‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 138 sur 256 · Journal, p · texte numérisé non relu

Journal, p

Quand on voit, par exemple, le vieux Job apparaître silencieux , et rester silencieux pendant une longue scène, le marquis de Nangis, muet pendant tout un acte, sortir de son mutisme pour prononcer un grand discours, nous sommes obligés d'oublier la beauté des vers et de protester contre un procédé qui, dans l'enfance du théâtre, semblait déjà bien puéril aux Grecs K Il est vrai que V. Hugo repousse à priori cette critique et prétend que ses personnages ont le droit d'être invraisemblables : « A ceux qui trouvent que Gennaro se laisse trop candidement empoisonner par le duc au second acte, il pourrait demander si Gennaro, personnage construit par la fantaisie du poète, est tenu d'être plus vraisemblable et plus défiant que l'historique Drusus de Tacite, « ignarus et juveniliter hauriens ~. » Nous ne croyons pas qu'une incontestable erreur théorique justifie une erreur pratique : elle ne fait que l'aggraver. C'est une erreur commise à bon escient. Les romantiques ont eu beau conserver pieusement cette théorie, dire comme Th. Gautier : « Pour nous ce qui est beau est toujours vraisemblable ^, » on est forcé d'étendre au drame romantique tout entier ce que Goethe disait du théâtre de V. Hugo : « Ses personnages principaux ne sont pas des êtres de chair

1. « On voyait un personnage assis et voilé, un Acliille, une Niobé, qui se pavanaient sur la scène, mais ne découvraient pas leur visage, et ne soufflaient mot. — Bacclius : C'est ma foi vrai. — Euripide : Le cliœur cependant débitait jusqu'à quatre tirades de suite sans s'arrêter et eux se taisaient toujours. — Bacchus : J'aimais leur silence... mais quel était son but?^ Euripide : Pur cliarlatanisme, etc. » {Grenouilles, trad. Poyard, p. -4:^0.)

Page 1