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LES CANCÉREUX

Au point de vue expérimental, les faits de transmission sont relativement rares et des expériences de ce genre doivent être repoussées à cause des considé-

(1) Duplay et Gazin. Loc. cit. Semaine médicale , 1892. F.

rations morales qui empêchent les chirurgiens de tenter sur autrui des expériences qu’ils ne réaliseraient pas sur eux-mêmes. Cependant un chirurgien, convaincu que le cancer n’était pas contagieux et soutenu par cette idée, tenta sur lui-même et sur des étudiants, qui se prêtèrent volontairement à cette expérience, des inoculations cancéreuses.

Alibert, le 17 octobre 1808, à Saint-Louis, s’inocula au bras droit de l’ichor cancéreux provenant d’un carcinome du sein droit chez une femme de 60 ans qui était expirante; il pratiqua la même inoculation chez un étudiant nommé Fayet et sur deux autres personnes présentes, Le Noble et Durand. Une demiheure après, il ressentit de légères douleurs lancinantes se renouvelant plusieurs fois, au niveau de la piqûre, qui s’entoura d’une auréole rouge, s’accompagnant d’un léger gonflement. Le deuxième jour, cessation de la douleur, augmentation de l’auréole et du gonflement; il se forma du pus. Le troisième jour, les symptômes diminuèrent, le gonflement fut à peine sensible. Le quatrième jour, le pus se dessécha; la croûte tomba le cinquième, laissant une large tache rouge.

Le 24 octobre 1808, c’est-à-dire huit jours après, Alibert recommencal’inoculation sur lui-même et sur les deux bras du Dr Biett. Le résultat pour Alibert fut identique à celui de sa première expérience; mais Biett éprouva, le troisième jour, de légères douleurs le long des lymphatiques, à la partie interne des deux bras. La piqûre de droite s’enflamma légèrement; le soir, il fut pris de frissons, et le mouve-

ment fébrile se prolongea deux jours encore. Les ganglions de Faisselle et du cou furent engorgés; mais bientôt tout cessa, les douleurs s’éteignirent et les blessures furent cicatrisées.

Les accidents inflammatoires locaux à la suite de ces inoculations rendent ce résultat négatif sans grande importance, et cependant Alibert mourut, dit-on, d’un cancer dont on ignore la localisation (1).

Quelques chirurgiens ont tenté des greffes chez les cancéreux; Senn (2) fît l’expérience chez un homme atteint d’un vaste carcinome d’origine cutanée et qui refusa l’amputation. La surface bourgeonnante fut grattée et cautérisée ; l’auteur excisa dans les parties les plus profondes du mal un fragment gros comme un noyau de pêche, qu’il introduisit par une incision dans le tissu cellulaire de la face postérieure de la jambe, puis la plaie fut suturée, elle se réunit par première intention ; pendant une semaine, il y eut de l’infiltration autour de la greffe, puis survint une résorption graduelle et totale en quatre semaines.

E. Hahn (3), dans des circonstances analogues, obtint au contraire un résultat positif : ayant chloroformé une femme atteinte d’un cancer inopérable du sein gauche, il transporta trois fragments de peau cancéreuse dans des incisions faites au sein droit. La malade étant morte de généralisation trois mois après, l'examen histologique montra que les nodules

(1) Michaux. « La contagion du cancer. » Semaine médicale, 1889, p. 258.

(2) Senn. Loc. cit., p. 296.

(3) Hann. Berliner Klin. Wocliens , 21 mai 1888, p. 413.

développés aux points inoculés avaient la même structure que le cancer primitif.

Des expériences analogues ont été faites par un chirurgien anonyme dont Cornil (1) a publié les résultats à l’Académie de médecine; cette communication a soulevé les protestations de Le Fort, Larrey et Moutard-Martin, et en dehors de l’Académie, toute la presse médicale s’est faite l’écho de ces protestations; ce sont deux observations à peu près identiques.

Dans la première, il s’agit d’une femme atteinte d’une volumineuse tumeur du sein. L’opérateur, après avoir enlevé cette tumeur, en a sectionné un très petit fragment et l’a inséré dans la glande mammaire du côté opposé, qui était parfaitement normale; l’opération avait été faite pendant le sommeil chloroformique et avec des précautions antiseptiques les plus minutieuses. On n’observa rien pendant les premiers jours au niveau de cette greffe, la peau s’était cicatrisée par première intention, et il n’y avait pas eu trace d’inflammation. Mais bientôt on sentit un nodule qui grossit, atteignit au bout de deux mois le volume d’une amande et fut enlevé par le même chirurgien.

