SALLE DES HOMMES
(Du 9 au 20 février.)
Dans le courant du mois de janvier 1863, et jusqu’au 9 février, il ne s’était pas présenté de cas d’érysipèle dans Se service de M. le professeur Gosselin, à l’hôpital de la Pitié.
Dans le commencement de février, le temps avait été très-humide, très-couvert. Le 9 ou 10 du mois, le temps devint sec et beau, mais froid, avec vent de nord-est. Les 11, 12, 13 et 14, il y eut de la gelée blanche tous les malins, et le temps restait froid et sec toute la journée, malgré un brillant soleil. Ce temps sec et froid en même temps que clair, coïncida avec le commencement de notre épidémie d’érysipèles dans les salles d’hommes.
J’ai noté ces diverses circonstances atmosphériques, non pas que j’attache une grande importance à la température extérieure en fait d'érysipèles, ni surtout que je croie que notre épidémie en ait dépendu le moins du monde, mais à titre de simple renseignement : d’autres en jugeront peut-être autrement.
Le premier cas d’érysipèle qui se montra dans le service fut un jeune homme, placé au n° 55 pour un séquestre de la cuisse avec fistule. On lui avait enlevé Tavant-veille une très-petite portion de son séquestre avec des pinces. Le début fut le 9 février.
On pourra voir, sur le plan que nous joignons à ce travail, que le lit n° 55, est placé dans la petite salle Saint-Louis, et séparé par trois autres lits du nu 51. Or le n° 51 fut pris le troisième jour, 12 février, d’érysipèle du périnée.
Est-ce un cas de contagion réelle? On remarquera que le malade du 51 (Camusat) était atteint d’une énorme gangrène du périnée
par infiltration urineuse, qui pouvait parfaitement bien expliquer à elle seule le début de son érysipèle, sans qu’il y ait eu là de contagion. Déplus, on avait prissoin d’enlever, dèale premier jour, le 55, et de le placer dans la grande salle Saint-Louis, loin de toute espèce de plaie. Quoi qu’il en soit, il y a toujours à noter ici une coïncidence intéressante.
Nous avons ensuite deux autres malades qui entrent successivement dans ce même lit, n° 51 ; le premier, quelques jours après le 20 février, c’est-à-dire après la mort de Camusat. Ce petit garçon (51 bis), qui avait une plaie de la main avec écrasement, fut atteint de lymphangite. Quoiqu’on l’ait fait changer de lit au bout de deux jours, notons que les matelas n’avaient pas été changés, mais seulement exposés à l’air pendant vingt-quatre heures. Je sais bien qu’après une plaie par écrasement des doigts, on peut avoir une lymphangite, et que ce n’est pas rare.
Toutefois, c’est encore là une coïncidence à noter.
Nous voyons enfin dans ce même lit entrer, dans les premiers jours de mars, un troisième malade, atteint d’une plaie de tête : c’est le 51 ter, Il est pris le 17 mars d’un érysipèle de la face. Mais une circonstance très-importante à ajouter, c’est que, le 14 mars, était entré dans cette même petite salle Saint-Louis, au n° 57, un garçon de Sainte-Barbe atteint d’un énorme phlegmon érysipélateux de la jambe. Nous le retrouverons à la tête de notre seconde série d’érysipèles. Celui-ci, venu du dehors, a eu très-certainement la plus grande part dans le développement de l’érysipèle de notre n° 51 ter , qui se développa le 3e jour après que ces deux malades étaient dans la même salle.
Nous avons donc pour le développement de ce cas, 51 ter , deux causes d’infection : d’une part le lit dans lequel il était couché, la place, en un mot, qui était mauvaise ; d’autre part le voisinage à six lits de distance de cet érysipèle phlegmoneux très-intense (arrivé du dehors) et auquel nous sommes fort disposé à attribuer le développement de notre seconde épidémie. Quelle que soit celle de ces
deux causes qui ait agi, on voit que le 51 ter eut un érysipèle de la face très-intense, fort grave, et dont la gravité ne fut nullement en rapport avec celle de la plaie du cuir chevelu, dont il était porteur, et qui était peu de chose par elle-même.
Le 17 février, dans la même petite salle Saint-Louis, au n° 58, se déclare un érysipèle chez un vieillard atteint depuis longtemps d’un panari du pouce avec nécrose.
Nous avons vu qu’en ce moment, le n° 51, Camusaf, présentait son énorme gangrène du périnée avec érysipèle, dont il mourut trois jours après dans la même salle.
D’autre part, notre premier érysipèle du n° 55 de la petite salle Saint-Louis avait été transporté le 9 février au nü 44 de la grande salle, où il n’y avait encore eu aucun cas d’érysipèle, de même que dans la petite salle.
En ce moment, 9 février, il n’y avait qu’un très-petit nombre de plaies dans les salles du service. 11 n’y avait qu’une grande amputation datant de quinze jours; pas de cancers, ni de larges surfaces suppurantes pouvant donner lieu à une infection, et, suivant M. Gosselin, devenant parfois une cause de production d’érysipèles, comme nous en avons eu la preuve chez les femmes. Depuis une dizaine de jours, nous n’avions eu, en fait d’amputation, que l’ablation du gros orteil droit chez le n° 21 de la grande salle : le n° 35 de la grande salle avait été amputé de la cui&se droite le 24 ou le 25 janvier.
Notre premier érysipèle est donc apporté le 9 février au n° 44 de cette grande salle, qui était parfaitement saine, et dont les fenêtres étaient souvent ouvertes, et l’air fréquemment renouvelé, suivant les préceptes hygiéniques recommandés par M. Gosselin, sans que les malades se soient jamais plaints d’avoir eu froid dans les salles. Le troisième jour, 12 février, un malade placé au n° 41 de la grande salle, et séparé seulement par deux lits du 44 (et porteur d’une fracture de jambe sans consolidation, en même temps que d’une légère écorchure au talon), prend un érysipèle de la
jambe avec des symptômes généraux foudroyants de forme adynanamique, et meurt en deux jours de temps.
Dès le second jour de l’arrivée du 44, c’est-à-dire le 11 février, nous avons vu le n° 10, premier lit de la grande salle, présenter les premiers symptômes d’un érysipèle qui fut du reste assez bénin. Il avait été opéré la veille d’un varicocèle, et l’érysipèle n’est pas rare cà la suite de celte opération; mais cette cause traumatique n’empêche pas la cause contagieuse d’avoir pu agir de son côté, l’une favorisant l’autre.
Pour ce cas, nous restons dans le doute sur l’action de la contagion : les deux lits étaient fort loin l’un de l’autre.
Le 13 février, deux de nos malades, placés dans la grande salle Saint-Louis, sont également pris d’accidents à noter. Le premier, n° 29, est placé tout au fond de la salle; il entra soit le 12 soit le 13 février dans le service et présenta une inflammation du tissu cellulaire sous-cutané d’un bras atteint de plaie contuse : il s’y joignit de la rougeur érysipélateuse.
Je n’ai pas noté les dates de ce cas, et il n’y a pas à en tenir grand compte. Mais le second, n° 35 de la même salle, par conséquent fort près du n°4l et pas très-loin du n°44, fut pris ce jour même, 13 février, d’un frisson extrêmement intense.
Il avait été amputé dix-neuf jours auparavant de la cuisse droite, et était en bonne voie vers la guérison. Lesjours suivants les frissons se répétèrent, il fut pris de diarrhée et mourut le 22 février.
Dans ce cas, nous avons eu affaire probablement plutôt à de l’infection purulente qu’à de l’érysipèle franc. Mais nous pensons que la présence de ses voisins atteints d’érysipèle ne fut pas indifférente à la production des accidents qui emportèrent ce malade, puisque jusqu’à la venue des érysipèles dans la salle, il présentait toutes les apparences d'un amputé qui se prépare à guérir.
Nous savons bien que l’axiome post hoc ergo propter lioc , n’est pas rigoureusement applicable en médecine. Aussi, des cas de ce genre, s’ils étaient seuls, ne suffiraient-ils pas pour entraîner notre
conviction en faveur de l’infection des malades les uns par les autres. Il faut voir beaucoup de cas, les comparer, et c’est ainsi que l’on arrive à voir qu’il y a souvent un lien entre les accidents des plaies qui se présentent chez des malades différents.
Enfin, le 23 février, le n° 40 (Laffargue) est pris d’un érysipèle de la jambe qui dura quelques jours. On pourra voir dans l’observation du 44, son voisin, que ce malade avait commencé à présenter la veille de la desquamation sur la cuisse érysipélateuse.
Telle fut notre première série d’érysipèles.
Jusqu’au 15 mars il ne s’en présenta pas de cas nouveau. C’est en ce moment que débuta une seconde série qui fit explosion pour ainsi dire subitement dans nos deux salles d’hommes.
Nous avons encore à noter cette circonstance, que le 10 février il mourut dans le service de J\l. Empis, à la Pitié, une femme atteinte d’accidents puerpéraux, et que ce médecin distingué remarquait depuis quelques jours, dans ses salles d’accouchements, une série d’accidents, de frissons, chez ses nouvelles accouchées, qui ne laissèrent pas de l’inquiéter.
Le 20 février, on mit dans une petite salle de son service où on n’avait pas observé d’accidents puerpéraux, une femme qui en était atteinte : le 21 une autre femme fut prise dans la même salle.
Nous indiquons ces faits à titre de renseignements, sans vouloir entrer aucunement dans une discussion sur les accidents puerpéraux.
Le 12 février un de nos amis, demeurant rue Cuvier, auprès de la Pitié, présenta des frissons graves et une adénite inguinale intense à la suite d’une petite écorchure au pied. Il n’eut pas d’autres accidents.
