CANCERS CHEZ DES PERSONNES VIVANT EN GOMMUN
Guelliot (1), qui a fait une enquête sur ce point de l’étiologie du cancer et qui a publié les résultats qu’il a obtenus, a pu rassembler vingt-deux cas de cancers doubles, qui se divisent suivant qu’ils ont ou non
(l) G-uelliot. « La question, du cancer. Le cancer est-il contagieux?
Union mëd. du N,-E., 1891.
leur siège dans le même organe, en homotopiques ou hétérotopiques.
Cet auteur donne le tableau suivant :
Cancers homotopiques.
Cancer double de l’estomac . 10 cas.
— du rectum . 2 —
— des téguments .... 2 —
— du sein . 1 —
— de la langue . 1 —
Cancers hétérotopiques.
Cancer de l’utérus et de l’estomac. . 6 — -
— — et de la verge . . 1 —
— — et du rectum. . . 1 —
— — et du pharynx. . 1 —
Cancer du sein et de l’estomac. ... 1 —
— — et de la bouche ... 1 —
Cancer de l’estomac et du foie. ... 1 — Cancer de la face et de la langue . . 1 —
Cancers homotopiques.
Observation du Dr Guelliot.
M. M... est malade depuis juillet 1887, il a eu depuis cette époque des vomissements fréquents de sang, des crises douloureuses très violentes, selles colorées par du sang. En juin 1888, on sent une tumeur sous les fausses côtes à droite. En juillet 1888, à l’âge de 71 ans, le malade meurt : le diagnostic de cancer était non douteux.
Mme M... n’a jamais été malade; son père est mort jeune de la goutte, sa mère a vécu jusqu’à 85 ans, une sœur a succombé à de l’angine de poitrine. Quelque temps après la mort de son mari, elle se plaint de troubles dyspeptiques. En décembre 1890, on constate une tumeur dure à gauche de l’épigastre. Mort prochaine. Mme M... a 68 ans.
Observation du Dr Cheruy (1), d’Hautvilliers.
En 1872, je voyais mourir à Cormoyeux une femme de 54 ans d’un cancer de l’estomac. Environ treize ou quatorze mois après, son mari, âgé de 57 ans, mourait de la même affection. La maladie qui, autant que je puisse me le rappeler, était ancienne chez la femme, n’a pas duré plus d’un an chez le mari. Cet homme avait toujours été bien portant et était considéré comme un ouvrier vigoureux.
Seconde observation du Dr Cheruy (2), d’Hautvilliers.
En 1881, j’ai soigné une femme de Cumières atteinte d’un cancer de l’estomac; elle était à la période de cachexie qui a duré plusieurs mois. Son mari a été atteint alors et est mort rapidement en trois mois environ, de sorte qu’il est mort dix ou quinze jours avant sa femme.
Observation du Dr Faille, de Fismes.
Couple X..., de Fismes. Mari mort à 74 ans, en août 1888, d’un cancer de l’estomac à diagnostic certain avec constation d’une tumeur, etc. La mère est morte hémiplégique à 77 ans. Son père mort à 79 ans sans avoir été malade.
Femme morte en juillet 1890 à 65 ans d’un cancer de l’estomac à diagnostic également indiscutable. Son père est mort à 62 ans d’une maladie de poitrine au dire de la famille; sa mère est encore vivante et bien portante: elle a 91 ans.
(1) Citée par Guelliot.
(2) Citée par Guelliot.
Observations du Dr Lécuyer(I).
Époux L..., de Meurival. Mari mort en 1874, la femme en 1884. Cancer de l’estomae.
M. L..., de Beaurieux, mort en 1876, Mme L... en 1881. Cancer de l’estomac.
Mme C..., de Beauvieux, morte en 1875, M. C., mort en 1882. Cancer de l’estomac.
Observations du D1 2 3 4' Féné (2).
Époux M..., de Maisy, morts dans la soixantaine, l’un en 1846, l’autre en 1852. Cancer de l’estomac.
Époux L..., de Craonne, morts en 1852, en 1856, au même âge. Cancer de l’estomac.
Observation du Dr Faille (3), de Fismes.
Couple M..., de Fismes.
