‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 126 sur 256 · Ibid., p. GO · texte numérisé non relu

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Le grotesque apparaît rarement, mais alors il remplit la moitié d'un acte, ou même un acte tout entier : on sent alors que l'auteur veut réparer un oubli et conformer sa pratique à la théorie de l'école : un personnage épisodique se jette au travers de l'action, la suspend un instant, se démène dans l'intrigue, puis disparaît, et la pièce reprend son cours. Le quatrième acte de Ruy Blas, nous l'avons vu, est rempli de cette façon. On pourrait encore citer, au deuxième acte de Chatterton, l'invasion tumultueuse des six jeunes lords en habits de chasse, ou même l'entrée solennelle de M. Beckford, au troisième acte : que l'intervention du lord-maire soit nécessaire, rien déplus certain, puisque nous devons connaître la réponse à la lettre de Chatterton : mais que ce magistrat se dérange lui-même, pour venir offrir au poète une place de premier valet de chambre, c'est tout à fait invraisemblable; nous n'en voyons pas la raison, ou plutôt nous la voyons trop : il faut, coûte que coûte, faire apparaître le grotesque : car, avant d'être dramaturge, on doit être romantique.

C'est là une faute incontestable : ajoutons qu'elle est rare, et que le grotesque, d'ordinaire, est assez étroitement uni à l'action. Dans un certain nombre de drames, et surtout dans Hernani , la Maréchale d'Ancre , Marion Delorme, la Tour de Nesle, nous constatons un procédé déjà plus habile que le premier signalé : chaque acte débute comme une comédie, et se termine comme une tragédie. L'émotion finale est ainsi toujours dramatique, et le contraste de la fin avec les scènes plaisantes du début empêche la monotonie; l'unité d'intérêt est moins altérée, et l'attention du

UNITÉ d'intérêt — DU GROTESQUE DANS LES SITUATIONS dST

spectateur est tenue en éveil, sans être trop brusquement contrariée par des émotions difTérentcs.

De plus, à mesure que la pièce se déroule, et que nous approchons du cinquième acte, nous pouvons remarquer, principalement dans Henri III, Marion Delorme, Christine, Loreuzino, que le grotesque tend à diminuer graduellement, que les scènes comiques deviennent de plus en plus rares. Par exemple, dans Christine, après un prologue de pure comédie (car la chute de Christine dans la mer, se passant dans la couhsse, n'est pas pour nous faire trembler), après trois actes où les scènes plaisantes alternent presque également avec des situations plus fortes, le quatrième acte ne nous présente plus qu'un épisode plus ou moins comique ^; le cinquième acte et l'épilogue ne contiennent pas le moindre mot, la moindre situation, qui puissent égayer le spectateur.

Remarquons en effet que les drames romantiques, presque sans exception, se terminent par un cinquième acte purement tragique, où rien ne vient modifier un instant l'unité d'émotion. Sans compter Lucrèce Borgia, Angelo et Marie Tudor^ où le grotesque n'apparaît pour ainsi dire pas dans tout le cours de la pièce, le drame même le plus enchevêtré, le plus encombré de situations comiques ou de mots plaisants, se dénoue toujours par une situation simple : simplicité finale achetée souvent, nous l'avons vu, par des comphcations au début, mais enfin, si chèrement payée qu'elle soit, obtenue.

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