Théâtre, t. IV, p. 21i
Souri AU. 10
Si encore ces tours de passe-passe étaient indispensables au cinquième acte, on pourrait se résigner. Mais, sans faire disparaître l'intérêt (car il est amusant, après tout), cet intermède arrête l'action plutôt qu'il ne la ralentit, et substitue un intérêt de curiosité à l'intérêt dramatique qui reprend enfin '.
Les comparses ont disparu, pour ne plus revenir. Les trois personnages principaux, jusque-là séparés, vont se trouver en présence : l'action devient simple, grande; l'intérêt va croissant. Ce cinquième acte à lui seul est toute la pièce : nous avons vu que c'est la règle absolue du drame romantique.
Dans tout ce théâtre, en effet, on remarque une intensité d'émotion finale vraiment extraordinaire. En ce genre, le chef-d'œuvre du romantisme est le dénouement de Lucrèce Borgia, mais non pas celui qu'on joue à la scène, et qui, au point de vue moral, est manqué. Le cri de Lucrèce « Je suis ta mère ! » fait de Gennaro, jusque-là justicier, un parricide innocent. A quoi bon reprendre au théâtre de Sophocle ces effets monstrueux et pénibles inutilement? Nous trouvons, au contraire, dans les variantes ^ une autre fin incomparablement plus belle. Lucrèce meurt en pardonnant, en consolant Gennaro : Lucrèce, transfigurée par la maternité, par la mort, fait venir les larmes aux yeux du lecteur; pour
4. « Ce fut pendant un temps le défaut dominant de V. Hugo de faire des qualrièmes actes qui pouvaient s'enlever comme des tiroirs... mais de ce que ce quatrième acte est inutile à l'ouvrage, s'onsuit-il qu'une fantaisie merveilleuse doive être supprimée? De ce qu'une femme est belle, est-il absolument nécessaire de jeter ses diamants à l'eau, quand surtout elle en a pour un million. » Dumas, Mrinoirt's, V, 259.