Le mari n’a pas d’antécédents héréditaires : son père est mort de hernie étranglée, sa mère est morte rapidement k l’âge de 77 ans de cause inconnue. Atteint de cancer du rectum, il a été opéré en novembre 1874 et est mort de récidive en mai 1875, à l’âge de 66 ans.
Pas d’antécédents non plus du côté de la femme, dont le père est mort très vieux d’une affection cérébrale, et dont la mère a succombé à une affection du cœur. Cette femme est morte d’un cancer du rectum en novembre 1887, elle avait 75 ans.
Observation de Gueillot (4).
M. X... meurt le 22 novembre 1870, après de longues souffrances causées par un cancer de la région anale. Mme X..., est atteinte d’un cancer du sein auquel elle suc-
(1) Citées par Guellot.
(2) Citées par Guelliot.
(3) Citée par Guelliot.
(4) Guelliot. Union méd. duN.-E., 1891, nü 5.
combe le 7 mars 1873. Une domestique qui avait soigné ses maîtres, meurt quelques jours après, le 30 mais 1873, d un cancer du sein. Enfin, le père de Mme X..., jusqu’ici bien portant et qui vivait avec sa fille, est atteint à son tour d un cancer du rectum qui causa sa mort le 5 mars 1875.
Observation du Dr Décès.
Ce docteur a enlevé en juin dernier une tumeui de la fesse à une femme qui avait à cet endroit une verrue depuis son enfance. L’ examen histologique, pratiqué pai M. Hache, a montré qu'il s’agissait d'un carcinome mélanique; le même chirurgien avait opéré précédemment le mari de cette femme d'un cancroïde de la face.
Observation du D' Plonquet, d’Ay.
T..., 61 ans, succombe à la suite d’un cancer du cou, le 26 novembre 1872; sa veuve, 57 ans, atteinte d’un cancer au pied droit, meurt le 30 avril 1875.
Observation de Guelliot.
Mnle W... entre à l’Hôtel-Dieu, le 19 mai 1890, pour une tumeur du sein.
Sa mère est morte en couche, père mort de vieillesse à 79 ans ; un frère et une soeur sont en bonne santé ; une sœur morte à 44 ans, quinze jours après l’ablation d’un polype utérin.
Le mari de cette femme eut à 55 ans, il y a six ans, un cancer de l’estomac. C’est pendant la maladie de son mari qu’elle s’est aperçue d’une glande à la partie inféro-externe du sein gauche ; cette petite tumeur a grossi, surtout depuis un an. Actuellement, le sein est occupé par une tumeur de 6 centimètres de diamètre.
Observation du Dr Laseyre (1), de Loches (Indre-et-
Loire) .
En 1876, Mmo X..., âgée de 65 ans, meurt de cancer du rectum.
Un fils meurt de cancer de langue en 1882.
La femme du fils est morte deux ans après son mari, de cancer de l’utérus, que je considère comme acquis probablement par l’usage, que m’avait avoué le mari, de caresses a b ore.
Dans la famille de la femme, pas de cancéreux.
Observation du Dr Séjournet (2), de Revin .
La femme P..., meurt en 1883 à 50 ans, d’une hémiplégie par hémorrhagie cérébrale, elle était en récidive d’un cancer du sein qui avait été opéré huit ans auparavant. Le mari, qui était solide et sans antécédents héréditaires, est atteint en janvier 1884 d’épithélioma de la bouche (gencives, sillon gengivo-génien, muqueuse du fond de la bouche, du côté gauche) ; il est opéré en 1885 à la maison Dubois. Récidive trois mois après, et mort à l’âge de 54 ans, au commencement de l’année 1886. Le côté gauche de la bouche était rempli de champignons cancéreux. Une fille qui nourrit est bien portante (36 ans).
M. P... me disait souvent : « C’est ma femme qui m’a communiqué sa maladie; j’ai eu la fâcheuse idée de l’embrasser sur la bouche après sa mort, c’est de là que vient mon mal. »
On remarquera que les contacts entre les époux P... ont été nombreux et prolongés pendant la maladie de Mme P...
Observations du Dr Jules Luys, de Paris.
N. M. du‘N.-E., 1891, n° 10.
Officier de marine succombe à 68 ans, trois ans après la mort de sa femme, qui avait été atteint: d’un cancer du sein.
(1) Guelliot. Union mécl. du iV'.-Æ’. ,1891 , n° 10.
(2) Id. Union méd.'du N.-E., 1891, p. 143.
