Thcdtre, t. II, p
elle croit aux pressentiments du cœur ' ; outre cette disposition dangereuse, elle est désarmée contre toute attaque sérieuse, car M. d'Hervcy occupe peu de place dans sa vie; quant à sa fille, elle n'y songe guère qu'au dernier moment; les préjugés de la société, ([u'elle respecte ~, sont bien une barrière, mais assez faible. Aussi est-ce par pure honnêteté, par simple respect pour elle-même, qu'elle s'indigne de l'audace d'Antony, qui « ose » lui écrire \ Elle refuse de le voir ''; et, quand elle est obligée d'ouvrir sa porte à son sauveur, blessé pour elle, elle voudrait le forcer à sortir de sa maison •'. Pendant les cinq jours qu'il passe chez elle, Adèle refuse de le voir, elle le prend presque en haine : «■ S'il est permis à notre mauvais ange de se rendre visible, Antony est le mien ^. »
D'où vient cette exagération dans la vertu? C'est que, comme Pauline, elle aimait celui qu'elle n'a pu épouser; comme Pauline à sa confidente, et presque dans les mêmes termes, elle confesse à sa sœur son ancien amour : « 11 m'aimait autant qu'un cœur profond et fier peut aimer; et, s'il est parti, c'est qu'il y avait sans doute, pour qu'il restât, des obstacles qu'une volonté humaine ne ' pouvait surmonter... Oh! si tu l'avais suivi comme moi au milieu du monde où il semblait étranger, parce qu'il lui était supérieur, etc. ^ » Mais,