‹ De la contagion dans l'érysipèleChapitre 2 sur 9 · CONTAGION ET INFECTION · texte numérisé non relu

CONTAGION ET INFECTION

Nous n’avons pas à faire ici un chapitre de pathologie générale ; mais, dès que l’on aborde par un point, si restreint qu’il soit, l’immense domaine des maladies contagieuses, on se trouve forcément obligé de loucher de près ou de loin à une foule de questions encore en litige. Les faits affirmés d’un côté sont niés de l’autre, de toutes parts les théories s’entrechoquent et se combattent ; les mêmes termes enfin prennent une signification différente , suivant l’auteur qui les emploie. 11 faut donc bien s’entendre, tout d’abord, sur le sens que chacun attache aux principaux termes de la question, et nous demanderons la permission de définir en peu de mots quelques-unes des expressions que l’on retrouvera dans cette thèse.

Et d’abord nous rencontrons le terme contagion. Il y a deux manières principales d’entendre ce terme : quelques auteurs restreignent la signification du mot contagion et l’entendent uniquement dans le sens de contact direct.

Mais, en général, le terme contagion exprime une idée beaucoup plus étendue, et se prend dans le sens de transmission d’une maladie, quel que soit le procédé par lequel s’opère cette transmission d’un malade à un autre. — Nous prendrons le terme contagion dans ce dernier sens, et, en nous servant de ce mot, nous voudrons seulement dire que l'érysipèle est transmissible d’un malade à un autre, sans rien préjuger sur le procédé par lequel il passe du premier au second.

Le terme infection s’emploie également dans plusieurs sens. Tantôt, comme l’a fait M. Beau, on considère i’infeclion comme la production de toutes pièces d’une maladie par des matériaux organiques, septiques, qui ne proviennent pas d’une maladie semblable ; tantôt on emploie le mot infection pour exprimer l’idée de la conta-

gion à distance, et on appelle foyer d'infection une certaine zone circonscrite autour de l’individu ou des individus atteints: l’infection est alors le transport à distance d’une maladie déjà formée sur un individu.

Dans ce sens, il est à peu près impossible de séparer le terme infection du mot contagion. Or nous pensons que l’érysipèle peut se créer des deux manières: il peut être causé par le dépôt dans une plaie de matériaux organiques provenant d’une source quelconque, à condition que ces matériaux aient subi une transformation qui les ait rendus septiques ; alors c’est de l’infection véritable dans le sens qu’y attache M. Beau : d’autre part et a fortiori , si ces matériaux proviennent d’un individu atteint d’érysipèle, non-seulement il pourra se développer un érysipèle autour de la plaie où ils se sont déposés, mais la transmission de la maladie pourra se faire par une simple écorchure ou même par la surface des muqueuses nasale ou pharyngienne: ce sera alors de la contagion à distance, de la transmission d’une maladie toute faite, et non plus une création véritable de la maladie, comme tout à l’heure.

Nous avons en général employé le terme empoisonnement, qui ne préjuge rien. Il est tellement difficile de séparer l’infection de la contagion dans l’érysipèle, que M. Fénestre, dans son excellente thèse, disait que la cause de l’érysipèle épidémique n’est autre que la caus e infecta -contagieuse. — Au reste, que l’on emploie l’un ou l’autre terme, il est un fait qui nous paraît évident, c’est qu’un seul malade atteint d’érysipèle suffit pour devenir un foyer d’infection et pour répandre cette maladie autour de lui.

Nous avons peu insisté sur les épidémies d’érysipèle en dehors de la cause contagieuse. D’abord nous avouons humblement notre insuffisance , et puis il nous a semblé qu’il valait mieux nous attacher pratiquement à démontrer un des points de ce vaste ensemble qui constitue les épidémies ; et dans le doute où l’on est aujourd’hui sur beaucoup de points de ce qu’on appelle les constitutions mèdi -

cales, nous avons tenu à nous renfermer dans le point de vue de la contagion érysipélateuse pure et simple, d’individu à individu.