Ce fait est encore peut-être un renseignement pour les personnes qui s’attacheraient à l’épidémicité simple.
Enfin, le 20 février, nous avons noté qu'il n’y avait plus que deux
— no —
érysipèles dans la salle des hommes, le 14 et le 58, tous deux presque guéris. Un seul, le 40, fut pris le 23 février, sans qu’aucun nouveau cas parût jusqu’au 15 mars, jour où l’érysipèle fut rapporté dans nos salles par le n° 57.
Les érysipèles, et en particulier ce dernier cas, du n° 40, s’éteignirent un à un, sans donner lieu à de nouveaux cas, et cela parce que M. Gosselin prit soin de se refuser à faire aucune espèce d’opération dans son service. 11 n’y avait à peu près plus de plaies, il ne se fit plus d’empoisonnement érysipélateux.
OBSERVATIONS — lre série (service de M. Gosselin).
(Hôpital de la Pitié.)
Nécrose du fémur — Fistule . — Enlèvement d'un séquestre. — Érysipèle .
N° 55, puis 44 (du 9 février 1863, au 22 février.)
Un jeune homme, placé au no 55 ou 54 de la petite salle des hommes (petite salle Saint-Louis), a été opéré avant-hier d’un séquestre de la cuisse; l’opération a consisté à enlever avec des pinces quelques débris de séquestre provenant de la partie inférieure du fémur : on n’a pas employé le bistouri, il n’y a pas eu d’écoulement sanguin abondant.
Aujourd’hui, 9 février, on lui trouve les symptômes initiaux d’un érysipèle : frisson pendant la nuit, inappétence, soif et rongeur diffuse autour de la plaie.
Comme il n’y a pas en ce moment d’autres érysipèles dans la petite salle, on l’enlève immédiatement et on le transporte dans la grande salle des hommes (grande salle Saint-Louis), au n° 44, de crainte que son érysipèle ne se communique au no 51, Camusat, son voisin (séparé de lui par trois lits), qui est atteint d’une gangrène profonde du périnée, suite d’infiltration urineuse, et qui se trouve déjà dans un état fort grave. Disons tout de suite que l’érysipèle de ce jeune homme fut bénin, quoique étendu à toute la cuisse.
20 février. 11 allait mieux hier, il a eu le soir un petit frisson, et présente aujourd’hui une nouvelle poussée de plaques érysipélateuses sur la face externe de la cuisse droite, sans grande fièvre.
22 février. Aujourd’hui il va mieux, la cuisse se desquame et notre malade paraît être en pleine voie de guérison : la cuisse qui avait été couverte par l’érysipèle, se desquama à ce moment sur une vaste étendue.
Ce fut notre premier érysipèle. Il fut spontané (au moins à notre connaissance) en ce sens qu’il n’y en avait pas d’autres avant lui dans la salle. On ne peut guère l’attribuer qu’à la stagnation du pus, quoiqu’il y en eût fort peu dans la plaie, à moins qu’il n’ait été infecté lui-même par le ôl, Gamusat.
Gangrène du périnée. Erysipèle. Mort. — Camusat, 43 ans ( petite salle Saint- Louis, n° 51).
Du 12 au 20 février, nous avons vu que l’on avait retiré le n° 55 de la petite salle pour le transporter au 44 de la grande, et cela pour éviter la possibilité d’une transmission de son érysipèle au n° 51. Il n’y a donc eu que quelques heures de séjour simultané de ces deux malades à quelques mètres de distance. Cependant, aujourd’hui 12 (3e jour d’incubation), le n° 51 présente autour de sa gangrène du périnée un érysipèle au début.
Il était arrivé à l’hôpital avec une infiltration urineuse énorme, s’accompagnant déjà d’une gangrène très-étendue du périnée. Cependant, ce malade, trèsvigoureux, ne paraissait pas très-abattu, malgré cette énorme lésion. Il n’avait pas de délire; la fièvre était assez modérée; il répondait très-nettement aux questions. Mais il fut bientôt pris de diarrhée, et s’affaiblit rapidement, même avant le jour où il présenta les premiers symptômes de son érysipèle.
Toutefois on ne le considérait pas encore comme ayant perdu toute espèce de chance de guérison.
A partir du 12, l’érysipèle marche : les symptômes généraux s’aggravent, il vomit dans la nuit du 19 au 20, il rend une assez grande quantité de sang mélangé avec son urine.
20 février. Le délire augmente, et il meurt le 20 au matin , sans avoir vomi de nouveau.
On ne peut pas le considérer tout à fait comme victime de l’érysipèle ; îl était déjà dangereusement malade. Mais l’érysipèle lui a porté le dernier coup.
Plaie de la main. Lymphangite. (N° 51 bis.)
Nous avons vu que le lit 51 avait été occupé par un homme atteint d’une gau • grène profonde du périnée, et qui succomba à une complication d’érysipèle le 20 février. Les matelas n’avaient pas été changés; on leur avait seulement lait prendre l’air pendant vingt-quatre heures. Quelques jours après, on reçut dans
le même lit un petit garçon atteint d’une plaie de la main avec écrasement et arrachement, et auquel on fut obligé d’amputer un doigt.
Mars. Au bout de deux jours, on le fit changer de lit, toujours pour éviter la contagion; cependant il fut atteint de lymphangite; elle 11e s’aggrava pas, et il partit guéri à Vincennes dans le milieu de mars.
Plaie de tétr. Érysipèle. (N° 51 ter.)
Du 17 mars au 8 avril. Un troisième malade, placé dans le même lit depuis quelques jours, et atteint d’une plaie de tête n’intéressant que le cuir chevelu, présente aujourd’hui les premières atteintes d’un érysipèle de la face, après un léger frisson. Nous avons vu qu’au lit 57 est entré, le 14, un garçon de Sainte- Barbe, atteint d’un phlegmon érysipélateux de la jambe.
19 mars. Son érysipèle est très-prononcé. Si nous ne considérons pas comme un véritable érysipèle la lymphangite du précédent, on peut attribuer celui-ci au lit. De plus, il était entré depuis quelques jours dans la même salle un nommé P , au n° 57, atteint d’un phlegmon érysipélateux de la jambe.
Le 20. La face est très-vultueuse, couverte de phlyctènes, d’un volume énorme. Il refuse tout aliment, excepté du bouillon. Cependant il comprend encore les questions, n’a pas de délire intense pendant la nuit et ne pousse pas de cris.
Le 21. Pouls petit, filiforme, fréquent; langue sèche; dents fuligineuses; un peu de délire hier soir; il a voulu se lever; pas de dévoiement ni d’incontinence d’urine.
Le 22. Il reste étendu sur le dos, avec la face bouffie, noire, comme dans une variole grave ; diarrhée très-forte; il ne boit plus; délire nocturne; le jour, de la somnolence; ventre ballonné; taches typhoïdiques; plaques sur l’épaule et le bras.
Le 23. Il va un peu mieux; la face est moins noire, moins tendue; le ventre est encore ballonné; il comprend un peu ce qu’on lui dit; il n’y a plus de délire; la fièvre a diminué; quelques symptômes typhoïdes persistent encore : gargouillements et ballonnement du ventre, mais l’œil est bon ; il boit un peu de rhum coupé; une desquamyation considérable commence à se montrer sur la face-
Le 25. Le danger a complètement disparu; le malade se lève seul et sort même un instant de la salle, malgré la défense du médecin ; il commence à manger.
1er avril. Deux portions.
Le 8. La desquamation est achevée; le malade sort guéri.
Ce malade avait présenté, au moment de la période d’état de son érysipèle,
des symptômes généraux tellement prononcés, symptômes d’apparence typhoïde, que, sans la lésion de la face, on aurait pu croire à l’existence d’une dothiénentérie.
Panaris. Erysipèle. (N° 58.)
Cet homme , déjà vieux , est porteur depuis longtemps d’un panaris du pouce droit, comprenant toutes les parties molles, affectant le doigt tout entier et ayant amené une nécrose de l’os.
Le 17 février, il est pris de vomissements.
Le 18, une traînée rouge se montre à la face antérieure de l’avant-bras; il n’y a pas eu de frisson.
Le 19. La lymphite se présente ici sous la forme d’une traînée nettement dessinée, d’un rouge violacé, presque lie de vin; les ganglions épitrochléens ne sont ni gros, ni douloureux, non plus que les axillaires; la main droite offre une large plaque palmaire d’érysipèle offrant la forme de lymphangite; l’appétit est nul , la langue blanche; les vomissements ne se sont pas reproduits.
Le 21. La fièvre esL intense; la main est rouge, très-enflée; tout l’avant-bras est couvert de plaques érysipélateuses; pas de délire.
Guérit le 25 février.
Varicocèle opéré. Érysipèle. (N° 10.)
Le 11 février, dans la journée, le n° 10 de la grande salle, P. ... , qui a été opéré hier de varicocèle présente un seul frisson assez intense.
Le 12, dans la soirée, il présente de nouveau un 'frisson, mais très-léger et peu prolongé.
Le 13, pas de fièvre, 90 pulsations, pas de douleurs dans la région inguinale, langue bonne, pas de rougeurs du scrotum.
Le 14, légère rougeur érysipélateuse du scrotum, avec empâtement et gonflement; pas de fièvre véritable.
Le 16, desquamation très-marquée de tout le scrotum, qui reste encore empâté et gonflé; il n’a plus de fièvre.
Le 21, complètement guéri.
Le 26, exeat. Il reste encore de l’induration sur le trajet de son varicocèle.
Amputé de la cuisse, érysipèle ; mort . (N° 35.)
Le 13 février, le n° 35 de la grande salle, D ,30 ans, ajusteur, amputé
de cuisse depuis dix-neuf jours, éprouve, vers cinq heures du soir, uu vif sentiment de froid : est-ce un frisson ? Pendant la nuit, fièvre. Jusque-là il avait été parfaitement.
