‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 118 sur 256 · ThéiUre, t. IV, p · texte numérisé non relu

ThéiUre, t. IV, p

conseil : il parle à ses collègues comme un majordome à des laquais.

Tout le monde sorti, la reine apparaît. Il est regrettable que, pour amener la belle scène qui va suivre, le poète se soit servi d'un artifice trop simple : la reine sort d'un cabinet secret que personne ne connaît, je ne sais pourquoi. Ces ministres sont bien distraits, et bien plus imprudents que Ginna et Maxime parlant de conjuration dans le palais d'Auguste. Dans cette salle, où ils causent d'affaires si délicates, ils n'ont jamais songé à soulever une tapisserie, à regarder dans un cabinet peu dissimulé? V. Hugo en a besoin : c'est une raison pour lui, ce n'est pas une excuse pour nous. Quand Molière emploie, pour confondre Tartufe, un cabinet semblable, il prévient le public à l'avance. Ici la surprise est peu préparée. Cette restriction faite, il n'y a plus qu'à admirer le dialogue si chaste et si passionné, et le monologue qui suit, un des plus vraisemblables de notre théâtre, un des plus dramatiques, grâce au coup de théâtre qui le termine.

Ce coup de théâtre n'est pas le résultat fatal d'une passion. Il est inférieur au coup de théâtre psychologique que Corneille savait préparer ou faire éclater tout à coup, le « Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix » ; le « Soyons amis, Cinna ». — Pourquoi Salluste arrive-t-il juste au bon moment, comme si le personnage attendait, lui aussi, son entrée en scène? Parce que le poète le veut. S'il apparaissait cinq minutes plus tôt, le drame finirait brusquement; cinq minutes plus tard, la scène serait impossible en présence des conseillers. L'adage « sit pro ratione voluntas » ne peut

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faire loi au théâtre... Cette surprise est donc violente, soit, mais de mauvais aloi.

Après tout, la scène est dramatique : cette agonie morale de Ruy Blas, vaincu malgré ses résistances, termine bien ce troisième acte, malheureusement séparé de la fin par un hors-d'œuvre bizarre. Le quatrième acte est la grande faiblesse du drame au point de vue de l'unité d'action. Le poète nous présente brusquement une nouvelle pièce, ayant son commencement, son milieu et sa fin, reliée au drame uniquement par la scène du début. C'est un divertissement qui fait rire quelquefois ^ : mais il fait encore moins corps avec le drame qu'un ballet avec son opéra.

Nous y retrouvons, du reste, les mêmes faiblesses d'exécution que dans les trois premiers. L'imagination du poète se substitue encore une fois à la logique des faits et des caractères. Si Zafari tombait une seconde plus tôt par sa cheminée, si don Salluste entrait avant la sortie de César et de Guritan, la pièce s'arrêterait brusquement. Le poète se donne carrière. Il lance à travers la trame de sa pièce, si délicate que, un seul fil rompant, tout serait perdu, «■ à travers ses toiles d'araignée ~ », un personnage de pantomime : puis, quand ce gracioso a bien fait ses tours, quand on croit (pie toutes les combinaisons de Salluste sont compromises, le poète enlève délicatement César, et l'intrigue reparaît intacte : ce n'est pas de la magie, c'est de la prestidigitation.

1. Pas toujours : A la première re|iréscntation, « le quatrième, que M. Saint-Firmin dit avec une verve spirituelle, fut moins heureux » que les trois premiers. Victor Hugo raconte, t. Il, p. 39i).

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