DES ORGANES
Rosenstein
SlBLEY i
Lebert
Marc d’Espine
Hôpitaux de
Paris
Totaux
Lèvres, bouche...
Langue .
Palais ..... ...
: Œsophage .
Estomac, intestin.
Rectum, anus. . . .
Poumons .
Foie . .
Reins .
Corps thyroïde. . .
Lymphatiques. . .
Péritoine .
Divers .
Os .
Yeux .
Face .
Moelle, cerveau . .
Seins .
Organes génitaux
externes (femme)
Utérus .
Ovaires .
Vessie .
Pénis .
Scrotum .
Testicules .
Peau. . .
Totaux .
pour les os ou le poumon, la manifestation primitive peut être quelconque, mais clans tous les cas, les chiffres des cancers des organes exposés au traumatisme doivent être majorés d’une certaine quantité.
Andrews (1), qui défend la théorie parasitaire du cancer, est arrivé au même résultat en étudiant la localisation primitive de 7,881 carcinomes ; il montre que le plus souvent le cancer est localisé dans les organes exposés à l’influence des causes extérieures ;
voici les chiffres qu’il donne :
Utérus . 2,308
Estomac . 1,945
Intestin . 1,271
Seins . 1,232
Lèvres . 481
Face . 387
Cavité buccale .... 244
Langue . 196
Cette influence du traumatisme sur le développement du cancer dans le tube digestif nous semble s être manifestée dans l’observation rapportée par
Bouveret dans la thèse de Pignal (2). La voici résumée :
A. . . (Jean), âgé de 48 ans, cultivateur.
* pèl*e vivant et bien portant, âgé de 76 ans. Mère morte agee cle 76 ans. Treize frères ou sœurs, dix morts en bas âge. Trois bien portants. Six enfants bien portants.
(1) Journal of Amer. Med. Association , 23 nov. 1889, p. 738' canl, ‘tïï; Son, ^ ^ “
Pas de syphilis, pas d’alcoolisme, pas d’impalndisme, pas de scrofule dans l’enfance.
Bonne alimentation : pas de viande, du lard, beaucoup de pain et de soupe, pas de vin.
Maladie remontant à dix-huit mois, phénomènes de dilatation de l’estomac.
A l’autopsie, l’estomac est peu dilaté, la grande courbure n’atteint pas l’ombilic; à l’ouverture de l’estomac, on trouve une boucle de rideau arrêtée dans la région pylorique, retenue entre deux plis de la muqueuse. A côté, on voit une ulcération de la largeur d’une pièce d’un franc, à fond gris noirâtre, non induré, n’ayant pas complètement l’aspect de l’ulcère rond ordinaire. Les parois pyloriques ont subi un épaississement considérable et sont infiltrées d’un tissu blanc compact, très probablement carcinomateux; le reste de la muqueuse paraît sain. Au voisinage du pylore, on trouve un ganglion dûr qui, à la coupe, paraît infiltré de matière carcinomateuse. L’examen histologique montre que la muqueuse complètement détruite est envahie par un cancer colloïde.
Dans ce cas, le corps étranger retenu au niveau du pylore pourrait bien avoir causé le développement d’un cancer chez un homme dont les antécédents héréditaires ne signalent pas le cancer.
Les agents chimiques, et parmi eux la suie, le coaltar, la paraffine, provoquent souvent, par le contact prolongé avec les téguments, des eczémas, des érythèmes qui peuvent se compliquer d’épithéliomas.
De même pour les agents physiques, la chaleur peut avoir la même action. Paget rapporte qu’on observe à Cashmir des cancers de l’abdomen et de la cuisse chez des individus qui portent des brasiers chauds en contact avec ces régions.
Les trajets fistuleux peuvent, après un temps assez
long, subir la dégénérescence cancroïdale ; Durand (1) dans sa thèse, rapporte un cas d’épithélioma développé dans une vieille fistule d’ostéomyélite. La même transformation s’est produite au niveau de trajets fistuleux urinaire (2) et anal (3).
