous rapprochons de l’objet, nous le touchons pour décider la question lorsque la ressemblance est très grande ; mais ces moyens nous manquent dans les observations microscopiques et ne sont qu’imparfaitement compensés par l’éclairage plus ou moins fort qu’on emploie alternativement. Enfin, la démonstration est rendue difficile par une modification particulière (diffraction) que subit la lumière transmise (par suite de l’interférence des rayons), lorsqu’elle passe sur les bords des objets, et qui les fait paraître bordés d’une frange blanche déliée, que l’on pourrait prendre, dans un corps rond, par exemple, pour une mince pellicule, ou pour un tube périphérique dans un objet allongé, ou bien qui porterait l’observateur à croire que le corps a un double contour. La diffraction est d’autant plus prononcée que l’on fait usage d’objectifs plus puissants et surtout que l’on examine des corps
transparents à bords bien tranchés ; elle produit moins de confusion quand on se sert d’objectifs faibles et d’objets moins transparents; elle est encore plus forte quand l’objet n’est pas exactement au foyer, mais elle disparaît lorsqu’on change la position du miroir réflecteur. J’ai remarqué que la diffraction était plus prononcée dans quelques microscopes que dans d’autres, sans pouvoir en découvrir la véritable cause; peut-être réside-t-elle dans le plus ou moins d’ouverture de l’objectif. Cette ligne blanche et déliée devient hérissée quand on se sert de la lumière solaire directe ou d’une lampe puissante au lieu de la lumière ordinaire. L’ignorance des lois de la diffraction a donné lieu à de nombreuses erreurs chez les observateurs primitifs, surtout dans des observations faites à la lumière directe du soleil, et l’on reconnaîtra son influence même dans des descriptions tracées par des autorités modernes.
Les difficultés que présente la démonstration des faits observés , peuvent cependant être amoindries par l’application des règles ci-dessus énoncées pour la préparation et l’observation, et en tenant compte des dernières causes que nous avons signalées ; mais on ne s’en affranchira entièrement que par une étude attentive et prolongée, ainsique par la dextérité pratique. La promptitude avec laquelle peut être acquise cette faculté d’interpréter les observations, dépend en grande partie des facultés de l’observateur. L’état de santé de l’œil est la condition principale, mais il faut y joindre le sentiment de la forme et la prompte intelligence de ses modifications, car ce n’est que par la combinaison de ces facultés que l’on peut se faire une idée claire et précise d’un objet. Le sens de la vue est sou-
mis aux mêmes lois que le sens de l’ouïe ; une chose est de pouvoir entendre les sons, une autre de les comprendre, de les combiner et de les émettre sous une forme mélodieuse. Là se borne l’analogie de ces deux sens; le sens visuel est le seul, jusqu’à ce jour, que l’homme ait eu la puissance d’augmenter, et nous ne connaissons pas encore de moyens aussi remarquables pour remédier aux imperfections de l’ouïe. L’augmentation de la puissance visuelle a entraîné toutefois les inconvénients que nous avons signalés plus haut, mais cela n’a lieu que lorsqu’on n’a pas présent à l’esprit que le microscope peut produire des illusions optiques. L’observateur doit éviter avec soin d’attribuer au microscope des erreurs qui ne sont dues qu’à son manque de soin et de précision. Parmi les causes d’erreur, ' nous mentionnerons les stries grasses sur les lentilles, les raies sur les lames de verre, formées en préparant les corps avec des aiguilles, ou bien les traits produits sur l’objet dans les points qui ont été usés à la lime ou à la meule, surtout quand le corps a une structure fibreuse ou une surface striée. On pourrait prendre pour des parcelles de la substance qu’on observe, la poussière déposée sur les lentilles ou sur les lames de verre, ainsi que les molécules détachées de l’étoffe dont on se sert pour les nettoyer ; enfin, nous signalerons l’oxyde de fer employé au polissage et les bulles d’air dans les lames de verre, etc. Attribuer à l’instrument les effets produits par les causes précédentes, équivaudrait presqu’à l’erreur que l’on commettrait qn confondant le frottement des habits avec la crépitation, durant une exploration stéthoscopique. Si un observateur est assez insouciant pour se hâter de publier de telles observations, il décèle un manque de soin et une
confiance excessive en ses facultés, qu’il aurait dû fortifier et éprouver, en commençant par l’examen d’objets faciles et connus, pour passer ensuite à d’autres plus nouveaux et plus compliqués. Le plus grand nombre d’erreurs ainsi que le discrédit dans lequel les observations microscopiques étaient tombées, non sans raison, pendant un certain temps, doivent être attribués à la mauvaise interprétation des faits observés. Toutefois, cet état de choses a été modifié non- seulement par l’amélioration des instruments, mais aussi par le plus grand savoir des observateurs et par les soins et l’intelligence que réclame une observation microscopique pour acquérir une valeur scientifique ou obtenir un peu plus d’attention qu'une simple relation.