L’auteur ne dit pas de quelle localisation cancéreuse est mort le mari.
Ménage V... Femme morte de cancer du sein; deux ans après, le mari meurt d’un cancer de l’estomac.
Homme de 65 ans, mort d’un cancer de l’estomac. Sa femme, de 58 ans, de cancer du sein. Opérée, elle succomba deux ans après.
Quatre enfants. Fille morte de cancer de langue à 45 ans.
Un fils diabétique. Deux autres bien portants.
Observation du DrLÉcuYER, de Beaurieux.
A.-D. Maisy, meurt en 1874 d’un cancer à l’estomac, sa femme meurt en 1889 d’un cancer du foie.
Observation du Dr O. Guelliot.
Épithélioma de la langue chez une fillette de 4 ans. Opération en septembre 1889.
Or, en décembre 1888, deux médecins avaient enlevé un volumineux épithélioma ulcéré de la langue à M. X..., associé et ami du père de la petite malade. Les deux familles prenaient leur repas en commun, et M. X... aimait à jouer avec la petite fille.
Observation du Dr Dève(1).
A T... (Haute-Saône), existe une famille dont presque tous les membres sont morts cancéreux. En raison de cette tare, mariages consanguins. Des derniers représentants, S... est mort il y a un an environ d’un épithélioma ayant débuté en 1879 par l’aile du nez. Toute la face a été envahie ainsi que le maxillaire supérieur. Sa femme, qui, vit encore, a un cancer qui a commencé à l’angle externe de l’œil gauche, la fille S..., actuellement âgéede31 ans, est jusqu’alors bien portante. Mais son mari, qui n’a avec la famille de sa femme aucun lien de consanguinité et qui est âgé de 36 ans, vient
(1) Citée par Guelliot.
d’être opéré d’un cancer de la langue. Or, il avait l’habitude de fumer les pipes dont son beau-père avait fait usage. Notez qu’il n’était pas grand fumeur; la contagion semble donc ici très nette.
Observation inédite.
Service de M. Humbert Mollière. (Communiquée par M. Alex.
interne suppléant.)
Ch... (Marie, 57 ans.)
Père mort d’une affection pulmonaire. Mère morte d >s suites de couches. Frères et sœurs bien portants. Chez ses ascendants, la malade ne connaît personne qui ait eu une tumeur maligne.
Mari mort en janvier d’un épithélioma de la verge. Pendant un an, alors que le mari était atteint de sa tumeur de la verge, la malade a cohabité avec son mari.
En octobre 1891, la malade souffre de l’estomac et en mai 1892, elle entre à l’Hôtel-Dieu, où le diagnostic de cancer de l’estomac est porté et vérifié par l’autopsie.
Observation du Dr Paul Lucas-Championniére de
Paris (1).
M. X..., industriel, est mort en 1881 d’un cancer de la langue, je l’ai soigné d’une façon intermittente parce qu’il habitait la campagne toute l’année. Sa femme a été atteinte d’un cancer du sein, type de squirrhe en cuirasse, environ deux ans après la mort de son mari; elle a succombé au bout de deux ans.
Il n’y avait d’hérédité ni d’un côté ni de l’autre, pas de consanguinité; j’ajouterai que les deux malades étaient de santé particulièrement vigoureuse sans aucune tare organique.
(1) Ces observations inédites seront publiées dans l’ Union médicale du N.-E., elles nous ont été obligeamment communiquées par M. Guelliot.
Observation des Drs Dupré et Guelliot.
G..., âgé de 64 ans. Père mort enflé à 57 ans, mère morte à 48 ans (?) G... qui, ne fumait pas, porte depuis quatre mois à la lèvre inférieure un bouton épithélial, qui est situé un peu à droite de la ligne médiane. Après grattage, la tumeur augmentant, le malade est envoyé à l’Hôtel-Dieu, où il est opéré par le Dr Guelliot, le 4 décembre 1891.
La femme G..., âgée de 62 ans. Père mort d’une « tumeur à l’estomac » à 62 ans; pas de renseignements sur la mère.
Une sœur morte à 56 ans d’une affection de l’estomac « l’estomac était resserré, il n’y passait pas un cheveu », un frère mort d’une maladie d’estomac à 52 ans. Elle-même souffre de l’estomac depuis trois ou quatre ans (c’est-à-dire depuis 1888). Amaigrissement.