L’érysipèle le plus près de lui est le n° 41, qui a eu son premier frisson le 1 1 février, c’est-à-dire avant-hier : situé à six lits de distance.
Le 14. Il a eu un second frisson ce matin , cependant il a mangé un peu. À la visite, faciès un peu altéré, pouls à 120. Le moignon n’a pas mauvais aspect; seulement le gros bourgeon charnu qui sort de l’intérieur de l’os est blanchâtre, sec et moins nettement granuleux que les jours précédents.
Est-ce de l’infection purulente, de l’érysipèle, ou un peu de fièvre nerveuse des opérés ? telles sont les questions qui s’offrent à nous aujourd’hui.
Il est au dix-neuvième jour, c’est-à-dire dans les limites de l’infection purulente; mais ici le frisson a été moindre , sans claquement de dents; son lit n’a pas tremblé. Mais ce dessèchement d’une portion de la plaie est mauvais signe (signe d’infection purulente). Toutefois il n’y a pas encore vingt-quatre heures depuis le premier frisson , et les plaques rouges d’érysipèle peuvent encore venir. Cependant dans l’érysipèle il n’y a presque jamais plus d’un seul frisson, excepté dans les cas où l’érysipèle prend la forme d’infection purulente : ce serait donc un érysipèle de cette forme; seulement notre malade n’a pas présenté de fièvre entre ces deux frissons, tandis que dans l’érysipèle il n’y a pas une intermittence aussi nette ; on reste malade dans l’intervalle des frissons.
Le 15. Tendant la visite, il est encore pris d’un troisième frisson assez prolongé.
Le 17. 11 est pris de diarrhée (quatre selles) et encore un frisson dans la journée (diascordium) ; le soir, encore un peu de fièvre.
Le 18. La plaie n’a pas très-mauvais aspect; les bourgeons sont assez nets, mais la suppuration est un peu plus ténue, plus liquide que précédemment; le bourgeon médullaire est recouvert d’une légère couche de pulpe grisâtre. — 8 grammes de sous-nitrate de bismuth.
Le 20. Vomissements répétés ; frisson hier dans la journée, diarrhée noire. Il devient pâle, bave, s’affaiblit beaucoup.
Le 22. Mort le matin.
Plaie du bras. (N° 29.)
Le 13 février, il arrive à l’hôpital un homme avec une plaie du bras.
Il se déclare une inflammation du tissu cellulaire sous-cutané du membre, de forme un peu érysipélateuse, avec rougeur cutanée diffuse, mais sans fièvre sérieuse.
Le 18. Va bien , pas de fièvre, pas de ganglions épitrochléens ni axillaires.
Il n’eut pas de lymphangite, cela resta diffus, et il guérit en quelques jours.
Écorchure au talon , érysipèle ; mort. (N° 41.)
II y a trois jours, le 9 février, on a transporté le n° 5 de la petite salle dans la graude, au n° 44, où il n’y avait pas non plus d’érysipèle.
Le 11, le 41 a frisson, fièvre, malaise général.
Aujourd’hui 12 , le n° 41 de la grande salle, situé à trois lits de distance de notre premier érysipélateux , présente les premiers symptômes d’un érysipèle de la jambe. Ce malade est porteur d’une fracture de la jambe mal consolidée, accompagnée d’une arthrite du genou ; il présente une écorchure au talon de la même jambe, suite d’un séjour au lit trop prolongé. 11 a le pouls petit, faible; l’érysipèle de la jambe est déjà fort étendu, pâle et a marché avec une extrême rapidité du talon au genou. Ce premier phénomène , joint à ce qu’il s’agit ici d’un sujet extrêmement débililité , fait porter dès Labord un diagnostic trèsgrave.
En effet, le lendemain 13, nous le trouvons dans une prostration extrême , la face d’une pâleur presque cadavérique , avec disparition complète clu pouls radial des deux côtés. On sent facilement le pouls des temporales et des fémorales, ce qui fait supposer qu’il y avait quelques coagulations vers le cœur ou les artères sous-clavières. L’érysipèle, pâle, mal limité, couvre la cuisse.
Le 14, il meurt dans l’adynamie.
Il n’a présenté pendant ces trois jours ni diarrhée, ni sécheresse de langue, ni délire, rien d’autre qu’une adynamie profonde.
L’autopsie faite n’a pas donné les résultats positifs auxquels nous nous attendions du côté du cœur. Nous avons ouvert toutes les grandes artères sans trouver aucune coagulation qui pût expliquer la disparition du pouls radial. Au cœur, il n’y avait que quelques caillots post mortem,
La suppression du pouls radial nous paraît donc avoir tenu ici à un phénomène nerveux dépendant de l’adynamie remarquable à laquelle il a succombé
dans un temps très-court; car on ne meurt généralement pas en trois jours de temps d’un érysipèle.
Au reste, la résislance, l’énergie vitale, étaient ici bien faibles; car sa fracture datait de trois mois, et nous n’avons trouvé qu’un peu de cal fibreux interfragmentaire. Tout ceci explique : 1° pourquoi il a été pris, quoique la cause d’infection fut assez peu intense; 2° pourquoi il a succombé aussi vite et avec cette adynamie.
N° 6, petite salle.
14 février. Porteur d’une inflammation considérable du genou après ouverture de la bourse séreuse antérotulienne, mais sans érysipèle.
Pansé préventivement , le même jour, par notre ami et collègue M. Chalvey avec poudre de charbon et quinquina.
Pas d’érysipèle.
Le 23 février, L.... , 28 ans, est pris d’érysipèle de la jambe; ça débute par quelques plaques rouges et des traînées.
Le 27. Desquamation de la jambe ; la jambe est encore blanche, empâtée ; un peu de fièvre, délire cette nuit, inappétence.
11 guérit.
Remarques sur la 2e série d’érysipèles.
(salles des hommes.)
(Du 15 mars au 12 avril.)
Nous avons vu s’éteindre peu à peu sous nos yeux une première série d’érysipèles, faute d’un terrain propre à recevoir la contagion (ou l’infection, comme on voudra) puisqu’il n’v avait plus de plaies dans nos deux salles d’hommes vers le 20 février, grâce à la prudence du chef de service.
Les deux salles étaient donc restées complètement sans érysipèles (excepté le n° 40 dont nous croyons avoir saisi la cause, et qui n’en amena pas d’autre), jusqu’au 15 mars, lorsque ce jour, arrive dans le service le nommé Pales, garçon de Sainte-Barbe, que l’on met au n° 57, dans la petite salle Saint-Louis.
Il s’était développé chez ce malade, à partir du 11 mars, à Sainte-Barbe, un phlegmon diffus de la jambe, bientôt accompagné de traînées rouges, puis de plaques diffuses d’érysipèle, qui persistaient encore le 23 mars.
Il entra donc le 15 mars. Deux jours après, le n° 51 ter, placé dans la même salle, est pris des premiers symptômes de l’érysipèle. C’était le 17 mars.
Jeudi 19 mars, un autre garçon de Sainte-Barbe vient voir son camarade du n° 57, s’en retourne chez lui et est pris d’érysipèle le troisième jour. Et puis, éclatent en trois jours de temps, neuf autres cas d’érysipèle dans nos salles : ce sont d’abord les nos 56 et 59, placés tout à fait à proximité de ce malade du n° 57 : le premier tombe malade le 18 mars, le second est pris le lendemain. En même temps, dans la grande salle, nous voyons les n°s 23, 43, être pris également le 18 mars. Deux jours après, 20 mars, ce sont les n0* 19, 45 et 50 qui sont prisa leur tour; le 21 mars, c’est le 40 qui tombe malade ; le 22 mars, c’est le n° 38, son voisin; puis, un petit inler-
valle : le 29 mars, nouvelle éclosion d’érysipèles: les nos 22, 31, sont pris; le lendemain, ce sont les n°8 30, 32, 34, 49.
Enfin, le 4 avril, les n°8 37 et 48 sont pris, et le n° 47, pris le 12 avril, clôt cette série, que je n’ai pas pu suivre plus longtemps, étant tombé moi-même malade le 15 avril.
Est-il possible de voir, dans cette série de faits, du hasard, et rien que du hasard? Pour mon compte, il m’est absolument impossible d’envisager les choses de celte façon.
Y a-t-il eu dans ces cas une simple épidémie d’érysipèles, c’est-àdire une cause générale résidant dans l’atmosphère, et qui aurait amené le développement de chacun de ces cas, en particulier, sans qu’un lien, c’est-à-dire la contagion, les rattache les uns aux autres. C’est encore une chose que nous ne pouvons croire : s’il s’agit d’un simple changement de l’atmosphère, pourquoi les salles de M. Richet, situées précisément au-dessus et à côté des nôtres, n’ont-elles pas présenté la même épidémie d’érysipèles?
Pourquoi cette épidémie a-t-elle éclaté dans nos salles précisément deux jours après l’arrivée de cemalade?!! ne s’agit donc pas là d’une cause générale morbide, d’une constitution médicale qui aurait envahi à la fois tout un quartier, toute une population. Eut-il existé dans ce même temps une épidémie aussi intense que l’on voudra, d’érysipèles dans le quartier, ou dans l’hôpital, que nous n’en persisterions pas moins à croire que, dans ces faits, outre le génie épidémique, il y a eu une cause tout à fait spéciale à nos salles, et que cette cause ne peut être autre que l’arrivée de ce malade du n° 57, qui les a infectées.