Parmi les circonstances ordinaires qui peuvent troubler l’observation, mais n’entraînent que rarement une fausse interprétation , nous parlerons brièvement de deux causes d’erreur qui viennent s’ajouter à la présence fréquente de petites ou de grosses bulles d’air développées dans la préparation et qui attirent particulièrement l’attention des commençants, mais avec lesquelles ils se familiarisent bientôt. La première est connue sous le nom de tnuscæ voûtantes , dont plusieurs personnes sont affectées et qui trouble souvent l’observation. Ce sont, en général, des molécules arrondies, groupées ou réunies comme des rangs de perles courbés de différentes manières et qui se présentent sans cesse devant l’œil. Mais comme la forme qui se montre dans le champ de vue est toujours la même, il est facile de distinguer la substance que l’on observe, de ces illusions ainsi que des grains de poussière qui se trouvent par hasard sur les lentilles ; nous avons déjà dit que l’on reconnaissait aisément ceux-ci en tournant l’oculaire pu
l’objectif. Un autre phénomène microscopique assez commun, est le mouvement moléculaire décrit d’abord par Brown. Il consiste en ce que toutes les molécules qui se rencontrent dans une couché mince de fluide, sont douées d’un mouvement spontané constant qui s’accélère en raison de la ténuité des molécules. La grandeur des corpuscules doués de ce mouvement, varie (pour établir la comparaison sur des objets connus) depuis les molécules du pigment noir de l’œil, jusqu’aux globules du sang humain. Le mouvement est tremblottant ou circulaire, et parfois irrégulier, de manière qu’une molécule peut traverser une plus ou moins grande partie du champ de vue ; il est plutôt oscillatoire quand les corpuscules sont un peu allongés.
Le mouvement peut être assez fort pour se communiquer à des corps plus volumineux. Il est spontané et ne résulte pas de l’évaporation, car le mouvement que produit cette dernière est beaucoup plus fort, les particules sont mues dans le même sens et l’aspect est souvent celui d’un fluide en ébullition. Le mouvement moléculaire, au contraire, est égal, même quand on prévient l’évaporation ; par exemple , dans le cas où le liquide qui contient les molécules est environné d’huile ou renfermé dans un tube de verre scellé ; cependant on prétend qu’il augmente lorsque le liquide est chaud ; mais il n’est pas influencé par la lumière, l’électricité, le magnétisme et les agents chimiques. Il continue sans intermittence pendant plusieurs années dans des préparations hermétiquement closes.
Parmi les parties accessoires du microscope, nous n’avons fait que mentionner l’appareil destiné à mesurer et à dessiner les objets, nous réservant de donner actuelle-
ment de plus amples détails sur son usage. Nous allons donc nous en occuper ici ; nous ajouterons ensuite quelques observations sur la manière de conserver les préparations microscopiques.
a. De la micrométrie.
La grandeur d’un objet doit être prise en considération lorsqu’il s’agit de définir la nature d’un objet. En général, la grandeur des objets visibles à l’œil nu est déterminée par une comparaison avec une échelle invariable divisée en pieds, pouces et fractions; pour les objets microscopiques, l’échelle doit aussi être microscopique; l’on a donc imaginé un appareil spécial pour cette détermination. On comprend que les divers moyens usités pour mesurer les grandeurs microscopiques sont désignés sous le nom de « micrométrie ; » leur application réclame l’emploi de divers instruments'. La micrométrie comprend la mesure de l’objet observé et la détermination du nombre de fois qu’il est amplifié ; les deux estimations sont intimement liées entre elles.
Autrefois , la mesure des objets microscopiques était obtenue par leur comparaison avec d’autres petits objets, par exemple, l’épaisseur d’un fil d’araignée, la poudre de lycopode et les sporules du lycoperdon bovista (vesse de loup), ou des grains de sable (Leeuwenhoek) dont un cent occupait l’espace d’un pouce. Jurin se servait de petits fragments de fil d’argent dont un certain nombre de tours enroulés sur une aiguille, avaient un pouce de long. Il est évident que ces procédés métriques étaient loin de donner des résultats exacts.
Wollaston et Goring ont construit deux micromètres qui ne peuvent recevoir qu’une application partielle au microscope simple et consistent en fils métalliques ou en cheveux disposés parallèlement derrière l’objet, de manière que, pendant l’opération, celui-ci paraît reposer sur eux et que sa grandeur est déterminée par la longueur ou l’écartement, réglé d’avance, des fils ou des cheveux. Mais ces micromètres, de meme que les mesure-laine de Dollond , applicables seulement au microscope simple , ne sont plus employés avec le microscope composé.
Le micromètre de Dollond est formé des deux moitiés d’une même lentille, qui font voir l’objet simple lorsque ces deux moitiés sont juxtà-posées, mais le font paraître double quand on les sépare. Au moyen d’une échelle ou d’une vis micrométrique, on peut mesurer la distance qui sépare les deux demi-lentilles lorsque l’objet paraît double, et sa largeur est ainsi déterminée.
Le micromètre dit à pointe , est également inusité aujourd’hui. Il fut inventé par Martin, en 1740, et comprend un oculaire dans lequel sont ajustées deux aiguilles placées diamétralement l’une vis-à-vis de l’autre. Pour mesurer l’objet, on visse les pointes jusqu’à ce qu’elles touchent les bords de l’image. On mesure alors la distance qui existe entre les pointes, soit à l’aide d’un micromètre de verre, soit avec une vis micrométrique adaptée à la tête des aiguilles. On ne peut mesurer ainsi de très petits corps, mais on prend, avec une grande exactitude, la mesure d’objets plus grands ou opaques, et l’on se sert actuellement de ce moyen pour mesurer la laine.
Les instruments dont on fait usage aujourd’hui, sont les micromètres à vis et sur verre..
