CHAPITRE IV
Observations de contagion.
Nous avons rapporté les différentes recherches expérimentales qui ont été faites pour découvrir la pathogénie des productions cancéreuses, nous avons montré que la théorie parasitaire n’avait pu être vérifiée par les résultats des cultures et des inoculations de ces cultures, que la présence des coccidies dans les tissus cancéreux paraît n’avoir pas de rapport avec le développement des cellules cancéreuses; il faut maintenant exposer les autres théories que l’on a données pour expliquer la pathogénie du cancer, voir si la théorie que nous devons admettre est compatible avec la contagion de ces néoplasies et enfin rapporter les observations qui en ont été publiées comme des preuves.
J. Muller (1) a fait remarquer que les tissus compo" sant un néoplasme ont un type analogue dans un tissu
(I) J. Muller. Ueber feineren Bau der Krankhaften Gesshwülst .
Berlin, 1838.
de l’organisme à l’état embryonnaire ou à l’état de développement complet; ils se rattachent donc par leur origine aux tissus normaux et ne sont pas des produits étrangers à l’organisme comme on le croyait; pour cet auteur, les néoplasmes doivent être considérés comme des anomalies, des monstruosités du développement cellulaire. Mais sous quelle influence se produit cette déviation dans l’évolution normale des cellules?
Robin admet que les tumeurs prennent naissance au sein d’un blastème, dont les matériaux se réunissaient molécule par molécule et faisaient ainsi apparaître un corps solide ou demi-solide, de forme, de volume, de structure déterminés; ce sont en somme des éléments nouveaux qui apparaissent. Broca, qui défendit cette théorie du blastème, fut amené à considérer comme nécessaire au développement des tumeurs différentes, quant à leur constitution, des blastèmes différents et particuliers pour chaque tumeur ; cette théorie des blastèmes est complètement abandonnée actuellement.
Virchow a soutenu que les néoplasmes, de même que les inflammations, étaient dus à un trouble de la nutrition des cellules, il a admis que le cancer se développait aux dépens du tissu conjonctif.
Mais actuellement, le carcinome a été rangé dans le cadre des épithéliomas, et la théorie épithéliale du carcimone est admise par le plus grand nombre des auteurs. C’est Waldeyer (1) qui a créé cette théorie,
(1) Virchow’ s Archiv., 1867-1872.
qui a été vérifiée par Brault pour le cancer du sein et de l’estomac.
Les cellules contenues à l’intérieur des alvéoles du carcimone sont des cellules épithéliales qui sont libres au milieu de travées constituées par du tissu conjonctif.
Cohnheim a incriminé, comme origine des dégénérescences cancéreuses, la pullulation des cellules des fragments des tissus embryonnaires contenus à l’intérieur des organes et où ils ont été emprisonnés par des inclusions produites par l’évolution de l’embryon.
Ces tissus peuvent rester au repos pendant longtemps jusqu’au moment où, sous l’influence d’une irritation convenable, les cellules proliféreront.
Léopold (1), un des élèves de Cohnheim, a pu' greffer des tissus embryonnaires (cartilage), et obtenir ainsi par voie expérimentale des tumeurs volumineuses.
Mais dans ces deux théories, celles de Virchow, et celle de Cohnheim, il faut admettre l’influence d’une cause qui trouble la nutrition des cellules et rende leur multiplication désordonnée. De plus, si la théorie de Cohnheim convient à certaines tumeurs congénitales ou développées chez de très jeunes enfants, il est difficile de l’appliquer aux tumeurs qui se manifestent dans la vieillesse.