Origine des maladies dites miasmatiques et des maladies contagieuses, et de r érysipèle en particulier .

Les faits d’infection, de contagion, et de développement primitif et secondaire dans les maladies contagieuses, aussi bien que dans les maladies connues sous le nom de maladies miasmatiques, ces faits se tiennent de si près qu’il nous est impossible, dans un rapide exposé de l’influence exercée par les matières en décomposition sur l’organisme humain, de ne pas dire un mot des affections paludéennes.

Il est admis aujourd’hui, il est même certain, que les fièvres maremmatiques et tout le groupe d’affections dites paludéennes naissent au voisinage des marais, c’est-à dire sont en réalité un empoisonnement, soit lent, soit rapide, amené par l’immersion de l’individu dans un air vicié par la présence de ce qu’on a appelé le miasme des marais. Laissons de côté le mot miasme : nous dirons plus loin combien nous attachons peu d’importance à ce terme; cherchons à examiner plutôt dans quelles conditions se développent les fièvres paludéennes.

D’abord, il nous paraît bien difficile d’admettre, avec la plupart des auteurs, que ces affections soient causées par l’absorption respiratoire ou cutanée de matériaux provenus des plantes en décomposition, ou du moins des plantes seules. Les infusions de plantes en effet, quand on les conserve à l’abri de l’air extérieur, c’est-à-dire quand on empêche les germes animaux d’arriver jusqu’à elles, comme l’ont fait MM. Pasteur et Pouchet dans leurs célèbres expériences sur l’origine des infusoires ; les macérations de plantes, disons-nous, ne revêtent jamais dans ces conditions les caractères de putréfaction que présentent les eaux stagnantes des marécages ; elles se conservent ainsi presque indéfiniment, sans acquérir jamais

cette odeur, ce goût, et à coup sûr ces qualités délétères qui sont le partage des matières animales en train de se détruire. Laissez au contraire l’air libre pénétrer dans cette macération de plantes et avec lui les germes animaux qu’il renferme, et en peu de temps vous verrez cette même eau se remplir de millions d’infusoires, prendre une odeur, un goût et un aspect repoussants, revêtir, en un mot, les caractères des eaux mortelles des marécages.

Les végétaux, leurs débris, leurs détritus, ne sont donc que le& supports, l’aliment, qui permet à la matière animale de s’organiser, de vivre et de multiplier à l’infini dans les eaux stagnantes ; et dans les eaux chargées de matières végétales, comme dans les cadavres exposés à l’air libre, c’est la présence de ces milliers d’infusoires qui constitue le danger. D’une part , ces infusoires euxmêmes, comme les végétaux (champignons) inférieurs, sont trèsprobablement un poison violent pour les organismes supérieurs; d’autre part, ils activent, par leur présence et avec une prodigieuse rapidité, la décomposition des matières animales et les rendent d’autant plus dangereuses.

Ce qui rend les eaux des marécages si terribles, dans certaines conditions favorables à la production des êtres animés, comme une chaleur douce, un air tranquille et le moins de mouvement possible, ce sont donc ces masses d’infusoires , et avec eux ces quantités de mouches, de larves , d’insectes , de petits mammifères, d’oiseaux, et de poissons morts, qui tombent à chaque instant au fond des eaux stagnantes et se déposent dans la bourbe, qu’ils finissent par constituer presque tout entière; ils s’y transforment peu à peu, d’abord en matières quaternaires, dont la composition diffère peu de la composition normale des corps organisés animaux, mais qui n’en sont pas moins pendant un certain temps des poisons terribles; puis, cette transformation s’avançant toujours, quoique plus lentement qu’à l’air libre, ils passent peu à peu à l’état de gras de cadavre, puis forment les acides humique et ulmique , pour se fondre enfin en un détritus informe et disparaître dans la tourbe,

révélant leur présence, dans les chaudes soirées d’automne, par ces feux follets, ces phosphures d’hydrogène, qui s’échappent à travers l’eau par grosses bulles enflammées, comme pour nous avertir de la présence de ces terribles matières animales dont ils viennent, mais dont ils ne constituent pas tout le danger.

