Souvenirs de th'dtre, p
et de sang; ce sont de misérables marionnettes (|iril manie à son caprice, et auxquelles il fait faire toutes les contorsions et toutes les grimaces qui sont nécessaires aux effets qu'il veut produire K » La comparaison est si juste, qu'elle s'impose même aux fanatiques -. Si pourtant elle paraît irrévérencieuse, contentons-nous de dire que, dans le drame romantique, les personnages n'agissent pas, mais soîit agis.
A ce premier empiétement sur l'indépendance des personnages vient s'en ajouter un second, sur lequel nous serons plus réservé, nous contentant de le constater, sans oser décider si c'est une qualité ou un défaut : la liberté n'existe pas pour les héros romantiques : ils sont soumis au déterminisme de la passion. Est-ce un bien ou un mal? Avant de répondre, il faudrait d'abord savoir au juste si le déterminisme, dans la vie réelle, est vrai. Ce qui est incontestable, c'est que les personnages de drame obéissent à une y-va^xr. qu'A, de Vigny, A. Dumas et V. fiugo semblent considérer comme le dernier mot de la philosophie dramatique. « Dieu a jeté, écrivait A. de Vigny en 1824, la terre au milieu de l'air, et de même l'homme au milieu de la destinée. La destinée l'enveloppe et l'emporte vers le but toujours voilé \ » Il ajoute, il est vrai, à propos d'une tragédie : « J'y veux représenter la destinée et l'homme tels que je les conçois. L'une l'emportant
1. Conversations de Gœthe et d'Eckermann, t. U, p. 303. (Cliarpenlier, 1863.)
2. a H écrivit un mélodrame en prose, Inès de Castro, qui ressemble à un drame de Calderon, joué par des marionnettes. » P. de Saint- Victor, Victor Hugo, p. 12.