C’est pourquoi la théorie parasitaire du cancer a eu dès son apparition de nombreux partisans; en effet,
(1) Léopold. « Etiologie der Geschwiüsten. » Arch. f. Pathol., 1881» p. 283.
elle expliquait tout dans l’évolution des néoplasies cancéreuses, et l’action des parasites sur les cellules pouvait être considérée comme un primum movens des troubles observés dans les propriétés physiologiques de ces éléments. Or, nous avons vu, en étudiant les résultats obtenus par les bactériologistes que, si dans les tumeurs, on trouve des microbes, des coccidies, ces organismes ne peuvent être considérés, pour le moment tout au moins comme les causes d’irritation qui, dans la théorie de Virchow, de Cohnheim, seraient nécessaires pour expliquer les altérations cellulaires.
D’un autre côté, nous avons vu quelle importance considérable a le traumatisme dans l’étiologie du cancer; nous avons montré que si le cancer semble se localiser dans des organes exposés aux influences venues de l’extérieur, c’est que ces mêmes organes sont exposés aux traumatismes, qui, soit par leur action directe, soit par les irritations dues aux traumatismes répétés, provoquent les dégénérations cellulaires. Pour le col de l’utérus, où le cancer est si fréquent, dans l’étiologie duquel l’hérédité paraît avoir une influence encore moins considérable que dans les autres localisations cancéreuses, et où au contraire la multiparité a une action si nette, il semble que la théorie traumatique du cancer doive être admise. Dans l’accouchement en effet les ruptures du col sont fréquentes, il arrive même que chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants, le col déchiqueté disparaît plus ou moins complètement.
Ce serait une action traumatique analogue qui
I expliquerait la localisation si fréquente du cancer sur les cicatrices, dans les fistules, sur d’anciennes affections de la peau, de même pour la langue, au niveau de laquelle les rhagades, la leucoplasie buccale, les ulcérations de toute nature sont si fréquentes. Le même fait se produirait autour des noli me tangere de la face qui sont ulcérés à chaque instant par les frottements auxquels cette région est exposée.
Comment le traumatisme agirait-il dans ces cas-là ? On ne peut faire à ce sujet qu’une hypothèse, on peut admettre que, dans un certain nombre de cas, comme dans ceux de Christiani et de Hulke, signalés plus haut, la dégénérescence néoplasique serait due à des pullulations anormales de cellules des revêtements cutanés ou muqueux qui auraient pénétré dans le derme ou dans le tissu cellulaire sous-muqueux, la cellule n’étant plus placée dans les conditions de son existence normale, plongée dans les espaces lymphatiques du derme par exemple, subirait une exagération de sa faculté de se reproduire, grâce à l’influence des nouveaux milieux dans lesquels elle se trouve.
On nous objectera que dans les expériences de Kaufmann, de Masse, où par des greffes faites suivant le procédé d’enkatarrhaphie, on n’obtient pas des néoplasies malignes, mais bien des kystes dermoïdes, cela est vrai, mais dans ces expériences les tissus inclus restent dans leurs rapports normaux les uns vis-à-vis des autres, ils sont simplement recouverts par une couche épidermique.
Quelle que soit la cause première de l’altération nutritive des cellules qui amène la production du
cancer, nous admettons que l’accroissement du cancer, sa généralisation doit s’expliquer par des propriétés inhérentes aux cellules, c est-à-dire par la faculté de se diviser directement ou indirectement, de former par cette division des cellules de même genre que la cellule primitive dont elles émanent, de se greffer et de donner ainsi naissance à des noyaux secondaires; c’est à cette conclusion qu’arriva Odenius (1); pour lui, la partie cellulaire constitue l’élément principal du cancer, les cellules sont en effet douées de la faculté de se reproduire à l’infini, et par suite d’exercer un effet mécanique sur les parties voisines. Mais Odenius, pour expliquer la généralisation, admet l’existence d’un agent provenant des cellules et dont l’action serait de nature purement chimique.
Bard (c2) et Brault (2) arrivèrent ainsi à cette conclusion : la cellule cancéreuse est le véritable parasite du cancer.
