Henri III, a. III, se. v
DES CARACTÈRES d95
Que faire? Pensons bien. D'abord empc-ciions-la
De sortir du palais. — Oh! oui, le piège est là,
Sans doute. Autour de moi tout est nuit, tout est gouffre,
Je sons le piège, mais je ne vois i)as. — Je souffre • !
Ou bien encore une crainte morale se complique d'une crainte physique : Monaldeschi va mourir : il a peur dans son esprit et dans son corps :
Je me souviens du mal que fait une blessure! Dans un duel, un jour, un spadassin adroit
Me frappa de son fer ce fer entra si froid!
Et je serais promis à ce supplice horrible!
Je sentirais vingt fois Oh! non, c'est impossible -l
Protestant contre cet effort pour rendre au corps sa place, un critique écrivait à propos de l'agonie physique de Lucrèce Borgia : « L'instinct a remplacé le sentiment, l'àme a cédé au corps. Eloignons-nous en répétant ce beau vers de Térence : Horao siim^ hiimani nil a me alienum puto. Je suis homme et je ne me laisse toucher qu'à ce qui est humain ^ » Pourquoi donc affecter ce dédain superbe pour le corps et pour l'émotion physique? La prière de Marion Delorme à Louis XIII ^ est aussi pathétique, dans son désordre, que les tirades de tragédie, où la douleur semble avoir fait d'abord le plan de son discours.
Ce qu'on pourrait plutôt reprocher aux romantiques, ce serait d'avoir cherché à augmenter ainsi ce qu'il y a quelquefois de pénible dans les émotions au théâtre.
1. Drame, t. IV, p. 18o. Cf. p. 186, 223, 22o. Cf. t. III, p. 237, 349; t. Il, p. 309.