‹ De la contagion dans l'érysipèleChapitre 5 sur 9 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation sur V érysipèle , par Wells (1).

(Écrite le 2 janvier 1798 )

«Je ne crois pas que ce soit une opinion reçue parmi les praticiens que l’érysipèle est contagieux. Je dois par conséquent mentionner quelques faits qui me semblent prouver que les érysipèles peuvent se communiquer d’une personne à une autre.

1° Le 30 mai 1798, je fis une visite à William Emerton, âgé d’environ 60 ans, qui avait été pris depuis quelques jours d’un érysipèle sur l’une de ses jambes. Des vésicules étaient formées sur la partie enflammé et la surface de la peau à l’entour était noire. Pouls fréquent et faible, quelque peu de délire. Peu de jours après il fut envoyé à l’hôpital Saint-Bartholomé, où j’appris plus tard qu’il est mort.

Le 10 du mois suivant, je fus prié d’aller voir sa veuve; je la trouvai sous le coup des symptômes habituels de ce qu’on appelle d’ordinaire une fièvre adynamique ( Hit basse low fcicr)k ce moment où elle commence à devenir fatale.

Il y avait en outre sur différentes parties de la peau des taches disposées irrégulièrement, d’une couleur nettement rouge, de la dimension d’une pièce d’une demi-couronne à peu près; mais les parties ainsi malades n’étaient pas élevées, et lorsqu’on les touchait le malade n’en ressentait pas de douleur.

Un des bras était fortement enflé et paraissait livide, mais il n’y avait pas d’affection visible sur la peau qui le recouvrait, l’épiderme ne s’en enlevait pas. Elle mourut dans le courant du même jour.

Comme donc cette dame avait été constamment dans la même chambre que son mari durant tout le temps qu’il avait été malade chez lui, comme la maladie l’a prise peu de jours après l’enterrement, comme cette maladie avait bien de la ressemblance avec l’érysipèle, je fus porté à croire qu’il est probable que l’érysipèle peut se communiquer d’uu individu à l’autre. Je ne songeais pas en ce mo-

(l) Transactions of a Society for the improvement of medical and chirurgical Knowledge (tome 11, page 213; Londres, 1800).

ment que cette même opinion avait été avancée par feu le Dr Cullen, d'Edimbourg. Peu de temps après, mon idée fut confirmée.

2° Le 8 août 1796, je fis visite, dans Vine-Street, à Clakeu Will, à un homme âgé, nommé Skelton qui avait été pris quelques jours auparavant d’érysipèle de la face. 11 était mort environ au bout d’une semaine.

Le 19 du mois suivant, je vis une dame Dyke, âgée d’environ 70 ans, c’élait la propriétaire de la maison où demeurait Skelton, elle souffrait d’érysipèle de la face.

Je m’informai si quelque autre personne avait été malade dans sa maison de la même affection depuis la mort de Skelton et j’appris que sa propre femme en avait été saisie quelques jours après sa mort et était morte après environ une semaine.'

Pendant que je soignais Mme Dyke, son infirmière, une femme âgée, fut prise du même mal, et fut envoyée dans sa paroisse où elle mourut.

Mme Dyke m’apprit depuis qu’un jeune homme, le neveu de M. Skelton, fut affecté de la même maladie dont était mort son oncle peu après lui avoir fait visite, et mourut au bout de peu de jours; que du reste elle-même s’était trouvée plusieurs fois avec Skelton et sa femme pendant leur maladie, et qu’après leur mort elle avait fait transporter différents objets d’ameublement de la chambre qu’ils occupaient dans son propre appartement ; que, pendant que je lui distribuais mes soins, le bruit courait dans le voisinage que la peste régnait dans sa maison, et qu’en conséquence personne ne voulait l’approcher.

3e J’étais alors si fortement convaincu de l’idée] que l’érysipèle peut être contracté par contagion, qu’ayant été prié, dans le mois de décembre de la même année, de visiter une dame Hunter, de Eyre-Street-Hill, et voyant sa figure prise de ce mal, une de mes premières questions fut de lui demander si elle avait été récemment chez une personne malade. Elle me répondit qu’il y avait environ dix jours qu’elle avait été pendant quelque temps auprès du lit d’une amie qui avait le feu de Saint-Antoine à la figure, et que cette amie ayant succombé au bout de quelques heures, elle avait le lendemain aidé à sa mise dans un cercueil.

Elle ajouta que deux sœurs de son amie, deux domestiques de la famille, l’une d’elles femme âgée, l’autre une jeune fille, avaient été affectées de la même maladie.

Lorsqu’elle m’eut dit que le Dr Pitcairn avait soigné l’une des sœurs pendant sa maladie, je priai ce docteur de me faire savoir si les renseignements de Mme Hunter étaient exacts.

Sa réponse fut qu’il avait donné des soins à l’une des dames mentionnées par M’nr Hunter, et que cette personne était prise d’un érysipèle de la face; qu’il

avait dans la suite visité une seule fois une des sœurs de celte dame, affectée du même mal; il avait appris de la famille qu’une autre sœur et deux domestiques femmes avaient également été prises.

C’est là ce dont m’informa le Dr Pitcairn. Dans la suite, j’appris encore de Mme Hunter que trois de ces personnes vivaient dans une même maison, deux dans une autre, mais qu’il y avait entre les deux maisons des communications fréquentes; que la veille servante était morte peu après sa maîtresse; que les autres personnes avaient guéri. Mme Hunter elle-même se rétablit en peu de jours, et plus personne dans la famille ne ressentit d’atteinte d’érysipèle.

Je crois convenable de mentionner ici (de peur que quelqu’un croie que les faits que j’ai relatés indiquent seulement la grande prédominance de l’érysipèle de quelque cause générale) que je n’ai pas vu plus de deux autres exemples de la maladie à cette époque. Tous deux eurent lieu dans la même maison, et l’un des malades fut pris peu de jours après avoir rencontré l’autre malade, convalescent il est vrai, sur un escalier étroit.

Ce que je viens d’exposer ayant dans mon esprit mis hors de doute que l’érysipèle est quelquefois du moins contagieux, je m’informai auprès de quelques praticiens de la ville si quelques faits leur étaient survenus ayant rapport à mon idée. M. Whitfield, pharmacien de l’hôpital Saint-Thomas, le Dr Pitcairn et le Dr Baillie , sont ceux qui m’ont approvisionné du plus grand nombre de matériaux relatifs à mon sujet.

4° M. Whitfield, qui a rempli les fonctions dont il est actuellement encore investi depuis quarante-quatre ans , dit que, pendant l’été de 1760 , une personne affectée d’érysipèle de la face fut apportée à l’hôpital Saint-Thomas , où elle mourut; que, par accident, un autre malade ayant une maladie différente, fut placé dans le même lit, qui n’avait pas été proprement aéré; que ce malade fut peu après pris d’érysipèle de la face; que plusieurs autres individus de l’hôpital furent à la même époque atteints du même mal. L’un de ces individus était une domestique, supérieure ou sœur comme on les appelle : elle mourut; que le bruit courait que la peste était dans l’hôpital , et que cela parut assez important au trésorier pour qu’il mentionnât le fait au grand comité de l’hôpital. Ces messieurs du grand comité, en conséquence, prièrent les médecins, chirurgiens et pharmaciens, de rédiger un avis pour interdire la rumeur, et de publier ledit avis dans toutes les feuilles périodiques. En consultant les journaux de l'époque, j’ai trouvé cet avis, mais le fait que fit surgir la rumeur n’est pas mentionné; il n’y a pas non plus à l’hôpital aucun registre qui ait pu me fournir quelques lumières. Aucun doute ne peut exister sur la justesse des affirmations de M. Whitfield, car il est assez connu pour être un homme très-consciencieux.

5° Le Dr Pitcairn, en outre de ce quej’ai déjà mentionné de lui, m’a fait savoir qu’en février de l’an dernier il a donné des soins à une dame qui fut prise de fièvre immédiatement après avoir accouché d’un enfant; cela fut accompagné d’une affection de la peau, quelque chose d’analogue à l’érysipèle; que son enfant, environ trois jours après sa naissance, fut pris de cette espèce d’érysipèle que les Français appellent la gelure; il apparut d’abord aux alentours du pudendum, et s’étendit ensuite à d’autres parties du corps, et vers la fin à la face : que tous deux, la dame et son enfant, moururent après peu de jours de maladie, et qu’environ huit jours après la mort de l’enfant, la mère de la dame et une jeune servante, ayant pris toutes deux la maladie pendant que la dame était malade, furent atteintes d’érysipèle de la face, et guérirent toutes deux.

6° Ce qui suit est un renseignement que j’ai obtenu du Dr Baillie. Pendant une partie des années 1795 et 1796, l’érysipèle de la face fut bien plus fréquent à l’hôpital Saint-Georges qu’on ne l’v avait jamais vu auparavant.

Bien des personnes furent prises de cette affection après leur entrée à l’hôpital ; et comme une partie de ces cas furent dans un certain quartier bien plus nombreux que dans d’autres, le Dr Baillie a été porté à soupçonner la contagion. 11 m’a fourni également les faits suivants , non à la vérité de sa propre autorités mais de celle d’un respectable praticien dont il suppose qu’on ne mettra pas l’honorabilité en question.

Une dame vint à Londres au commencement de l’année dernière, pour soigner une dame de ses connaissances qui était souffrante d’un érysipèle de la face. Mais, avant d’entrer dans ses fonctions , elle s’informa auprès du médecin qui soignait son amie si elle était en sécurité ; la réponse fut quelle l'était , la maladie n étant pas contagieuse. Elle se mit donc à soigner son amie, et dans l’espace de peu de jours elle fut elle-même prise d’érysipèle de la face. Une garde-malade (1) à gages de ces mêmes dames fut également prise de la même maladie pendant qu’elle se trouvait chez ces dames, mais la personne malade chez qui elle avait été en service immédiatement auparavant avait également été affectée du même mal.

Ayant donc relaté ce que je sais de la nature infectieuse de l’érysipèle par ma propre expérience et les informations de mes amis, je vais maintenant mentionner en peu de mots ce quej’ai rencontré dans les livres ayant rapporta ce même sujet

(1) Littéralement : nourrice.

Hoffmann dit qu’il y a une grande affinité entre la peste et l’érysipèle, mais que ces maladies diffèrent par ces deux circonstances, que la dernière est moins dangereuse et n’est pas contagieuse (t. II, p. 9).

