Liv. 111, ch. I
Cette exactitude absolue des détails semble tout à fait inutile au théâtre. Que la décoration soit belle et plaise à l'œil, rien de mieux ; qu'elle soit suffisamment exacte pour ne pas choquer un connaisseur, soit encore; mais nous ne voyons pas pourquoi, de gaieté de cœur, le poète partage son succès, son public, avec le peintre de décors et le tapissier. Pour cette « illustration » de leurs drames, les romantiques auraient dû imiter la discrétion de ce peintre, dont nous parle Th. Gautier, qui peignait les cadres de certains tableaux, appropriant ses ornements au sujet traité sur la toile : « L'artiste a-t-il traité une scène de luxe et de bonheur? Van Kessel fait reluire les splendides orfèvreries, entr'ouvre les coffrets à bijoux, suspend à des fils de perles les médailles d'or ^ » La décoration ne doit être qu'un accompagnement discret du drame, et ne doit pas Fétouffer. C'est au romantisme que nous devons reprocher les abus actuels sur ce point. Ceux qui voient dans" l'art dramatique autre chose qu'un plaisir de badauds, protestent contre les excès de nos metteurs en scène. La dernière reprise du Roi s'amuse était une véritable trahison. Sur une simple indication du poète, « l'orage a éclaté depuis quelques instants; il couvre tout de pluie et d'éclairs ^ » ; le tonnerre grondait d'une façon insupportable, à couvrir la voix des acteurs. Des éclairs, fort bien faits du reste, sillonnaient la toile du fond, illuminant Notre-Dame (au lieu du château de Saint-Germain, qu'on devrait apercevoir) et donnant au public blasé sur ce détail le spectacle de Paris inondé par un orage. Ce n'est plus là de l'art, c'est
i. Souvenirs de théâtre, p. 318.