Cornil dit avoir reçu des fragments et des préparations histologiques de la tumeur primitive et de la tumeur développée après la greffe. Les tissus de la première et de la seconde présentaient identiquement la même structure : il s’agissait d’un sarcome fasciculé formé de longues cellules fibro-plastiques dis-

(1) Cornil. Acad, de méd., 23 juin 1891.

posées en faisceaux entrecroisés ; la greffe'offrait une très grande quantité de cellules en voie de karyokinèse, comme cela a lieu dans les tumeurs en évolution ; les noyaux ovoïdes de ces cellules du sarcome montraient souvent les figures de division indirecte.

Il y avait donc eu là une greffe très évidente d’une espèce de tumeur parfaitement définie ; le tissu greffé avait continué à vivre et à se développer ainsi que le prouvaient la structure, la vascularisation, les figures de karyokinèse observées. Ce tissu n’avait pas végété seulement comme un parasite qui s’isole des parties . voisines et possède une vie individuelle ; les vaisseaux étaient anastomosés avec ceux du voisinage, ses cellules avaient pénétré de proche en proche dans les tissus normaux périphériques et déterminé l’extention du sarcome.

La malade succomba peu de temps après à une maladie aiguë intercurrente. Son autopsie fut faite avec soin ; elle ne présentait de trace de sarcome nulle part, ni dans les ganglions lymphatiques, ni dans les organes internes, ni dans le tissu spongieux des os.

La seconde observation se rapporte aussi à une tumeur du sein. Après l’ablation du sein malade et pendant le sommeil chloroformique, le chirurgien inséra dans le tissu glandulaire du sein, du côté opposé, un petit fragment de la tumeur enlevée ; la greffe suivit la même évolution ; cicatrisation par première intention, rien d’apparent, pas d’inflammation pendant les premiers jours, puis au bout de quelques semaines, on sentit un nodule qui évolua comme un néoplasme.

L’examen histologique de la tumeur primitive montra qu’il s’agissait d’un j épithélioma tubulé du sein; la malade ne voulut pas se soumettre à l’opération en vue d’enlever la greffe devenue une petite tumeur. Elle sortit de l’hôpital et n’a pu être revue depuis.

Cornil ajoute que ces deux faits démontrent qu’un fragment de tumeur sarcomateuse ou cancéreuse humaine mis en contact avec les tissus normaux de l’individu porteur de cette tumeur, s’y fixe, se développe et envahit le tissu sain en le transformant en néoplasme : c’est une greffe de tissu néoplasique.

Au point de vue clinique, les faits de transmission du cancer de l’homme à l’homme sain sont peu nombreux, peu démonstratifs; les faits de ce genre sont difficiles à observer à l’hôpital, ce sont surtout dans leur clientèle que les médecins peuvent les constater, et la notion de la contagion possible du cancer n’est pas assez répandue parmi nos confrères pour susciter la publication de faits intéressants tirés de la clientèle.

Nous étudierons ces faits cliniques dans la dernière partie de notre travail, où nous avons réuni tous les faits que nous avons pu recueillir : ce sont ces observations qui se rapportent en effet directement à la contagion du cancer.

Cliniquement, le cancer est inoculable au porteur de la tumeur primitive; ce fait, démontré par les expériences de Hahn et de l’anonyme cité par Cornil, pouvait être prévu par l’étude attentive d’un certain nombre de faits cliniques ; les faits de tumeurs mul-

tiples s’expliquent par une greffe des éléments cancéreux, le transport de ces éléments ayant été* opéré accidentellement par le chirurgien ou bien par le malade; dans d’autres cas, le contage s’est produit par contact de deux surfaces opposées, ou bien par l’entraînement des éléments cancéreux du point où était fixé le cancer initial sur un autre point du tube digestif situé au-dessous.

