A. m, se. II
phose presque son caractère ^ ; et cet amour ne ressemble pas à la passion romantique : Chatterton, exalté pour tout le reste, n'est timide qu'en amour. Mais il est bien 1830, par sa misanthropie, son pessimisme. A. de Vigny disait en 1833 : « Cinq-Mars, Stello, Servitude et Grandeur militaires sont... les chants d'une sorte de poème épique sur la désillusion ^. » Chatterton est le dernier livre de cette épopée.
Pendant les répétitions de Chatterton, A. de Vigny écrivait cette réflexion, probablement inspirée par le drame, à coup sûr s'y appliquant fort bien : « L'ennui est la maladie de la vie. Pour la guérir, il suffît de peu de chose : aimer, ou vouloir. C'est ce qui manque le plus généralement. Et cependant il suffirait d'aimer quelque chose, n'importe quoi, ou de vouloir avec suite un événement quelconque, pour être en goût de vivre, et s'y maintenir quelques années ^ » Chatterton, relevé un instant par l'amour, retombe vite, la volonté lui manque. A dix-huit ans, il est déjà « épuisé de veilles et de pensées », et n'a plus que l'apparence de l'énergie * ; il n'a même plus la force de haïr ses ennemis : <' On me trahit de tout côté; je le vois, et me laisse tromper par dédain de moi-même, par un ennui de prendre ma défense. J'envie quelques hommes, en voyant le plaisir qu'ils trouvent à triompher de moi par des ruses grossières ; je les vois de loin en ourdir les fils, et je ne me baisserais peut-être pas pour en rompre