L’idée du micromètre à vis (pl. 1, fig. 12), construit d’abord par Frauenhofer, est empruntée au micromètre à pointes. En réalité, ce n’est, ainsi que nous l’avons déjà vu, qu’une plaque mobile. Il est composé d’une lame solidement vissée sur la platine et supportant une seconde lame qui peut se mouvoir de côté et d’autre à l’aide d'une vis très fine dont un certain nombre de pas comprend la dixième partie d’un pouce ; supposons que ce nombre soit dix. Si l’on fait faire dix tours à la vis, la lame supérieure se meut d’un dixième de pouce d’un côté à l’autre, et conséquemment d’un centième de pouce lorsqu’elle ne fait qu’un tour. La tête de la vis porte sur sa circonférence une division en cent parties égales, et à chaque partie, correspond un mouvement de la plaque de de pouce ; cette tête portant sur un vernier (petite plaque divisée dont dix parties sont égales à neuf divisions de la tête), on peut déplacer latéralement la plaque de de pouce.
Pour se servir du micromètre à vis , il faut employer un oculaire qui porte, fixé sur son diaphragme, un fil d'araignée. On peut encore substituer à ce fil une bande de verre sur laquelle est tracée, au diamant, une ligne déliée; on la pose sur le diaphragme ; mais la ligne n’est pas toujours bien visible, surtout quand l’éclairage est très vif. Le fil sera dirigé de manière à former un angle droit avec la vis du micromètre; on y parviendra soit en tournant tout l’oculaire, soitparun mouvementparticulier du diaphragme intérieur. On pose l’objet sur la plaque supérieure du micromètre à vis , et le corps que l’on veut mesurer est disposé de manière que son image paraisse en contact avec le fil. Actuellement, si l’on fait mouvoir la vis, la plaque supérieure se déplace en entraînant l’objet, et l’on conti-
nue à tourner la vis jusqu’à ce que l’image se trouve de l’autre côtédu fil. Le nombre de révolutions de la vis donnera alors le diamètre de l’objet. Les révolutions complètes sont indiquées sur une échelle séparée , fixée à la plaque supérieure , tandis que la tête de la vis ne donne que les plus petites fractions. Par exemple , si l’on a fait exécuter une révolution entière, plus cinq divisions de la tête de la vis, la largeur de l’objet sera égale à 0,01+0,0005 de pouce. Le calcul serait donc très simple , si dix tours de la roue répondaient exactement à un dixième de pouce; mais malheureusement il n’en est pas ainsi. D’abord , il serait presque impossible de faire des vis aussi délicates; puis, quand il s’agit d’un dix-millième de pouce , il n’est pas moins difficile de fileter une vis de manière qu’une révolution donne exactement un nombre rond. Il faut donc , à l’aide d’un micromètre sur verre, estimer la valeur d’un tour entier et ensuite déterminer les fractions. De cette manière, on obtient la valeur des dimensions, en très petites fractions qui rendent le calcul fort difficile. En conséquence, quand on emploie souvent le micromètre à vis , il vaut mieux noter, sous forme de table , la valeur d’une ou de plusieurs parties de lavis, de manière à trouver immédiatement la quantité à laquelle répond un certain nombre de tours ou de fractions de tour. La difficulté du calcul augmente encore, par cette raison qu’il n’est pas toujours possible de commencer l’opération à partir du zéro de la division tracée sur la tête, parce que l’on ne peut pas constamment disposer l’objet de telle manière que son image se place à côté du fil , et cela arrive surtout quand on mesure successivement plusieurs objets. Toutefois, on a obvié à cet inconvénient en rendant mobile l’échelle tracée
sur la tête de la vis, de façon que le zéro peut être ajusté à volonté et l’échelle fixée à la tête par une vis particulière, au moment où l’on commence à mesurer. Ensuite, afin que l’objet puisse être rendu parallèle au fil , on a adapté à la plaque supérieure de presque tous les micomètres à vis, un disque mobile sur son centre et sur lequel on place l’objet ; en même temps , des vis situées en avant et sur les côtés de la plaque, permettent de faire mouvoir le corps en tous sens comme sur la platine mobile. Tous ces moyens sont nécessaires pour amener l’objet dans une position favorable au mesurage qui , cependant, est encore parfois assez difficile. Il y a cet inconvénient attaché à l’usage du micromètre à vis , qu’il faut le fixer à la platine toutes les fois qu’on veut mesurer, ou bien qu’il doit y demeurer attaché; mais , dans ce dernier cas , il arrive presque toujours qu’on s’en sert comme d’une platine mobile, et que la vis s’usant très vite , l’instrument perd sa précision ; puis il faut avoir un autre appareil quand on veut dessiner l’objet.
Il y a encore plusieurs raisons importantes qui , outre le prix élevé de l’appareil, empêchent qu’il ne soit d’un usage général. D’abord , la vis est aussi imparfaite que toutes les autres vis, et, malgré le grand soin que les opticiens apportent à sa construction, ils ne peuvent faire disparaître tout-à-fait ses défauts qui augmentent naturellement par l’usure.
