‹ De la contingence des lois de la natureChapitre 13 sur 16 · DE L*HOMME · texte numérisé non relu

DE L*HOMME

le changement par la nature des choses, considérée comme rexpression immédiate et également immuable de la substance ainsi comprise. Où voyons-nous, surtout en ce qui concerne l'homme, une nature primordiale, qui ne suppose pas l'action? Le caractère n'est-il pas le résultat des actes instinctifs ou réfléchis? Les facultés de Thomme se développeraient-elles, existeraient-elles, si elles ne s'exerçaient pas? Qu'est-ce que Tàme avant l'action? La matière première, s'il en existe une, a-t-elle, ici surtout, un rôle comparable à celui de l'artiste qui la pétrit, l'organise» lui donne la vie, la physionomie et la beauté ? En dépit des apparenceSy un individu, une nation, l'homme enfin n'est jamais complètement esclave de son caractère. Car son caractère est né de l'action, et par conséquent dépend d'elle. Ce n'est pas l'immobilité qui est le trait dominant de la nalure humaine, c'est le changement, progrès ou décadence; et rhistoire, à ce point de vue, est le correctif nécessaire de la psychologie statique. La condition réelle de l'homme est toujours le passage d'un état à un autre ; les lois psychologiques les plus générales sont relatives à une phase de l'humanité.

Cette doctrine, d'ailleurs, n'est pas en contradiction avec les données de la psychologie, lorsque celle-ci ne se condamne pas d'avance à tout réduire en formules exactes et immuables. Un conséquent psychologique ne trouve jamais dans l'antécédent sa cause complète et sa raison suffisante.

Cette disproportion des deux termes se manifeste particulièrement dans les actes volontaires. Dans la résolution qui suit la considération des motifs, il y a quelque chose de plus que dans les motifs : le consentement de la volonté à tel motif de préférence à tel autre. Le motif n'est donc pas la cause complète de l'acte. En est-il du moins la raison suffisante? Certes c'est toujours le motif le plus fort qui

triomphe, mais en tant qu'on donne, après coup, cette épithète précisément au motif élu par la volonté. Il resterait à prouver que la volonté élit toujours le motif qui, par luimême, exerçait, d'avance, sur Tâme, l'influence la plus forte. Or n 'arrive-t-il pas que la volonté rende pratiquement prépondérant un motif qui, théoriquement, n^était pas la résultante des forces qui sollicitaient Tâme? Lorsque nous observons du dehors la conduite de nos semblables et même notre propre conduite, nous trouvons que les mêmes actes sont uniformément. liés aux mêmes motifs. Mais s'ensuit-il que les actes soient déterminés parles motifs, considérés en eux-mêmes ; et cette loi ne se vérifiera-t-elle pas également, si c'est la volonté elle-même qui pose sur le premier plan, qui met en saillie les conditions de son action ? S'il en est ainsi, dira-t-on, Tacte est sans doute expliqué ; mais le rapport du motif prépondérant avec l'ensemble des déterminations de l'âme contredit le principe de causalité. — Il est vrai ; et peut-être un acte libre serait-il, en effet, chose inadmissible, si le principe de causalité devait être admis comme absolu. Mais peut-être aussi ce principe, dans son application aux faits, n'a-t-il pas la rigidité que lui attribue la science abstraite, et comporte-t-il quelque contingence dans la transformation d'un antécédent en conséquent. Ce qui fait illusion, c'est que les causes prochaines de l'acte donné s'enchaînent ou paraissent s'enchaîner entre elles d'une manière exactement conforme au principe de causalité. Mais comment prouver qu'en remontant la série des causes, on ne rencontrerait pas un point où ce principe ne suffirait plus à l'explication des phénomènes, autant du moins que l'on pourrait les analyser d'une manière complète ? Il est possible que la puissance directrice n'intervienne pas partout et toujours avec la même énergie, et qu'après avoir donné l'impulsion, elle abandonne plus ou

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