C’est là que se fait la production du poison dans les marais et marécages : il en est de même pour les eaux saumâtres, pour ces terrains neutres du bord de la mer, où les eaux douces et les eaux salées recouvrent alternativement le sol. On ne voit pas en effet de lièvres paludéennes aux bords de l’Océan, ou du moins on n’en voit guère quand il ne s’agit pas d’une baie ou de terrains marécageux situés dans son voisinage : la marée apporte bien des débris de toutes sortes, mais ce qu’elle avait apporté elle ne tarde pas à le reprendre, et pour le peu qui en demeure, le sel qui imprègne ces dépôts de matières organiques apporte en général un tel retard à leur putréfaction, en empêchant le développement des infusoires, qu’on les voit rarement donner lieu aux fièvres paludéennes. Il n’en est pas de même dans les mélanges d’eau douce et d’eau de mer : les eaux douces dissolvent peu à peu le sel dont sont imprégnés les débris organiques, s’écoulent vers la mer avec lui, et l’on retombe alors dans les pires conditions des marais ordinaires.

Pour peu que l’on regarde de près les conditions où se crée la fièvre palustre, on trouvera donc toujours cette même cause, la décomposition des matières animales.

Ainsi, ce que l’on trouve à l’origine de la peste, qui se crée le long des grands fleuves de l’Inde chargés de cadavres, ce que nous trouvons pour la fièvre jaune des marais de Cayenne ou du Mexique, ce qui existe pour les fièvres de Madagascar, pour le typhus des hôpitaux, des armées, nous le retrouvons pour les fièvres paludéennes de nos contrées, qui se créent aussi de toutes pièces devant nos yeux, et cela chaque jour, à chaque heure, car elles sont endémiques dans nos contrées.

L’origine est bien la même : c’est toujours un empoisonnement

par les matières organiques, et pourtant nous trouvons celte différence énorme en apparence, c’est que la fièvre paludéenne, telle que nous la connaissons, ne devient jamais contagieuse en nos pays ; elle naît dans l’individu, elle meurt dans l’individu, et ne se propage jamais ni par infection, ni par contact. C’est là sans doute un procédé bien différent, et pourtant, si nous comparonsà notre fièvre paludéenne la fièvre jaune, qui, produite dans des conditions à peu près analogues, s’en rapproche d’ailleurs à plus d’un titre, nous trouvons sur la côte est de l’Amérique cette sorte de fièvre palustre, qui là, sous l’influence du climat et en vertu d’une loi inconnue, sera devenue contagieuse dans un certain nombre de cas (1).

Et, en poursuivant celte idée, nous arriverons à penser que les matières animales en décomposition ont la fâcheuse propriété de développer dans les différentes contrées, chez l’homme sain, des maladies différentes suivant le climat, dont les unes sont contagieuses au plus haut degré, comme la peste ; dont les autres ne le sont que d’une manière plus limitée, comme le choléra, la fièvre jaune; dont les autres enfin ne le sont jamais dans les climats tempérés, comme la fièvre palustre en France.

La marche des épidémies donne également à penser que certaines de ces maladies, très-contagieuses par moment, le deviennent moins par l’action du temps, et à un moment donné cessent de l’être. Il en est ainsi pour toutes les maladies contagieuses, sans quoi chaque épidémie n’aurait d’autre fin que la destruction même des populations. Et il est peut-être permis de penser que bien des maladies que nous voyons aujourd’hui peu ou point contagieuses ont pu l’être au plus haut degré à une autre époque.

(1) Voir les discussions des diverses Académies dans les Archives générales de médecine .

il y a des faits de contagion auxquels on n’a jamais répondu, quoique la contagion paraisse réellement rare dans la fièvre jaune.