Il ne s’agit pas dans ces cas de ces tumeurs malignes multiples, telles que celles dont Beck (1), Mendelsohn (2), Bard (3), ont cité des exemples et dans lesquels le type cellulaire est dans les deux tumeurs complètement différent. Dans les faits auxquels nous faisons allusion, le type cellulaire est le même dans les deux cas, et la multiplicité des tumeurs ne peut pas s’expliquer par la généralisation, car la circulation veineuse ou lymphatique des deux points attaqués n’a aucun rapport, et l’on doit considérer les noyaux secondaires comme des greffes dues à la pullulation de cellules entraînées par des phénomènes mécaniques.

A la face, par exemple, on a cité un certain nombre d’observations dans lesquelles on trouve notée la présence de plusieurs tumeurs de même nature. Dans la thèse de Ricard, nous trouvons signalés plusieurs faits de ce genre.

Il s’agit dans l’un d’eux (4) d’un adénome sudo-

(1) Beck. Beitræge zur Geschwulstlehre. Zeits. f. Heilkunde, 1884, vol. V, fasc. VI.

(2) Michelsohn. Zur mültiplicitæt der primæren Garcinomen. Th. de

Berlin, 1889.

(3) Bard. « De la coexistence de deux cancers primitifs chez le même sujet. » Archives de médecine, mai 1892.

(4) Thèse de Ricard, p. 72.

ripare et la malade porte quatre tumeurs de forme , différente : la première en date s’est développée sur la paupière inférieure, puis la lèvre supérieure a été prise, puis le front, puis la lèvre inférieure ; la première tumeur a débuté il y a quinze ans.

Dans un autre cas (1), il cite un homme de 60 ans, atteint d’un épithélioma ulcéré du coté gauche de la face, ayant envahi la paupière inférieure du meme côté et présentant de vastes ulcérations de la dimension de deux pièces de cinq francs réunies. Sur le côté droit du cou et latéralement dans un point où existait depuis de longues années de la crasse épidermique, le malade a vu se développer une deuxième ulcération de nature cancroïdale, qui est apparue après l’ulcération de la face.

Pour Ricard, ces faits sont la preuve de l’existence de manifestations multiples de la diathèse épithéliale; nous croyons devoir en donner une autre interprétation, qui se trouve vérifiée du reste par ces faits dans lesquels le cancer s’est propagé par le contact à des régions qui lui étaient opposées : tel est le cas rapporté par Bergmann (2) à la Société de médecine de Berlin, il s’agit d’un malade atteint d’un cancroïde de la lèvre supérieure depuis trois mois, et qui présentait depuis cinq semaines sur la lèvre inférieure un second cancroïde, en un point directement opposé et en contact, pendant l’occlusion de la bouche, avec la première ulcération.

(!) Thèse de Ricard, p. 74.

(2) Bergmann. Propriétés infectieuses du carcinome , 2 novembre

Guelliot (1) publie dans son travail un assez grand nombre d’observations de même ordre ; les voici résumées :

I. — F. L 60 ans. Cancroïde du cuir chevelu en 1880, épithélioma du nez en 1881.

IL — P..., 47 ans. Cancroïde de l’angle interne de l’œil droit en 1872, lésion de même nature de la paupière inférieure à gauche en 1880.

III. — F..., 65 ans. Large ulcération temporo-frontale ayant débuté en 1876, épithélioma de la lèvre inférieure.

IV. — C..., 53 ans. Épithélioma de la joue gauche et de la lèvre inférieure à gauche. Depuis jdouze ans, petit cancroïde de la paupière inférieure.

Dans le même ordre de faits, nous pouvons citer l’observation de Kaufmann (2) dans laquelle une cancroïde de la main fut inoculé à la conjonctive, le premier ayant précédé le second de trois ans.

Dans le cancer de la langue, un nodule cancéreux peut se développer dans la joue en un point directement opposé à la lésion primitive, Liicke (3) en a cité un exemple sans que le traumatisme ou la présence d’une plaie soient venus favoriser l’inoculation.

Hyvert, dans sa thèse, rapporte une observation dans laquelle le noyau s’est développé dans la joue à la suite d’une incision portant sur cette région, pour faciliter l’amputation de la langue dans un cas de cancer de cet organe.

(1) Guelliot. Union méd. du N.-E., 1891. « Le cancer est-il contagieux? »

(2) Kaufmann. « Ueber Multiplicipitàt des primæren carcinoms. » Arch. f. pathol . anat. und. Phys., LXXII, p. 181.

(3) Cité par Nedopil.

Observation.