Sauvages nous informe, dans sa Nosologie (t. II, p 452), en s’appuyant sur l’autorité des Annales de l’Académie des scienecs pour 1716, qu’un érysipèle contagieux survint en cette année à Toulouse, érysipèle dans la convalescence duquel l’épiderme de la face tombait. Mais il y a plusieurs erreurs dans ce récit : il n’est pas fait mention dans les Annales de l’Académie des sciences pour 1716 d’une épidémie ayant régné à Toulouse; dans les Annales pour 1715, page 14 , il est dit qu’il a régné une maladie contagieuse, un pourpre, comme l’appelle l’historien , dans les villes et villages des environs de Toulouse. Cette maladie enlevait les personnes qui en étaient atteintes en deux ou trois jours au plus; l’épiderme, je suppose (quoique les Français emploient le mot peau), tombait complètement chez tous ceux qui guérissaient (1).

D’après cette description de l’épidémie, il paraît évident que c’était la fièvre scarlatine et non l’érysipèle.

Le Dr Cullen , dans les premières lignes de son tome II, page 228, dit que « l’érysipèle peut surgir d’une matière âcre appliquée à l’extérieur, et qu’ainsi il est possible que cette maladie soit quelquefois communiquée d’une personne à une autre.»

Je trouve dans les notes prises par moi en 1780 lorsque j’assistais au cours de ce professeur, que, dans ses commentaires sur ce passage, il disait que l’érysipèle s’était montré contagieux une fois dans l’infirmerie d’Edimbourg.

D’après la manière circonspecte toutefois dont il s’exprime dans son livre , et d’après ceci, qu’il ne raconte pas dans ce livre le fait dont je viens de parler, il est clair que ou bien il n’était pas convaincu de la vérité du fait, ou bien il ne se souciait pas de le dire tout haut. En vérité, heureusement, la maladie ne peut jamais se communiquer, si ce nest par contact immédiat , et lorsqu elle est communiquée de cette manière elle doit occuper , en premier lieu du moins, seulemen t la partie qui a été touchée.

C’est là tout ce que j’ai rassemblé louchant la nature contagieuse de l’érysipèle dans les auteurs.

Si l’on devait maintenant admettre que l’érysipèle est quelquefois contagieux,

(1) C’était probablement une épidémie de scarlatine maligne, comme le dit l’auteur.

il s’ensuit nécessairement que nous devons dans tous les cas d’érysipèle nous mettre sur nos gardes contre sa diffusion. Le cas de cette dame de la campagne, donné par le Dr Baillie, montre la triste conséquence d’une imprudence commise à cet égard; et d’autre part, la non-propagation de la maladie dans la famille de Mme Hunter doit être probablement attribuée aux précautions que je fis prendre dans cette vue. Elles consistent principalement à tenir la chambre de la personne malade bien aérée, et à défendre toutes les communications inutiles entre la malade et toute autre personne.

Thèse de M. Costalfat (Paris, 1832).

Nous regrettons vivement que les faits produits par M. Costa Hat, dans sa thèse, faits qui ontété longtemps lesseuls cités en France comme preuve de la contagion dans l’érysipèle, et que l’on trouve reproduits dans tous les ouvrages publiés depuis sur cette matière , n’aient pas été recueillis par lui d’une façon plus complète. H y a là ni dates, ni détails, ni précision; ainsi on peut supposer que les trois malades ont eu un érysipèle de la face, mais ce n’est indiqué que pour une seule d’entre elles, etc.; et ce manque de précision est d’autant plus à regretter que ces faits, par eux-mêmes, étaient de nature à attirer l’attention d’une façon toute particulière sur la contagion dans l’érysipèle.

Quoi qu’il en soit, voici le fait tel qu’il est relaté dans cette thèse (exemplaire de l’École de médecine) ;

« Obs., p. 4. — Une femme affectée d’érysipèle facial reçoit les premiers soins d’une amie qui lui démêle les cheveux. La malade vient mourir à la Charité. Peu de jours après, sa compagne vient occuper le même lit, et meurt aussi de la même maladie. Une troisième, qui l’avait soignée chez elle et qui lui avait avait aussi démêlé les cheveux, éprouve les mêmes symptômes et a le bonheur de survivre. Faudrait-il beaucoup de faits pareils pour croire que l’érvsipèle puisse devenir contagieux? »

«Exemple de transmission d’un érysipèle par voie de contact, par M. Clément

Ollivier (d’Angers) (1).

«Observation. Je fus appelé, le 27 octobre dernier (1846), rue Sainte-Avoie, 16, pour y donner mes soins à la femme d’un sieur Fritte, fabricant de casquettes.

Un mois auparavant, j’avais assisté cette dame pour une fausse couche dont, au moment dont je parle, elle n’était pas parfaitement remise.

« Début . La malade est âgée de 24 ans, forte, d’un tempérament lymphatique.

«Le 26 octobre. Depuis la veille au soir, elle estsous l’influence d’un érysipèle qui a débuté par une violente douleur dans l’oreille droite , accompagnée de nausées et de frissons.

«Le 27. A ma première visite, le côté droit de la face commence déjà à être envahi; les nausées, les lipothymies , se succèdent au moindre mouvement; pouls à 100, petit, serré; langue saburrale, épigastre douloureux, ventre teudu. La malade attend ses règles. Un purgatif est administré et produit peu d’effet.

«Le 30. Les règles apparaissent et coulent mal pendant deux jours; les symptômes généraux sont les mêmes. — 24 grains d’ipéca, cataplasmes sur le ventre, lavements émollients).

«Le 1er novembre. L’érysipèle suit sa marche, délire fugace, hypogastre douloureux. — 30 sangsues à l’hypogastre.

«Le 2. Les sangsues, appliquées dans l’après-midi de la veille, ont saigné toute la nuit abondamment; l’hypogastre est tendu; selles involontaires, sanglantes, extrêmement abondantes, noires, d’une fétidité inouïe; le délire continu; prostration extrême des forces, froid des extrémités, pouls à 120. (Bouillon léger; cataplasmes sur l’hypogastre; lavements émollients). A midi, le pouls se relève, lympanite ; les selles involontaires et de même nature continuent. Au soir, la malade est un peu mieux, selles moins abondantes, le ventre est moins ballonné. — Vésicatoires aux jambes et derrière chaque oreille.

«Le 3. Le mieux est plus sensible. A midi, il n’y a qu’une selle, mais toujours de même nature. A quatre heures, consultation avec M. Duparcque. — Même prescription.

(1) Extrait de la Revue médico-chirurgicale de Paris , de M. Malgaigne, tome 1, p. 243 (1847).

«Le 4. Mieux sensible, pas de selles sanglantes, hypngastre toujours douloureux. — Emplâtre de thériaque sur cette partiel.

«Le 5, même état.

«Le 6. Prostration extrême des forces. Au soir, la respiration s’accélère, le pouls faiblit.

«Le 7 au matin. Les symptômes d’adynamie augmentent, la respiration est de plus en plus haletante. Au soir, les extrémités sont froides.

«Le 8, au matin, mort.

«J'ai cru devoir rapporter cette observation dans tous ses détails, les exemples de complication aussi intense étant assez rares. Mais le fait sur lequel je veux attirer l’attention des praticiens est encore plus digne d’intérêt sous le rapport scientifique.

«Le mari de cette jeune dame continua de coucher près d’elle jusqu’au 1er novembre, c’est-à-dire pendant les huit premiers jours de l’invasion érysipélateuse. Or, le dimanche suivant, jour de la mort desa femme (8 novembre), il fut pris, lui aussi, d’une douleur aiguë à /J oreille gauche , qui était positivement le côté qui se trouvait en contact avec la face de la malade au moment où l’érysipèle avait envahi celte partie.

« Le 9, je trouvai l’oreille douloureuse envahie par un commencement d’érvsipèle qui suivit toutes ses périodes en parcourant toute la face. »

II ajoute plus loin : «Chez la femme, l’invasion érysipélateuse semble avoir été occasionnée par un refroidissement; elle se trouvait en outre à l’approche de ses règles, etc.»

«J’avais tracé ces lignes lorsque je reçus la visite de la personne qui avait assisté M,ne Fritte pendant sa maladie. Maria Riche, qui bien des fois avait été embrassée par la malade pendant le cours de sa maladie, se plaignait déjà d’une douleur très-vive dans la région nasale, lorsque je quittai la maison Fritte. Cette douleur n’était aussi que le prélude d’une invasion érysipélateuse. Chez cette femme, l’érysipèle commença par l’angle de l’œil droit, et parcourut comme chez le mari, toutes ses périodes.»

Remarques. L’auteur fait suivre ces trois observations de quelques réflexions, et il admet que pour les deux derniers malades il y a eu contagion ; de plus, il y aurait eu huit jours d’incubation pour le premier. Nous ne saurions partager complètement cette dernière opinion.

En effet, nous trouvons dans l’observation que le sieur Fritte a

continué de coucher dans le même lit que la malade depuis le 26 octobre jusqu’au 1er novembre, et qu’il a été pris des premiers symptômes de l’érysipèle le 8 novembre seulement. En admettant qu’il y ait eu transmission de l’érysipèle par contact direct dans ce premier fait, la contamination a pu s’opérer aussi bien le premier jour que le septième, et l’incubation a pu durer, dans celte hypothèse, de 8 jours à 14 jours: ce n’est pas forcément dans la dernière nuit du contact des deux têtes que la transmission s’est faite. De plus, nous pouvons très-bien supposer que la contagion s’est opérée non pas forcément par contact direct, mais seulement par infection , par dépôt des molécules organiques parties de la malade, et qui remplissaient l’atmosphère de la chambre depuis le 26 octobre jusqu’au 8 novembre. Dans ce cas, la durée possible de l’incubation doit être comprise entre 1 jour et 14 jours. M. Fritte a pu aussi bien être empoisonné le 7 ou le 8 novembre que le 1er novembre ou que le 26 octobre. En tout cas, l’incubation, quel que soit le procédé de contagion, est comprise ici entre ces deux limites : 1 à 14 jours.

Toutefois il est certain que ce fait est fort remarquable, et qu’il y a en vérité ici quelque chose de bien séduisant pour l’esprit au point de vue de la transmission par conta zt direct , c’est-à-dire de la contagion véritable, dans le sens que beaucoup d’auteurs donnent au mot contagion.

Et s’il y a eu propagation réelle de l’érvsipèle par contact, c’est dans les limites de 14 jrurs à 8 jours qu’il nous faut restreindre la durée de l’incubation.

11 est très-remarquable en effet que ce soit précisément le côté gauche de la face du mari qui soit pris d’érysipèle, côté qui a été longtemps en contact plus direct avec le côté droit, c’est-à-dire avec

le côté malade de la face chez la dame F ; et d’autre part, nous

voyons également, dans le second fait, la dame Maria R...,, prise d’érysipèle de la partie antérieure de la face, après avoir embrassé à diverses reprises la première malade sur la ligure. Seulement ,

dans ce cas, la durée précise de l’incubation est encore plus difficile à déterminer et peut varier également de I à 14 jours.