Des considérations tirées d’une marche analogue ne nous mènentelles pas à considérer l’érysipèle comme une maladie tantôt spontanée, tantôt acquise, tantôt s’épuisant dans l’individu où il s’est créé, tantôt s’étendant de proche en proche par infection, par contagion, par transmission quelconque? L’érysipèle naît spontanément, sans qu’il y ait contagion, dans un grand nombre de cas, et cela, nous le croyons du moins, soit par suite d’une disposition intérieure, ce que Broussais appelait l’empoisonnement intérieur, soit par la formation sur place, dans une plaie, de matériaux septiques qui sont ensuite résorbés.

S’il s’en développe dans ces conditions un certain nombre à la fois qui paraissent liés à une cause commune ou bien dériver l’un de l’autre, c’est ce que l’on appelle une épidémie d’érysipèles.

Une fois produit , dans un certain nombre de cas et dans certaines de ses formes, suivant nous, il devient contagieux et s’étend à d’autres malades, puis la transmission s’épuise , et cela d’autant plus rapidement qu’en somme l’érysipèle n’est pas aussi contagieux que la peste et que la plupart des fièvres; enfin il disparaît, et puis, au bout d’un certain temps, un nouveau malade affecté d’érysipèle spontané ou acquis entre dans un service qui était débarrassé d’érvsipèles, ou bien se trouve dans .un quartier ou dans un village qui n’en offrait pas d’exemple , et on verra toute une série se montrer de nouveau. On le verra plus souvent dans les hôpitaux et principalement dans les services de chirurgie ou de femmes en couches, parce que là se trouvent des malades affectés de plaies; la porte d’entrée est ouverte d’avance par la plaie à tous les genres d’empoisonnements, et les matières morbides répandues dans l’air se combinent bien plus facilement avec les jeunes cellules qui recouvrent la surface de ces plaies qu’avec l’épiderme plus ou moins réfractaire des personnes qui ne présentent aucune lésion extérieure.

A. Du miasme .

Si l’on se résout à pénétrer un peu avant dans la marche des maladies épidémiques, il n’est pas difficile de voir que le médecin se trouve pris entre deux hypothèses : ou bien il n’y a pas d’épidémie, pas de contagion, il y a coïncidence, tout est du hasard; le choléra, par exemple, se développe tout le long d’un fleuve chargé d’émanations putrides : hasard. 11 marche de proche en proche à travers l’Asie, allant de l’est à l’ouest, parfois avec une régularité et une sûreté désespérantes: hasard. 11 passe de l’Inde en Chine, de Pékin à Tobolsk, à Pélersbourg, de Pétersbourg à Vienne, de Vienne à Paris et de Paris à Londres, prenant les uns après les autres les membres d’une famille, les habitants d’une maison, ceux d’un quartier, puis d’une ville : hasard ! coïncidence ! Chaque cas est un cas isolé, le hasard seul a tout fait.

A moins d’accepter cette doctrine si commode des coïncidences, mais qui, exposée crûment, n’est pas propre à satisfaire tous les esprits, il nous faut absolument entrer dans l’autre hypothèse, admettre l’épidémie dans le sens le plus large, c’est-à-dire avec l’idée qu’il existe réellement une contagion.

Les mots diffèrent, mais le fait est le même ; épidémie, contagion, infection, inoculation, il n’y a pas là d’autre différence qu’une difîérence de procédé. Une maladie se multiplie, s’étend, se transmet de proche en proche, voilà le caractère général; elle procède par voies inconnues, cest l’épidémie simple; elle s’est transmise par le contact direct d’un individu à un autre, c’est la contagion ; elle est partie d’un foyer pour irradier tout autour, sans contact direct des individus sains avec les malades, c’est l’infection ; et comme la zone d’infection commence à la surface de l’individu atteint pour rayonner tout autour, du contact à l’infection il n’y a pas loin.