Vomissement, développement des varices abdominales, empâtement au niveau du pylore ; le diagnostic du cancer de l’estomac s’impose.
Observation du Dr Dupré, de Reims.
Cancer utérin. Mme L..., 46 ans. Grand’mère morte à 50 ans d’un cancer du rectum. Début des douleurs ultérieures et écoulement séro-ichoreux à partir de mars 1888. Première hémorrhagie en novembre 1888; deuxième hémorrhagie en mars 1889; en août, perforation de la paroi rectovaginale; en septembre, cloaque recto -vésico-vaginal. Mort le 30 octobre 1889.
Cancer de l’estomac. M. L..., mari de la précédente, âgé de 50 ans, sans antécédents de famille. Habitudes alcooliques. Premières douleurs de l’estomac remontant à février 1889 ; vomissements caractéristiques, émaciation rapide. En mars, troubles de la déglutition, les liquides pénètrent difflcibment, rétrécissement vers le tiers supérieur de l’œsophage. Tumeur marronnée appréciable à l’épigastre. Mort le 7 juin 1889.
Observation
Contagion cancéreuse ayant eu vraisemblablement pour cause l’usage des mêmes pipes. (Communiquée par le Dr Humbert Mollière, médecin des hôpitaux de Lyon.)
Au mois d’octobre 1891, j’étais appelé en consultation par un confrère auprès d’une demoiselle âgée de 5f ans, atteinte d’un cancer de l’estomac. La malade, fort intelligente et qui appartient à un milieu très éclairé, peut-être trop, sur les choses relatives à la médecine, se fait peu d’illusions sur la gravité de son état. Depuis quelques mois, elle a beaucoup maigri, elle vomit ses aliments et souffre horriblement de l’estomac. La palpation permet de constater dans la région pylorique, la présence d’une tumeur caractéristique. Deux mois plus tard, cette demoiselle succombait dans le dernier degré du marasme.’
Au point de vue des antécédents, la famille nous apprend qu’un frère jumeau de la malade est mort il y a sept ans d’un cancer du larynx. Le diagnostic fut posé par un spécialiste distingué de notre ville. Le malade dut subir dans son pays l’opération de la trachéotomie, et un chirurgien de l’Hôtel-Dieu auquel il se présenta refusa de pratiquer l’extirpation du larynx, à cause de l’étendue des lésions et de la présence de nombreux ganglions cancéreux.
Tout le monde fut d’accord à me dire que ce malheureux, employé dans la même étude que son beau-père, avait eu la mauvaise habitude de fumer journellement dans les mêmes pipes que ce dernier, qui avait succombé lui-même quelque temps auparavant à un carcinome de la langue ! (cancer des fumeurs).
Par suite d’une prédisposition native, le sujet de cette observation se trouvait ainsi dans d’excellentes conditions de réceptivité vis-à-vis de l’agent spécifique de transmission, et ce cas de contagion peut être assimilé aux greffes positives, ‘accidentelles ou expérimentales qui ont été signalées chez/les sujets déjà porteurs d’une tumeur primitive.
On voit que dans la majorité de ces observations il s’agit de cancers qui se sont produits chez des personnes vivant en commun , mais le plus souvent, entre le début des cancers il existe un laps de temps considérable qui rend la contagion très peu nette. Il est vrai que nous ne savons pas quel peut être le temps nécessaire pour que le cancer se manifeste par des symptômes suffisamment accentués pour que le diagnostic soit possible. En effet, il n’est pas rare de voir arriver à l’hôpital des malades atteintes de cancer de l’utérus par exemple, dont la lésion a débuté depuis longtemps déjà et qui ne s’en sont aperçues que depuis peu de temps, tous les signes de début ayant été négligés par des gens inintelligents et peu observateurs.
Outre les faits dans lesquels la contagion paraît n’avoir porté que sur une seule personne, on en a cité d’autres dans lesquels le cancer,, s’est développé chez un certain nombre d’individus habitant soit la même maison, soit le même village. Ces faits correspondent à de véritables épidémies de cancer.