Érysipèle de la face; propagation au cuir chevelu, à la bouche, la langue, le pharynx, les replis arythèno-égiglotiiques, le larynx, les bronches, la trachée et quelques ramifications bronchiques ; engouement pulmonaire; forme ataxo-adyoamique ; mort. Transmission probable à la malade voisine; épidémie consécutive dans la salle.

Ce fait, dont j’abrégerai les détails inutiles à notre sujet, est consigné tout au long dans l’excellente thèse de M. Labbé (Paris, 1858), pages 44 et 57.

« Il existe, au mois de décembre (857, à la Charité, une épidémie dans les deux salles de chirurgie (femmes), tandis que dans les salles de médecine il y en a quelques cas à peine, comme à toute autre époque de l’année. La femme qui fait le sujet de l’observation est prise d’érysipèle de la face après un séjour de onze jours dans une de ces salles de chirurgie, sans qu’il s’en manifeste aucune trace au membre affecté du panari pour lequel elle est entrée.

«Elle passe, pour être traitée de son érysipèle, dans une salle de médecine voisine (salle Sainte-Marthe, 23), où il n’y en a pas d’autre ; elle meurt, et quelques jours après, la malade du n° 24, enceinte, et affectée d’un rhumatisme articulaire aigu depuis six semaines, meurt elle-même d’un érysipèle. Je n’oserais pas affirmer que ce fut là le signal de l’invasion de l’épidémie d’érysipèle qui a régné depuis ce temps-là pendant plusieurs mois à la salle Sainte-Marthe (2) (service de médecine); toujours est-il que voilà deux faits qui me semblent en faveur de la contagion : la première malade a évidemment subi l’inHuence miasmatique érysipélateuse de la salle de chirurgie, puisque sou panari n’a été pour rien dans la production de l’érysipèle et qu’elle n’avait pas de blessure à la face. Quant au second fait, il parle de lui-même. Eh bien , il n’est pas rare de pouvoir suivre comme là l’envahissement des érysipèles, dans un hôpital, d’un lit à l’autre, d’une salle à l’autre, et ainsi de suite.»

Ce fait était intéressant encore à un autre point de vue; c’est qu’il présentait une propagation évidente et continue de l’inflamma-

(I) Thèse de M. Labbé, 1858.

;2j 11 y a là transmission d’un érysipèle chirurgical à un médical.

lion érysipélateuse de la face à la bouche, au larynx et jusqu’aux poumons. Mais laissons cela et examinons quelles conclusions on peut en tirer au point de vue de la contagion de l’érysipèle.

Il y avait donc des érysipèles en chirurgie; il n’v en avait, pas dans la salle de médecine. La malade dont il est question passe en médecine et meurt, quelques jours après; sa voisine la plus proche est prise, et une série d’érysipèles commence dans la salle. Si ce fait était isolé, sans doute il n’y aurait pas de conclusions absolues à en tirer : il y a un peu de vague dans le terme quelques jours , et les adversaires de la contagion ne manqueront pas d’attaquer ce point; pourtant il n’est guère possible de ne pas admettre, avec M. Labbé, qu’il semble bien y avoir eu relation de cause à effet entre l’arrivée de la malade dans la salle de médecine et la série d’érysipèles qui a suivi. On trouvera d’autres exemples analogues dans nos observations.

Thèse de M . Rogez (1860).

«Notre ami le Dr Michou, au mois de mars de celte année (1860), étant alors interne à l’Hôtel -Dieu dans le service de M. Jobert, fait l’autopsie d’un malade mort d’érysipèle, et, quelques jours après , lui-même est pris de tous les symptômes de cette même affection, qui le force à suspendre son service pendant quelques jours. »

Élèves des hôpitaux.

Les faits suivants m’ont été rapportés par mon ami et collègue M. Lévy, ancien interne de l’hôpital Lariboisière.

L’hôpital de Lariboisière présenta, dans le courant de l’année 1861, un nombre considérable d’érysipèles, principalement dans le service de chirurgie.

Or, dans le service de M. le Dr Voillemier, qui se composait de 3 internes et 5 externes (outre les élèves bénévoles), il y eut trois personnes prises d’érysipèle, dont un interne, M. Lévy, et deux externes.

D’abord, dans le courant de février, un jeune externe de première année (3e année de médecine), M. Bulliard, tomba malade d’érysipèle : ce jeune homme, quoique blond, était très-vigoureux et jouissait d’une excellente santé; il avait 22 ans. Il fut pris d’un érysipèle de la face extrêmement grave dès le début,

avec symptômes typhoïdes , adynamie profonde; le coma vint bientôt. Il mourut en cinq jours.

M. Lévy fut pris, à la tin d’avril, d'un érysipèle de la face qui débuta par la partie supérieure du nez, avec douleur dans les ganglions parotidiens. Sur le front, vint ensuite une plaque étendue. Les ailes et l’intérieur du nez restèrent indemnes.

M. Lévy ne portait alors aucune trace d’acné sur le visage, il n’avait aucune écorchure ; on voit d’ailleurs que le nez ne fut pas pris tout entier.

L’érysipèle débuta par un frisson; il fut bénin , ne s’accompagna pas de délire, et guérit en dix jours.

Environ quinze jours pins tard, lin second externe, M. G.. .., fut pris de frisson. Le lendemain, à la visite, M. Lévy lui fit remarquer qu’il avait le nez rouge

et tuméfié , et qu’il s’agissait probablement d’un début d’érysipèle. M. G

avait un peu d’acné autour du nez.

Ce jeune homme jusqu’alors avait joui d’une excellente santé ; il n’avait fait, paraît-il, aucun excès préalable.

Cependant, dès les premières heures, il fut pris de symptômes ataxiques effrayants; le délire se montra seize heures après le frisson initial. M G mou-

rut le quatrième ou le cinquième jour avec une tuméfaction énorme du cou et du pharynx, et des symptômes de suffocation tels que la trachéotomie avait été mise en question.

Ces trois jeunes gens étaient tous chargés du service dans la salle Napoléon, où il y avait constamment des érysipèles.

Ces faits ont été rapportés dans la Gazette des hôpitaux : on y lit que la sœur du service mourut aussi d’un érysipèle; mais M. Lévy m’a assuré que celte personne eut en réalité un rhumatisme cérébral.

Thèse de M. Fénestre.

Dans l’excellente thèse de M. Fénestre, publiée en 1861, nous trouvons les faits suivants, qu’il donnait comme preuves de la contagion érysipélateuse :

« Le 22 mars 1800, M. Gosselin fait sur un bubon suppuré des ponctions multiples chez un homme couché au n° 1 dans une petite salle à deux lits. Dans la soirée, il est pris d’érysipèle. La maladie fait de rapides progrès et met la vie du malade en danger. Au n° 2 de la même salle est couché un homme de 68 ans, opéré, depuis plusieurs semaines, d’une double cataracte (voir l’obs. 4), parfaitement guéri, mais d’une santé générale peu robuste, et qui songe à sortir au

premier jour. Au quinzième jour de la maladie de son voisin, il est pris d’un érysipèle de la face qui le fait périr en quatre jours. Le surlendemain, son lit est occupé par un jeune homme auquel on fait l’opération; le nouveau venu est lui-même atteint d’érysipèle.

«2° Le 12 avril, entre au n° 2 5 (2° pavillon, Ier étage), un homme atteint d’un panaris avec dénudation des tendons. M. Gosselin ampute le doigt le 22 avril. Le soir même, l’érysipèle se déclare et ne se termine que quinze jours après.

«Le 17 avril, étaient entrés aux n,s 37 et 38; presque en face du n° 25, deux malades atteints, le premier, de kératite vasculaire très-prononcée, le second d’une plaie contuse delà main; tous deux sont pris d’érysipèle le même jour 26 avril, l’un à la face, l’autre à la main.

«Le 3 mai , un malade entre à l’hôpital pour une fistule à l’anus. On lui assigne le lit n° 21 , toujours dans la même salle et exactement en face du n° 38. Le lendemain de son entrée, M. Gosselin explore sa fistule au moyen d’un stylet mousse, il s’écoule quelques gouttes de sang, et la nuit suivante il est atteint par l’érysipèle. Enfin, au n° 36, toujours dans la même partie de la salle, se trouvait, depuis le 10 avril , un homme portant un cancroïde du nez; on lui avait fait une première cautérisation avec la pâte de Canquoia le 14 avril. Dix jours après, l’eschare était tombée et la plaie tendait à la cicatrisation dans certains points; aucun accident ne s’était produit, et il est bon de noter qu’il ne s’était pas encore développé d’érysipèle dans celte salle à celte époque. Le 2 mai, M Gosselin, enhardi par le bon résultat de la première application de caustique, en fait une nouvelle; le 1 1, l’escliare tombe , et le 13, l’érysipèle de la face se déclare et devient mortel. Ainsi, en résumé, 5 individus à l’entrée de la même salle, dont 3 couchés dans trois lits voisins et 2 couchés dans deux lits en face, sont pris successivement d’érysipèle et presque en même temps, de telle sorte que la rougeur est encore dans tout son éclat chez l’un lorsque déjà elle apparaît chez l’autre, qui semble la transmettre à un nouveau, et ainsi de suite; mais le foyer d’infection semble limité à l’entrée de la salle, dans le reste de laquelle aucun autre malade n’est atteint : sont -ce là de simples coïncidences?

«3° Le 23 avril, M. l’aumônier de l’établissement, attaché à ce poste depuis deux mois seulement, fut retenu pendant un certain temps près d’un de nos malades affectés d’un érysipèle de la face des plus graves, qui causa sa mort. Le lendemain, il fut pris d’érysipèle autour d’un petit boulon qu’il portait au front ; la maladie se compliqua de pneumonie et finit par la mort.

« Son père vint et resta près de lui pendant deux jours sans faire attention à un petit furoncle qu’il avait au dos. Au bout de trois jours, cette lésion, en apparence insignifiante , fut le point de départ d’un érysipèle qui lui fut aussi fatal qu’à son fils.

«On nous objectera que ces personnes se trouvaient clans un milieu où les causes infeclionnelles sont les plus intenses : nous répondrons en citant des faits observés en ville, qui montreront mieux peut-être encore l'infecto-contagion.

«1° Le 12avril, un des internes du service deM. Gosselin, M. Baillet, fut appelé à Asnières près d’un enfant pour une plaie de tête; il fit une suture. Au bout de trois jours survint un érysipèle qui menaça sérieusement la vie de l’enfant. Le huitième jour de la maladie, la grand’mère de cel enfant, âgée de 76 ans, qui était sans cesse près de lui, prit l’érysipèle et succomba

«2° M. Gosselin fut appelé, le 1er juin, près d’un enfant nouveau-né, atteint d’érysipèle qui le lit mourir eu vingt-quatre heures. La mère de cel enfant avait une légère égralignure à la jambe. Ce fut le point de départ d’un érysipèle qui apparut deux jours après la mort de l’enfant, gagna toute la partie inférieure du tronc et s’accompagna de symptômes assez alarmants.