Epithéliomu récidivé de la base de la langue, — Inoculation

à la, joue droite. (Résumée.)

Le 29 septembre 1871, entre àl’Hôtel-Dieu de Lyon, salle Saint-Philippe, n° 37, le nommé P. D..., âgé de 58 ans.

Vers la fin de janvier 1871, il ressent des douleurs vives sur le bord droit de la langue.

Vers la fin d’avril, excision de la langue ; pour faciliter l’excision, on fend la joue droite sur une longueur 'de 4 à 5 centimètres. Quinze jours après, il sort de l’hôpital ; à l’endroit de la cicatrice, sur la joue, on note la présence d’un petit point dur.

En juillet, nouvelle opération du côté de la langue, le petit nodule persiste.

En septembre 1871, à son entrée, le petit nodule de la joue s’est développé, il s’est ulcéré. L’extraction paraissait facile, la tumeur étant développée sur la muqueuse buccale et n’offrant avec la peau aucune adhérence.

On opère une troisième récidive linguale et en même temps on enlève le noyau jugal.

Le malade sort un mois après et est perdu de vue.

Le cancer de la langue peut se greffer dans le tube digestif ; Klebs cite un cas de cancer de la langue inoculé à l’estomac. Ricard (1) rapporte une observation dans laquelle un épithélioma de la langue s’est greffé à la partie inférieure de l’œsophage.

(1) Ricard. Thèse de Paris, p. 68.

Observation.

Epithélioma de la langue. — Rétrécissement épithélial de l’œsophage.

Malacour (Joseph), employé, âgé de 58 ans.

Lorsqu'on lui fait ouvrir la bouche, on remarque que la langue est affaissée derrière les arcades dentaires, et c'est avec peine qu’il arrive à la placer entre ses dents. Le côté droit de la langue est atrophié, et si l’on en soulève la pointe, on découvre une ulcération grisâtre, profonde, irrégulière, légèrement indurée à sa périphérie et à sa base, saignant au moindre contact. Cette ulcération a envahi la moitié droite de la face inférieure de la langue, la partie correspondante du plancher de la bouche et se prolonge en arrière jusqu’à la base de la langue.

Sur la luette, ou voit une saillie végétante, irrégulière, papilliforme, du volume d’un gros pois, et au niveau du bord alvéolaire inférieur du côté droit, en arrière de la grosse molaire, une ulcération analogue à celle de la langue, mais encore peu étendue. Les ganglions sous-maxillaires sont peu volumineux et peu douloureux à la pression

On cathétérise l’œsophage, et l’on se sent arrêté toujours au même point que l’on rapporte au cardia.

Autopsie. — L’estomac ne présente ni dilatation ni rétraction notables. La muqueuse est plutôt pâle qu’injectée. Au niveau du cardia, extérieurement, on constate une masse molle, élastique, du volume d’un œuf, se déchirant facilement, assez adhérente aux parties voisines, aorte et surtout plèvre médiastine. Le cardia étant ouvert, on trouve un rétrécissement notable formé par une masse fougueuse, irrégulièrement bourgeonnante, grisâtre, pointillée blanc et rouge par place ; ces végétations se détachent facilement. Cette masse se termine en bas au niveau du cardia, d’une manière assez régulière, festonnée en quelque sorte et remonte à trois travers de doigt le long de l’œsophage. Le rétrécissement admet facilement une sonde cannelée. Au-

dessus du rétrécissement, l’œsophage est à peine dilaté. Les parois sont épaisses, hyperthrophiées, la muqueuse est rouge, injectée, mais sans ulcérations; on trouve vers sa partie moyenne une large ecchymose ; rien au pharynx.

Langue : Sur la partie latérale droite, vaste ulcération qui partant de 1 centimètre de la pointe, se prolonge sur sa base jusque vers l’épiglotte, dont elle reste éloignée d’un travers de doigt environ. Elle est fongueuse, irrégulière, anfractueuse, recouverte d’une sanie gris noirâtre, ayant une odeur infecte, elle ne dépasse pas la ligne médiane.