Pour Bard, les néoplasmes sont dus à une multiplication cellulaire active : ce Toute tumeur est une masse de nouvelle formation plus ou moins bien circonscrite, née sous l’influence d’une anomalie spéciale du développement embryogénique des tissus, constituée par l’hyperplasie ordinairement durable des éléments anatomiques normaux qui évoluent d’ailleurs dans leur direction atavique primitive, mais s’arrêtent
(1) Odenius. cc Sur la propriété infectieuse des cellules cancéreuses. Nordiskt medicindskt Arch., 1881. Revue de Hayem, 2e l'asc., p. 51.
(2) Bard. « Anat. pathol. générale des tumeurs. Arcliiv. de physiologie, 1885, p. 247.
(3) Brault. « De l’origine non microbienne du cancer. « Arch. de méd. oct., 1885
à des étapes diverses de leur évolution physiologique. »
Les cellules en effet ne peuvent changer de type évolutif; elles peuvent être retrouvées à l'état de cellules jeunes, mais en atteignant l’âge adulte, elles reproduisent des cellules de type identique à celui dont elles émanent. Les cellules sont douées de spécificité qui est ainsi définie par Bard : « Il faut entendre par spécificité des éléments anatomiques le fait que les divers types cellulaires constituent tout autant de familles, de genres, d’espèces qui, comme les familles, les genres et les espèces animales peuvent bien remonter dans la série ancestrale à une souche commune, mais qui ont poursuivi leur évolution collatérale et sont devenus inaptes à se transformer les unes dans les autres. »
Bard (1), dans un second article étudiant la constitution du noyau mère et des noyaux filles d’une tumeur du type épithélial, dit : « Les noyaux secondaires peuvent différer du noyau mère par quelques détails secondaires de leur évolution, de la configuration de leur stroma, ils n’en sont pas moins absolument identiques avec lui par le type physiologique de leurs cellules fondamentales. »
Le noyau secondaire représente le même tissu que le noyau primitif dont il émane; le lien entre ces
deux productions, c’est la cellule cancéreuse; la généralisation n’est donc qu’une greffe.
Brault arriva à la même conclusion : une cellule
(1) Bard. « Des. tumeurs de type épithélial. » Arch. de phys ., 1885, p. 519.
est séparée de la tumeur primitive, elle est entraînée par les liquides organiques, se multiplie par voie directe ou indirecte, par suite d’une force immanente à sa nature. « Chaque élément anatomique a sa vie propre, son autonomie; il peut se transformer et acquérir une puissance de multiplication véritablement excessive, mais, à ce degré, son développement est plus ou moins désordonné ; cependant les cellules émanées d’un organe peuvent reproduire de place en place la disposition originelle du tissu qui a servi de matrice à la tumeur. »
Pour nous, la généralisation n’est qu’une greffe ; nous devons alors rejeter la théorie de Carswel (1). ;
Pour cet auteur, en effet, avant l’apparition de la première tumeur, les éléments du cancer existeraient toujours dans le sang; ils ne se déposeraient que plus tard molécule à molécule dans le parenchyme des organes, donnant naissance à toutes les tumeurs primitives et secondaires. Il n’y aurait donc aucune différence entre la cause de celles-ci et de celles-là.
Cette théorie n’explique pas la succession chronologique qui sépare toujours la naissance de la tumeur secondaire de l’apparition de la tumeur primitive; de plus, elle n’explique pas la localisation particulière des noyaux secondaires dans le foie et dans le poumon, suivant la localisation anatomique de la tumeur primitive.
La théorie infectieuse de la généralisation défendue par Virchow est passible des mêmes objections. En effet, pour cet auteur (2), la dispersion des lésions dans
(1) Carswel. The cyclopedia of practical medicin. London, 1834, vol. III, p. 660. r.
(2) Virchow. Traité des tumeurs, p. 48-49.
le cancer serait le résultat de la pénétration dans les lymphatiques et dans les veines d’un suc ou une humeur nuisibles, qui se produit sur place, imbibe les parties voisines et provoque la formation d’un nouveau foyer morbide.
