Henri m, a. IV, se. vu
UNITÉ d'action — INTRIGUE — LE ROMANESQUE loi
Avec de pareils procédés^ tout devient facile : comment faire pénétrer Antony chez Mme d'Hervey? Les chevaux d'Adèle s'emportent, Antony est blessé en les arrêtant : le moyen de ne pas le recevoir en récompense ^ ?
A. de Vigny, lui-même, plus sobre pourtant d'imagination, n'hésite par à user de semblables moyens. Pour changer un ange de douceur en furie, et obtenir ainsi un faux témoignage contre la maréchale d'Ancre, il lui suffit d'un portrait qui apparaît à la scène ni du troisième acte, disparaît à la scène vni, et reparaît enfin à la huitième scène de l'acte IV.
De tous les drames romantiques, le plus romanesque, à coup sur, est Angelo.
Et pourtant, en tête de cette pièce, où son imagination se donne trop libre carrière, le poète parle justement de ce que nous cherchons en vain dans ce théâtre « une action toute résultante du cœur -».
L'idée du drame, c'est l'opposition entre « la femme dans la société, la femme hors de la société -^ ». Le ressort de la pièce, c'est la vengeance d'fiomodeï. Le sbire, repoussé jadis par Gatarina, introduit Rodolfo chez la femme du Podestat, et prévient la Tisbe ({ue son amant la trompe. C'est là toute la pièce. Mais pouniuoi Rodolfo se fie-t-il si facilement à ce sombre personnage? Parce qu'il lui a autrefois sauvé la vie '. C'est très possible^ mais le public n'en savait rien, et apprend
1. Dans Charles VU, Bérangère, chassée par son mari, et préférant rester, fait sortir à sa place « une femme voilée portant un costume exactement pareil à celui de Bérangère. » T. il, p. 299.
2. Théâtre, t. III, p. 283. Nous en exceptons bien entendu Chatterton.