Et d’abord, pour le cas de son camarade de Sainte-Barbe, et pour les nos 5! ter, 56 et 59, placés dans la même petite salle Saint-Louis, la chose ne nous paraît pas douteuse et nous croyons qu’elle ne paraîl ra douteuse à aucun esprit non prévenu. S’il s’agissait de cas de variole ou de scarlatine, il est évident que l’on regarderait ces faits comme des preuves de la contagion; or, parce qu’il s’agit d’érysi-
pèles, nous ne voyons pas pourquoi les faits seraient moins probants.
Mais, dira-l-on, comment se fait-il que la contagion ou l’infection se montre en même temps dans la grande salle, chez toute cette série de malades qui n’avaient aucun rapport avec le n° 57 ? Nous avouerons que la chose est plus di flicile à expliquer; toutefois, notons ceci: la visite commençait toujours par la petite salle; les mêmes élèves passaient constamment de l’une dans l’autre, de même que les personnes du service, 11 est donc loisible d’admettre que la contagion a pu se transmettre, dans ce cas, soit par les vêtements, soit par les mains qui pansaient alternativement les différentes plaies.
Quoi qu’il en soit de cette explication, les faits se sont passés exactement de la façon que j’indique, et si l’on ne veut pas voir là de la contagion, il faut au moins avouer que le hasard a été bien habile.
On verra, dans les observations, "que ces érysipèles, à part quelques cas fort légers, où l’érysipèle resta fruste et où l’on peut discuter le mot érysipèle, furent en général graves: il y eut trois morts, dont l’un avec des symptômes typhoïdes, et les deux autres avec une adynamie considérable dès le début.
OBSERVATIONS — 2e série 1863.
Hôpital de la Pitiêj salles Saint-Louis > etc.
N* 57. Grande salle Saint- Louis. — Pales, garçon à Sainte-Barbe, entré
le 15 mars.
15 mars. C’est à ce malade que nous attribuons en grande partie l'origine de cette seconde épidémie. Nous avons vu que le dernier érysipèle de la première série avait débuté le 23 février (n° 40 des hommes), au reste bénin, et qu’il
ne s’en était pas présenté de nouveau cas jusqu’au 15 mars, jour de l’entrée de celui-ci.
Arrive le n° 57. Cet homme était porteur d’un abcès développé autour d’une engelure négligée : il se développa chez lui, à Sainte-Barbe, un phlegmon érysipélateux de la jambe, dont le début paraît avoir remonté au 1 1 mars. Malgré une incision faite sur cette tuméfaction phlegmoneuse, le mal empira, et il entra à l’iiôpital le t5. 11 eut d’abord des plaies rouges sur la partie externe de la jambe, c’est-à-dire de la lymphagite érysipélateuse, et fut pris dès le début d’accidents généraux assez intenses.
Le 19. La jambe est tout entière le siège d’une tuméfaction énorme, d’un rouge érysipélateux très-intense, et l’état général assez grave, quoique sans symptômes typhoïdes aujourd’hui : le malade est fort déprimé, abattu, et paraît en danger assez sérieux par l’intensité même de la lésion, quoique saus délire proprement dit et en l’absence de toute complication jusqu’ici.
Le 21. Hier soir, frisson et fièvre. Ce matin la fièvre est modérée; il paraît y avoir un peu de mieux.
Le 23. Son érysipèle phlegmoneux de la jambe est toujours à la période d’état; il y a encore des plaques rouges à la surface du membre, très-tuméfié, mais l’état général s’amende : il n’y a toujours pas de délire, ni de dévoiement. Donc pas d’état typhoïde ; c’est un érysipèle frauc. 11 parait devoir s’arranger.
Le 25. Le malade se plaint encore d’insomnie. Sou érysipèle commence à se desquamer et diminue notablement : le gonflement est bien moindre, les plaques ont disparu. Cependant la fièvre persiste, ce qui fait supposer qu’il se fait peutêtre un foyer purulent dans l’épaisseur des parties molles de la jambe. La langue n’est pas mauvaise; ni délire ni diarrhée.
1er avril. Même état. Quelques frissons de temps en temps; peau chaude et un peu sèche; un peu de fièvre continuelle; pas de vomissements, pas de délire; langue bonne, malgré tout; phlegmon dans le même état, diminuant un peu lentement.
Le 6. Guéri de son érysipèle.
Erysipèle pris sur le 57. Trois jours d'incubation.
67 bis. Un domestique de l’établissement de Sainte-Barbe vint voir, jeudi 19 mars, dans l’après-midi, son camarade, que nous avons vu placé au n° 57, et atteint d’un phlegmon érysipélateux de la jambe. Cet érysipèle datait de 8 jours, ayant commencé le 1 1 mars, et à ce moment la jambe était le siège d’une tumé-
faction énorme : l’érysipèle y était en pleine période d’état, la desquamation ne commença que cinq jours plus tard.
Le visiteur resta une heure ou deux à causer avec ce malade, qui n’avait pas de délire et qui pouvait eucore comprendre ce qu’on lui disait, malgré sa faiblesse.
Le dimanche soir 22 mars, c’est-à-dire vers la fin du troisième jour, cet homme se sent pris de frisson et se met au lit.
Le leudemain, B..... constate chez lui uu commencement d’érysipèle de la face, débutant par l’oreille. Cet érysipèle fut légitime et guérit en une dizaine de jours.
Peut-on dire que le premier avait déjà pris son érysipèle à Sainte-Barbe et qu’il y avait donc là un foyer d’infection? nous ne le pensons pas. Il n’y en aurait pas moins à noter ces trois jours d’intervalle. Il n’y eut pas d’autre érysipèle à Sainte-Barbe.
Brûlure du bras. Érysipèle (N° 56.)
18 mars. Le n° 56 est pris dans la journée de frissons, de céphalalgie non accompagnée de vomissemeuts.
Le 20. Une large plaque rouge se dessine sur l’épaule droite, autour d’une brûlure de la partie supérieure du bras. Notons que ce fait d’une brûlure suivie d’érysipèle n’est pas commun. Ce matin, le malade a une fièvre modérée. La langue n’est pas grillée, l’aspect général est bon : l’érysipèle paraît devoir être légitime.
Le 21. Un peu de frisson la nuit dernière. Ce matin il y a de la fièvre, mais l’érysipèle se limite. Guéri au bout de quelques jours.
Nous avons vu que son voisin, le 57, présentait en ce moment même un énorme érysipèle phlegmoneux de la jambe en pleine activité.
19 mars. Le n° 59 est pris de fièvre le 19 mars, et le 20, nous lui trouvons les ganglions de la partie droite du cou gonflés et douloureux, sans apparition de traînées ou de plaques; c’est à peine un érysipèle ébauché.
Le 21. Persistance de l’adénite parotidienne; céphalalgie, fièvre.
Le 23. La fièvre a disparu, mais les ganglions du cou restent tuméfiés.
Il guérit peu de jours après.
Henri M charron, ouvrier allemand, entré dans le service pour une plaie
de tête avec décollement depuis quelques jours.
18 mars. 11 paraît aujourd’hui présenter les prodromes d’un érysipèle. Il a eu un léger frisson et de la fièvre hier soir; la fièvre continue.
Le 21. Ce malin on lui trouve de la fièvre et de l’adénite parotidienne; une teinte rougeâtre se prononce au dessus des tempes; hier soir, encore un frisson, mais pas de grand frisson.
Le 22. Quelques plaques d’érysipèle très-pâle se montrent sur les tempes; la face est très-pâle ; il n’y a pas de délire; le malade se plaint d’avoir éprouvé des battements de cœur cette nuit.
11 y a de l’empâtement dans la région cervicale, surtout à droite, et l’adénite est bien marquée; la langue est blanche; pouls à environ 1 10, large, un peu mou et dépressible.
Le 24. L’état général est assez satisfaisant; la face est devenue un peu plus colorée; son érysipèle n’a plus l’air d’un œdème et n’a plus cet aspect pâle tout particulier qu’il offrait avant-hier; il n’y a pas encore de desquamation.
Jusqu’ici il y a eu un délire à peu près constant, mais délire modéré et tranquille ; il n’y a pas eu de symptômes typhoïdes.
Le 25. 11 va à la garde-robe ; le délire continue à peu près pareil ; la face et le cuir chevelu sont le siège d’un gonflement considérable.
Le 30. 11 est en pleine voie de guérison; la face est en desquamation, le nez est devenu encore tuméfié. Len° 22, son voisin, a été pris hier de frisson, lleutun érysipèle sur une brûlure de jambe (voir l’observation). Il est pris le huitième jour de l’érysipèle du 23, si c’est de la contagion.
ler avril. 11 a faim ; pas de fièvre; le nez se desquame à son tour : ça avait été une petite poussée secondaire.
Le 4. Aujourd’hui il paraît avoir pris une broncho-pneumonie. Sans doute quelque refroidissement, quelque imprudence. Son érysipèle de la face est complètement terminé.
Le 6. Le délire est revenu, mais violent cette fois, et augmente de plus en plus ; râle sous-crépitant dans les deux poumons, surtout à droite en arrière. ( On le considère comme alcoolique. Hier, 10 gouttes laudanum : aujourd’hui, 20 gouttes en deux fois.) Ce mal^il y a carphologie, perte de connaissance absolue, délire demi-agité, face pâle; pouls irrégulier, un peu faible.
Le 8. On a continué le laudanum; son délire est plus tranquille; 02 puisa-
lions ,1e nez est redevenu un peu rouge; l’œil est meilleur; il comprend un peu quand on lui parle.
Le 13. Guéri. Langue nettoyée, pouls bon.
Les accidents du poumon étaient-ils une poussée érysipélateuse?
Les voisins, 24 et 25, pour qui l’on craignait, n’avaient heureusement pas de plaies, et ne furent pas malades.
N° 43. — Plaie de la face .
18 mars. L est pris d’un érysipèle de la face commençant autour d’une
plaie de la joue droite ; on le purge.