M. Lucas (1) du Guy’s Hospital, rapporte trois cas de cancers développés dans la même maison ; ces trois personnes n’ont entre elles aucun degré de consanguinité et sont atteintes successivement. En 1881 et en 1883, un homme est opéré d’un rodent ulcus de la paupière et du front, sa femme, en 1884, est opérée d’un squirrhe mammaire, et enfin, un pensionnaire logé chez eux est atteint en 1886 d’un épithélioma de la langue.
(1) Lucas. The Lancet, 12 novembre 1887, p. 895, cité par Guelliot.
Wynder Blyth (1) qui, dans sa communication, soutient la nature contagieuse des lésions cancéreuses, cite à l’appui de sa thèse le fait suivant: trois personnes, qui avaient habité successivement la même maison, sont devenues cancéreuses, lin étranger qui visitait cette maison a eu un cancer, la nièce de ce dernier également.
Ces faits ne sont pas entourés d’assez de détails pour être concluants, mais il faut les signaler pour que les praticiens, dans la clientèle, en cherchent et en publient de semblables, si l’occasion s’en présente.
On a signalé de même des épidémies de villages et de régions. Arnaudet (2), frappé des faits qu’il a observés en Normandie, a publié plusieurs articles sur cette question.
La commune de Saint-Sylvestre -de-Cormeilles comptait, en 1881, 400 habitants ; de 1880 à 1887, il se produit 74 décès dont 11 cancers; ce qui fait que dans cette commune, 15 °/0 des décès sont causés par le cancer; sur 10,000 habitants, la mortalité parle cancer serait de 345, qui est un chiffre très élevé.
Sur 10,000 décès, on trouve en effet:
A Paris . . . 416
A Lyon . 589
A Saint-Sylvestre . 1,488
(lj « On the contagion of cancer. » Société des officiers de santé, The Lancet , 1888, 1.
(2) Arnaudet. « Contribution à l’étude du cancer en Normandie. — Le cancer dans une commune de Normandie, 1er février 1889, 1er avril 1890, 15 février 1892. Normandie médicale.
Sur 100,000 habitants, on trouve :
A Paris . 104 décès par cancer.
A Lyon ..... 160 — —
A St- Sylvestre. 345 — —
La mortalité par le cancer est donc considérable dans cette région.
Arnaudet, en cherchant à grouper les cas de cancer, montre que sur cinquante-quatre maisons composant l’agglomération de Cormeilles, dix-sept sont frappées et fournissent la moitié des cas de cancers observés dans toute la commune : l’habitation est donc un mode de contagion du cancer. Mais la prédominance des cancers de l’estomac l’a amené à considérer l’eau comme un autre agent de la contagion, et non seulement l’eau en nature, mais encore le cidre. « Dans les campagnes, l’eau des mares est employée uniquement pour sa fabrication, et on n’ignore pas qu’une mare est estimée chez nos villageois en raison directe de sa coloration, c’est-à-dire de son impureté. »
Les faits que le Dr Arnaudet apporte à l’appui de cette idée ne sont pas très concluants, mais ce qui est très important à considérer, c’est la mortalité très élevée par le cancer dans cette région.
Fiessinger (1), d’Oyonnax, a rapporté une épidémie portant sur un groupe de maisons : ce Sur 4,500 habitants, dit-il, nous traitons trois ou quatre cancers par an, ce qui fait environ un cancer sur cent vingt-cinq maisons ; or, un petit groupe composé de trois mai-
(1) Fiessinger. « Note sur une épidémie cancéreuse. » Gaz. méd. de Paris, 5 mars 1892.
sons nous a offert cinq cancéreux en quatre ans, alors que le cancer était inconnu dans les familles qui les habitaient.
« A la fin de 1886, arrive à Oyonnax une femme atteinte d’un carcinome du sein droit; elle se loge dans la maison L..., perchée hors ville sur un mamelon de terrain au pied duquel quelques habitations s’alignent le long d’un ruisseau. Cette maison L est creusée d’une citerne dans la cave, et cette citerne est fréquemment souillée par les eaux pluviales. La malade, jetant devant la porte ses chiffons souillés de détritus cancéreux, pouvait contaminer le puits, qui s’ouvrait à 2 mètres en contre-bas. Peut-être aussi, comme on tend à l’admettre pour la fièvre typhoïde, ces détritus cancéreux, desséchés et poussiéreux, étaientils absorbés par la bouche et déglutis ensuite. L’analyse bactériologique de l’eau de la citerne, celle avec laquelle nous nourrissons nos souris blanches, ne nous a révélé aucune impureté appréciable. »
Toujours est-il qu’à la suite de ce premier décès par le cancer, qui se produisit en juin 1887, devinrent successivement cancéreux deux locataires de la même maison, l’un en février 1888, l’autre au printemps 1890. Le premier, âgé de 56 ans, ayant été autrefois brûlé à la verge, et après amputation de l’organe, meurt emporté par une récidive ganglionnaire en septembre 1889. Le second, vieillard de 70 ans, alcoolique, sujet à de la diarrhée depuis plusieurs années, contracte un cancer du rectum auquel il succomba en décembre 1889.