Il est donc nécessaire , avant de commencer l’opération, de faire faire un tour à la vis pour être bien sûr qu’elle s’engage bien dans l’écrou , et l’observateur se souviendra toujours de tourner dans un seul et même sens , par exemple, de droite à gauche. Si l’on tournait la vis de
gauche à droite , afin de faire revenir l’image de l’objet de l’autre côté du fil ou pour répéter l’opération , on ne pourrait être sûr que la vis se soit engagée convenablement. On remarquera souvent que , dans les micromètres à vis dont on fait un fréquent usage, la plaque supérieure ne se meut pas aussitôt que l’observateur tourne la vis. Schiek et Pldssl se sont efforcés de remédier à ce défaut par l’application d’un puissant ressort spiral qui repousse en arrière la plaque supéiieure et serre la vis dans l’écrou. Ajoutons que l’on ne peut compter sur l’égalité de tous les pas de la vis, et ceci est en partie confirmé par l’expérience; il faut donc, avant d’en faire usage, vérifier en plusieurs points le micromètre à vis , au moyen d’un micromètre sur verre très exact. La mensuration peut encore être faussée par suite de l’élasticité du support ou de la platine, lorsqu’on appuie trop fortement sur la vis, de manière qu’il s’effectue un mouvement latéral qui ne dépend pas du jeu de la vis ; cet accident arrive surtout lorsque la platine n’est pas assez solide. Enfin , la diffraction rend souvent difficile de placer l’objet de manière que l’image se présente dans l’oculaire à côté du fil , avant et après le mesurage. Plus le corps est petit , plus sera forte l’erreur produite par une des causes mentionnées ci-dessus et dont le plus grand nombre, ainsi qu’on le verra , doit être attribué à l’imperfection mécanique de l’appareil , tandis que la dernière seule , c’est-à-dire la diffraction , dépend de la partie optique du microscope. Nous allons voir maintenant que le micromètre sur verre mérite la préférence, tant sous le rapport de la plus grande précision qu’il permet d’obtenir, que sous celui d’une application plus commode.
Le micromètre sur verre (pl. 1, fig. 13 ) est une lame de verre sur laquelleest gravée une échelle microscopique. En général, un millimètre ou la dixième partie d’un pouce est divisé en cent parties égales, tracées sur le verre avec un diamant ajusté dans une machine disposée à cet effet. Cependant , les divisions sont parfois plus petites ou plus grandes. Les traits sont parallèles et plus allongés à chaque cinquième et dixième division, pour faciliter la lecture. Quelques micromètres sont divisés en carrés , mais cette division n’est pas aussi bonne, parce que le verre s’écaille facilement dans les angles formés par l’entrecroisement des traits, et que le grand nombre de lignes déliées peut produire de la confusion; en conséquence, ces micromètres ne sont presque jamais usités que pour mesurer de grands objets. Les lames de verre divisées sont de différentes grandeurs et peuvent être enchâssées dans un anneau ou une plaque de laiton , afin qu’elles soient moins exposées aux accidents. Comme le point où est tracée la division sur le verre est invisible à l’œil nu , on le rend plus distinct en l’entourant d’un cercle coloré qui permet à l’observateur de le trouver plus vite sous le microscope.
Il y a plusieurs manières de se servir du micromètre sur verre. La plus simple est de placer l’objet sur les divisions et de compter combien elle occupe de parties de l’échelle ; cependant cette méthode n’est généralement pas employée, parce que, d’une part, l’objet et les divisions ne sont pas toujours sur le même plan et ne peuvent pas être vus distinctement, n’étant pas au même foyer, et, de l’autre, l’objet ne peut pas toujours être placé dans une position convenable au mesurage , en sorte que, fort souvent , une
estimation approximative est tout ce que l’on peut obtenir ; il en est de même pour les corps plus petits qu’une fraction de l’échelle. En outre , comme on ne peut pas toujours savoir d’avance s’il sera nécessaire de mesurer le corps , il faudra constamment employer le micromètre en guise de lame ordinaire et avoir soin que l’objet repose toujours exactement sur la division; mais la préparation de l’objet avec des aiguilles et le nettoyage fréquent du verre détériorent très vite le micromètre, et, en conséquence, l’échelle devient confuse. Les objets opaques ne peuvent jamais être mesurés de cette manière , parce qu’ils cachent les divisions. Donc, cette méthode est tout au plus applicable à la mesure des objets les plus grands et les plus translucides, faiblement amplifiés. On emploie plus avantageusement le micromètre sur verre, en l’adaptant à l’oculaire. On le pose sur le diaphragme en tournant l’échelle divisée en dessous , du côté du verre de champ , de manière qu’il se trouve exactement au foyer du verre oculaire. Un second micromètre sur verre, dont la division est connue , est placé sur la platine , et l’observateur note la valeur d’une partie de ce dernier ( amplifié par l’objectif et l’oculaire) comparativement au micromètre placé dans l’oculaire et grossi seulement par ce dernier. On trouve alors un certain rapport entre les deux micromètres sur verre, et chaque observateur doit ensuite dresser pour son usage une table de la valeur des divisions du micromètre situé dans l’oculaire ; mais ce procédé entraîne aisément des calculs difficiles , et il en résulte encore cet inconvénient, qu’il faut introduire le micromètre dans l’oculaire chaque fois que l’on veut mesurer, ou bien, avoir un oculaire spécial dans lequel l’échelle est fixée , et que
l’on adapte au microscope lorsqu’il en est besoin. Bien plus, il arrive souvent, comme par la méthode précédente , que les dimensions des parties d’un corps qui ne correspondent pas exactement à une seule division du micromètre, ne peuvent être obtenues qu’approximativement ; il est parfois difficile de distinguer la division lorsqu’elle est très délicate; l’épaisseur plus grande des traits du diamant peuvent , dans d’autres cas , être un empêchement à ce que l’on mesure l’objet avec toute l’exactitude nécessaire, parce qu’on ne peut décider si le bord de l’image est ou n’est pas précisément couvert par le trait. Toutefois, cette méthode a cet avantage sur la précédente, qu’il n’est pas nécessaire que le micromètre soit aussi finement divisé, et que les erreurs de division ont moins d’importance, parce que chaque petite partie a une valeur moindre que lorsqu’elle est amplifiée par l’oculaire et par l’objectif ; ensuite , on peut mesurer des corps plus opaques, car l’échelle divisée est placée devant l’objet , et il est plus facile d’amener l’image sur les traits, parce que l’on peut faire tourner l’oculaire sur son axe. L’objet doit être placé au milieu du champ de vue.