Le 19. Aujourd’hui l’érysipèle a envahi une partie du cuir chevelu, et s’étend sur la partie supérieure de la face, occupant les paupières. Il n’a qu’un délire léger, peut-être un alcoolique; il conserve delà connaissance, n’a pas de grande prostration ; il ressent le besoin d’aller à la selle. C’est l’érysipèle franchement inflammatoire de M. Velpeau, le légitime, qui guérit bien habituellement et vite.
Le malade a vomi plusieurs fois et assez abondamment; œdème de la face.
Il n’v a pas à proximité de son lit de malade atteint de plaie , excepté un phlegmon développé autour d’ulcères de la jambe et le n° 50.
Nous avons vu que le 51 1er était pris depuis le 17, c’est-à-dire la veille.
Notons qu’en ce moment le n° 50 a une plaie du coude en voie de résolution : on lui avait ouvert largement et crucialement la bourse séreuse du coude pour une inflammation avec suppuration quelle présentait. Nous verrons qu’il eut un érysipèle à partir du 20 mars.
Le 2t. La fièvre a un peu diminué; la langue est sèche , ‘rugueuse ; le gonflement est un peu moindre, le faciès meilleur.
Le 22. Il va mieux, la desquamation se montre déjà sur la face , la langue redevient nette, pas de fièvre , l’œdème de la face diminue.
Le 27. Va bien , desquamation scarlatinoïde de la face ; la langue reste encore un peu noirâtre et fuligineuse, mais les symptômes généraux ont cessé; pas de diarrhée. Il est hors d’affaire.
1er avril. Va bien, son érysipèle se desquame par grandes plaques; un abcès s’est formé avaut-hier à la région claviculaire gauche.
La fièvre a bien diminué, mais la langue reste noire; malgré un vomitif qui lui a été administré, il est encore constipé.
Le 2. Le côté droit de la face est tuméfié de nouveau ; c'est un érysipèle de retour.
Le 3. La poussée érysipélateuse se montre à gauche; le côté droit de la face a déjà diminué; un peu de fièvre, inappétence, pas de délire.
Le 6. Il y a eu du délire les jouis précédents , aujourd’hui il y en a moins; il boit bien, n’a guère d’appétit. Le soir, fièvre; la langue est encore sèche, noire, fuligineuse.
Le 8. En voie de guérison.
Le 10. Etat général très-bon , une petite eschare au sacrum.
N° 19. — Vésicatoire ; érysipèle, arthrite du genou ; mort.
20 mars. Ce malade est porteur d’une arthrite du genou avec épanchement paraissant dater de quelques semaines ; on lui a appliqué un vésicatoire sur la région malade.
Dans la journée, il est pris d’un frisson, suivi de sueur abondante.
Le 21, il offre déjà quelques prodromes d’érysipèle, céphalalgie, soif, fièvre; les ganglions inguinaux sont douloureux et tuméfiés ; il n’y a pas encore de plaques rouges.
Le 22. Une plaque d’érysipèle plat, c’est-à-dire une plaque rouge vif, trèsnettement dessinée, sans tuméfaction de la peau bien apparente, et offrant un aspect de sécheresse marqué, comparé au luisant de l’érysipèle ordinaire, se montre à la partie inférieure de la cuisse, partant du vésicatoire et montant vers la région supérieure de la cuisse; c’est l’érysipèle dit lichtnoïde. Les ganglions sont très-douloureux.
M. Gosselin, dans une leçon faite le 24 mai, considère ce cas comme fort grave. Quand un érysipèle se développe autour d’un vésicatoire, cela indique toujours une mauvaise constitution de la salle. On ne voit ce phénomène arriver que dans les épidémies fort graves ; «nous l'avons remarqué dans les épidémies intenses de Beaujon et de Cochin ; » de plus, ces cas-là sont généralement mauvais, et il faut pour cela que le malade soit au préalable plus ou moins débilité.
Ce malade ne présenta jamais ni diph thérite ni gangrène.
Le 23. Il est pris d’une douleur extrêmement vive dans le coude gauche, et on lui trouve, le 24 , un gonflement considérable de cette région, accompagné de chaleur vive et de douleurs atroces spontanées que la pression exaspère encore. C’est une arthrite subaiguë du coude, arthrite purulente, fait qui n’est pas trèsrare dans les érysipèles, mais qui est très-grave, parce qu’il indique un empoisonnement profond de l’économie.
Ce malade ne présentait pas encore à ce moment de symptômes typhoïdes,
mais le pronostic n’en était pas moins bien sérieux par suite de ces diverses considérations.
Le 25. Aujourd’hui le pouls offre 110 pulsations; il est sec, vibrant, sans être dur; la fièvre est nette; cependant il n’y a pas très-grande chaleur à la peau , mais la peau est très-sèche; les pommettes sont un peu rouges; la douleur du coude gauche a encore augmenté, ainsi que le sentiment de chaleur dans le bras. Le gonflement du bras et de l’épaule est considérable.
Le 27. Il va un peu mieux, les accidents généraux ont diminué sensiblement. La fièvre est modérée aujourd’hui , la langue meilleure, l’œil moins terne, mais l’arthrite du coude tend évidemment à la suppuration.
Le 30. Depuis deux jours tout a repris une marche funeste, et ce malin, à la visite, il devient manifeste que cet homme va mourir; le pouls est petit, irrégulier; la respiration suspirieuse, les yeux éteints; la bouche est entr’ouverte, fuligineuse, noire; il y a des soubresauts des tendons. Il pousse quelques plaintes inarticulées ; la perte de connaissance est presque absolue.
Il meurt à une heure de l’après-midi.
N° 40. Drainage ; érysipèle typhoïde adytiamique. Mort.
Un jeune élève en pharmacie est placé au n° 40 du service, où il est entré pour un abcès froid de la jambe. Ce jeune homme était dans les plus mauvaises conditions physiques et morales; il était tombé dans le plus extrême dénûment, avait même été injustement accusé de vol, et relâché il s’était trouvé sans ressources, découragé, malade, et forcé d’entrer à l’hôpital. On dut le drainer dans le service pour un abcès froid qu’il portait. Au bout de quelques jours, les 20 et 21 mars, on s’aperçut qu’il y avait à la jambe des traînées et des plaques d’érysipèle un peu pâle, sans grand gonflement. En meme temps, de graves symptômes étaient survenus; cet érysipèle se présentait dès l’abord sous une forme typhoïde des plus graves, le délire était continu , et la perte de connaissance absolue dès le deuxième jour ; le malade vomissait fréquemment, et éprouvait une répugnance machinale non-seulement à manger, mais même à boire; on avait en vain essayé de lui faire prendre un peu de rhum pour le remonter; l’atonie était complète.
Il mourut le 26 mars, cinquième ou sixième jour du début, sans délire furieux , mais peu à peu, doucement, s’éteignant dans l’adynamie la plus absolue.
Ouverture de la bourse séreuse du bras ; phlegmon subchronique du bras , éry sipèle.
Un homme, placé au n° 50, était entré pour inflammation de la bourse séreuse du coude, dans les premiers jours de mars. On ouvrit largement la bourse abcédée, on pansa à plat. Il n’y eut pas d’accidents particuliers à noter; il resta seulement un peu de tuméfaction douloureuse de la partie postérieure du bras, avec adénite des ganglions épitrochléens qui étaient placés très-haut chez ce malade, à la hauteur du triceps. 11 semblait qu’il y eût un peu de phlegmon chronique occupant la partie postérieure du bras , probablement les lymphatiques, les ganglions et le muscle lui-même; mais pas d’accidents généraux, pas de fièvre.
20 mars. Le bras est un peu plus rouge qu’il ne devrait être.
Le 22. A quatre heures du soir, un frisson se déclare, suivi de fièvre.
Le 23. La fièvre a augmenté, le bras est enflé, douloureux; la peau d’un rouge érysipélateux. Il a eu cette nuit des nausées, de la fièvre avec céphalalgie, de la soif, outre son frissson ; tous symptômes d’érysipèle. Ce matin la langue est pâteuse, mais non pas noire. Il se sent très-faligué. Le pouls est petit, faible, dépressible : c’est la forme atonique. Le délire a été violent cette nuit : il a même eu un violent accès de fureur. Il paraît y avoir un peu d’alcoolisme dans ses antécédents.
Le 25. Toujours de même; subdelirium. Le bras a encore augmenté de volume
1er avril. L’érysipèle est resté légitime, sans complications. Le délire a disparu peu à peu, quoique ce fut un érysipèle phlegmoneux. Le malade se sent mieux aujourd’hui.
Le 6. Guéri de son érysipèle; mais un abcès du bras s’est prononcé, du reste sans gravité. 11 guérit très-bien.
18 mars. Un homme, placé au n° 38, est entré à l’hôpital pour une plaie contuse du pied gauche. Cette plaie était accompagnée de contusion du membre, et il s’est développé des phlyclèues sur la face dorsale du pied, sur un commencement d’eschare par contusion de la peau,
Le 22, il se plaint d’un violent mal de tête.
Le 23. La jambe gauche est rouge, tuméfiée, et nous offre un exemple de phlegmon érysipélateux du membre inférieur.
Le 2 1. Il n’y a eu ni frissons, ni nausées, ni vomissements. La fièvre est modérée. Outre le phlegmon érysipélateux de la jambe, quelques plaques allongées en forme de bandes un peu pâles s’étendent le long du trajet des principaux vaisseaux lymphatiques, à la partie interne de la cuisse gauche. Il n’y a pas de délire, mais perte absolue d’app*étit. Soif ardente comme chez presque tous nos érysipèles. (Il est probable que la sécheresse de la peau que nous avons remarquée chez la plupart d’entre eux s’étend aux muqueuses pharyngiennes, etc.)
