En 1G9.... écrit V. Hugo
UNITÉ d'action — INTRIGUE — LE ROMANESQUE 139
mais un peu long. Le drame moderne va plus vite. La haine réfléchie trouvera dans le laquais un instrument; l'amour imprudent fera le reste : voilà le joint trouvé.
Quant à la haine, plus d'une raison était bonne pour la faire germer dans le cœur du traître ; mais celle que le poète a trouvée est excellente : elle ajoute au caractère odieux de Salluste, à la bonté de la reine. Avec de pareils éléments, V. Hugo a composé une pièce qui serait parfaite en quatre actes : don Salluste, la Reine, Ruy Blas, le Tigre et le Lion. Malheureusement le drame a cinq actes : examinons-les.
Si les soldats d'Hernani s'étaient trouvés à leur poste le 8 novembre 1838 ', ils auraient été fort surpris de voir le rideau se lever sur une scène de tragédie : un personnage de drame s'entretenant avec un confident aussi discret et plus silencieux que ce Théramène tant raillé. C'était presque audacieux. Du reste le confident Gudiel disparaît vite, pour faire place à Zafari, personnage de Callot, pour le costume. Salluste veut se venger : il a compté sur son triste cousin, qu'il croit, non sans fondement, médiocrement scrupuleux : la scène est longue, amusante, mais un peu épisodique, inutile, par conséquent : tout au plus sert-elle à éclairer, par contraste, le caractère de Salluste : un demi-voleur a plus de délicatesse que ce grand d'Espagne. Pendant qu'il travaille à se débarrasser de cet aventurier trop timoré. César, confident dramatique, fournit à Ruy Blas l'occasion de conter au public sa biographie, que son ami Zafari doit connaître depuis longtemps. Un détail