Quant à l’inoculation, elle a du moins cet avantage, c’est qu’il est difficile de la contester dans les cas où elle existe; et pourtant, an

fond, n’y a-t-il pas là identité réelle? n’y a-t-il pas un grand fait commun qui domine tout cet ensemble, c’est-à-dire la transmission possible d’une maladie de l’individu malade à l’individu sain ? Mais cette transmission , comment !a comprendre? Aux yeux de l’école ontologiste, les maladies étaient des êtres, êtres peu palpables, peu tangibles, mais enfin êtres réels qui dominaient, régnaient et vivaient d’une vie propre ; et peu s’en Faut encore aujourd’hui que le miasme ne soit une espèce d’être invisible, demi-matériel, demi-spirituel, sorte de lien entre l’homme et les essences supérieures, quelque chose d’inouï, d’inconnu, qui défraie l’imagination des médecins aussi bien que celle des malades: il y a là du terrible, du monstrueux, de l’invraisemblable, de l’infiniment petit , .et c’est parles infiniment petits, par les agents demi-immatériels, que l’homœopathie le poursuit.

Mais, hélas! pour la railleuse école de Paris, qui regarde et dissèque, ils sont envolés les beaux jours de l’ontologie; les maladies, pour nous sceptiques, ne sont plus des êtres ; les maladies sont des ensembles dephénomèneschimiques, physiqueselfonclionneIs(t ) qui se passent chez un être vivant sous l’influence de causes morbides ; et ces causes elles-mêmes, envisagées au point de vue de la contagion ou de l’épidémie, il nous faut rechercher ce qu’elles peuvent être dans la réalité, quitte à avouer notre ignorance ou à rester dans le doute.

Le miasme , d’abord, si souvent invoqué, c’est un mot, ce n’est qu’un mot vague et privé de sens, destiné à exprimer une idée vague ; c’est un être déraison : en somme, ce n’est rien. Pour noys, en médecine, il n’y a pas d’êtres de raison. Et pourtant la contagion existe, et pourtant il y a un lien réel, un lien matériel entre l’homme pris de la peste sur un vaisseau et l’hôte chez lequel on le débarque et qui sera pris demain ; il y a quelque chose qui porte la maladie d’un point à un autre, il y a une raison par laquelle un

(I) Voir la définition de la maladie. MM. Béhier et Hardy, tome I.

être humain est pris après un autre être humain à la suite d’un contact direct ou d’un contact moins intime. Quelle peut donc être cette cause? I! ne s’agit point ici de métaphysique, et nous n’avons point à traiter la grande question des forces ; il s’agit d’une cause matérielle et de choses terrestres. Or, la matière se présente à nous, sur la terre que nous touchons, dans l’état actuel des choses, sous trois formes sensibles, tangibles, réelles : la forme solide, la forme liquide, et les gaz ou vapeurs.

En dehors de ces trois formes, sous lesquelles les êtres nous apparaissent et se révèlent à nos sens, il n’y a rien, rien que des phénomènes et des propriétés, c’est-à-dire des modifications dans les êtres qui affectent ces trois modes.

Laissons donc tous ces termes de miasmes, d’influences, d’aura, etc. Si un marais vous empoisonne, c’est que vous avez absorbé des gaz, des liquides ou des cellules animales, peut-être végétales, en décomposition ; et il est matériellement, physiquement impossible, qu’il se passe autre chose. Nous sommes donc conduits à admettre qu’en vertu des lois qui régissent la décomposition des êtres organisés, ces liquides ou ces gaz, et principalement ces cellules organiques, ont acquis la propriété spéciale d’agir comme ferment sur les ceb Iules de notre organisme, et de le modifier lui-même de telle sorte qu’il présente toute la série morbide désignée sous le nom de fièvre maremmatique.