Le 29. Vomissements.
ler avr;|t La langue est sale. L’état général de ce malade n’est pas très-salisfaisant. Aujourd’hui il a la fièvre, un pouls petit, fréquent, comme dans les abcès et les fièvres purulentes, c’est-à-dire cette forme de fièvre que l’on retrouve accompagnant le frisson toutes les fois qu’un malade fait du pus. La peau n’est pas très-chaude, elle est sèche; la période de sueur se fait mal, avorte. Il y a là antagonisme avec les cas à réaction inflammatoire franche, comme dans les grands érysipèles légitimes, où la fièvre est franche, chaude, humide, pour ainsi dire, où le pouls est large, plein, et où la période de sudation est bien marquée. Cependant notre malade n’a pas de délire; nous n’avons pas noté non plus de frissons; il ne refuse pas absolument les aliments et les boissons.
Le 6. Il va mieux; les symptômes fébriles ont diminué; l’érysipèle de la jambe s’éteint.
Le 8. Le mieux continue. Il guérit peu de jours après.
Entré le mars à l’hôpital, pour une plaie de la face dorsale de la main
Il a offert depuis quelques jours de la rougeur érythémateuse indiquant une lymphite sur le dos de la main, et dans la région axillaire les ganglions étaient pris.
Le 22. 11 est pris de fièvre; en même temps une vive douleur se montre dans le coude gauche, quoique cette articulation n’ait jamais été malade chez lui : ordinairement, dans les érysipèles, ce sont les articulations anciennement malades qui se prennent à suppurer.
Le 24. 11 y a en outre de la douleur dans le mollet droit. Nous n’y sentons pas de fluctuation, mais il est à craindre qu’il ne se fasse là des foyers de suppuration , comme en offre le n° 19. Cet érysipèle paraît donc fort grave; c’en est un, quoiqu’il manque pas mal de symptômes de l’érysipèle ordinaire. Mais ce n’est pas l’érysipèle légitime.
Le 25. Amélioration de l’état général. Le coude gauche reste chaud, tuméfié mais moins douloureux qu’hier. Le mollet est aussi en meilleur état. Nous espérons qu’il n’y aura pas de suppuration. La langue est bonne, l’œil aussi. La desquamation commence sur le dos de la main. Il y a encore de la pâleur, mais l’ap" pélit revient.
Le 26. Va bien. 11 n’a jamais eu de délire.
1er avril. Le coude reste encore tuméfié. Il y a de la constipation. Cependant l’appétit est bon. Le sommeil n’est pas encore bien revenu.
Le 6. Guéri de son érysipèle; mais il finit par avoir un abcès articulaire du coude.
N° 22. — Brûlure; lymphangite érysipélateuse.
Entré à l’hôpital , vers le 15 mars, pour une brûlure de jambe étendue.
Le 29, pris de frisson avec céphalalgie et vomissements.
Le 30. On lui trouve une série de traînées rouges, principalement à la face interne de la cuisse correspondante à sa brûlure, traînées qui remontent vers les ganglions de l aine, c’est-à-dire sur le trajet des lymphatiques ; le reste du membre est également rougeâtre; de différents côtés on peut suivre, à des filets rouges, le tçajet des principaux troncs lymphatiques qui parcourent la surface du membre: le pied et la jambe, siège de la brûlure, sont œdématiés et uniformément rouges, comme phlegmoneux ; la fièvre est modérée, 110 pulsations; langue sale, pas de délire, un peu d’abattement.
(Nous avons vu que son voisin, le 22, avait un érysipèle en pleine marche.)
1er avril. Amélioration; le phlegmon n’a pas augmenté, la lymphangite de la cuisse a même diminué. Le malade a dormi cette nuit, et la fièvre n’est pas très-forte; la langue reste blanche; la céphalalgie a cessé, les vomissements aussi ; il a même quelque sentiment de faim.
Le 6. Va bien, l’érysipèle est terminé, l’appétit est revenu, mais il se prépare un abcès dans l’épaisseur du pied.
( Les deux voisins, le 24 et le 25, n’avaient pas de plaie.)
Le 8. L’abcès est formé à la face dorsale du pied.
Le 12, on pratique l’ouverture de l’abcès.
Le 13. Il est pris de frissons et de vomissements; la rougeur reprend tout le long de la jambe, et il y a évidemment un retour d’érysipèle ; le pouls est régulier, un peu faible, 90 pulsations.
Il guérit parfaitement, sans autres accidents.
Carie du rocher et fistule , frissons.
Le n° 30 présente aujourd’hui quelques symptômes d’érysipèle.
Cet homme est atteint d’une carie probablement, syphilitique du temporal avec fistule.
Jusqu’ici il n’a eu, depuis hier, que quelques frissons, un peu de fièvre; il n’y a encore rien à la peau, ni de ganglions.
Ce n’est pas encore un vrai érysipèle, mais il doit être sous l’influence de la salle.
1er avril. L’érysipèle ne s’est pas produit; il est possible que les frissons et la fièvre fussent chez lui simplement sous la dépendance de la production d’une certaine quantité de pus dans l’épaisseur du temporal.
Néanmoins «notons cette coïncidence avec trois autres numéros pris d’érysipèle le même jour.
Le 3. Rien de nouveau, va bien.
Le 6. Il n’a plus rien du tout qui fasse penser à de l’érysipèle, mais il reste avec son affection osseuse du temporal , et une exophlhalmie assez remarquable.
Coup de feu , fistule frontale ; tuméfaction et rougeurs érysipélateuses du nez et du front , sans accidents généraux.
Au n° 31 était un homme d'une quarantaine d’années, garçon de tir au pistolet. En chargeant un pistolet Flobert de petit calibre , il s’était laissé partir le coup au milieu du front : la balle, grosse comme une forte chevrotine, avait traversé la table externe du frontal juste au-dessus de la racine du nez, en se déformant et probablement eu se divisant en plusieurs parties, et il est fort probable qu’il en était resté tout ou partie dans les sinus frontaux. Quoi qu’il en soit, une carie du frontal s’en était suivie et durait depuis plusieurs mois.
Eu ce moment cette carie paraît presque complètement guérie, à peine restet-il un petit suintement.
29 mars. Le nez, à partir de sa base, c’est-à-dire de la fistule, devient rouge , gros et douloureux.
Ni fièvre, ni frissons ; cet homme est très-dur, et il a bien pu avoir un peu de fièvre la nuit sans y faire attention.
1er avril. Le nez et le front sont rouges et douloureux, mais il n’y a pas de fièvre, pas de délire.
Le 3. Guéri; ça é(é très-peu de chose. Il garde sa fistule frontale.
Je me souviens que ce malade, quelques semaines plus tard , fut repris d’un nouvel érysipèle plus grave que le premier, à la suite d’une exploration de sa fistule avec le stylet.
Ecrasement (lu gros orteil ( avec plaie ) droit , phlegmon érysipélateux du membre.
29 mars. Le n° 34 est atteint d’écrasement du gros orteil droit avec plaie. Entré depuis quelques jours. Aujourd’hui frisson et vomissement, diarrhée.
Le 30. Un phlegmon , ou plutôt un érysipèle phlegmoneux du pied , se dessine aujourd hui ; des traînées de lymphangite remontent le long de la cuisse; le pouls est fort, sec.
La soif est vive , accompagnée de céphalalgie.
Langue sèche, pas de délire.
Diarrhée depuis hier.
C’est surtout à la partie antérieure de la jambe droite qu’on voit nettement les lymphatiques malades chez cet homme; ils sont rouge-brique et se détachent sur le reste du membre.
1er avril. État meilleur.
Le 3. La forme de son érysipèle devient franchement phlegmoneux ; aujourd’hui on le badigeonne avec du collodion ; la fièvre est modérée, pas de délire, langue assez bonne.
Le 5. S’en va non guéri et malgré le chef de service.
N° 32. — Érosion du flanc , adénite, frissons, fièvre.
Cet homme porte, depuis quelques jours, une petite écorchure du flanc, ou plutôt une érosion insignifiante produite par un bandage de corps qui n’a peutêtre pas été renouvelé assez vite.
31 mars. Il est pris de fièvre dans l’après-midi. Le frisson arrive ; une céphalalgie violente dure toute la nuit, accompagnée d’envies de vomir.
1er avril. Les ganglions de l’aine gauche sont pris.
Le 3. Pas de fièvre aujourd’hui ; un peu mal à la gorge; les ganglions inguinaux à gauche restent gros et douloureux.
Le 8. Guéri.
Le no 49 s’est écorché le pied il y a quelques jours dans une chaussure mal laite et étroite.
30 mars. Dans la nuit du 29 au 30 mars, il est pris de frisson. (Coïncidence avec les no* 30, 31, 34.)
1er avril. Il n’a rien eu de nouveau depuis son frisson : ni fièvre ni vomissement ; il mange bien, mais, dans la soirée, il vomit deux fois.
Le 6. Rien de nouveau.
No 37. — Plaie contuse, érysipèle.
29 mars. Entre le 29 mars, au no 37, un homme qui a reçu, soit hier, soit aujourd’hui même, un coup de pied de cheval à la jambe gauche. Il n’y a pas de fracture, mais une plaie contuse considérable.
4 avril. A huit heures du soir, frisson de début d’érysipèle.
Le 5. Un érysipèle se dessine autour de la plaie. On badigeonne au collodion toute la surface rouge, et au delà. On lui donne du vin. Pas de frisson aujourd’hu ; pas de délire, pas de diarrhée.
Le 6. C’est un érysipèle franc, rouge, de forme phlegmoneuse autour de la plaie; U y a peu de fièvre, la langue est un peu blanche.
Le 8. Pas de fièvre du tout; langue un peu sale ; inappétence, insomnie , pas de dé>oiement.
