‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 147 sur 256 · Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal · texte numérisé non relu

Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal

Fait reluire et vibrer mon àuie de cristal, ilon âme aux mille voix.

{Feuilles d'automne, I.)

Eh bien, ces qualités merveilleuses de son propre esprit, ces lueurs qui l'illuminent tout à coup, et surtout cette intensité des émotions, des vil)rations (jui l'agitent, il les prête généreusement à tous ses héros. 11 n'y a pas dans tous ses drames un seul personnage important, qui ne porte pour ainsi dire au front une étoile, qui ne soit une irradiation du génie même de V. Hugo ^

Mais aussi, dans tous ses héros, nous remarquons quelque chose de désordonné, de fiévreux : ils semblent vivre comme en rêve, ils éprouvent des désirs furieux; leur volonté est d'autant plus excitée qu'elle est impuissante, ou contrariée : ainsi, lorsque dans un songe on veut fuir, sans pouvoir avancer d'un pas, il semble que jamais on n'a fait un effort aussi puissant^ aussi désespéré.

Leurs passions sont d'autant plus vibrantes, que presque tout leur effort est employé à ressentir l'émotion, et ne se dépense pas dans l'action. Les personnages de V. Hugo sont plus lyriques que le poète lui-même, parce qu'ils n'éprouvent jamais ce soulagement que le poète ressent lorsqu'il a fait passer dans ses vers le tropplein de son émotion. Ils sont dans un perpétuel état de surexcitation. Dans un drame isolé cela produit un charme étrange : ce n'est plus l'héroïsme, placide même dans ses luttes, des personnages de Corneille. Mais cette tension, toujours identique, devient monotone quand on embrasse l'œuvre dans sou ensemble.

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