Corneille et son temps
i. Je ne vois rien dans ces drames qui justille le mot de Sainte- Beuve : a Ce Sylphe transi, qui frappe aux vitres de la Châtelaine, s'anatomise lui-même avec une complaisance par trop mignarde. L'auteur n'échappe jamais à ce défaut. » {Premiers Lundis, t. I, p. 172.)
Nous pouvons prendre comme exemple le duel de Concini et de Borgia ', c est-k-dire le moment où va agir la passion qui les a fait parler jusqu'ici : la haine. En pareil cas, que fait la tragédie? Elle laisse les deux adversaires se répandre en paroles devant nous -; puis, au moment de tirer i'épée, ils rentrent dans la coulisse. Le drame fait juste le contraire : les deux ennemis ne sont réunis pour la première fois en notre présence, qu'au moment suprême. Qu'y gagnons-nous? Le développement oratoire de leur haine est nécessairement très froid, car ils n'ont pu en parler qu'à des tiers. Quant à l'action qui se passe sous nos yeux, pouvonsnous porter quelque intérêt à un simulacre de duel? Le spectateur, qui écoute avec attention les ripostes de Rodrigue et de don Gormas, regard era-t-il avec effroi deux acteurs ferrailler gauchement? Nous pouvons admettre, par convention, que la haine anime véritahlement les deux personnages qui luttent d'éloquence devant nous; c'est trop compter sur notre naïveté que de vouloir nous faire trembler au choc de deux flamberges de théâtre.
Très souvent, il est vrai, l'action dramatique ne dépasse pas les limites de la convention : la vraisemblance est suffisante, et l'illusion peut naître. En pareil cas, dira-t-on, l'action ne peut-elle servir à nous révéler les caractères? Au lieu de nous montrer longuement les diverses passions qui agitent un héros, et de consacrer peu de temps à les faire agir, ne peut-on faire surtout agir les personnages, et nous permettre ainsi deremon-