« Ne sonl-ce pas là des faits difficiles à expliquer, si l’on se refuse à admettre la propriété contagieuse de l’érysipèle telle que nous l'avons définie? M’objectera-t-on, avec Vidal (de Cassis"1, «que je ne liens pas assez compte des circonstances hygiéniques dans lesquelles sont placés les individus atteints presque simultanément d’une même affection, et surtout de la présence d’une épidémie d’érysipèles?» Mais la contagion n’est nullement en opposition avec le caractère épidémique; tout au contraire, elle en est souvent la source. Il me semble résulter de ces faits qu’il est permis d’admettre la contagion de l’érysipèle avec les restrictions que j’ai faites plus haut, et que la cause épidémique de l’érysipèle n’est autre que la cause infectu-conlagieuse. »

Érysipèle des parois abdominales; guérison; récidive d’érysipèle sur le pharynx et la face le lendemain d’un séjour de quelques heures auprès d’une érysipélateuse.

On sait que les récidives, et surtout les récidives immédiates, ou plutôt les rechutes d’érysipèle, présentent en général des symptômes beaucoup moins graves et durent beaucoup moins longtemps que la première attaque ou que la première poussée érysipélateuse : l’érvsipèle s’y montre d’ailleurs ordinairement sur des régions qu’il a déjà occupées.

M. Fénestre en cite 6 cas sur 55 exemples d’érysipèle (page 31). Il rapporte aussi un fait très-remarquable à notre point de vue, parce qu’il nous paraît offrir un exemple assez net de récidive réelle, et non pas de rechute.

« Une de nos malades (qui avait été atteinte d’érysipèle), sortie le 12 avril, vint le 20 mai, dans la salle Sainte-Agathe, voir une de ses amies, alors malade d'érysipèle de la face tellement grave qu’il amena la mort le sixième jour. Le lendemain, elle fut prise chez elle de frissons, nausées , mal de gorge , suivis bientôt d’érysipèle assez sérieux, mais sans état typhoïde, dont elle n’a été guérie toutefois qu’au bout de dix-sept jours seulement. Son premier érysipèle avait eu pour siège les parois abdominales, autour d’une plaie chirurgicale» (p. 32).

Je ferai observer ici qu’il y a récidive réelle et non pas rechute. D’abord il y avait six semaines que la malade se portait parfaitement ; ensuite, dans les retours simples d’érysipèle avant guérison tout à fait complète, il est rare que les symptômes du début se représentent franchement. On ne voit pas revenir les grands frissons avec nausées et vomissements qui précèdent la première attaque ; tout au plus un peu de fièvre, quelquefois un petit frissonnement à peine sensible, mais tout cela est effacé, sans netteté; enfin l’érysipèle était à la face et non plus sur l’abdomen. C’est donc bien d’une récidive qu’il s’agissait chez cette malade, et il nous semble dans ce cas entendre raconter ce petit drame qui se passe tous les jours sous nos yeux à l’hôpital à propos de la variole:

« Un ami vient voir un varioleux à l’ hôpital ; il rentre chez lui ; dix ou douze jours après, il arrive à son tour à l’hôpital avec une variole. Il n’y a personne qui ne voie là un fait de contagion, et, en dépit de ce qu’on a dit avec raison contre le fameux post hoc , propler hoc , il nous est impossible de ne pas comparer les deux faits entre eux et de ne pas en dire autant pour l’érysipèle : pour nous, cette femme a repris un érysipèle à l’hôpital, infectée par son amie malade. Ce fait est tronqué, soit, mais la circonstance importante y est, et elle suffit.

Remarquons enfin, à propos de ce fait, que la contagion érysipélateuse, quand elle ne se fait pas par une plaie, détermine à peu près invariablement un érysipèle de la face ou du pharynx : le dépôt des cellules ou des produits septiques qui amènent cette maladie se fait

dans ces cas soit sur des boutons ou des écorchures de la face ou même sur la peau intacte, soit sur les amygdales, les fosses nasales ou le pharynx, d’où les premiers symptômes locaux ne tardent pas «à partir.

Malade porteur d’un séton mise dans un lit voisin d’une érysipélateuse: érysipèle 72 heures après.

Thèse de M. Fénestre (page 10); Paris, 1861.

Une femme de 23 ans, S (Clémence), affectée d’une kératite vasculaire,

pour laqueile on lui avait passé un séton à la nuque, en ville, entra à l’hôpital le 9 juin , au lit n° 17, salle Sainte-Agathe, jouissant d’ailleurs d’une bonne santé générale. Elle porte son séton depuis sept jours et n’en souffre nullement. 11 y avait alors dans un lit voisin du sien une malade atteinte d’un érysipèle auquel elle succomba.

Soixante-douze heures après son entrée apparaissent les prodromes les mieux accusés d’un érysipèle qui se développe autour de la plaie du cou, envahit toute la tète, et se termine par la mort en moins de sept jours. Dans ce cas, j’évalue l’incubation à environ soixante-douze heures.

Je dois la belle série d’observations qui suit à mon ami et collègue M. Henrot: qu’il me soit permis de l’en remercier vivement :

Quelques faits de contagion probable .

Le 16 septembre 1862, à neuf heures du matin, un externe de l’hôtel- Dieu de Paris, en faisant l’autopsie d’une femme morte d’infection purulente à la suite d’une amputation de la jambe, s’éraille la face dorsale de l’annulaire droit contre la section anfractueuse d’une côte. Il se sent légèrement piqué par le contact du liquide purulent qui remplissait la plèvre.

Il lave, suce, fait saigner cette éraillure microscopique, l’entoure de diachylon, et continue l’autopsie.

Cinq minutes après, il éprouve une sensation de picotement analogue à la première. Il lave et suce la plaie et cesse sou travail.

Le même jour, à midi, traînée rougeâtre sur l’annulaire. A trois heures, celte traînée arrive jusqu’à la moitié de l’avant-bras. A dix heures du soir, frisson intense d’une demi-heure. Le ganglion épitrochléen et les ganglions de l’aisselle sont tuméfiés et douloureux. — Frictions mercurielles

Le 17. Fièvre très-intense, tuméfaction du doigt.

Le 18 et le 19. Fièvre violente avec rêvasseries, somnolence continuelle.

Douleur très-vive dans le doigt et la paume de la main.

Le 20. Phlegmon profond du doigt et de la main. — Quatre incisions.

Le malade peut encore faire quarante lieues en chemin de fer.

Etat de la ville de R où il arrive .

Ville de 60,000 âmes, bien aérée. Au dire de la plupart des médecins, l’état sanitaire de la ville était excellent à cette époque.

Depuis deux ou trois ans il n’y avait pas eu de fièvres puerpérales; toutes les fois qu’une épidémie de cette sorte s’était produite , elle avait débuté dans le service d’accouchements de l’Hôtel-Dieu.

Histoire abrégée du malade.

Pendant les huit jours qui suivent son arrivée, la fièvre continue à être trèsintense, les symptômes généraux sont très-inquiétants : prostration continuelle, rêvasseries fantastiques dont la description est impossible.

Le phlegmon du doigt, celui de la main, un abcès dans les masses musculaires de l’avant-bras, un très-gros abcès de l’aisselle, nécessitent quinze ou seize incisions.

Après plusieurs améliorations, rechutes réitérées, érysipèle circonscrit à la partie supérieure du bras.

Au bout de six semaines de séjour au lit, le malade (qui était très-robuste) est extrêmement amaigri et entre en convalescence.

Le 1er janvier 1863, c'est-à-dire trois mois et demi après l’accident primitif, il peut reprendre un nouveau service à l’Hôtel-Dieu de Paris, mais il ne réacquiert la plénitude de ses forces qu’au bout de plus d’un an.

Pendant un mois, le malade, fils et frère de médecins, fut visité chaque jour par huit ou dix confrères (les plus occupés et les plus au courant par conséquent de l’état sanitaire de la ville). Deux d’entre eux approchèrent surtout le malade,

M. G chirurgien à l’Hôtel-Dieu , qui pratiqua toutes les incisions; M. Ad...,

frère du malade, qui deux ou trois fois par jour fut chargé du pansement.

Voici quelques faits qui, à cette époque, furent observés par ces messieurs ;

M. G ne se souvient d’une façon bien précise que de ce fait :

I. Une jeune dame accouche assez facilement : fièvre puerpérale. — Mort très-rapide.

M. Ad... a consigné les faits suivants :

II. Une femme de 35 ans accouche sans difficulté : fièvre puerpérale. — Mort en quatre ou cinq jours.

III. Femme de 34 ans : implantation du placenta sur le col. — Version. — Au bout de quatre ou cinq jours, fièvre puerpérale. — Mort en trente-huit heures.

IV. Femme de 25 ans , accouche sans difficulté : fièvre adynamique, vomissements. — Guérison au bout de quatre mois après l’ouverture de plusieurs abcès.

V. Un aubergiste reçoit un coup de pied de cheval : plaie contuse au milieu de la crête du tibia, érysipèle, phlegmon , résorption purulente. — Mort.

VI. La bonne de l’aubergiste voit apparaître un abcès spontané du pli du coude : phlegmon profond et très-étendu du membre supérieur; incisions multiples ; symptômes généraux sérieux. — Guérison.

VII. En face de la maison précédente, une boulangère a un érysipèle de la face; état adynamique grave. — Guérison au bout de trois mois.

VIII. La mère de cette boulangère, venue pour la soigner, attrape un érysipèle de la face : état adynamique. — Mort en quatre jours.

IX. La fille de la boulangère, de 6 à 7 ans , a, à la même époque que sa mère et sa grand’mère, un érysipèle des fesses : état adynamique. — Mort en quinze jours.

X. Le petit garçon de la boulangère, de 5 ans, érysipèle de la face. — Guérison rapide.

XI. Le mari de la boulangère, érysipèle très-grave de la face : délire adynamique. — Guérison pénible.

XII. Un homme est mordu par un chien (à 200 mètres de la maison précédente), érysipèle phlegmoneux qui s’étend à tout le bras et à l’avant-bras; toute la peau de l’avant-bras est décollée : incisions nombreuses. — Guérison trèspénible.

XIII. Mrne X , buandière, de 60 ans, qui a lavé le linge et les pièces de pan-

sement du malade : érysipèle du bras sans traumatisme. — Mort rapide.

