‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 167 sur 256 · Antony, a. IV, se. vi · texte numérisé non relu

Antony, a. IV, se. vi

guère qu'un pâle reflet de Triboulet, non pas même clans une scène, mais dans un récit d'événements antérieurs au drame ^ C'est à Y. Hugo que revient l'honneur (ou la responsabilité) d'avoir montré sur le théâtre du xix" siècle ce genre de grotesque qu'il trouvait personnifié dans Richard 111.

Nous ne citerons que pour mémoire Rustighello et Saltabadil, simples comparses, et Gubetta, (pii n'est pas assez original : V. Hugo a pris deux scélérats, lago et Narcisse, pour en faire un coquin.

Sa création la plus puissante, et la plus originale, c'est Triboulet.

Y. Hugo est arrivé, par des audaces progressives, à cette conception étrange. Dans Cromwell les quatre fous semblent un souvenir, une parodie des sorcières de Macbeth. Ce chœur d'un nouveau genre ne joue pas un rôle très brillant. Il aurait fallu, pour fiiire accepter leurs mtermèdes, une fantaisie étincelante dans leurs actes, leurs paroles. Mais leurs traits d'esprit sont trop visiblement puisés à une source commune. Un mot de Gramadoch ressemble à une plaisanterie de Trick, comme une plaisanterie de GirafFà un mot d'Elespuru. Rien de spontané chez ces bouffons « fous par principe ' ».

Au lieu de ces quatre fous, qui tâchent au moins d'être gais, nous n'en retrouvons plus, dans Marion Delorme, qu'un seul, mais triste, tout habillé de noir,

i. Lorenzino, a. II, se. iv. J'ai déjà trop parlé de la Tour de Nesle ; sans doute Buridan et Landry sont parfois de plaisants coquins, mais la Tour de Nesle ne fait pas partie des pièces littéruircs de Dumas : nous le verrons au dernier chapitre.

-2. Tels sont fous par instinct, nous par principe. (A. III, se. i.)

parlant « d'une Yoix lugubre, » jetant la consternation chez tous ceux qui l'entendent, même chez celui qu'il est chargé d'amuser ^ Plus spirituel après tout que le quatuor de Gromwell tout en se permettant des jeux de mots pesants, honnête homme, du reste, ennemi des cruautés, obligeant à l'occasion ~, presque grand seigneur, portant au Heu de la batte de Gramadoch l'épée de gentilhomme ^, et oubliant si bien son rôle par moments qu'il donne au roi une leçon de royauté en termes presque lyriques :

Bouffon, où veux-tu donc en venir? — A ceci,

Que les rois ici-bas font sentinelle aussi;

Au lieu de pique ils ont un sceptre qui les charge.

Quand ils ont tout leur temps trôné de long en large,

La mort, ce caporal des rois, met en leur lieu

Un autre porte-sceptre, et de la part de Dieu

Lui donne le mot d'ordre, et ce mot, c'est : Clémence '*.

L'Angély est le précurseur de Triboulet.

Triboulet n'est pas seulement un fou, c'est aussi un homme : il a un rôle et un caractère ^.

Ses folies ne sont pas très bouffonnes. Elles rappellent, sans les dépasser, les plaisanteries des fous de Gromwell. L'esprit lui manque, et l'on est étonné, au théâtre, de voir les courtisans accueillir par des éclats de rire cette lourde et longue plaisanterie :

A pro]30s du sieur de Saint-Vallier, Quelle idée avait-il, ce vieillard singulier, De mettre dans un lit nuptial sa Diane,

•1. Brcwip, t. II, p. 201, 202, 203, 287.

Page 1