On se sert très aisément du micromètre sur verre, quand on compare sa division avec celle de quelque mesure dont on fait habituellement usage. Hooke, qui se servait de cette méthode, plaçait une mesure sur la table, à côté du microscope, et, regardant l’objet d’un œil, il cherchait de l’autre le nombre de divisions que le corps occupait sur l’échelle. Toutefois, il est fatigant pour les yeux d’observer à la fois deux objets différents, afin d’amener, à l’aide de la double vision, l’image de l’un sur l’autre. Mais depuis qu’on a inventé des instruments qui permettent de dessi-
ner les objets et dont nous parlerons bientôt plus au long, cette méthode a été simplifiée. Ainsi, par exemple, il suffit de disposer une échelle amplifiée pour mesurer l’objet également amplifié, et l’on y parvient en dessinant quelques parties d’un micromètre sur verre, ou quelques centièmes d’un pouce ou d’un millimètre, sous une amplification déterminée et à une certaine distance de vision distincte. On dessine alors le contour de l’objet avec le même
Fig. 17.
grossissement et à la même distance visuelle, conditions essentielles et qu’il ne faut pas oublier ; l’objet peut alors être mesuré dans tous les sens, avec un compas, sur l’échelle tracée sur le papier. Il est tout-à-fait indifférent de connaître le grossissement employé qui varie toujours quelque peu aux yeux des divers individus, parce que les objets paraissent moins amplifiés aux myopes qu’aux presbytes. Mais, d’un autre côté et par la même raison, il faut que chacun dessine pour soi-même l’échelle et l’objet. Ainsi que nous l’avons déjà dit, la distance de la vision peut être augmentée ou diminuée, pourvu que l’on emploie la même distance et la même combinaison d’oculaire et d’objectif pour dessiner l’objet et l’échelle.
S’il arrive que l’objet soit plus petit qu’une des parties de l’échelle dessinée, il faut diviser celle-ci en autant de parties moindres qu’il sera nécessaire. On peut aussi faire usage d’un micromètre à divisions plus fines ou se placer à une plus grande distance visuelle pour dessiner
les divisions du micromètre sur une plus grande échelle ; car il est plus aisé de diviser une plus grande qu’une plus petite partie, de même qu’il est plus facile de mesurer l’objet quand il est dessiné sous de plus grandes dimensions et à une plus grande distance visuelle. Cependant il faut se garder de porter ce moyen à l’excès, parce que la finesse du contour de l’objet se perd aisément quand la distance visuelle est démesurément grande. On peut encore déterminer d’abord l’échelle et chercher la distance à laquelle celle-ci correspond aux divisions du micromètre sur verre ; par exemple , on procédera de la sorte , quand on voudra se servir d’une échelle déjà employée par un autre observateur. Bien que la distance visuelle soit ici indifférente, ainsi que nous l'avons dit, lorsque l’échelle et l’objet sont seulement dessinés à la même distance, il vaut mieux employer toujours une distance déterminée et nous avons conséquemment adopté celle de 0m,25.Il faut donc, pour chaque combinaison de l’oculaire et des objectifs du microscope, dessiner des échelles à cette distance et tracer l’objet du même point de vue. Si l’on choisit cette manière de procéder, il n’est plus nécessaire que de mesurer l’objet avec un compas, et l’on peut le faire dans toutes les directions possibles, sans qu’il naisse aucune confusion de la position de l’objet ; il devient également inutile de faire aucun calcul, comme par les méthodes précédentes auxquelles cette dernière est infiniment préférable. Elle est applicable absolument de la même manière aux microscopes simple, solaire et à gaz. Il est évident, d’après les observations qui précèdent, que l’on peut mesurer la grandeur du champ visuel par l’une de ces méthodes, soit avec un micromètre sur verre ou à
vis placé sur la platine, soit en le dessinant en entier.
En procédant de cette manière , il faut absolument observer une précaution. Il est important de se servir d’un micromètre divisé avec une grande exactitude, et nous verrons que cela est surtout nécessaire quand cette même méthode, qui consiste à dessiner le micromètre ou quelque autre objet de dimensions connues, est employée pour déterminer le grossissement. Le micromètre sur verre étant divisé au moyen d’une vis fine dont nous avons déjà signalé les imperfections, on peut objecter que tous les défauts de celle-ci sont transmis au verre, et, en effet, nous trouvons que non-seulement des micromètres tracés par différents constructeurs d’instruments ne coïncident pas les uns avec les autres, mais encore que les différentes parties d’un même micromètre, ne sont pas égales lorsqu’on le dessine sur le papier, procédé qui seul peut permettre d’en vérifier l’exactitude. Ceci est occasionné en partie par l’imperfection de la main-d’œuvre, en partie parce que lorsqu’on dessine les différentes parties, elles ne sont pas exactement placées dans le même point du champ de vue , car l’aberration de sphéricité ne devient jamais plus sensible que dans le cas où l’on dessine une seule et même partie du micromètre d’après son image vue tantôt sur le bord, tantôt dans le centre du champ. Il faut aussi tenir compte de l’influence exercée par l’œil pendant l’opération, quand la distance visuelle n’est pas égale pour les deux yeux d’un même individu.