Examen histologique fait par M. Hutinel. — Cardia : sur une coupe transversale comprenant la limite de la lésion et une partie de la région ulcérée, on trouve les altérations caractéristiques de l’épithélioma lobulé. Au voisinage de l’ulcération, le revêtement épithélial a pris une épaisseur considérable, les cellules sont larges et nettement dentelées, régulières ; plus loin, il existe une accumulation de cellules embryonnaires dispersées en îlots d’autant plus confluents qu’on se rapproche davantage de la partie ulcérée. Au niveau de l’ulcération, l’épithélium du revêtement a disparu, mais on trouve au milieu du tissu conjonctif des éléments épithéliaux très nets, dont quelques-uns semblent en voie de formation. De plus on trouve, de distance en distance, des globes épithéliaux assez nombreux et tout à fait caractéristiques. Le néoplasme s’étend en profondeur jusque dans la couche musculaire.

Langue : Epithélioma de même forme que dans l’œsophage; la lésion s’étend jusque dans les éléments musculaires profonds de la langue.

Pour nous, le cancer du cardia n’est qu’un noyau secondaire dû à la pullulation des cellules parties du néoplasme lingual; la constitution histologique de cette tumeur correspondant à un épithélioma lobulé identique à celui de la langue, nous en est une preuve; la localisation au cardia s’explique par ce fait vérifié bien souvent, à savoir que c’est au niveau des points rétrécis normalement que se localise le cancer.

Beck(l), dans un cas de cancer ulcéré de l’œsophage, a signalé la présence de deux noyaux, l’un greffé dans l’œsophage, l’autre dans l’estomac.

Kraske (2) a cité le même fait dans deux cas de cancer de l’extrémité supérieure du rectum ; dans un cas, il trouve au niveau du sphincter deux nodules de même nature que la tumeur primitive; dans l’autre, un nodule siégeant à 10 centimètres au-dessous de la tumeur primitive.

Un certain nombre d’auteurs ont signalé des inoculations secondaires au vagin dans des cas de cancer de l’utérus. Ahlfeld(3), Hegar, Spiegelberg, ont cité des faits de ce genre ; Guelliot (4) rapporte un cas d’épithélioma du vagin inoculé à la vulve.

R..., 47 ans. Epithélioma du vagin, deux plaques correspondantes et indépendantes à droite et à gauche, une autre plaque à la vulve.

Il existe d’autres modes accidentels ou chirurgicaux de greffer le cancer, il est impossible de les énumérer tous et de citer des observations à l’appui, mais toute intervention chez un cancéreux peut être une cause de dissémination du cancer (Gerster) (5).

(1) Beck. « Beitrage zur Geschwulstlehre. Zeitsch. f. Heilkunde 1884, vol.-V, cahier VI.

(2) Kraske. « Tumeurs secondaires produites par inoculation. » Gentralbl. f. Chirurgie , 1884, n° 48.

(3) Ahlfeld. « Zur Gasuistik der congenitalen Neoplasmen. Arch. f. Gyn ., 1880.

(4) Guelliot. Loc. cit.

(5) « On thesurgical dissémination of cancer. » Annals of surqetv, août., 1885, p. 98.

Dans une ponction d’ascite, Waldeyer (1) rapporte un fait dans lequel la piqûre abdominale est devenue le siège de la -pullulation cancéreuse, Nicaise (2) a cité un fait analogue : il s’agit d’un cas de sarcome fasci- ' culé de l’utérus ayant provoqué un épanchement considérable d’ascite : En avril 1880 on fait une ponction, en juillet 1880, on trouve un petit nodule au niveau de la ponction, le 5 janvier 1881, la malade meurt, et l’examen histologique de ce petit nodule montre que tumeur primitive et secondaire ont la même constitution.

Virchow (3) avait montré la possibilité de la greffe des cellules cancéreuses dans le péritoine ou dans la plèvre : ci Dans le cancer de l’estomac, qui s’étend jusqu’à la séreuse, on voit une éruption cancéreuse non uniforme, et surtout abondante dans les points qui peuvent être contaminés par des substances qui glissent sur la paroi abdominale, par exemple dans les environs des ligaments latéraux de la vessie, dans l’excavation recto-vésicale, recto-utérine ou utérovésicale. Dans ces points se forment de petits Ilots de la tumeur, une seconde génération de nodosités absolument comme si l’on eut répandu une semence qui aurait germé çà et là où elle est tombée. »

Ce fait de la greffe péritonéale se voit très fréquemment dans les ovariotomies pour des tumeurs proligères de l’ovaire, où par la rupture des kystes, les

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(1) Cité par Desfosses. Sur la théorie épithéliale du cancer. Thèse de Paris, 1881.