XIV. Mme X , cousine du malade, vient le voir, retourne à Paris où elle est

prise. le lendemain de son arrivée, d’un érysipèle de la face. — Guérison en quinze jours.

Pendant la visite de la cousine, le malade avait le frisson prodromique de l’érysipèle, qui s’est développé autour de l’incision axillaire.

Le fait capital de cette relation est donc celui-ci : état sanitaire de la ville très-satisfaisant avant l’arrivée du malade;

Etat sanitaire mauvais dans certaines maisons fréquentées par les médecins ayant le plus approché le malade ;

Enfin état sanitaire infiniment meilleur après cette époque.

Les deux médecins chargés du service des gisantes à l’Hôtel-Dieu n’ont pas approché le malade; il n’y a pas eu de fièvres puerpérales à l’hôpital.

Il faut ajouter cependant qu’une ou deux autres personnes qui ont passé chacune dix-huit heures sur vingt-quatre au chevet du malade n’ont éprouvé aucune maladie.

Érysipèles à Beaujon , 1862.

Dans les Comptes rendus de la Société médicale d’observations (fascicule 11, page 621) on trouve les faits suivants, sous ce titre :

Varioloïde hémorrhagique ; érysipèle secondaire pendant la convalescence ; récidive de l’érysipèle ; guérison.

« La salle Saint-Jean (Beaujon) n’avait pas d’érysipèles depuis un mois

lorsqu’il y entra, dans le milieu de janvier 1862 , un malade affecté d’érysipèle à la suite d’une variole. Cet homme était couché au n° 4 de la salle, où les lits sont disposés sur un seul rang, et il resta trois semaines environ. Quelques jours après son entrée, le n° 15, convalescent d’une fièvre typhoïde, était pris d’un érysipèle de la face qui fut de peu de gravité; puis le n° 21, affecté dune péricardite, fut pris de la même maladie, et enfin notre malade couché au n° 23 est attaqué le dernier. Ainsi la maladie avait, dans son développement, suivi

une marche régulière, et s’était promenée d’un bout à l’autre de la salle en enjambant certains lits, et cela en une dizaine de jours. Devant de pareils faits, il est difficile de ne pas admettre un principe contagieux. Je pose cette question de la contagion de l’érysipèle d’une façon incidente , et n’ai pas l’intention de m’y arrêter plus longtemps, non plus que sur la bénignité qu’ont présentée ces érysipèles secondaires, même à la suite d’une fièvre typhoïde.»

Ces faits, observés par M. Cornil, mon ami et collègue, avaient élé présentés par lui à la Société médicale d’observation. On voit qu’il nous manque beaucoup de détails sur ces cas qui étaient pris à un autre point de vue que la contagion. Toutefois ils présentent ceci de curieux : c’est que l’érysipèle atteignit les malades qui étaient déjà atteints de maladies graves dans la salle. De plus, on voit qu’il suivit une marche assez régulière d’un bout de la salle à l’autre, et enfin ces lits étaient ceux auprès desquels on s’arrêtait le plus longtemps pendant la visite, puisqu’ils renfermaient les personnes les plus malades.

Aménorrhée ; cinq attaques d’érysipèle coïncidant avec les époques et partant d’une cicatrice ; transmission de l’érysipèle à deux malades voisines (1).

Dans la salle Sainte-Anne (femmes), du service du M. Piorry, était couchée, au n° 6, une jeune fille, âgée de 19 ans, qui était entrée à l’hôpital pour une hyperémie (sic). On la traitait comme telle, lorsqu’au neuvième jour de son séjour à l’hôpital, elle fut prise d’un érysipèle de la face. A ce sujet, la malade nous raconta ses antécédents, qui sont très-curieux. Il y a six ans , dit-elle, elle eut une première attaque d’érysipèle qui coïncida avec l’établissement de ses menstrues, qui chez elle fut très-difficile. Cet érysipèle débuta autour d’une cicatrice qu’elle porte depuis son enfance au niveau de l’os unguis droit. La malade rapporte très-bien que cette cicatrice était devenue douloureuse avant le début de la maladie. L’érvsipèle fut grave et s’étendit à presque toute la surface du corps; la malade fut quatre mois à se rétablir parfaitement.

11 y a quatre ans, nouvel érysipèle; coïncidence de l’aménorrhée. Le point de

(1) Thèse de M. Obé, 1863 (pages 28 et suiv.).

départ est encore la cicatrice, mais la gravité fut beaucoup moindre et la maladie ne dura que trois mois.

Nouvelle attaque il y a trois ans ; mais cette fois la maladie n’occupa que la face et le cuir chevelu. Comme à cette époque elle habitait Paris, elle alla se faire traiter à l’Hôtel-Dieu ; au bout de deux mois elle sortit guérie.

Il y a quatre mois elle enlraà la Pitié pour un nouvel érysipèle; la maladie sembla encore avoir perdu de son intensité, car elle mit à peine un mois à se guérir. Le point de départ est toujours la cicatrice. L’aménorrhée existe dans tous les cas.

Enfin cette jeune fille est prise d’une cinquième attaque, qui se déclare neuf jours après son entrée dans le service de M. Piorry. Le point de départ est toujours la cicatrice, et l’aménorrhée subsiste. Ce qu’il y a de remarquable eu égard au pronostic, c’est que la maladie, dans ses apparitions successives, a singulièrement perdu de son intensité, au point que, dans cette dernière attaque, il y eut à peine un peu de délire vers le soir, et que l’érysipèle disparut au bout de huit jours, sous l’influence du traitement suivant : on fit fondre de la cire sur la surface érysipélateuse et on saupoudra le tout avec de la poudre de lycopode.

Pendant que cette malade était atteinte de son érysipèle, sont entrées dans la même salle deux jeunes filles ; l’une pour une odonlalgie assez vive, et l’autre pour une angine simple avec saignement de nez. Les deux jeunes filles furent placées l’une en face et l’autre à côté de notre malade. Elles n étaient pas depuis deux jours dans cette salle, qu’elles furent prises toutes deux d’un érysipèle de la face, qui débuta par le nez. Les deux érysipèles n’offrirent aucune gravité, et cédèrent bien vite aux moyens ci-dessus indiqués. Nous ferons remarquer que, bien que ces trois cas d’érysipèle n’offrissent aucune gravité, ils furent cependant tous trois accompagués de délire.

Observation de M. X ....

M. X..., interne des hôpitaux, entra dans le service de M. Huguier, à l’hôpital Beaujon, le 1er janvier 186... Il avait interrompu son service pendant six semaines, à la fin de l’année, et par suite n’était peut-être plus aussi acclimaté à l’hôpital, et en particulier aux érysipèles, qu’à l’ordinaire. A ce moment, le service renfermait cinq ou six cas d’érysipèle; on était en plein courant d’érysipèles.

Il gelait très-fort depuis quelques jours, et le froid avait amené chez M. X... quelques excoriations par engelure à la partie inférieure et interne des ailes du nez. Le 6 janvier, dans la journée (c’était le lendemain d’une nuit de garde à l’hôpital), il remarqua que son nez était rouge et un peu sensible. Cependant pas

de symptômes généraux. Mais, vers quatre heures du soir, il est pris d’un frisson intense et prolongé, avec claquement de dents. Assez mal à l’aise le lendemain matin, il fit cependant son service, puis, sur l’avis commun qu’il allait avoir un érysipèle, il se mit au lit. En effet, le lendemain, céphalalgie, fièvre, mais ni délire, ni vomissements. Une plaque rouge part du nez vers la joue gauche, et, en même temps, les ganglions du cou sont pris, sans que nous puissions affirmer si leur tuméfaction n’a fait réellement que suivre la tuméfaction primitive du nez.

Deux jours après, cette plaque s’éteignit, mais une autre bien plus considérable s’étendit à droite sur l’œil, le front, le cuir chevelu et la joue correspondants; en même temps, tuméfaction douloureuse des ganglions du cou à droite.

Au reste, cet érysipèle fut très-bénin et légitime, et M. X fut sur pied au

bout d’une dizaine de jours, gardant seulement de la faiblesse. Notons que

M. X est brun, les cheveux un peu frisés (signe de force), de très-bonne santé,

qu’il n’avait commis aucun excès préalable, et qu’il revenait des vacances : il était donc dans d’excellentes conditions hygiéniques, sauf peut-être l’influence d’une nuit fatigante passée dans la salle de garde de Beaujon, et cette condition qu’il y avait des érysipèles dans la salle.

Ainsi, ici il y a :

1° Excoriation;

2° Infection directe par cette excoriation;

3° Aucune disposition préalable générale ni spéciale.

11 n’en a jamais eu d’autre, et dans sa famille on n’en a pas.

Comme exemple de non-contagion , nous dirons qu’une personne soigna M. X... et resta constamment dans sa chambre, sans être atteinte elle-même.

Observation du docteur M...

M. le Dr M..., médecin à Paris, donnait ses soins, l’année dernière, à une dame qui fut prise d’un érysipèle gangréneux de la région inguinale droite.

11 y avait d’ailleurs en ce moment plusieurs érysipèles dans sa clientèle, mais plus bénins.

L’érysipèle de cette dame présentait un état gangréneux tellement prononcé, qu’il y eut destruction complète de toutes les parties molles situées dans le triangle inguinal, et que les ganglions inférieurs du pli de l’aine eux-mêmes furent compris dans l’élimination qui se fit plus tard.

M. M... était obligé de panser lui-même deux fois par jour cette large plaie,

dont la suppuration fétide et Todeur infecte empoisonnaient l’appartement tout entier : il traitait la plaie gangréneuse par un mélange de poudre de charbon et de quinquina, et était obligé de passer fort longtemps chaque jour auprès de cette malade.

Le huitième ou le neuvième jour, M. M... se sentit indisposé; il eut un frisson dans la journée. Le lendemain il fut pris de céphalalgie, de vomissements bilieux répétés. Les ganglions cervicaux étaient douloureux et tuméfiés ; bref, il prit un érysipèle de la face intense, mais franc et légitime. 11 était porteur, au moment où il soignait cette dame, d’un bouton situé à la partie postérieure du cou; mais il lui est impossible de se rappeler s’il avait écorché ou gratté ce bouton après ou pendant un pansement. Du délire survint, mais céda à l’emploi du tartre stibié, et M. M... guérit en une douzaine de jours.

Ajoutons que sa cliente guérit, malgré l’énorme lésion qu’elle avait présenté.

Nous voyons ici la transmission d’un érysipèle chirurgical à un érysipèle médical, comme dans le cas de M. Ragot et autres.

Note sur la contagion de l’érysipèle présentée à l’Académie de médecine (avril 1864),

par le Dr Blin.