Dans la théorie parasitaire, il est très difficile d’expliquer qu’un microorganisme, microbe ou coccidie puisse, en agissant sur les tissus des différents parenchymes, reproduire partout le même type de cellules; nous avons montré de plus que rien dans l’étude anatomo-pathologique du cancer ne peut permettre de rapprocher ces lésions de celles qui sont d’origine microbienne. Dans le cancer, les cellules sont bien vivantes comme le prouvent les nombreuses figures de karyokinèse qu’on peut y observer; dans les lésions microbiennes, c’est la mort de la cellule qui semble être la caractéristique.
Si nous admettons que dans la généralisation d’une tumeur chez l’individu qui est porteur de la lésion primitive., tout peut s’expliquer par les propriétés des cellules; si la formation d’un noyau secondaire est provoquée par la greffe d’une cellule transportée d’un point du corps à un autre, nous pouvons admettre que cette même cellule, sortie de l’organisme où elle a pris naissance, introduite dans un autre, pourra continuer à vivre et par division former un noyau de constitution analogue à la tumeur primitive; il semble que ce soit le point que doive chercher à élucider l’anatomie pathologique; en effet, si la clinique peut signaler des cas dans lesquels la contagion peut être soupçonnée, l’histologie doit montrer
que les deux tumeurs considérées sont formées par le même type cellulaire, alors qu’elles siègent dans des organes différents et que la tumeur propagée par contagion ne correspond pas au type cellulaire de l’organe dans lequel elle s’est développée.
On comprend facilement que ces faits de propagation soient très rares, il faut en effet des conditions très précises, analogues à celles qui influent sur la réussite des greffes épidermiques de Reverdin et dont les chances de succès sont si peu nombreuses.
Nous avons vu que dans les expériences d'inoculation, toutes les fois qu’on a essayé de greffer du cancer de l’homme aux animaux, l’insuccès a été complet et qu’au contraire, dans les quelques cas où le résultat a été positif, l’expérimentateur a toujours opéré en transportant une tumeur d’un animal à un animal de la même espèce. On peut en conclure qu’il faut que les milieux intérieurs aient, chez les animaux en expérience, exactement la même composition, qui est seule compatible avec ]a survie de l’organisme cellulaire. Et pour cela, la condition la plus importante est l’identité d’espèce; on peut même supposer qu’entre les différents animaux d’une même espèce, il est des modifications particulières , individuelles , qui rendent encore plus rares les résultats positifs de l’ expérimentation et qui pour l’homme correspondent à l’idée de diathèse, prédisposition due à la composition chimique des humeurs, variable suivant les individus, qu’on peut alors considérer comme héréditaire.
Observations cliniques.
Nous allons reproduire ici toutes les observations que nous avons pu trouver dans la littérature médicale, sans nous dissimuler que le plus grand nombre d’entre elles n’entraînent pas la conviction, mais elles sont destinées à montrer que les cancers doubles chez un mari et une femme sont chose qui se rencontrent fréquemment, ce qui doit par conséquent attirer l’attention sur ces faits ; on constatera ainsi qu’une observation de ce genre doit être complète et impliquer un examen histologique, que nous n’avons du reste jamais pu trouver signalé.
Michaux (1) dans une revue cite un certain nombre d’observations de contagion du cancer, que nous reproduisons textuellement :
Observation I (2).
Zacutus Lusitanus, médecin du XVIIe siècle, grand conteur de choses extraordinaires, rapporte que trois garçons furent attaqués d’un cancer au sein pour avoir couché longtemps avec leur mère, qui mourut de cette maladie.
Observation II (3).
Un homme ayant sucé la mamelle cancéreuse de sa femme dans l’intention de la soulager, fut atteint peu après d’un cancer des gencives qui le fit périr.
(1) Michaux. « La contagion du cancer. » Semaine médicale, 1889, p. 258.
(2) Art. cancer, dictionnaire en 60 volumes.