(2) Nicaise. « De la greffe cancéreuse. » Revue de chirurgie , 1883, p. 841.

(3) Virchow. Traité des tumeurs , p. 51.

cellules mises en liberté se répandent dans la cavité abdominale et donnent à la séreuse qui recouvre l’intestin et le mamelon cet aspect dépoli caractéristique.

De même, dans certaines interventions chirurgicales destinées à pratiquer l’ablation des tumeurs malignes, comme dans l’amputation du sein, il se produit des récidives locales du côté de la peau par exemple ; un certain nombre de ces récidives doivent être mises sur le compte delà greffe. Heidenhain (1), étudiant les récidives montre que le plus souvent on laisse des tissus cancéreux, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les ganglions; mais néanmoins, il en est certaines qui doivent être mises sur le compte de la greffe. Sabatier (2) a insisté sur ce fait qu’en morcellant une tumeur, on met en contact avec le tissu cellulaire les particules cancéreuses, qui peuvent préparer la récidive locale, quelle que soit la théorie que l’on admette. Il montre aussi que toutes les conditions favorables à la greffe sont remplies par la réunion par première intention, alors qu’autrefois la suppuration de la plaie devait rendre beaucoup plus rare la réussite de la greffe.

Si donc nous admettons, comme le prouvent les expériences de Hahn, celles de l’anonyme de Cornil, les observations de tumeurs multiples que nous avons reproduites, que le cancer est inoculable au porteur

(1) Heidenhain. « Des causes de récidives locales du cancer après es amputations du sein. Archives de Langenbeck, 1889, traduit par Bernheim. Arch. gén. de méd., 1889.

(2) Sabatier. « Dangers de la greffe des éléments cancéreux pendant l’extirpation des tumeurs cancéreuses. » Province médicale , 1888,

de la tumeur primitive, il faut prendre des précautions minutieuses dans l’ablation des tumeurs primitives, éviter le morcellement des tumeurs, rester dans le tissu cellulaire sain, non seulement pour éviter de laisser dans la plaie des parties de la tumeur, mais encore pour éviter de mettre en liberté des cellules cancéreuses, émanées d’un noyau adhérent qui pourrait être enlevé dans un second temps de l’opération. Il faut changer de bistouris, d’instruments qui auraient pu être contaminés par le contact avec la tumeur; il faut cautériser légèrement la surface de la plaie pour chercher à modifier les cellules cancéreuses qui se trouveraient en liberté dans la plaie; ces précautions doivent être prises aussi du côté des mains du chirurgien et des aides, et cela surtout lorsque la tumeur est ulcérée.

Dans l’ablation des ganglions qui ont subi la dégénérescence carcinomateuse, on doit aussi éviter de les transfixer, de les arracher, car on risque dans ces manœuvres de les rompre et de faire écouler dans la plaie la bouillie qui les remplit.

Volkmann, Küster, Gussenbauer, notre maître Léon Tripier, enlevaient le tissu périglandulaire.

Du reste, toute l’étude de la généralisation des tumeurs démontre bien qu’il s’agit dans tous ces cas d’une greffe cellulaire ; les cellules peuvent être entraînées par le courant sanguin, par la lymphe, ou bien elles peuvent être greffées dans le tissu cellulaire comme dans l’observation que rapporte Hy vert dans sa thèse, et qui est intéressante à plus d’un titre :

Observation

Myxo-sarcome de la région pubienne. — Écrasement : dissémination de

ces éléments dans le tissu cellulaire sous-cutané ; germination de ces

éléments au lieu même de leur dissémination.

Salle Saint-Louis (service de M. Létiévant), Hôtel-Dieu de Lyon.

Pierre Duroselle, âgé de 67 ans, a toujours joui d’une bonne constitution.

Au commencement du mois de décembre 1868, il s’aperçut qu’une tumeur s’était brusquement formée à la région pubienne à la suite d’un violent éternûment; elle avait, au moment où il la remarqua, le volume d’une petite noisette. Elle n’était le siège d’aucune douleur et ne produisait aucun trouble fonctionnel, ni local, ni général.