Au mois de novembre 1863, je fus appelé à Guise pour visiter un malade affecté d’un érysipèle grave, en consultation avec M. le Dr Devillers. Il s’agissait d’un jeune homme de 22 ans, M. Teslart, qui, quelques jours auparavant, avait été voir à Paris l’un de ses amis, M. Painetvin, interne à l’hôpital Lariboisière.

M. Painetvin était lui-même atteint d’érysipèle, contracté probablement dans les salles de l’hôpital; je transcris ici les renseignements qui ont été fournis par ce jeune médecin à M. le Dr Devillers :

1. « Au moment où je contractai mon érysipèle, il y avait deux érysipèles traumatiques dans les salles de M. Voillemier, dont j’étais l’interne. Un mois ou six semaines auparavant, un étudiant en droit était venu mourir dans une de ces salles d’un érysipèle à la face. Lorsque M. Testart est venu me voir, mon érysipèle n’était pas à la période de desquamation, mais à la période la plus aiguë, au moment du délire le plus violent. Je ne voudrais pas affirmer que mon érysipèle ait eu pourpoint de départ une excoriation, cependant je dois dire que depuis plusieurs semaines je saignais fréquemment du nez. *

2. Au moment du retour de M. Teslart à Guise, M. Devillers n'avait aucun cas d’érysipèle dans sa clientèle, et l’état sanitaire de cette localité était excellent. Teslart tombe malade deux ou trois jours après son retour de Paris; l’érysipèle

se développa rapidement à la face et au cuir chevelu, et s’accompagna bientôt d’accidents cérébraux graves, délire et coma; le malade succomba du douzième au treizième jour de la maladie, le 30 novembre.

3. Testart avait été soigné dans sa maladie par un domestique, nommé Louis, âgé de 31 ans, doué d’une bonne constitution. Le 25 décembre, cet homme tombe malade à son tour; il dit que, depuis le 2 décembre, il est faible, courbaturé, et n’a pas d’appétit. Il se plaint de mal à la gorge, de fièvre. M. Devillers constate une rougeur vive au voile du palais et sur la paroi postérieure du pharynx, et un engorgement des ganglions sous-maxillaires; le pouls donne 100 pulsations.

Le 28, l’érysipèle apparaît sous le nez; les jours suivants il s’étend à la face, mais ne gagne pas le cuir chevelu. Le 3 janvier, la desquamation commence, et la convalescence se prononce.

4. Un parent de Testart, M. Macaigne, habitant la commune de Fresnov-le- Grand, à 12 kilomètres de Guise environ, était venu voir Testart pendant sa maladie. Il tomba malade lui-même deux jours après cette visite. Il n’y avait alors aucun cas d’érysipèle dans la commune de Fresnoy. M. Macaigne guérit.

5. Sa femme contracta aussi l’érysipèle, et guérit également.

6. La maladie se propagea ensuite dans la famille Lefranc, dont les membres avaient visité pendant leur maladie M. et Mme Macaigne, leurs parents. Trois personnes de cette famille furent prises d’érysipèle successivement, et guérirent.

7. Un parent, âgé de 73 ans, M. Herbert, habitant un hameau du voisinage, vient visiter la famille Lefranc ; il fut lui-même atteint d’érysipèle, et succomba au bout de quelques jours.

7 bis. Le médecin de Fresnoy, M. Debail, vieillard âgé de 72 ans, se sentit pris de la maladie quelques jours après avoir donné ses soins à la famille Lefranc; il eut le triste pressentiment du sort qui lui était réservé. Appelé à le visiter vers le troisième jour de sa maladie, je constatai un érysipèle envahissant la face et le cuir chevelu, une fièvre intense et du délire. Ce malheureux confrère succomba au bout de quelques jours.

8. Pendant la durée de la maladie de M. Debail, sa tille, Mme Guille-Debail, qui était venue de Saint-Quentin pour le soigner, tomba malade à son tour. Je la visitai au moment où elle venait de s’aliter. Se sentant mal à l’aise le matin, elle avait pris un purgatif salin. Elle avait des frissons, du subdelirium, la langue saburrale; les ganglions sous-maxillaires étaient très-gonflés des deux côtés. Il était évident qu’un érysipèle était imminent. Je conseillai immédiatement 12 sangsues à la région sous-maxillaire, 6 de chaque côté ; un nouveau purgatif salin fut prescrit pour le lendemain. A la suite de ce traitement, l’érysipèle parut avorter; une rémission très-notable dans les symptômes se manifesta; l’engorgement sous-

maxillaire diminua, la fièvre cessa. La malade put revenir à Saint-Quentin, et parut entrer en convalescence. Mais, huit jours après les premiers accidents, le gonflement ganglionnaire augmenta de nouveau, et l’érysipèle apparut au voisinage des piqûres de sangsues, du côté droit. L’éruption se propagea à toute la face, et gagna la racine des cheveux, mais elle n’envahit pas le sommet de la tête. La fièvre resta très-modérée; le trouble intellectuel se borna à des rêvasseries et à du subdelirium. Le traitement se réduisit à l’usage de boissons délayantes et laxatives ; la maladie se termina au bout de douze ou quinze jours par la formation d’un abcès assez volumineux à la paupière inférieure gauche.

7 1er. Deux religieuses gardes-malades de Saint-Quentin, qui avaient été soigner à Fresnoy la famille Lefranc, ont elles-mêmes été affectées d’érysipèle; l’une de ces religieuses a succombé à la maladie.

Ces deux religieuses ont été ramenées à Saint-Quentin, au siège de leur communauté. Plusieurs de leurs compagnes ont aussi contracté l’érysipèle en les soignant; mais je manque de renseignements sur cette dernière propagation.

La Gazette des hôpitaux a donné des faits précédents une explication qui n’est pas la nôtre. L’auteur n’admet pas la contagion et attribue pour cause à ces faits soit le traumatisme, soit l’affaiblissement qui résulte pour un homme sain du séjour auprès d’un malade. Certes, c’est une cause d’affaiblissement, mais, s’il n’y avait qu’un affaiblissement simple, pourquoi est-ce précisément un érysipèle que l’on prendrait auprès d’un érysipélateux ? Et dans les faits de M. Blin, nous voyons huit séries d’érvsipèles s’engendrer l’une l’autre, sans engendrer d'autres maladies , et sans qu’il y ait d’autres érysipèles dans les maisons voisines, ni chez des personnes qui n’ont pas été en contact plus ou moins direct avec les malades précédents. L’épidémicité simple elle-même ne suffirait pas à expliquer un pareil enchaînement de faits. Encore moins nous paraissent-ils l’effet du hasard; comme M. Blin, nous voyons là une série de contagions successives.

Nous trouvons dans le premier volume de la Clinique médicale de M. le professeur Trousseau (page 171) les laits suivants ;

(1) Voir: note sur les coïncidences, pag. 144.

« 11 est des circonstances où la gravité de l’érysipèle est dans la nature même de l’affection ; il en est ainsi des érysipèles contagieux , qui ont souvent une marche fatale , et sont accompagnés , dès leur début, de symptômes généraux qui éveillent les craintes du médecin. Il faut croire que dans ces cas l’érysipèle n’est que la manifestation extérieure d’une affection générale grave primitive, ou bien encore qu’il se comporte à la façon de la diphthérie primitivement locale qui bientôt infecte l’économie tout entière. Au commencement de l’année 1861, un de nos confrères nous racontait que plusieurs personnes d’une même maison avaient été affectées d’érysipèle qui avait débuté chez les unes par le pharynx, chez les autres par l’angle interne des yeux ou par l’ouverture extérieure des narines. Un premier individu était mort, la garde qui lui avait donné des soins succombait bientôt après lui à la même affection, dont furent sérieusement pris à leur tour plusieurs membres de sa famille , et le concierge de la maison, qui avaient eu occasion de se trouver en contact avec le malade.

« Dans le mois de juillet de la même année 1861 , la Gazette des hôpitaux publiait une note qui montre une fois de plus la gravité de ces érysipèles contagieux, à l’occasion de la mort de deux jeunes élèves de nos hôpitaux, MM. Gaston Reynier et Ernest Grateau , enlevés par cette maladie, qu’ils avaient contractée dans les services de M, Nélaton et de M. Voillemier. La mère de l’un de ces malheureux jeunes gens, M. Gaston Reynier, succombait elle-même, quelques jours plus tard, à un érysipèle qu’elle avait pris au lit de son fils.

« Quelques mois plus tard, j’étais appelé en consultation par mon honorable

ami M. le Dr Paris, auprès d’un M. E chez lequel un de nos chirurgiens les

plus habiles, M. le Dr Nélaton, avait été obligé de pratiquer le débridement du méat urinaire, afin de faciliter l’introduction d’instruments lithotripteurs- M. E.... succombait à un érysipèle gangréneux du prépuce qui avait eu pour point de départ cette petite incision. La veille de sa mort, sa femme, qui l’avait soigné avec une grande sollicitude, fut prise de frissons; le lendemain , elle avait une angine violente, et, vingt-quatre heures après, un érysipèle de la face d’une extrême gravité qui l’emporta alors qu’elle semblait entrer en convalescence. La femme de chambre tomba malade en même temps que sa maîtresse ; elle n’avait cessé de donner des soins à M. E.... La maladie, chez elle, fut caractérisée surtout par une violente angine et par un érysipèle qui se limita aux paupières.

« Enfin, Messieurs, vous vous rappelez avoir vu, en juin 1862, dans notre service , au n° 4 de la salle Saint-Bernard , une jeune fille de 23 ans, atteinte d’un érysipèle de la face, assez peu grave d’ailleurs, qui lui était survenu pendant qu’elle donnait des soins à son maître, atteint d’un érysipèle phlegmoueux de la jambe. — Si l’érysipèle spontané est ordinairement une maladie bénigne, il peut donc être aussi une affection maligne et fatale, transmissible par

contagion , comme Graves l’avait indiqué. Cette malignité a sa cause soit dans le germe qui est infectieux à un moment déterminé, soit dans des conditions spéciales de réceptivité morbide.

« Relativement à ce que je vous indiquais aussi des influences épidémiques au commencement de 1861 , alors que sévissait sur presque tous les asiles destinés aux femmes en couches une épidémie terrible de fièvre puerpérale, les érysipèles du visage, ordinairement si peu graves, prenaient assez souvent une tournure fâcheuse, et l’événement donnait un démenti cruel à notre pronostic. On remarquait encore alors que la maladie avait quelque chose de contagieux, un de mes collègues de la Faculté en signalait quelques cas, et moi-mème ,tdans ma pratique de la ville, j’en voyais des exemples. J’étais mandé avec mon honorable confrère M. Higgins auprès d’une jeune dame américaine qui, au sixième mois de l’allaitement, prenait un phlegmon de la mamelle. L’abcès fut ouvert par M. Nélaton. Quelques jours plus tard, il survenait un érysipèle qui du seiu malade s’étendait au reste de la poitrine. Le mari de cette dame, au service de la marine militaire américaine dans la Méditerranée, vint passer quelques jours avec sa femme. En chemin de fer, il s’était fait une écorchure insignifiante à la jambe. Deux jours ne s’étaient pas écoulés depuis son arrivée à Paris qu’autour de la petite plaie se manifestait un érysipèle qui bientôt devint un phlegmon diffus et mit ses jours eu danger pendant près de trois semaines. »

(Archives de médecine do MM. Lasègue et Follin. Décembre 1864.)