On peut amoindrir l’influence de l’aberration de sphéricité, en limitant le champ de vue pendant que l’on mesure, au moyen d’un diaphragme à très petite ouverture introduit dans l’oculaire. Ce moyen est surtout indiqué
quand on évalue les pouvoirs grossissants du microscope dont nous allons nous occuper. Cette précaution est moins nécessaire lorsqu’on dessine ou qu’on mesure de plus grands objets, mais on doit se servir le moins possible de la marge du champ de vue, et ce conseil est applicable tant à l’observation simple qu’à la mesure microscopique.
En conséquence, afin de se mettre en garde contre cette objection, l’observateur devra d’abord vérifier l’exactitude de son micromètre sur verre, en dessinant chaque partie (ou cinq parties à la fois) sur le papier, en choisissant l’image seule qui est exactement au milieu du champ de vue, pour examiner ensuite leur égalité relative ; puis, lorsqu’il dessinera un objet, il y joindra toujours l’échelle qui aura servi à la mesurer, afin que d’autres personnes puissent vérifier l’opération. Il devient alors inutile de faire mention du grossissement ou de la distance de la vision distincte (1).
Outre le micromètre de Lebaillif, je mentionnerai le goniomètre , dont la première idée fut suggérée par Raspail. Il sert à mesurer les angles des cristaux microscopiques et consiste en un oculaire portant sur son diaphragme , au foyer de la lentille supérieure, une lame de verre sur laquelle est tracée au diamant une ligne déliée.
(1) Afin de démontrer ceci par un exemple, je décrirai la manière dont je procède. Je me sers, dans mes recherches, d’un microscope construit par Charles-Chevalier, de Paris, muni d’un micromètre sur verre formé d’un millimètre divisé en cent parties. En recherchant le pouvoir amplificateur d’une certaine combinaison d’oculaire et d’objectif, et en vérifiant l’exactitude des divisions, j’ai trouvé, à la distance constante de 250 millimètres, les valeurs suivantes pour chaque groupe de cinq parties, ou pour
Parallèlement à celle-ci, on dispose une face du cristal et l’on détermine l’angle à l’aide d’une autre lame de verre
0,05 millimètres lorsque je les amenais exactement au milieu du champ de vue.
Nombre de parties chacune
Grandbur
apparente.
Total.
Grossissement.
de 0,05 millim.
3 correspondant à
millim.
. = 54 millim. donnent 360 diamètres.
20 parties ou 1 millim.
= 339 1/2 millim.
étant amplifiés.
ou en nombres ronds : le microscope grossissait un millimètre 3Î0 fois ; d’où il résultait que le micromètre sur verre n’était pas exactement divisé et qu’il fallait vérifier les divisions. Comme la somme de toutes les parties était = 340, et comme la division qui donnait ce nombre se rencontrait le plus fréquemment, j’adoptai un pouvoir grossissant de 340 fois. Ce pouvoir, ainsi qu’une échelle construite par son moyen (représentée page 113), m’ont servi dans presque toutes mes recherches. Quoiqu’il n’y ait pas une grande différence entre les pouvoirs de 360 et de 31 0 diamètres, qui sont les extrêmes de ceuxquej’ai trouvés avec mon micromètre sur verre, il est pourtant nécessaire de fixer avec soin, une fois pour toutes, le pouvoir grossissant pour une distance constante de vision distincte. Si j’avais fait la même expérience avec des lentilles plus puissantes, la différence aurait naturellement semblé plus grande.
Dans le but de calculer l’aberration sphérique de cette combinaison, je choisis la subdivision 15 1 (division extrême qui se trouve sur un côté de mon micromètre), et je mesurai la force de l’amplification en plaçant cette partie d’abord au milieu du champ de vue, puis sur le bord. Je trouvai que le grossissement au milieu du champ était = 310 ( ou plus exactement 307) et sur les bords, = 315. Le dernier résultat fut obtenu sur douze opérations ; je tournai trois fois l’oculaire d’un quart de tour sur sou axe sans toucher l’objectif, et, chaque fois, je pris trois mesures sur le bord du champ visuel. Nous voyons par là combien il est important de
qui porte egalement une ligne, mais que l’on peut faire pivoter, car elle est fixée dans un disque mobile divisé en
mesurer le grossissement sur l’image située au milieu du champ visuel ; cette précaution est moins nécessaire quand on dessine les objets ; néanmoins, il faudra observer dans le milieu du champ, autant que possible, surtout lorsqu'on se servira d’un instrument qui ne sera pas de première qualité. Personne ne trouvera bien considérable cette aberration constatée dans mon microscope qui est l’œuvre d’un artiste distingné.