Les jours suivants, malgré l’usage de frictions résolutives, la tumeur s’accrut et elle offrit, un mois plus tard, le 10 janvier 1869, date de l’entrée du malade à l’Hôtel-Dieu de Lyon, les caractères suivants :

Son siège précis était la région pelvienne, à 2 centimètres à gauche de la ligne blanche. Elle était globuleuse, saillante, du volume d’une grosse noix: elle mesurait 3 centimètres dans ses diamètres vertical et horizontal. Mate à la percussion, molle de consistance, elle fluctuait, n’adhérait pas à la peau, qui n’était pas altérée dans sa coloration. Elle reposait sur les parties profondes par un pédicule correspont dant à quelques millimètres en dedans et au-dessus du pilier inguinal interne. Elle était indolente, une pression forte réveillait cependant un peu de douleur. Elle ne troublait en rien par sa présence les fonctions des parties qui l’avoisinaient. Elle n’avait influencé ni les ganglionsde l’aine, ni la santé générale.

Le 11 janvier 1869, on éthérisé le malade pour pratiquer l’extirpation de sa tumeur, quand, pendant une dernière exploration destinée à compléter le diagnostic de cette production morbide, le chirurgien sentit tout à coup sous ses doigts F. 10

une crépitation légère se produire, puis la tumeur s’aplatir, s’affaisser, comme s’affaissent les kystes du dos du poignet qu’on vient d’écraser. Il pensa alors que la tumeur était sans doute un kyste hernié sous l’influence d’un effort à travers l’aponévrose de la région. Profitant de cette rupture inattendue de la poche, le chirurgien chercha à en disperser le iquide dans le tissu cellulaire voisin, afin de le livrer plus rapidement aux voies de l’absorption.

Le liquide paraît être épais, consistant, gélatineux, car il se dispersait mal d’abord dans les aréoles cellulaires et il soulevait la peau par places, formant au-dessous d’elles de petites masses tremblotantes. Il finit cependant par disparaître complètement sous les téguments de la région iliaque gauche, vers laquelle il fut principalemant refoulé.

On fit un pansement compressif avec du coton soutenu par un spica de l’aine.

Le lendemain, la tumeur avait complètement disparu. Il n’y avait aucune douleur vers la région dans laquelle le kyste avait été infiltré. On y constatait seulement l’existence de vergetures ecchymotiques, traces de la compression.

Le deuxième jour, on reconnaît au toucher les restes des débris kystiques, sous la forme de petits noyaux irréguliers, aplatis, mous, un peu douloureux à la pression.

Le troisième jour, on constate, au siège primitif de la tumeur, une crépitation fine riziforme, et vers le voisinage de l’épine iliaque antéro-supérieure, lieu dans lequel le liquide avait été surtout disséminé, on reconnaît une tuméfaction mal limitée, aplatie, indolente. Ces caractères ne purent être longtemps appréciés, car le malade, sur sa demande, sortit de l’Hôtel-Dieu six jours après l’opération.

Cinq semaines plus tard (23 février 18(39), M. Létiévantfut appelé à l’opérer de nouveau. La tumeur avait acquis alors un très grand volume.

Elle formait, au voisinage de l’épine iliaque antéro-supérieure, une masse grosse comme un oeuf de dinde. De là, elle se prolongeait, sous forme de traînée sous-cutanée, noueuse, en suivant la direction du pli de l’aine jusqu’au pubis, siège de la tumeur observée un mois auparavant. Ses caractères myxo-sarcomateux n’étaient plus douteux à ce moment.

Il parut dès lors évident que la première tumeur avait été un myxo-sarcome enkysté à son début, qu’en l’écrasant un mois auparavant on avait dispersé ses éléments dans le tissu cellulaire à 12 ou 15 centimètres de distance, et que ces éléments avaient en se développant, produit la seconde tumeur.

On voit par là que les cellules sarcomateuses répandues dans les tissus cellulaires peuvent végéter; il en est de même lorsqu’elles sont entraînées par le sang.

Le mode de généralisation des tumeurs par voie sanguine est un des arguments donnés par les partisans de la théorie parasitaire pour la défendre ; ils admettent que la dissémination des lésions est semblable à celle qu’ôn observe dans les lésions microbiennes ; il n’en est rien. Si la lésion microbienne d’abord locale, devient générale, les lésions peuvent se rencontrer dans tous les organes à la fois ; les microbes en effet entraînés par le sang, transportés par les globules blancs peuvent, grâce à leurs faibles dimensions, passer dans tous les vaisseaux, et se fixer ainsi dans tous les points des parenchymes.

