‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 14 sur 256 · T. I, p. 3on · texte numérisé non relu

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obligiitioii factice, devant tonte son antoiité au nom crAristote, il avoue « en particulier pour l'unité de temps que c'est la raison naturelle qui lui sert d'appui ' ». Il reconnaît que, le poème dramatique étant une imitation, |)lus cette imitation sera exacte, plus le poème se rapprochera de la perfection.

Il est certain en effet que si, senijjlable au drame grec, la trag-édie française se déroulait sans interruption, la règle serait nécessaire ; mais nous avons des actes : de quelle durée conventionnelle peut être l'entr'acte? Corneille fixe une limite - : pendant que les violons jouent, le spectateur se repose : le rideau relevé, il admettra que deux heures ont pu s'écouler pour les personnages. — Mais alors, pourquoi pas quatre heures, ou deux jours, ou un an? Une fois la porte ouverte à la convention, pourcjuoi la refermer si vite et se gêner sans raison? Le seul juge, en pareil cas, c'est le spectateur. Or, quand les personnages reparaissent, qui songe à se demander ce qu'ils ont pu faire pendant l'entr'acte, où ils ont pu aller, combien il a fallu de temps (reprenons l'exemple du Gid), à Rodrigue, pour battre les Maures : u'a-t-il employé que les deux heures réglementaires, ou un peu plus? Corneille, qui s'en doute bien, ne discute pas avec ses spectateurs : il est sur d'eux; il sait que l'aiistotélicien le plus obstiné, s'il est de bonne foi, sera obligé de s'écrier après une scène qui est en contradiction avec la règle, mais qui, en revanche, est touchante : « J'ai pleuré, me voilà désarmé. » Le poète discute avec ceux qui veulent discuter, et défend pied à pied son terrain,

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battant en retraite de temps en temps, avouant, par exemple, qu'il sacrifiera la vraisemblance à l'unité de temps \ puis, revenant à la charge, et annonçant qu'il abandonnera la règle des vingt-quatre heures, plutôt qu'une beauté '~. Il compose une pièce, la plus émouvante qu'il lui est possible, parce qu'il faut attacher le pubhc; puis il l'étudié au point de vue des trois unités : il cherche à apaiser les érudits, eu montrant qu'Aristote, s'il n'est pas tout à fait satisfait, peut pourtant se contenter à la

rigueur.

Mais qu'est-il résulté de toutes ces subtilités? D'abord Corneille a fait la part trop belle à ses adversaires, en admettant non pas l'unité de temps presque absolue des Grecs, mais même cette règle déjà conventionnelle des vingt-quatre heures. En effet, disciple des Espagnols anciens ou modernes, le poète surcharge sa pièce d'événements qui ne peuvent matériellement pas tenir dans un jour entier. Une objection plus grave fut faite par l'Académie : la règle des vingt-quatre heures, consentie par Corneille, rend certaines situations impossibles, immorales même, et Scudéry me semble irréfutable, lorsqu'il accuse Ghimène d'être impudique, parricide : ne reçoit-elle pas Rodrigue dans la maison de son père, quand le cadavre est dans une pièce voisine, encore chaud? Boileau aurait été fort en peine si on l'avait prié de conciher son précepte

Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le tliéùlre renijili ^,

;i. Art porliquc, ch. m. v. iô. U'k

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et le passage où il se révolte, avec le public, contre les censeurs du Cid ^ Mais Boileau s'inquiétait-il de cette contradiction? Au témoignage de Boursaut, c'était le plus sensible des spectateurs; au fond, il était de l'avis de Molière, il laissait les règles à la porte du théâtre-. Mais alors, à quoi bon édicter des lois qu'on n'appliquera pas, et qui seront entre les mains de l'envie des armes dangereuses? Si nous donnons actuellement raison à Corneille, le poète n'en a pas moins été obligé de se soumettre en partie. Sous prétexte de se rapprocher ainsi davantage de la vérité, en réalité on augmente la part de la convention; de plus, cette convention n'est pas claire, n'est pas librement consentie et bien comprise par le spectateur. Nous nous sentons dans une situation fausse, n'accordant pas au poète une liberté qu'il refuse : nous n'osons pas songer à la loi du temps qu'il élude plutôt qu'il ne la respecte. Gette^ règle, destinée à préciser, augmente donc la confusion. Corneille le voit, et, loin de remédier à ce défaut par une solution bien nette, il fait de cette confusion, qu'il n'a pas l'audace de supprimer chez lui, une loi pour les auteurs à venir ^. 11 va plus loin, il se reproche, comme une maladresse, d'avoir parlé du temps une seule fois dans tout son théâtre K Beau résultat, heureuse application des doctrines d'Aristote revues par Chapelain! Voilà les premiers avantages que Corneille retira de son orthodoxie littéraire : hors d'Aristote, point de salut, répétait après l'Académie le trop soumis

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