Un jeune homme de 28 ans et un enfant de 13 ans,
deux voisins qui buvaient beau du ruisseau, sont atteints, le premier d’un cancer de l’estomac en mars 1888, le second d’un ostéo-sarcome de la jambe en
Nous avons reçu de M. le Dr Roy, de Saint-Martin-de-Ré, communication des faits suivants :
Dans la commune du Bois (île de Ré), lafemme G. B..., âgée de 52 ans, a été atteinte il y a deux ans d’un cancer du sein droit ; je l’ai adressée au DrFontorbe, de Rochefort, qui a pratiqué l’ablation de la tumeur.
Quelques mois plus tard, le nommé C. S..., âgé de 72 ans, demeurant dans une maison située en face de celle de la femme G. B..., de l’autre côté de la rue. a été atteint d’un épithélioma de la lèvre et a été aussi opéré par le Dr Fontorbe.
Enfin, à la fin de l’année 1891, j’ai été appelé chez la femme G. D..., âgée de 39 ans, dont la maison est mur mitoyen avec celle de la femme G. B...; la femme G. D... est atteinte d’un cancer du rectum, situé à 8 ou 10 centimètres de l’anus. Le Dr Fontorbe, à l’examen duquel je l’avais adressée, repousse toute intervention.
Observation.
Relation d’une série de cancers observés successivement dans la même
habitation. (Communiquée par le Dr Humbert Mollière, médecin
des hôpitaux.)
Il s’agit d’une maison située à Lyon, au bord de la Saône, bien bâtie, bien tenue, habitée depuis longtemps par les mêmes locataires, peu nombreux, tous riches, ou tout au moins à leur aise.
En 1873, le propriétaire, âgé de près de 80 ans, demeurant au premier étage, succombe à un cancer de l’estomac diagnostiqué par un médecin instruit, ancien interne des hôpitaux de Lyon.
Quatre ans plus tard (1877), je suis appelé auprès d’un tailleur d’habits âgé d’environ 45 ans, demeurant à l’entre-
sol, atteint lui aussi d’un caucer stomacal qui le fait mourir au bout de quelques mois avec les symptômes caractéristiques de l’affection.
Trois ans plus tard, c’est le tour du concierge, homme robuste, ancien soldat, âgé de 55 ans. Il est atteint lui aussi d’un carcinome de l’estomac que je reconnus facilement, de même que deux de mes collègues des hôpitaux qui furent appelés en même temps auprès de lui. Le patient succomba au bout de deux ou trois mois environ. Enfin, j’appris deux ans après qu’un homme de 35 ans, qui habitait le second étage, était atteint d’un carcinome primitif des ganglions du cou. Il succomba au bout d’une année dans d’atroces souffrances.
Voici donc quatre cas d’affection cancéreuse absolument indiscutables, observés pendant une période de dix ans à peine dans la même maison et sur un nombre restreint de sujets. (Il n’est mort personne autre (pendant ce laps de temps !)
Sommes-nous en présence d’une simple coïncidence? La chose serait surprenante, et pour ma part, je ne l’admets pas. A mon avis, les observations de ce genre méritent d’être comprises dans le dossier des faits qui semblent assigner au cancer une origine extérieure.
Les rapports de succession qui relient les différents cas de cancers ne sont pas très nets ; néanmoins, on doit leur attacher une certaine importance, et ce qu’il faut désirer, c’est que dans la clientèle, et cela surtout à la campagne, on observe avec grand soin les faits de ce genre en s’entourant de tous les renseignements possibles sur les antécédents, le genre de vie des malades atteints de cancer, de manière à fournir des preuves pouvant entraîner la conviction.