(3) Peyrilhe. Discertatio de cancro. Paris, 1774.
Observation III (1).
Tulpius raconte qu’une servante mourut d’un cancer du sein après avoir soigné sa maîtresse atteinte de la même maladie.
La dénomination de cancer créée par les anciens, et qui signifie cancre ou crabe, à cause de la manière dont cette affection ronge les chairs et envoie des prolongements dans les tissus, n’a jamais été interprétée par eux dans le sens d’un agent extérieur s’introduisant dans l’organisme. Les auteurs du moyen âge, pas plus que ceux des XVIe et XVIIe siècles, ne font allusion à la possibilité de la contagion. Pour Guy de Chauliac, de même que plus tard pour Jean de Vigo, le cancer a surtout pour cause l’augmentation et la rétention de l’humeur mélancholique (*2). Les mêmes doctrines régnent encore au commencement du XVIIe siècle, et dans un chapitre très intéressant qu’il consacre à cette affection, David de Planis Campy, invoque toujours les mêmes causes intérieures. Mais il dit aussi que le cancer est variable suivant les « pays et régions (3). »
Cependant, vers la fin du XVIIe siècle, un médecin lyonnais, connu pour ses opinions hardies, Lazare Meyssonier, ose affirmer que cette maladie est une « ladrerie particulière ». Or, on sait que les anciens
(1) Observations médicales. Gliap. VIII, liv. IV.
(2) Guy de Chauliac. La grande chirurgie, 2e traité, ch. V. — De Vigo en françois , trad. de Nicolas Godin.Lyon, 1537, p. 61.
(3) David de Planis-Campy. L’IIydre morbifique exterminée par V Hercule chymique. Paris, 1628, liv. V, c. II, p. 339.
admettaient la contagion de la lèpre ou ladrerie (1). Nous nous sommes donc reporté à l’article qu’il consacre à cette affection sans trouver de nouvelle assertion dans le même sens pour le cancer. Mais il insiste très judicieusement sur sa spécificité: ce Une partie affectée du cancer, dit-il, est incurable ; dès le temps qu’il a pris racine, jamais il ne reçoit guérison. » (2).
Au commencement du siècle, Amard (3) écrivait : « Quelle que soit l’altération des fluides, cette altération n’en est pas moins certaine, et c’est elle qui leur communique la vertu de propager le cancer par contagion. »
Observation IV (4).
Un individu consulta le Dr Richard Budd pour un cancer de la lèvre et refusa toute opération : un petit chien terrier vint lécher les lèvres de son maître et mourut avant lui d’un cancer de la langue.
Observation V.
Le même chirurgien raconte qu’une dame atteinte d’un cancer de l’utérus avait pris pour bonne une jeune fille de 19 ans, robuste et pleine de santé, qui lavait les linges souilliés par les produits de l’ulcère de sa maîtresse : six mois après, elle présentait un cancer de l’aiselle dont elle mourut.
(1) Louis Guyon-Dolois et Lazare Meyssonier. Le miroir de beauté et de santé corporelle. Lyon, 1671, t. II, p. 105 et 203.
(2) Ces citations nous ont été remises très obligeamment par M. le Dr Humbert Mollière, médecin des hôpitaux, dont l’érudition en matière d’histoire de la médecine est connue de tous.
(3) Amard. Pensées sur le cancer. Extrait du mémoire de la Société médicale de Paris, 6e année.
(4) Med. Rec., 31 décembre 1887.
Ces faits n’ont pas une signification bien grande, et les détails qui les accompagnent sont trop peu explicites pour qu’ils entraînent la conviction.
Gross, de Philadelphie, rapporte le fait suivant : une femme eut .à la main une inoculation d’un sarcome après avoir pansé une plaie de cette nature chez un bœuf.
Les partisans des propriétés contagieuses des lésions cancéreuses ont beaucoup insisté sur les cas de cancer entre époux, et l’on peut diviser ces faits en deux catégories : cas de cancer de l’utérus et de la verge et cas dans lesquels le mari et la femme présentent un cancer localisé soit dans le même organe, soit dans des organes différents.
