A. ni, se. IV
prendre un instant le rôle et l'esprit de leur personnage : en un mot leurs différents héros ne sont pas des créations, mais des incarnations de l'auteur, qui, pour changer de nom, ne change ni d'esprit ni de caractère, et reste lui-même, sous différents déguisements. A. de Vigny et Y. Hugo, principalement, ne peuvent modifier que d'une façon presque insensible leurs propres passions pour les communiquer à leurs héros.
A. Dumas, qui a ses défauts (et nous verrons tout à l'heure qu'il en possède un tout spécialement, au point de vue psychologique), Dumas a du moins une supériorité sur ses deux amis : il sait inventer des caractères variés, et donner à ses personnages une vie propre.
Sans doute, il s'est beaucoup servi de l'histoire, et dans un drame historique il n'y rien d'étonnant à ce que les caractères soient variés; mais, même dans ses pièces d'imagination, Dumas sait faire penser et agir ses personnages par eux-mêmes, et non par lui.
Et pourtant, son drame le plus romantique, Antony, est une sorte d'autobiographie ^ Son épigraphe est un mot de Byron : « Ils ont dit que Ghilde Harold c'était moi... peu m'importe! » Sa préface est une pièce de vers toute personnelle, où nous apprenons que Dumas a les idées d'Antony, et que tous deux sont d'accord pour s'écrier : « Tue-la ! »
A. de Vigny a beau exposer la théorie contraire, interdire au poète de se représenter lui-même -, son seul drame vraiment romantique, et de pure imagination, Chatterton, c'est toujours, sous une autre forme, les