Pour la dissémination des lésions cancéreuses, il n’en est pas de même, et suivant l’organe qui est le siège de la lésion primitive, on peut prévoir quel sera l’organe qui sera atteint par les noyaux secondaires ; les cellules cancéreuses ont un diamètre relative-

ment considérable par rapport aux globules sanguins, et ne peuvent traverser les réseaux des capillaires, qui transforment le poumon et le foie en véritables filtres, qui retiennent tous, les éléments auxquels leurs dimensions ne permettent pas le passage à travers les capillaires. Aussi, voyons-nous la géné-

ralisation cancéreuse se faire le plus souvent au foie et au poumon. Dans quels cas et comment se fait la généralisation dans ces deux organes ? Si le néoplasme primitif se trouve placé sur le domaine de la veine porte comme pour le rectum, l’intestin et l’estomac, la généralisation se fait avant tout dans le foie, dont les capillaires veineux sont très ténus, et ne peuvent laisser passer les fragments cancéreux, qui ont pu traverser cependant les gros troncs du système porte.

Si la lésion cancéreuse se trouve dans le domaine de la veine cave ou de ses affluents, les particules cancéreuses détachées des bourgeons qui ont pénétré dans la lumière des vaisseaux veineux, sont entrainées parle courant sanguin , passent dans le cœur droit, puis sont arrêtées dans le poumon; ce fait est très fréquent dans les lésions cancéreuses du testicule. Les noyaux cancéreux peuvent même s’arrêter dans le cœur droit; nous trouvons un bel exemple de ce fait dans la thèse inaugurale de Rieder (1) : il s’agit d’un sarcome développé dans le périoste des vertèbres sacrées, remplissant presque tout le petit bassin, et ayant pénétré dans les veines iliaques primitives. La partie de la tumeur qui remplissait la veine iliaque se prolongeait sous forme de filaments blanchâtres jusque dans la veine cave. Des productions analogues se retrouvaient dans l’oreillette droite, sur les tendons de la valvule tricuspide, dans les deux artères pulmonaires

et leurs branches. Les poumons présentaient plusieurs

(1) Rieder. Des métastases des tumeurs par embolies. Dorpat,

noyaux sarcomateux, et en plusieurs endroits, on put constater d’une façon indubitable que le néoplasme qui remplissait les vaisseaux s’était fait jour à travers leurs parois, et avait pénétré dans le tissu pulmonaire environnant. Dans cette observation, on peut suivre les fragments cancéreux; on les voit arrêtés d’abord dans les piliers du cœur, puis dans le tissu pulmonaire.

Kundrat (1), Pic et Bret (2), étudiant les localisations du cancer dans le cœur, ont montré des cas analogues, et ces derniers auteurs arrivent à cette conclusion : ce La théorie de l’implantation de Thiersch et Waldeyer est la seule qui nous semble permettre l’interprétation rationnelle des faits, et en cela nous ne faisons que nous ranger à , l’opinion de la plupart des histologistes contemporains, en faisant du reste remarquer que cette théorie n’est pas exclusive de l’hypothèse, encore non démontrée, de l’origine parasitaire des tumeurs... »

La propagation des lésions dans le sens de l’écoulement des liquides organiques trouve une vérification dans l’étude des lymphangites cancéreuses. Debove(3) a montré qu’il existe une véritable lymphangite cancéreuse, c’est-à-dire que les lymphatiques interposés entre un carcinome et des ganglions dégénérés ne se sont pas comportés comme des tubes inertes,

(1) Kundrat. « Endocardite cancéreuse. » Semaine médicale, 1885, n° 8.

(2) Pic et Bret. « Cancer secondaire du cœur. » Revue de médecine,

(3) « Note sur les lymphangites cancéreuses. » Progrès médical ,

1874, no 6.

mais qu’ils présentent des lésions de lymphangite qui aboutissent à la formation de tumeurs analogues à la tumeur primitive.

Nous pouvons donc conclure que le cancer est inoculable au porteur de la tumeur primitive, que la généralisation est constituée par l’ensemble de ces inoculations, faites par greffe des particules cancéreuses entraînées mécaniquement.

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