‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 187 sur 256 · DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L HISTOIRE

Exactitude absolue des détails matériels. — Mo;urs. — Événements.

Institutions.

Les tragiques avaient vu l'histoire ancienne et étrangère en beau : les romantiques voient l'histoire moderne et nationale en laid. C'est la seule différence, car, en fait de vérité historique, leurs œuvres se valent à peu près.

Il est un point pourtant sur lequel les romantiques triomphent : l'exactitude absolue dans les détails matériels. A. Dumas, le premier, dans son Henri III, donna le modèle du genre ', et du même coup en signala la

■1. Remarquons pourtant que, dans ses Barricades (18^6), Vitet a déjà le souci du costume exact : « Voici le costume d'un élégant de cour au mois de mai 1588 : pourpoint de soie brochée, boutonné depuis la ceinture jusqu'au col, et découpé par bandelettes larges de deux doigts, traversées de distance en distance par d'autres bandelettes de même largeur, ce qui forme une espèce de grillage; manches bouffantes, matelassées ou garnies de baleines ; fraise de quatre à cinq pieds de cir conférence, composée de trois grands rangs de gros plis réguliers, etc. » (Préface, p. lxiii sqq. Cf. p. 71.) A en croire le trop reconnaissant Dumas, Vitet serait un des fondateurs du drame romantique, aussi bien que V. Hugo {Théâtre, t. I, p. llo). Plus tard, il dira plus justement : « Ceux qui ont oublié les Etats de Blois et la .Mort d'Henri 111

faiblesse : tout ce qui, dans un drame, est fidélité matérielle à l'histoire, est rarement l'œuvre de Fauteur : comme il est difficile à un dramaturge d'être en même temps archéologue, il faut se faire aider, et partager son succès avec le costumier, le directeur et les acteurs. A. Dumas, avec une bonne foi parfaite, reconnaît que ses interprètes « ont concouru par des études savantes au succès de son drame. Ils ont étudié les mœurs... jusqu'aux attitudes des personnages qu'ils étaient appelés à représenter; secondés par l'habile mise en scène de M. Albertin, et la profonde érudition de M. Duponchel, ils ont ressuscité des hommes, et ont rebâti un siècle ^ » Si cela est vrai, que reste-t-il donc à l'auteur? Les indications du texte. Ruggieri regarde l'heure à un sabher-,

peuvent relire ces deux ouvrages, qui ont eu une grande influence sur la renaissance littéraire de 1830. » [Mémoires, t. VIH, p. 279.) Mais le critique qui me semble avoir le plus nettement jugé Vitet, est M. G. Brandes, dans son étude sur « l'École romantique en France ».

Pleine justice y est rendue à Vitet : « Ces caractères sont si excellemment dessinés qu'ils supportent la comparaison avec les héros des drames royaux de Shakspeare, Henri IV et Richard III exceptés » (p. 390).

Vitet, de plus, est un fort bon historien, puisqu'il a mis l'histoire en scènes dramatiques « sans y rien ajouter ». « On croit vivre l'histoire heure par heure quand on lit ses livres » (p. 389), Mais il est plus historien qu'artiste : » Rarement poète a osé, dans un drame historique, écarter à ce point tout procédé poétique » (p. 390) ; « ces scènes ne sont faites que pour la lecture. Vitet manquait aussi bien de passion créatrice que de talent artistique » (p. 392).

Si Vitet a si vite abandonné ce genre, c'est que « cet esprit si puissant n'était pas absolument libre, ni dans l'observation, ni dans l'exécution : il était alourdi par l'érudition et la poussière des archives.... ce pégase si beau, si ardent, était attaché au râtelier dans une bibliothèque » ( p. 392).

En somme, quelle est la part de Vitet dans le romantisme? Il a montré qu'on |)ouvait trouver dans l'histoire nationale des sujets de drames très intéressants : mais il n'a pas su en traiter un lui-même. Il a frayé la voie où les autres ont marché librement.

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