Le calcul au moyen duquel j’ai trouvé la force de la combinaison cidessus mentionnée: =339 résulte de plusieurs mesures prises le 2 novembre 1842, avec l’œil droit, à la distance visuelle de 250 millimètres. Je n’ai pas noté le nombre d’opérations. J’étais désireux de savoir positivement si la vision de mon œil était demeurée inaltérée malgré un exercice presque journalier durant quatre ou cinq ans. Ainsi, par exemple, dans le cas où l’œil serait devenu myope, et qu’en conséquence j’aurais été obligé de modifier la distance entre l’objectif et le micromètre, afin de conserver la même distance visuelle, cette combinaison m’aurait semblé grossir moins, parce que, pour un myope, une grandeur donnée aurait paru plus petite. En conséquence, je pris (le 21 et le 22 avril 1847) quatre mesures avec le même micromètre, du même œil, et à la même distance visuelle, et je trouvai par la moyenne (339, 338 337 y, 337 y), que le pouvoir grossissant était — 338 j. La différence était donc seulement de 1 ou bien, la vision de mon œil droit, durant cette période, ne s’était raccourcie que de = — • Non-seulement je fus satisfait de ce résultat, mais encore il pourra tranquilliser les personnes qui craignent que l’usage du microscope n’altère la vision. M. Ehrenberg, de Berlin, me fit également savoir, il y a huit ans, que sa vue n’avait pas changé, bien qu’il n’y ait presque personne qui ait fait un plus fréquent usage du microscope. On peut objecter à l’expérience dont je viens de rendre compte, que la température n’était pas exactement la même dans les deux cas, et que, par suite, la dilatation du verre n’était pas la même. Mais la température de la chambre ne peut avoir été bien différente pendant les deux saisons. J’avais chauffé la platine et le micromètre sur verre jusqu’à 40 ou 50° centigrades, et mesuré le micromètre à cette température. Le grossissement calculé delà même manière fut trouvé r= 338 donc, presque égal, à peu de chose près, au résultat obtenu à la température ordinaire de la pièce. En outre, le coefficientde la dilatation du verre est, depuis 0* jusqu’à 100°, seulement de 0,00086133, suivant Dulonget Petit. J’ajouterai que la dernière opération ne fut faite qu’une fois.
360°. Les lignes se trouvent disposées de telle façon qu’elles s’entrecroisent dans le milieu du champ de vue, et que l’image de l’angle du cristal que l’on veut mesurer vient se placer au point d’intersection.
La grandeur de l’angle est indiquée sur le disque. Le disque gradué et la plaque peuvent aussi être fixés à la platine (Brunner) et l’opération se fait delà même manière (1). Cet instrument est presque inutile quand on peut dessiner le cristal avec la chambre claire ; dans ce cas, les angles sont projetés et mesurés sur le papier par le procédé ordinaire.
Bien que l’indication de la distance de la vision distincte soit indifférente lorsqu’on mesure un objet à la chambre claire, elle devient delà plus grande importance quand on veut déterminer le pouvoir grossissant du microscope. Ceci paraîtra bien simple, car, ainsi que nous l’avons dit, on trouve le degré de grossissement d’une lentille, en divisant la distance de la vision distincte par la distance focale, et conséquemment, le quotient dépend aussi bien de la courbure de la lentille et de la matière dont elle est formée, que de la distance déterminée de la vision. Donc, si l’on prend une distance visuelle plus grande que 0m,25, que nous avons adoptée jusqu’ici, soit, par exemple, 12 pouces (2), l’amplification sera plus grande, et moindre, au contraire, quand la distance visuelle sera plus petite.
Pour trouver le grossissement d’un microscope composé, il faut comparer à une échelle ordinaire, la grandeur
(1) En 1832 et môme avant cette époque, J’adaptais à mes microscopes des goniomètres oculaires et des platines tournant sur leur axe. C.-C.
d’un objet bien connu, par exemple, d‘un micromètre sur verre, et l’on y parvient en regardant d’un œil dans le microscope, tandis que de l’autre on compte combien de divisions cet objet occupe sur l’échelle. Mais il est bien plus commode de dessiner sur le papier, à la chambre claire, quelques portions d’un micromètre sur verre, à la distance de 0m,25, et de mesurer ensuite le nombre de divisions qu’elles occupentsur une échelle ordinaire. Par exemple, si cinq parties d’un millimètre divisé sur verre en cent parties, sont dessinées sur le papier et qu’on trouve pour résultat que l’échelle dessinée est égale à 17 millimètres, le pouvoir grossissant sera = 340 diamètres, c’est-à-dire que
m m mm mm
17 mm mm
AA(eTnm — — • On se sert
ordinairement d’un micromètre sur verre pour le comparer à l’étalon, tout en observant, bien entendu, les règles déjà indiquées ; mais si nous connaissons la grandeur de quelque autre objet , nous pourrons également nous en servir et trouver le grossissement du microscope en divisant par la grandeur réelle de l’objet, les dimensions de l’image amplifiée vue dans le microscope et dessinée sur le papier à la distance indiquée de la vision. Ainsi, avec de faibles pouvoirs grossissants, nous pouvons employer une mesure ordinaire et en dessiner une partie à la chambre claire. Comme la distance visuelle peut varier considérablement chez les différents individus, et qu’elle est d’une si grande importance lorsqu’on mesure le grossissement du microscope, nous n’avons pas besoin d’insister sur l’obligation dans laquelle se trouve chaque observateur, de calculer la puissance du microscope pour son propre œil.
