‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 127 sur 256 · Se. V, Sentinelli et les deux bravi · texte numérisé non relu

Se. V, Sentinelli et les deux bravi

Voilà comment les romantiques ont su triompher de la difficulté : ils embrouillent d'abord l'intrigue, et compromettent quelquefois l'unité d'action ; mais ils arrivent à l'unité d'intérêt, malgré la présence de deux éléments disparates, le grotesque et le sublime, par une progression constante, le premier élément diminuant de plus en plus, jusqu'à ce qu'enfin il cède entièrement la place au second.

Pour confirmer ce qui pourrait sembler des généralités par quelques citations précises, prenons nos exemples dans celui des trois romantiques qui possédait peut-être le moins le don du comique : nous pourrons d'autant mieux étudier le procédé, que chez lui le grotesque n'est qu'un procédé. V. Hugo, en effet, est un homme de génie, mais ce n'est pas un homme d'esprit, ou plutôt, il n'a pas l'esprit du théâtre K

Il s'est établi de nos jours une confusion complète sur le mot et sur la chose. On prend pour de l'esprit scénique de purs jeux de mots, des nouvelles à la main, de l'esprit de journaliste. On croirait volontiers que certains auteurs, une fois leur pièce faite, y ajoutent des mots spirituels, tant ces traits semblent peu naturels chez celui qui les prononce. Quand une comédie va paraître, on nous en cite à l'avance les mots : on en

1. L'esprit de V. Hugo, car il en a beaucoup, mais d'une certaine espèce, surprend : tout est énorme en lui :

Le ciel s'inquiétait de Job :

On entendait Dieu, dès l'aurore, Dire : As-tu déjeuné, Jacob?

{Chanson des Rues et des Bois, p. 83.)

Le mouton disait : Notre père, Que votre sainfoin soit béni.

[Ibid., p. 307.)

UNITÉ d'intérêt — DU GROTESQUE DANS LES SITUATIONS 159

fait une petite exposition à part. Or le vérita!)le esprit, au théâtre, ne peut pas se séparer du nMe ([ui le contient : les mots de Molière ne sont pas spirituels quand on les détache de l'ensemble qui les fait valoir.

V. Hugo n'a pas ce genre d'esprit : aussi chez lui le grotesque, ou le comique, est-il pénible : on sent l'effort. Souvent ses plaisanteries ne sont qu'une opposition de mots, où manifestement le premier interlocuteur ne parle que pour amener la réponse du second ; un prédicant un peu nuageux, dans Gromwell, s'écrie :

Mon âme voit le jour!

Uniquement pour qu'on lui riposte :

Fais donc cesser l'écIipse '.

Y a-t-il rien de moins comique que les plaintes de dame Gugghgoy, épouse délaissée de lord Rochester -? Dans Hernani, les ripostes de don Carlos ^, les com-

i. A. 1, se. V.

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