Plaques rouges à la partie inférieure de la cuisse gauche ; les ganglions correspondants de l’aine sont douloureux. Guérison.
No 48.
Il était entré depuis plusieurs jours, pour une plaie considérable de la jambe droite, causée par le passsage d’une roue de voiture sur le membre II y avait eu un emphysème local avec refroidissement de la jambe, mais cet accident disparut dès le lendemain.
4 avril. Frisson.
Le 5. Une plaque rouge se montre autour de la plaie.
Le 6. Aujourd’hui on voit paraître un érysipèle phlegmoneux de a jambe, avec de grandes plaques d’érysipèle diffus sur la cuisse.
Le 8. Même état ; pas de délire.
Guérit plus tard.
Je retrouve dans mes notes les quelques lignes suivantes sur un malade no 47 dont je n’ai pu compléter l’observation.
11 n’avait aucune plaie, aucune lésion qui pût nous expliquer comment le frisson érysipélateux a pu pénétrer das son organisme.
12 avril. Au moment du repas du soir il est pris d’un tel frisson , que son lit a tremblé. La fièvre suit. Insomnie et inappétence.
Le 13. Second frisson, mais moins violent que le premier.
Il entre à l’hôpital dans l’après-midi.
Le 14. Un érysipèle de la face se montre. Fièvre, inappétence, langue blanche et chargée; il n’avait aucune plaie et cela ne commença pas par un mal de gorge.
Ce fut le dernier érysipèle que je vis arriver du dehors dans les salles. Je suis tombé malade d’une angine peut-être érysipélateuse, du 15 avril jusqu’au 4 mai, trois ou quatre jours après avoir été visiter un de mes amis qui était atteint d’un érysipèle de la face assez grave.
Dans la même semaine, une personne de ma famille, qui avait déjà eu plusieurs fois cette maladie, fut atteinte d’un érysipèle delà face intense et guérit.
3e série d’érysipèles. — (Service des Femmes.)
Salle Saint-Jean (Pitié 1863).
Les plaies étaient presque nulles dans ce service, comme en général dans les services de femmes. Il n’y eut pas d’érysipèles dans les mois de janvier et février.
Mais vers le milieu de ce mois il entra dans le service, au n° 12, une femme atteinte de pleurésie purulente avec fistule pleurale.
Malgré tous les soins de propreté que l’on apportait à la panser, et bien que le pansement fût renouvelé deux fois par jour, cette malade répandait une odeur affreuse, surtout dans les derniers jours de sa maladie, et faisait craindre pour la santé de ses voisines. Elle mourut le 7 mars.
Au reste toutes les malades en étaient horriblement incommodées et s’en plaignaient amèrement. C’est précisément au moment où cette femme répandait cette odeur infecte qui empoisonnait toute la salle, que nous vîmes apparaître les érysipèles et les diverses affections suivantes : jusque-là il n’y en avait pas eu un seul dans la salle. Au reste, M. le professeur Gosselin, chef du service, nous avait annoncé à l’avance, dans une clinique, que nous allions voir apparaître les érysipèles autour de cette malade.
Salle Saint-Jean, no 7.
Cette femme portait des végétations delà vulve, qui avaient pris un développement rapide depuis quelque temps. Elle demandait avec instance à en être débarrassée.
26 février. On ébarbe ses végétations avec des ciseaux ; puis elle est pansée. Dans la nuit, elle est prise de frisson suivi de céphalalgie et de fièvre, s’accompagnant de nausées, mais sans vomissements.
Le 27. Les ganglions de Taine sont douloureux des deux côtés; la langue est sale, la fièvre continue.
Le 28. Une rougeur érysipélateuse s’étend dans les deux régions inguinales, qui sont gonflées et douloureuses. La fièvre est assez forte : 110 pulsations; pouls large, irrégulier, ondulant. La malade est pâle, abattue, sans force; le visage un peu bouffi , la langue sale.
1er mars. Une éruption d’herpès labialis se montre à la bouche.
Le 3. L’herpès continue; aujourd’hui l’érysipèle monte jusqu'à la ceinture; il consiste en de petites traînées rouges, un peu diffuses, qui obliquent de la vulve vers les ganglions inguinaux, et remontent le long de l’arcade de Fallope.
Cette lésion s’acompagne de douleurs assez vives, les petites lèvres sont fortement œdématiées ; le pouls est à 100, moins fort qu’hier; la peau est moite, l’œil meilleur, la malade est mieux.
Pendant neuf jours, l’affection se prolongea avec des alternatives de mieux et de malaise plus fort: elle n’eut jamais de vomissement; seulement de l’inappétence et des nausées. En somme, son érysipèle fut bénin. Elle n’eut jamais de délire.
Le 8. L’amélioration se prononça le dixième jour, mais , jusqu’au 25 mars, elle resta pâle et Irès-afPaiblie , d’autant qu’elle était chlorotique avant son érysipèle.
Nous n’hésitons pas à attribuer la production de cet érysipèle, qui est d’ailleurs fort rare à la suite des ablations de végétations vaginales (première fois M. Gosselin), à l’infection produite par le n0 12. Ici , ce n’est donc pas une contagion directe; c’est de l’infection seulement.
Le 12. Anna B ,73 ans. Entrée le 12 mars avec une contusion violente de
la hanche droite. En l’examinant avec soin, on finit par y reconnaître une fracture du col du fémur présentant à peine 1 centimètre 1/2 de raccourcissement.
Au bout de quelques jours, elle présenta quelques bulles de pemphigus et des plaques érysipélateuses se montrèrent autour d’une de ces bulles, à la partie supérieure de la cuisse droite. Cette femme était fort malheureuse, très-faible, très-débilitée. Cet érysipèle, pâle, plat, consistant en quelques plaques et quelques traînées rouges, sans tuméfaction du membre et sans phénomènes généraux autres que l’adynamie, se présentait sous cette forme pour ainsi dire larvée que revêt l’érysipèle chez les sujets qu’il atteint à la fiu d’une longue maladie ou dans un étal très-misérable. Dans ces cas, on rencontre à peine un peu de fièvre; pas de réaction, pas de tuméfaction des parties prises; si l’on ne découvrait pas le malade, il serait impossible de se douter que l’on a affaire à un érysipèle. Les
seuls phénomènes généraux sont uue adynamie profonde s’étendant à toutes les fonctions; inappétence complète, nul besoin d’aller à la selle, à peine quelquefois émission involontaire des urines; toutes les forces sont supprimées; la malade reste étendue sur le dos, dans un état demi-léthargique, avec un pouls petit, lent, ou offrant à peine quelques pulsations de plus qu’à l’état normal. La peau est sèche, froide; une coloration d’un rose pale vient à peine marquer le trajet des lymphatiques malades. Les fonctions se suppriment de plus en plus, et peu à peu le sujet s’éteint, avec perte de connaissance, mais sans délire, sans convulsions, sans agonie.
Le 21. Tel était le tableau offert par cette pauvre femme : dans les derniers jours, elle présenta une vaste eschare au sacrum et succomba, le 24 mars, après une dizaine de jours de maladie.
On voit qu’elle était placée dans le lit voisin du 12, où était morte, six jours avant son entrée, la malade qui nous paraît avoir infecté toute la salle.
La malade qui avait occupé précédemment ce lit, et qui présentait aussi des phlyctènes, avait eu également de la fièvre et de la rougeur érysipélateuse; mais elle guérit en quelques jours. Elle quitta l’ hôpital et fut remplacée par la malade dont il est question.
Il faut noter qu’on avait pris soin de changer les rideaux du lit n° 12; mais nous ne savons pas si on avait changé ceux du lit n° 13.
3 mars. Rosalie D , GO ans, entre au n° 3 des femmes avec un abcès du gros
or teil communiquant avec la dernière articulation de ce doigt. Cette lésion est accompagnée d’un érysipèle du pied déjà en voie de résolution.
3 mars. Opérée le 3 mars d’un polype de l’urèthre de petit volume : gros comme une cerise environ.
Prise de frissons trois ou quatre jours après, elle eut une adénite inguinale très-douloureuse, puis présenta quelques symptômes de péritonite latente : le ventre était un peu tendu, un peu douloureux, la marche impossible, l’appétit nul, de la faiblesse. Cet état dura jusqu’au 23 mars, où elle voulut absolument s’en aller, à peine améliorée.
Avulsion d’une dent. Deux grands frissons. (N° lô.)
S. I 33 ans, entrée pour une gourme ulcérée du frontal, elle en présentait
également une autre sur le sternum. De plus, elle avait une carie du maxillaire et un abcès dentaire autour d’une dent gâtée depuis longtemps.
On arrache la dent le 4 mars.
6 mars. Deux jours après, elle est prise de frisson et de claquement de dents; dans la journée elle rend de gros caillots de sang par la bouche.
Elle eut encore un autre grand frisson avec claquement de dents, et présenta une adénite suppurée des ganglions sous- maxillaires.
Elle n’eut pas d’érvsipèle.
Le 15. Elle sort guérie de son adénite.
Amygdalite intense. (N° 11.)
22 mars. Elle est aujourd’hui prise de mal de gorge : quelques ganglions parotidiens sont douloureux et gonllés ; un peu de rougeur dans le fond de la gorge.
Le 23. Les amygdales sont rouges, gonflées, douloureuses.
Le 25. Cette rougeur continue; les amygdales sont très-tendues, tuméfiées ; la malade se plaint de surdité. Elle est abattue et présente de la fièvre. Pas traces d’érysipèle à la surface ni au cuir chevelu.
(N° 12 bis. )
Une jeune fille, atteinte d’un chancre de l’anus, est placée dans le lit du 1 2, rideaux, matelas et linge changés. Elle est prise le 24 (?) d’une fièvre intense qui commence le soir et dure encore le lendemain.