M. Larcher, interne distingué des hôpitaux, a publié dans ce numéro des Archives les deux faits suivants, remarquables à tous les points de vue, observés par lui à l’hôpital Cochin.

« Obs. lre. — W (Jean), âgé de 52 ans, entre, le 11 avril 1864 , à l’hôpital

Cochin, dans le service de M. Richard (chirurgie) , pour une surdité d’origine syphilitique; on le couche au n° 3 de la salle Cochin.

« Le 23, apparaissent, du côté du pharynx , les premiers symptômes de l’érysipèle, avec la fièvre; pouls à 95.»

(Suit l’observation, que j’abrège.)

« Le 26 , la face est prise. (Cet érysipèle présenta dès l’abord cette ataxo-adynamie intense qui domine toute l’affection dans la forme d’érysipèle que l’on a

si justement désignée sous le nom d 'érysipèle typhoïde , et sur laquelle M. Thoiunet (1), interne de l’hôtel-Dieu de Nantes, a publié une thèse fort intéressante ; il la désigne sous le nom d 'érysipèle traumatique par infection .)

« Chez notre malade, l’érysipèle se termina par un coma de deux jours de durée; la mort arriva le 29, à huit heures du matin. La maladie avait duré en tout six jours.

« A l’ autopsie, on trouva des lésions laryngées et pulmonaires, et des ulcérations comme dans les grandes brûlures de la peau.»

« Obs. 2e. — Le 6 mai 1864, le nommé H âgé de 68 ans, entre dans le

même service pour une rétention d’urine ; on le place dans le lit n° 3 de la salle Cochin, (où était mort le malade dont nous venons de parler, sept jours auparavant).

« Le 10 mai, il est pris d’un premier frisson avec claquement de dents; le pouls est à 1 10.

« Le 1 1, nouvel accès de lièvre.

« Le 12, la déglutition est difficile, vive cuisson à la gorge, érysipèle du pharynx.

« Le 13 seulement , les ganglions sous-maxillaires sont douloureux et tuméfiés, etc.

« Puis symptômes typhoïdes, épistaxis incoercible.

« Le 20 mai, dans l’après-midi, il meurt. La maladie avait duré dix jours.»

M. Larcher a encore trouvé, dans ce cas, les mêmes lésions pharyngiennes, laryngées et pulmonaires, et en particulier les mêmes ulcérations duodénales n’intéressant que la muqueuse de l’intestin ; il cite à ce propos un passage de M. le professeur Béhier, qui attribue ce genre de lésions duodénales dans les érysipèles à une action éloignée, à une sorte de sympathie ou d’action réflexe, et les assimile à celles que l’on rencontre au même point de l’intestin dans les cas de brûlures étendues.

On voit que ces deux observations n’ont pas été recueillies dans

( 1 ) Quelques mots sur une variété d'érysipèle traumatique par infection ; thèse de Paris, 1869.

le but de constater la contagion ou la non-contagion de l’érysipèle. L’attention de M. Larcher était fixée sur les ulcérations duodénales qu’il a si bien décrites. Il n’en est que plus remarquable de voir deux malades entrer l’un après l’autre et pour des affections trèsdifférentes dans le même service, l’un et l’autre sans lésion de la peau, et être pris successivement, dans le même lit, de la même forme d’érysipèle, qui les tue tous les deux l’un en six jours, l’autre en dix.

Il est difficile de ne pas voir là un empoisonnement du second malade par le premier, à moins que l’on n’admette qu’il y avait dans la salle Cochin, en ce moment, un génie épidémique ou endémique tout particulier. Et encore, cela n’expliquerait pas pourquoi c’est précisément dans le même lit qu’il y a un second malade pris de cette même forme d’érysipèle. Quant à nous, nous ne faisons aucune difficulté d’admettre que les cellules de pus ou autres , expirées ou perspirées par le premier malade, sont restées dans les rideaux, dans les matelas, dans tous les abords du iit infecté, et qu’un certain nombre d’entre elles ont empoisonné le second malade qui les a respirées. Cet exemple de transmission est tout à fait semblable à ceux que l’on a cités en faveur de la contagion de la pourriture d’hôpital, et l’explication ne saurait différer, quoique les deux maladies diffèrent par leurs symptômes.

Service de M. le professeur Gosselin , hôpital de la Pitié, 1864.

M. N A la fia de février ou dans les premiers jours de mars il y avait au

ii° 12 ou 13 un vieillard qui entra pour érysipèle apporté du dehors. Avant cela il n’y en avait pas dans la salle.

M. N , qui pansait les lits en face, fut pris, le premier dimanche de mars,

de malaise en sortant de l’hôpital. Etourdissements, petits frissons sans vomissements dans la journée, soif intense; il n’avait pas pris de refroidissement, mais s’était mal nourri depuis quelque temps, avait fait quelques petits excès. Dès le lendemain matin , il y avait un érysipèle généralisé sur toute la face, qui occupa ensuite le cuir chevelu.

ha forme typhoïde se montra aussitôt : délire immédiat, perle de connaissance

pendant huit jours. Ne se souvient pas si les ganglions du cou furent pris ; ne se souvient pas s’il eut la diarrhée.

Dans les quelques jours qui suivirent son invasion, il y en eut d’autres de pris dans la salle.

2°M. S... porte habituellement de l’acné à la face. Ne croit pas en avoir eu au nez. Une dizaine de jours auparavant, il s’était écorché le pouce de la main gauche, et pansa un homme atteint d’un broiement de la main avec plaie dont la suppuration abondante était infecte. Dans la journée, roideur dans le bras, ganglions douloureux dans l’aisselle. Le soir, à six heures, évanouissement (dans lequel il y a eu une très-grande sensation de bien-être) subit pendant le dîner. Pas de vomissements. Avant l’évanouissement : des frissons légers et répétés. Nuit, fièvre. Le lendemain malin on constate des traînées rouges à la face antérieure de l’avant-bras, les ganglions pris. — Frictions mercurielles, bains de deux heures, diète ; fièvre.

U reste à la chambre environ cinq jours avec ces mêmes symptômes diminués, puis sort pendant quatre jours: il faisait assez froid et du vent. Il est pris de douleurs erratiques dans tout le corps: surtout sensation de torticolis, douleurs dans les ganglions du cou et de l’aine surtout.

Surtout ceux du cou très-douloureux et un peu gonflés. Rien aux articulations.

il allaita l’hôpital où il y avait plusieurs érysipèles dans la salle de son service. Au bout de quatre ou cinq jours d’hôpital , il sent, en sortant, son nez rouge tuméfié, doulouleux; la douleur avait complètement cessé dans les ganglions cervicaux; elle s’était, dit-il, comme localisée dans le nez. Pas de vomissements ni fièvre. Aucun symptôme général dans la journée. Il dîne avec peu d’appétit nonobstant.

Dans la nuit, fièvre très-intense avec délire, sans vomissement ni frisson. Le lendemain, propagation à tout le nez, la paupière supérieure droite prise, le front, non. Les jours suivants, toute la joue droite et le bas de la figure. Les ganglions ne sont pas revenus , et il éprouvait, malgré la fièvre, un assez grand plaisir à se sentir débarrassé de sa douleur des ganglions du cou. Pas de diarrhée. Il a gardé la chambre huit jours et s’est gnéri vite, gardant beaucoup de faiblesse. Le délire avait duré une nuit, et la fièvre encore deux jours.

Observation de M. Prévost.

La nommée Van Copen (Florentine), âgée de 21 ans, journalière (Belge), demeurant rue Saint-Germain (Charonne), entre, le 3 septembre 1 8(> i , salle Sainte Marthe, 39.

Cette malade , d’une santé généralement bonne , est affectée d’un abcès de la

région sus-hyoïdienne, la fluctuation est très-manifeste, la peau est fort amincie en un point surtout qui présente de la rougeur.

Traitement. Deux ouvertures peu considérables sont faites à la peau et l’on y passé une mèche ; il s’écoule environ un demi-verre de pus crémeux. (Cataplasmes.) La marche de l’affection fort régulière. Au bout d’un jour la mèche fut enlevée et la malade sort de l’hôpital le 12 septembre, presque guérie; il s’écoulait encore des ouvertures un peu de lymphe plastique quand l’on pressait sur celte région. L’état général était parfait, la malade avait de l’appétit, etee sont surtout les érysipèles qui régnaient eu ce moment dans la salle qui engageaient à donner à la malade son exeat.

Le 13 septembre, au soir, la malade est prise chez elle d’accès de fièvre, de frissons et de vomissements. Bientôt il se forme une tuméfaction de la région cervicale, elle 16 septembre elle rentre à l’hôpital, salle Saint-Thomas, n° 14 (service de M. Morel-Lavallée), affectée d’un érysipèle du cou. La cicatrice de l’ouverture de l’abcès se rouvre. L’érysipèle envahit bientôt le cuir chevelu, et la malade fut prise de tous les symptômes d’un érysipèle par ataxo-adynamie , délire, etc. Elle guérit cependant et l’est maintenant complètement (10 octobre).

Dès lors une épidémie d’érysipèle se développa dans la salle Saint-Thomas (il n’y en avait point auparavant).

La malade dit en outre que son mari tomba aussi malade quelques jours après sa rentrée à l’hôpital; il eut, dit-elle, des grosseurs aux mains, je n’ai pas pu savoir exactement ce qu’il eut : n’est-ce pas peut-être aussi un érysipèle?

J’ai copié textuellement cette observation sur les notes de mon ami et collègue M. Prévost.

Érysipèles successifs à l’hôpital Saint-Louis; une malade infectée dans cet hôpital entre à la Pitié, et donne successivement l’érysipèle à deux autres femmes.

Je dois l’observation suivante à l’obligeance de M. le Dr Bernutz, qui a bien voulu me la laisser prendre dans son service, à l’hôpital de la Pitié.

Obs. I. — R (Marie), âgée de 19 ans, domestique, demeurant rue de l’Oril-

lon, XXe arrondissement.