Or cette nécessité d’admettre l’influence d’une cause matérielle et rien que matérielle dans la production des fièvres paludéennes, nous la retrouvons tout aussi grande, tout aussi puissante dans la production et la reproduction des maladies à la fois épidémiques et contagieuses. Non, il n’y a pas plus de miasmes, il n’y a pas plus d’êtres de raison qui donnent le choléra, qui donnent la fièvre typhoïde, qui donnent la scarlatine ou l’érysipèle, qu’il n’y en avait dans les marais pour donner la fièvre paludéenne.

Ici, comme toujours, comme partout, il y a une cause matérielle, tangible, réelle, derrière les phénomènes qui nous apparaissent; il

y a de la matière qui a transmis la maladie de l’êlre malade à l’être sain. Il y a deux cents ans, les épidémies étaient sous l'influence des astres : aujourd’hui, nous cherchons quelle est la particule matérielle qui a empoisonné le malade, et ce sera une des gloires de la science moderne d’avoir substitué la doctrine des réalités à la doctrine du vague en médecine.

Ici toutefois se présente un embarras immense, celui de montrer matériellement la cause morbide dans tous les cas; difficulté d’autant plus grande que lorsque le bonheur ou plutôt des séries d’observations bien faites et un travail assidu ont fini par la faire trouver, cette cause morbide, comme par exemple l’inoculation dans les maladies virulentes, il se trouve des esprits qui cherchent encore le mystérieux quand même, là où nous tenons enfin la réalité.

Vous avez démontré que la cellule de pus d’un chancre inoculée sous la peau d’un individu sain lui donne un chancre; on vous répondra que les matériaux qui renferment le poison syphilitique ne sont pas ce poison morbide lui-même, car ces matériaux ne diffèrent pas en apparence des mêmes produits quand ils ne possèdent pas ces propriétés virulentes. Si les cellules ne sont pas le poison, quel est-il donc? un miasme?

Eh bien, pour nous, voilà ce que nous liions absolument: c’est l’existence de ce miasme, de cet être impalpable. Certainement, en apparence , la cellule de pus d’un chancre ne diffère pas beaucoup de la cellule de pus d’une piaie ordinaire, mais elle en diffère absolument par ses propriétés, et cela suffit.

Sans doute il reste encore une inconnue au problème ; mais cette inconnue ce n’est pas un miasme, ce n’est pas un poison immatériel morbide, ce n’est pas un être de raison, c est le rapport qui existe entre une cellule donnée et ses propriétés . Eh bien, cette inconnue, il faut l’admettre, elle existera toujours. Jamais la science ne révé-

lera pourquoi telle propriété appartient à tel corps; mais, du moment où nous avons constaté ce fait, à savoir qu’il y a une matière douée de telles ou telles propriétés, nous devons nous y tenir, il n’y a pas d’autre inconnue, mais nous ne pouvons aller pius loin.

Poursuivons maintement cette étude. Le miasme qui n’existe pas, dans le sens mystérieux du mot, ne saurait être l’agent de la contagion. Cet agent, quel est-il donc?

C’est ici le lieu d’examiner une théorie qui tend à se faire jour depuis quelques années dans les sciences naturelles, théorie qui, envisagée par Virchow au point de vue purement descriptif et anatomique, acceptée virtuellement par la plupart des maîtres de la science, est peut-être appelée à renouveler de fond en comble les idées admises sur la nature et la transmission des maladies dites miasmatiques, épidémiques ou contagieuses.

Je veux parler de ces idées nouvelles sur la vie véritable, individuelle, et sur les'propriétés physiologiques et morbides des cellules animales et végétales; je veux parler de ces faits nouveaux dans la science, que les grandes discussions des diverses académies ont mis de toutes parts en lumière, et qui jettent déjà un si grand jour sur certains points des contagions.

Et pour formuler d’une façon générale ces idées, qu’il nous soit permis de les désigner sous le nom que Virchow a rendu célèbre, celui de théorie cellulaire .

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