26 mars. La fièvre a diminué; elle va mieux.
Nous n’avons pu prouver la cause de cette fièvre : ni refroidissement, etc. Est-ce sous l’influence du lit?
Isabelle L 67 ans.
6 mars. Entrée pour un polype de l’urèthre, de petit volume, opérée le même joui*, a présenté, au bout de deux jours, destfrissons successifs qui nous ont paru pouvoir peut-être se rattacher à de l’érysipèle. Le cinquième jour, outre ces fris-
sons, elle offrit quelques symptômes de péritonite subaiguë: douleurs dans le ventre, impossibilité de marcher ou de se lever. Ces symptômes ne s’aggravèrent pas.
Le 23, elle sortit non guérie.
Service des femmes. Salle Sainl-Jean.
Depuis le 20 février jusqu’au 15 mars, il n’y eut presque pas de nouveaux cas d’érysipèles dans la salle des hommes. Mais nous avons vu que ce fut précisément le momeut où il s’en présenta plusieurs chez les femmes, en même temps que plusieurs cas de frissons intermittents présentant quelques apparences des frissons de l’infection purulente.
Or, le 15 mars, M. Uagot, externe de la salle des femmes, chargé du pansement du n° 7, atteinte d’érysipèle en ce moment, nous montre deux ganglions indurés et douloureux qu’il porte au devant de l’oreille droite, dans la région parotidienne; le soir, il se sent plus malade et se couche; délire, etc. U eut un érysipèle de la face.
Il avait la figure couverte d’acné, auparavant, et ce fut là sans doute la voie d’absorption. Son érysipèle fut légitime, sans être bénin. On voit que l’externe qui se trouve le plus en rapport avec deux érysipèles est précisément le seul qui prenne celte maladie : aucun des autres ne fut atteint.
Kola. Dans les trois salles de M. Gosselin, les fenêtres à peu près constamment ouvertes étaient celles de la rangée interne, qui donnent sur la cour de l'hôpital voir le plan). Il n’y eut que 4 cas d’érysipèles dans ces lits, tandis que les lits de la rangée extérieure présentèrent 29 cas de cette maladie : les fenêtres correspondant à ces lits étaient rarement ouvertes.
COiNCLUSIOINS.
Nous avons vu que d’après les faits nouveaux apportés dans la question de la transmission des maladies par les nombreux travaux des dernières années, il ne fallait peut-être pas attacher un sens aussi précis aux termes infection et contagion qu’on l’avait fait précédemment. Quoi qu’il en soit, comme c’est surtout le point de vue pratique qui nous semble avoir une importance capitale dans la question de la transmissibilité de l’érysipèle, c’est au point de vue pratique que nous allons nous placer.
L’érysipèle est-il transmissible? Nous répondrons hardiment avec un certain nombre d’auteurs, avec la plupart de nos maîtres, avec la conscience des chirurgiens, qui l’ont vu se répandre comme une traînée de poudre dans les services de chirurgie, enfin avec nos observations et celles de nos devanciers : oui, /’ érysipèle est transmissible; il ij a danger pour celui qui séjourne auprès d'un malade érysipélateux ; il y a danger plus grand pour le malade atteint de plaie que vous laissez à proximité d’un érysipèle .
Ce danger, c’est notre droit, c’est notre devoir, à nous autres médecins, de le courir quand même ; mais vous n’avez pas le droit de le faire courir aux autres, et vous devez éloigner soigneusement tout malade atteint de plaie, d’un malade atteint d’érysipèle.
Voilà le point de vue pratique, et, sur ce point, la question nous semble véritablement tranchée. Mais, s’il nous fallait nous prononcer sur la question de savoir s'il y a contagion véritable , ou seulement infection, dans cette maladie transmissible, la question nous paraît beaucoup plus spécieuse et plus difficile à juger :
Si vous entendez par contagion le contact simple, une des précédentes observations, celle de M. le Dr Clém. Ollivier (d’Angers) semblerait démontrer la propagation de l’érysipèle par contact direct; le seul reproche que l’on puisse lui adresser est peut-être celui de
prouver trop, comme on nous l’a déjà dit. D’ailleurs, ce fait est le seul que nous ayons pu trouver de ce genre, et nous pensons devoir rester dans la réserve sur ce point: non pas que la transmission par contact nous paraisse une chose absurde ou impossible; elle nous semble au contraire une chose fort rationnelle : mais nous ne pouvons juger sur un fait unique. En tout cas, si elle existe, c’est un véritable intermédiaire entre l’inoculation et la contagion à distance.
Quant à ce dernier mode de transmission, nous le croyons véritable, aussi bien que la naissance et la propagation de l’érvsipèle par infection seule, c’est-à-dire par absorption de matériaux septiques quelconques déposés dans une plaie.
En général, la contagion et l’infection, bien loin de se contredire, sont tellement mélangées ensemble, qu’il est impossible de les séparer. Nous croyons toutefois trouver un exemple de production possible d’érysipèle par infection seule dans le développement de la petite épidémie observée par nous dans le service des femmes, chez M. le professeur Gosselin (1863). La relation entre le développement des érysipèles, qui n’existaient pas auparavant dans la salle, et l’arrivée de la malade affectée d’une affection chronique avec odeur cadavéreuse, fut si évidente, que notre maître et professeur M. Gosselin, en voyant arriver celte malade dans le service indemne jusque-là, nous avait prédit d’avance que nous allions voir apparaître les érysipèles. Il y eut donc là véritablement infection dans le sens que M. Beau attache à ce terme, c’est-à-dire production d’une maladie par absorption de matières organiques quelconques en décomposition , et non pas transmission d’une maladie toute faite d’un individu atteint à un individu sain, ce qui constitue la contagion véritable (non pas contagion par contact, mais contagion à distance). Mais, outre ce cas, et nous sommes convaincu qu’il sera facile d’en trouver du même genre, il en existe d’autres où l’érysipèle nous paraît, une fois formé, s’être transmis par contagion
véritable, de lui-même à lui-même, par contagion à distance.
Si l’on tient au terme d’infection, et que l’on veuille absolument restreindre le mot contagion au sens de contact direct, nous formulerons ainsi notre manière de voir, suivant le conseil de M. Lorain : «Il y a des cas où un seul individu atteint d’érysipèle suffit pour constituer un foyer d’infection, et pour transmettre sa maladie aux personnes qui séjournent plus ou moins dans son voisinage.»
C’est ce que nous voyons dans les faits qui ont été le point de départ d’un certain nombre des séries d’érysipèles, énumérées plus loin. (Voir les faits de M. le Dr Blin, les érysipèles de la Pitié, etc.)
Chaque individu atteint d’érvsipèle, forme donc à lui seul un foyer d’infection, ou de contagion, comme on voudra, qui suffit parfois à répandre et à multiplier la maladie dans la sphère qui environne le malade. Mais lorsque plusieurs individus atteints se trouvent réunis ensemble, il est évident qu’il se fait un foyer total plus actif et plus capable de répandre le mal.
Nous avons déjà insisté sur les circonstances accessoires capables d’activer, de servir ou d’arrêter cette contagion comme une contagion quelconque; nous n’y reviendrons pas.
Examinons maintenant le bilan de la science sur la possibilité de l’inoculation dans l’érysipèle : ce bilan sera court, on ne sait à peu près rien sur ce point. Partout où nous avons cherché, nous n’avons guère trouvé que des expériences négatives; mais, quand on songe que depuis environ quarante années d’expérience, on en est encore à discuter sur l’inoculation du chancre, on comprendra que ces expériences purement négatives ne nous inspirent qu’une confiance assez médiocre.
Nous tenons deux faits seulement, mais de seconde main, d’inoculation probable d’érysipèle.
Nous ne les avons pas vus nous-même, et nous n’en garantissons pas l’authenticité. Nous n’avons pas voulu cependant les passer absolument sous silence. Le premier est celui d’une inoculation opérée
par mégarde sur le bras d’un homme âgé ; l’érysipèle aurait pris ( 1 ). Le second est celui d’un ventouseur qui aurait appliqué en premier lieu le scarificateur sur la peau d’un érysipélateux, et qui, le reportant ensuite sur des malades sains, sans y attacher d’importance, aurait communiqué l’érysipèle à ceux-ci. Le fait s’est-il réellement passé de la sorte? je n’en sais rien. D’ailleurs, devant un fait unique d’inoculation de ce genre, les explications tirées du traumatisme ne manqueraient pas de se produire et avec quelque raison d’être. Nous croyons donc, pour notre compte, que l’inoculation de l’érysipèle est encore à étudier tout entière.
Nous demanderons seulement de mettre sous les yeux du lecteur, à titre de renseignement simple, ce passage que nous avons trouvé dans Willan : « Lorsque le liquide contenu dans les vésicules (de l’érysipèle) est inoculé au bras, il existe une inflammation diffuse, du gonflement et un certain degré de fièvre. »
Nous devons ajouter que nous tenons d’un de nos maîtres, qu’il a vu des inoculations d’érysipèle amener ces mêmes phénomènes : il se produirait alors un érysipèle local, sans grands symptômes généraux ; mais la rougeur diffuse qui se fait autour de cette piqûre insignifiante est toujours bien plus étendue et s’accompagne de gonflement bien plus considérable que si l’on fait une piqûre avec une lancette simple, ou avec une lancette chargée d’un pus de bonne nature.
Nous avons encore entendu citer le fait d’un érysipèle que notre ami M. Chalvet a communiqué par inoculation à un chien. — Quoi qu’il en soit, nous persistons à nous tenir sur la réserve, et nous pensons encore que tous ces points sont à étudier de nouveau.
(1) Voir encore les expériences des auteurs anglais sur ce sujet.