Cette jeune fille était entrée, dans le courant du mois d’octobre 1 864, à l’hôpital Saint-Louis, pour un eczéma des lèvres et du nez, et avait été placée à la salle Sainte-Foi au n° 5.

Pendant sou séjour dans celte salle, il arriva, dit-elle, que le n° 3 de la même salle présenta un érysipèle de la face: au moment où le n° 3 commençait à aller un peu mieux, la femme placée au n« 6 fut prise à son tour. Enfin notre malade entendit un malin dire dans le service que sa voisine du no 8 commençait égale' ment à prendre un érysipèle: effrayée par ces circonstances, et d’ailleurs voyant sa voisine immédiate, celle du no 6 , présenter les symptômes effrayants d’un énorme érysipèle de la face dont elle se mourait (elle était à l’agonie), notre malade qui venail de voir la maladie frapper les noS 3, 6 et 8, en sautant par-dessus son lit, prit peur et sortit de l’hôpital Saint-Louis, le 11 novembre.

Deux ou trois jours après, chez ses maîtres, où elle avait repris son service, elie se sent indisposée. Elle éprouve des frissons; ces frissons se renouvellent le lendemain ; mais, dans la nuit, son visage enfle. Elle entre , le 10 novembre, à la Pitié.

16 novembre. On la place dans la salle Sainte-Marthe, au no 16, dans le service de M. Bernulz, où il n’y avait pas alors d’érysipèles.

Elle présente toute la série de symptômes d’un érysipèle intense de la face, avec gonflement considérable, mais de forme franche et légitime, c’est-à-dire sans symptômes typhoïdes. Le gonflement de la face dura longtemps, et elle garda le lit environ huit jours dans le service. Depuis quinze jours déjà elle se levait une grande partie delà journée, rendant quelques services dans la salle, et aidant les infirmières, lorsque samedi dernier, 10 décembre, elle s’estsenlie dans la nuit reprise de frissons et de fièvre: vive chaleur à la face, mais pas de délire. C’était un érysipèle de retour, beaucoup moins intense que le premier. En effet aujourd’hui , 14 décembre, c’est-à- dire le cinquième jour, je lui trouve la face encore rouge et gonflée, mais la rougeur n’a plus la vivacité d’un érysipèle en voie de progression; les bords des rougeurs ne sont pas accusés; des plaques de desquamation se montrent dispersées sur toute la face. Hier elle avait de la fièvre même assez forte , dit-elle. Aujourd’hui il n’y a aucune trace de fièvre ; le pouls est même un peu faible et lent, environ 60 pulsations. Elle n’a ni céphalalgie, ni diarrhée, ni soif; elle parle très-bien; l’œil est bon. La langue est encore un peu rouge sur les bords , se dépouille un peu. L’appétit n’est pas encore revenu, et les boissons ingérées donnent une sensation de pesanteur dans l’estomac. En somme, cette malade nous parait complètement hors d’affaire, sauf une nouvelle rechute.

Marie R ..... du n° 16 de la salle Sainte-Marthe, a donc eu deux attaques successives d’érysipèle : l’une vers le 16 novembre, l’autre à partir du 10 décembre.

— toi

Or nous trouvons ceci :

Obs. II. — F (Marie), couchée au no 27 de la même salle Sainte-Marthe, est

entrée dans le service le 8 novembre pour des exostoses situées à la partie antérieure des tibias, accompagnées de douleurs ostéocopes nocturnes; elle présente également un enfoncement de la base du nez qu’elle prétend lui être venu sans avoir jamais suppuré de ce côté ni rendu aucunes esquilles.

Quelle que soit l’origine de ces lésions, et elle ne nous paraît pas douteuse, cette femme , qui n’a jamais eu de boutons ni de croûtes dans le nez ni autour du uez, ne présente aucune espèce de lésion extérieure, d’excoriation de la peau que nous puissions noter. Au nez, rien, au moins à l’extérieur; pas d’écoulement nasal , narines sèches ; pas d’acné ; rien aux yeux ; la jambe droile offre des exostoses douloureuses, mais il n’y a pas la plus légère excoriation ni rougeur de la peau; et elle soutient qu’il n’y en a eu nulle part Elle est d’ailleurs de bonne santé habituelle et n’a jamais eu d’érysipèle.

Le 1 6 , elle voit arriver dans la salle la jeune tille dont nous venons de parler, et qui pi ésentaitcet énorme gonflement de la face. Elle s’en effraie un peu , mais cependant s’en approche, et cause avec elle pendant quelques minutes.

Le lendemain matin, 17 novembre, elle s’aperçoit d’un gonflement dans le cou, qui est douloureux ; les ganglions étaient pris. Dans la journée, arrive la fièvre.

Le lendemain, 18, la fièvre continue; la face se gonfle, devient rouge, et présente un érysipèle commençant par les paupières inférieures où il n’y avait aucun bouton, ni excoriation quelconque. Pas de vomissements, inappétence.

Les jours suivants, pas de diarrhée, au contraire constipation. Le cuir chevelu se prend largement. Délire. La face resta enflée huit jours ; elle eut, dit-elle, des croûtes sur la figure.

Le délire et la fièvre intense persistèrent pendant trois ou quatre nuits.

Aujourd’hui, 14 décembre, elle offre encore quelques traces de desquamation érysipélateuse, principalement dansles sourcils.

Obs. III. — Nous avons vu que la rechute du no 16 date du 10 décembre.

La voisine d’en face, lit no 42, D..... (Marguerite), présente, le 13 décembre, un gonflement œdémateux de la face avec empâtement sans rougeur bien marquée, sans ganglions, sans fièvre. Mais, le 10 et le 11, elle a eu des frissons dans la journée. Elle n’a pas vomi; elle a, dit-elle, ses règles depuis vendredi dernier, c’est-à-dire depuis cinq jours.

Aujourd’hui, 14, même gonflement comme œdémateux; pouls à 65, pas de rou-

geur sur la face, mais ce gonflement pale occupe les paupières inférieures et supérieures et les joues ; ses émîtes sont mal dessinées.

20 décembre, l’œdème a disparu (elle a eu un érysipèle il y a quatorze ans); il y a trois mois, dit-elle, elle a déjà eu pendant quelques jours ce même gonflement de la face , mais moins fort, et ce n’était pas au moment de ses règles.

Celte dernière malade nous présente un point fort difficile dans son histoire : c’est la nature de l’écoulement sanguin qu’elle présente. En effet, sont-ce bien ses règles? Cette femme est fort anémiée. Elle a des fongosités du col de l’utérus, pour lesquelles on l’a déjà cautérisée, et des désordres considérables du côté de la menstruation. En effet, elle nous dit que ses règles reviennent trèssouvent, toujours sous forme de pertes, et durant beaucoup trop longtemps; ainsi l’écoulement sanguin a pris le 10 décembre jusqu’au 15, s’est arrêté du 15 au 17, et a repris aujourd’hui 20 décembre. Il nous paraît donc que l’on doit rattacher chez cette malade l’écoulement sanguin à des congestions utérines répétées et excitées par les fongosités du col. Faut-il y rattacher ce gonflement érysipélateux qu’elle vient de nous présenter? Nous ne le pensons pas.

Quoi qu’il en soit, c’était bien là un érysipèle fruste , c’est-à-dire incomplet, et du reste, ce diagnostic est celui de M. Bernulz, chef du service. Ce gonflement, qui occupait les deux joues, les paupières inférieures et les supérieures, offrait tout à fait cette forme d’érysipèle œdémateux que l’on trouve chez les personnes cachectiques ou profondément anémiées.

Au reste, si l’aménorrhée a été une cause prédisposante chez celte malade, comme il est possible, cetté cause prédisposante n’empêche pas la cause efficiente, je veux dire la contagion, d’avoir agi; nous avons eu là un érysipèle avorté, à peine dessiné, mais, si léger qu’il ait été, il y a pourtant à noter l’enchaînement de ces érysipèles successifs.

En somme, pour résumer cette série, nous avons trois érysipèles prenant l'un après l’autre, et très- régulièrement, des malades placés les uns à côté des autres, n08 3, 6, et 8, à Saint-Louis; la femme du n° 5. évidemment infectée dans celle salle, tombe malade deux jours plus tard, eutre à la Pitié dans une salle parfaitement

nelle d’érysipèles ; le lendemain, une femme avec laquelle elle s’était arrêtée est prise d’érysipèle. Elle-même prend une rechute au bout d’un mois, et sa voisine d’en face présente, trois jours après, cet érysipèle léger.

Ajoutons enfin qu’une autre malade fut prise, dans la même salle, quelques jours après le n° 42, mais je n’ai pu avoir de détails sur ce dernier cas.

érysipèles du service «le $1. le professeur Gosselin

Pitié (février-avril 1863).

Avant d’exposer les séries d’érysipèles ou d’affections érysipélateuses que j’ai eu occasion d’observer dans le service de M. Gosselin, je demanderai la permission de dire que pour moi tous ces cas d’érysipèles ne sont pas des exemples de contagion; la plupart se sont créés dans nos salles (sauf un seul (Pales, n° 57) qui était venu de Sainte-Barbe), mais tous ne m’ont pas paru dériver les uns des autres; j’indiquerai chemin faisant ceux qui m’ont paru débuter sans pouvoir être positivement rattachés à une cause infectieuse ; ceux où la contagion me paraît probable; ceux enfin où elle paraît aussi positive que n’importe quelle contagion dans une maladie. J’ajouterai enfin que toutes ces observations ne sont pas non plus des exemples d’érysipèle franc et légitime ; quelques-unes présentent des phlegmons érysipélateux ou diffus ; dans quelques autres, les accidents se sont bornés à des frissons avec adénite accompagnés de rougeur ou d’œdème. Je n’ai pourtant pas voulu les laisser de côté , d’abord parce que les limites de l’érysipèle ne me paraissent pas aussi nettes, il s’en faut de beaucoup, que bien des auteurs le prétendent. Ces limites, au point de vue de la lésion elle-même aussi bien que des symptômes, sont loin d’être faciles à tracer; et enfin, au point de vue de la cause, il m’a semblé que, si l’érysipèle était contagieux ou infectieux, les mêmes matières organiques, les mêmes poisons morbides formés sur place dans une plaie ou déposés sur cette plaie par l’atmosphère qui les contient, peuvent aussi bien donner lieu à un empoisonnement à forme de lymphangite ou de phlegmon diffus qu’à l’empoisonnement nommé érysipèle. La meilleure preuve que je puisse donner de cette influence des mêmes matières organiques septiques pour donner soit un érysipèle, soit ces divers ensembles morbides, c’est la petite épidémie qui a régné subitement dans notre

salle de femmes sous T'influence évidente d’une malade qui infecta toute cette salle.

Remarques sur la lre série des érysipèles de la Pitié*.

Page 1