Cancer de l'utérus et de la verge.
Les cas de la première catégorie sont relativement peu nombreux, aussi un très grand nombre d’auteurs n’admettent pas comme possible cette contagion. Nélaton, Brouardel (1) nient que les rapports sexuels avec une femme atteinte d’un cancer de l’utérus aient jamais donné un cancer de la verge.
Néanmoins, on peut trouver quelques faits dans lesquels le mari et la femme ont été atteints presque simultanément de cancer, l'un à la verge, l’autre à l’utérus. Demarquay, en examinant l’étiologie de • 134 cas de cancer de verge, trouve signalée une seule fois la contagion comme possible (2) ; Langenbeck
(1) Cités par Michaux.
(2 Cette observation, que nous n’avons pu retrouver, est publiée dans le Répertoire d'anatomie et de clinique chirurgicales, t. IV, p. 144.
aurait observé trois ou quatre faits de ce genre, Czerny et Gaillard Thomas (1), Clinson (2), chacun un. Duplouy (3), de Rochefort, en a publié un cas : Une dame, atteinte de cancer de l’utérus, fut soignée par lui pendant fort longtemps et finit par succomber; sept ou huit mois après, son mari vint le consulter pour un épithélioma qui nécessita l’amputation de la verge. Le Dr Ollivier (4), de Ju vigny, en cite un autre cas : « En 1877, Mme T..., âgée de 40 ans, ayant deux enfants dont le plus jeune avait 16 ans, fut opérée, parle D‘‘ Péan, d’un cancer épithélial du col de l’utérus, pour lequel il pratiqua l’amputation du col. Comme j’étais médecin de la famille, M. Péan me conseilla de visiter de temps en temps la malade, afin de surveiller une récidive probable. Il n’y en a pas eu, et cette dame se porte très bien encore aujourd’hui. A ma seconde visite, c’est-à-dire trois mois environ après l’opération, M. T... me consulta en secret pour quelque chose qu’il avait à la verge. A la partie supérieure du gland, sous le prépuce, se trouvaient deux petites tumeurs, l’une grosse comme un petit haricot, l’autre comme une forte tête d’épingle : elles étaient lobées, fendillées, facilement saignantes et ressemblaient à des choux-fleurs syphilitiques. Je fis le diagnostic d’épithélioma. M. T... m’affirma avoir eu des relations avec sa femme deux semaines avant
(1) Cités par Kirmisson. « De la nature microbienne du cancer. » Bulletin mécl., 188S, p. 567.
(2) Cité par Michaux. « La contagion du cancer. Sem. méd ., v. II, p. 258.
(3) Duplouy. Association pour l'avanc. des sciences. Toulouse, 1887.
(4) Cité par Guelliot. Union méd. du N.-E ., 1891, n° 4.
son opération et me dit que cet acte provoquait un léger écoulement de sang. Sa conduite irréprochable, sa réputation et son caractère particulier ôtaient toute idée de soupçon possible d’une infidélité envers sa femme. Je ne doutai donc pas qu’il y ait eu là contagion directe.
« Devant revoir M . Péan pour luimontrer son opérée, je conseillai à M. T... de le consulter en même temps : nous y allâmes ensemble. Ce chirurgien affirma de suite que ces petites tumeurs constituaient un épitbélioma et qu’il y avait certainement eu contagion. Il fut donc convenu que M.Péan lui enlèverait ce mal, et quelques jours après, M. T... était complètement débarrassé. »
Il est très regrettable qu’un examen histologique n’ait pas vérifié le diagnostic clinique, car la description de la tumeur lobée, fendillée, très rouge, facilement saignante, siégeant à la partie supérieure du gland sous le prépuce, c’est-à-dire dans le sillon balano-préputial n’impose pas le diagnostic d’épithélioma.