On a signalé de plus un grand nombre d’observations dans lesquelles l’épithélioma s’est développé au niveau d’une affection cutanée primitive; la syphilis et ses accidents cutanés peuvent se compliquer d’épi' thélioma(4); le même fait peut se produire au niveau des ulcères variqueux, au niveau des ulcérations lupiques (5).
Cartaz (6) a signalé le développement d’un cancroïde au niveau d’une plaque de psoriasis du doigt.
La transformation d’une lésion cutanée simple en épithélioma se trouve vérifiée par ce qu’on observe au niveau de la langue et des lèvres; l’influence des irritations sur la muqueuse linguale se traduit par la formation de plaques blanchâtres, constituant la leucoplasie buccale. Nedopil (7), Mouris (8), Hulke (9) ont cité de nombreux exemples de ces faits.
(1) Durand. De V épithélioma pavimenteux primitif des cicatrices, th, de Paris, 1888.
(2) (xuyard. Annales des organes g énit. -urinoir es, 1883.
(3) Cameron. Journal de Glascow, 1886.
(4) Ozenne. Du cancer chez les syphilitiques, Paris, 1884. — Augagneur. « Syphilis et cancer. » Prov. méd., 2 avril 1892.
(5) Raymond. « De l’épithélioma développé sur le lupus. » Annales de derrnat. et syphil., 25 mars 1887.
(6) Cartaz. Bulletin de la Soc. anat., 1876, p. 569.
(7) Nedopil. Revue de Hayem, t. X, p. 224.
(8) Mouris. Brit. Med. Journal , 1888.
(9) Hulke. Med. Times and Gaz., 8 février 1873.
Le traumatisme peut avoir une influence indirecte sur le développement du cancroïde; en effet, au niveau de la cicatrice d’une plaie peut se développer plus ou moins longtemps après la guérison, un épithélioma. Ces faits ont été signalés par Hawkins (1) et les dégénérescences des cicatrices ont fait l’objet des thèses de Clément (2), Jauzion (3) et Durand (4). Ce sont les plaies dont les cicatrices sont longues à se faire, ce sont les cicatrices dues à des brûlures qui sont le siège le plus fréquent de cette dégénération; les théories émises pour expliquer ces faits sont très nombreuses. La théorie de Cohnheim n’est pas applicable à des faits où la destruction des tissus a été complète. Mais ce sont des cellules embryonnaires situées entre les trousseaux fibreux qui sont le siège de la dégénérescence; pour les uns, comme Virchow, cette altération cellulaire serait due à l’irritation des cellules au niveau d’ulcérations persistant pendant longtemps; pour les autres, comme Crouzet (5), la cause de l’altération serait due au bourgeonnement des cellules dans les glandes dont les canaux excréteurs sont obturés par la formation d’un tissu modulaire.
Cette étude du cancroïde des cicatrices est très
(t) Hawkins. London Med. Times, 1834, p. 481.
(2) Clément. Quelques considérations sur les cancroïdes des cicatrices, Strasbourg, 1868.
(3) Jauzion. Contribution à l’étude de V épithélioma des cicatrices, Paris, 1876.
(4) Durand. Loc. cit. Paris, 1888.
(5) Crouzet. Contribution à l’étude des cicatrices , th. de Paris,
importante dans la question qui nous occupe et mériterait d’être étudiée d’une façon plus complète, nous voyons en effet que dans les observations publiées, l’hérédité n’est signalée que deux fois sur quatrevingt-dix cas, de plus, le cancroïde dans ces cas-là apparaît à son début tout au moins comme une affection locale.
On voit par là l’importance considérable du traumatisme sous toutes ses formes dans le développement du cancer. Il agit soit directement en provoquant une plaie, soit en amenant la formation d’une lésion ulcéreuse, qui se compliquera plus tardivement de dégénérescence cancéreuse; mais dans tous les cas, nous voyons que la lésion cutanée peut être considérée comme ayant amené une prolifération des cellules épithéliales, qui dégénèrent sous l'influence d’une cause inconnue.