‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 148 sur 256 · I. II l'avoue du reste · texte numérisé non relu

I. II l'avoue du reste

Si j'entrechoque aux yeux d'une foule choisie D'autres hommes comme eux, vivant tous à la fois De mon souffle, et parlant au peuple avec ma voix. {Feuilles d'automne, I.)

Beauté ou défaut, c'est là la partie la plus originale du drame. Puisque les romantiques n'ont pas essayé d'emprunter à Corneille et à Racine le secret de leurs créations, puisqu'ils ont voulu rester u eux-mêmes » en composant leurs drames, nous ne pourrons trouver dans les personnages que les propres passions des auteurs.

Cette tendance des romantiques à parler par la bouche de leurs héros, sensible surtout chez V. Hugo, n'est pas le défaut capital de leur psychologie.

Plus préoccupés de l'effet à produire que de la façon de le produire, plaçant des mots retentissants à la fin d'une scène ou d'un acte, sans que ces mots soient l'explosion finale d'une passion développée dans l'acte ou la scène, nos trois romantiques, mais surtout A. Dumas, ont trop souvent sacrifié le fond à la forme : leurs drames ont l'air d'être solidement bâtis, mais les fondations manquent.

Un fait curieux nous permet d'apprécier la faiblesse psychologique de ces drames, sans même les comparer à la tragédie. A. Dumas, en 1842, refit dans son Lorenzino le Lorenzaccio de Musset, composé en 1834. Dans ce dernier drame, qui est loin de mériter les anathèmes lancés par la troisième génération romantique \ Musset n'a pas essayé d'écrire pour le théâtre : il n'a pas cherché des effets saisissants, mais il a minutieusement fouillé les caractères de ses héros. Tandis que Dumas se contente d'une étude superficielle, et ne prête à ses personnages que des attitudes déclamatoires, Musset scrute

1. M. Vacquerie, Profils et drimaces, article sur A. de Musset.

profondément le cœur humain : au lieu de fantoches aux gestes désordonnés, il nous montre des hommes agissant humainement. Dans Lorenzaccio , Philippe Strozzi conspire contre le duc : deux de ses fils viennent d'être emprisonnés; au milieu d'un repas sa fille tombe et meurt à ses côtés, empoisonnée par les Médicis ; les convives crient : « Vengeance, liberté, que cette enfant soit notre Lucrèce ! etc. » ; l)ref tous les cris que doivent pousser en pareil cas des comparses de drame. Quant au père, terrifié, il ne pense plus à sa patrie; il songe à sa famille, à lui-même, et sa réponse, pour n'être pas une tirade, n'en est que })lus touchante : (( Liberté, vengeance, voyez-vous, tout cela est beau. J'ai deux fils en prison, et voilà ma fille morte. Si je reste ici, tout va mourir autour de moi. L'important, c'est que je m'en aille, et que vous vous teniez tranquilles. Quand ma porte et mes fenêtres seront fermées, on ne pensera plus aux Strozzi. Si elles restent ouvertes, je m'en vais vous voir tomber tous les uns après les autres. Je suis vieux, voyez-vous : il est temps que je ferme ma boutique. Adieu, mes amis, restez tranquilles; si je n'y suis plus, on ne vous fera rien. Je m'en vais de ce pas à Venise K »

Dans Lorenzino, le même Strozzi voit que sa fille aime encore Lorenzo son fiancé : il n'ose pas entrer chez elle : « Non, pas ce soir... demain! ce soir, je la tuerais M » et le rideau tombe sur cette behe explosion d'amour paternel.

Ce même Strozzi, du reste, conserve dans sa prison

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