On peut aussi trouver le grossissement d’un microscope
en plaçant un micromètre de verre sur le diaphragme de l’oculaire et en se servant d’un autre micromètre en guise d’objet; on cherchera ensuite combien de divisions le premier occupe sur le second ; mais, dans ce cas, de meme que lorsqu’on a recours à ce procédé pour mesurer un objet, il faut connaître les dimensions de l’un des micromètres, ou, en d’autres termes, le pouvoir de l’oculaire ou de l’objectif + le verre de champ. Le produit du grossissement de ces deux parties nous donne celui du microscope entier. Par exemple, si 0,01mm ou une partie du micromètre objectif répond à 0,3mm ou 30 parties du micromètre oculaire, le grossissement de l’objectif + le verre de champ, sera de 30 fois ; on multiplie ce grossissement par celui du verre oculaire pour obtenir le pouvoir du microscope entier.
Si nous voulons trouver le grossissement d’une seule lentille, par exemple, de la lentille oculaire, nous placerons à son foyer un micromètre sur verre et nous mesurerons le pouvoir amplificateur à la distance visuelle de 0,25m avec une chambre claire, par le moyen déjà indiqué. Nous pouvons aussi mesurer la puissance en divisant la distance de la vision par la distance focale connue, ou plus correctement, par la formule x =^+l (1)- Avec des lentilles à
long foyer, on trouve le pouvoir en projetant sur la muraille une image distincte d’un corps et en mesurant ensuite la distance de la lentille à l’objet et à l’image. On multiplie ces distances l’une par l’autre et l’on divise lepro-
(1) f est la distance de la vision distincte, p la distance focale de la lentille, et x le grossissement cherché.
duit par la somme des deux. Ou bien, réunissez les rayons directs (parallèles) du soleil en un point situé derrière la lentille et mesurez la distance qui sépare celle-ci de l’image solaire. Toutefois les lentilles à court foyer ne peuvent pas être mesurées exactement de cette manière ; mais, dans ce cas, l’on fait usage d’un appareil particulier, ou l’on compare les lentilles à d’autres dont on connaît le grossissement et la distance focale et que l’on emploie en guise d’objectifs sur un microscope dont la puissance de l’oculaire est également connue. Lorsqu’on connaît le grossissement d’une lentille on peut, de la même manière, trouver sa distance focale. Si ,
par exemple, une lentille grossit 11 fois =-+l , nous trouvons p = 0,025m, la distance de la vision distincte f étant = 0,25m. Nous trouvons encore ici une preuve de l’importance qu’il y a à déterminer la distance de là vision en indiquant le pouvoir amplificateur. Lorsque nous parlons de grossissement microscopique, nous entendons toujours qu’il s’agit de mesure linéaire; le grossissement en superficie s’obtient en prenant le carré des diamètres; ainsi, un corps amplifié 1000 fois, sera grossi en superficie 1000 X 1000 = 1,000,000 (1).
Les mesures usitées pour la micrométrie laissent beaucoup à désirer sous le rapport de l’uniformité et de la manière dont on les énonce. Chaque nation se sert de l’étalon communément employé; ainsi, les Français calculent les
(1) On a poussé l’exagération jusqu’à cuber le grossissement, de manière qu’une amplification de 1,000 serait portée à 1,000,000,000. Gela nous fournit l’explication de la puissance phénoménale que le savoir-faire attribue à certains instruments. C.-C.
grandeurs microscopiques en millimètres , les Anglais en pouces anglais, les Autrichiens en lignes de Vienne. La faute en est en partie au constructeur d’instruments qui trace les micromètres d’après son étalon de mesure et en impose ainsi l’usage aux observateurs. Une autre mauvaise coutume résulte de ce que plusieurs observateurs adoptent le système décimal, d’autres le duo-décimal; ceux qui se servent de ce dernier, expriment parfois les grandeurs en fractions dont le numérateur est tantôt 1 , tantôt un nombre arbitraire. De là vient que nous voyons réunis différents nombres qui indiquent les mêmes dimensions, sans qu’il soit possible, au premier abord, de reconnaître leur identité. Il est plus facile à l’œil de comparer des valeurs décimales qui offrent aussi plus de commodité pour le calcul ; mais tant que la division à l’aide du mètre ne sera pas plus généralement employée dans la vie commune , les fractions ayant pour numérateur 1, et trois ou au plus quatre chiffres pour dénominateur, seront plus faciles à fixer dans la mémoire, parce qu’elles seront plus conformes à la manière dont on exprime habituellement les grandeurs. La prédominance du système décimal, pour laquelle nous faisons des vœux, pourra, à une époque future, procurer plus de facilité à énoncer et à retenir les grandeurs décimales , mais j’oserais à peine me hasarder à proposer actuellement l’adoption universelle pour la micrométrie, de la division par a le mètre. »
Afin de faciliter la réduction des grandeurs microscopiques du système métrique d’une nation en celui d’un autre, j’ai construit une table (Tableau micrométrique pour servir à la comparaison et à la réduction des diverses mesures qui sont employées dans la micrométrie microscopique,
1842) (1) dans laquelle on trouve en cinq colonnes, l'évaluation du millimètre, de la ligne française, autrichienne, rhénane et du pouce anglais. Les principaux nombres sont disposés dans cette table ainsi que je l’indique ci-dessous ; les grandeurs sont égales dans la rangée horizontale.