P. Uo-ii
songé en écrivant son drame que ce rôle serait trop lourd pour les épaules d'un simple mortel.
On sent même, par ce seul détail, que V. Hugo est un grand lyrique, plutôt qu'un grand dramaturge. Triboulet dépasse les proportions du drame : ce qui ne nous empêche pas de trouver original, intéressant, le procédé du poète pour composer ce caractère.
Pour Triboulet, comme pour Lucrèce Borgia, le poète nous donne sa recette : « Prenez la difformité physique la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète; placez-la où elle ressort le mieux, à l'étage le plus infime, le plus souterrain et le plus méprisé de l'édifice social; éclairez de tous côtés, par le jour sinistre des contrastes, cette misérable créature ; et puis, jetez-lui une àme, et mettez dans cette àme le sentiment le plus pur qui soit donné à l'homme, le sentiment paternel. Qu^arrivera-t-il? C'est que ce sentiment sublime, chauffé selon certaines conditions, transformera sous vos yeux la créature dégradée ; c'est que l'être petit deviendra grand; c'est que l'être difforme deviendra beau ^ »
La théorie est-elle justifiée par la pratique? Ce Triboulet, mélange d'horrible et d'exquis, ce contraste vivant, ce monstre, est-il émouvant? — Oui. — Mais ces caractères sont-ils la règle? — Ils sont l'exception. — L'art doit-il reproduire les exceptions, les monstruosités? — On est tenté de répondre : à quoi bon? Seul le côté humain nous intéresse. Un Triboulet, une fois en passant, soit, mais pas deux. On ne refait pas le Petit