Ibid., p
Il est vrai que le poète atteint son but : Ruy Blas s'évanouit de jalousie, puis les deux amants sans le savoir se reconnaissent à la vue d'un morceau de dentelle ensanglanté. Certes ce procédé est plus neuf que les anneaux ou les armures de tragédie. Mais est-il bien vraisemblable que Ruy Blas écuyer, « magnifiquement vêtu », porte les mêmes dentelles que Ruy Blas domestique? que la reine, toute femme, toute amie des dentelles qu'elle puisse être, le reconnaisse à la similitude du point? Passe encore pour ce détail, qui échappe dans la confusion de la scène : mais que signifie la provocation si peu attendue de don Guritan? Est-ce pour nous montrer le courage de Ruy Blas ^? C'est bien inutile. Est-ce pour préparer la première scène du quatrième acte, dans laquelle Ruy Blas, pour sauver la reine, envoie son page présenter des excuses à don Guritan ^? Nous pourrions, en effet, nous rappeler alors qu'en un cas presque pareil don Guritan avait fait disparaître le messager sans l'écouter ^ Mais l'on ne peut raisonnablement demander au spectateur de prêter une oreille attentive à tout ce que dit don Guritan. Est-ce enfin pour intercaler bon gré mal gré une scène de comédie? C'est probable; mais il fîiudrait au moins que la scène fût comique, que la figure de don Guritan fût « gravement boufTon ne », qu'il rappelât, autant que le voudrait le poète, « don Quichotte inimitable ^ ». Du reste, V. Hugo escamote à la fin don Guritan avec la même