‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 192 sur 256 · Théâtre, t. I, p · texte numérisé non relu

Théâtre, t. I, p

DE l'histoire 235

Ce joiir-là, comme la Françoise de Rimini du Dante, je n'allai pas plus avant; quatre mois après j'avais sculpté aussi ma Christine faisant assassiner son Monaldeschi K »

De même, nous devons Henri III à une vengeance de garçon de bureau qui avait laissé Dumas manquer de papier: « Comme j'avais encore trois ou quatre rapports à expédier, je montai à la comptabilité pour en emprunter quelques feuilles. Un volume d'Anquetil se trouvait fortuitement égaré sur un bureau; il était ouvert, j'y jetai machinalement la vue, et j'y lus le passage relatif à l'assassinat de Saint-Mégrin. Trois mois après^ Henri III était reçu au Théâtre-Français -. »

Dans de pareilles conditions, A. Dumas devait commettre des erreurs : il les reconnaît avec une bonne grâce parfaite : « Quelques légers reproches ont été adressés à M. Michelot sur la manière dont il a composé son rôle. C'est à moi que ces reproches sont dus, et je les réclame. J'avais cru voir en Valois un prince faible et puéril, ne sortant de ce caractère que par des traits

1. Théâtre, t. I, p. 13. Cf. le môme récit, un peu modifié dans les Mémoires d'A. Dumas, t. IV, p. :281-287. Cf., t. V, p. 30, p. 185, 186.

2. T. I, p. 31. Cf. Mémoires, t. V, p. 79 sqq. On n'a, en effet, qu'à lire Anquelil pour y retrouver toute l'érudition de Henri III. A. Dumas est pourtant original sur un point : il a fait une scène dramatique avec une anecdote assez gaie. Dans la pièce (a. 111, se. v), le duc de Guise menace sa femme de l'empoisonner; dans l'iiistoire, il la force à avaler une simple tasse de bouillon, et, pendant une heure, lui laisse croire qu'elle est empoisonnée {Histoire de France, p. 72()).

Cf. l'amusant passage de ses Mémoires, où Dumas raconte qu'après avoir fait bon nombre de ses drames historiques, il se décida à apprendre l'histoire, et dans quel livre! un exemple suffira :

Francs, Bourguignons et Goths triomphent d'Attila, Chilpéric fut chassé, mais on le rappela.

[Mémoires, t. IX, p. 134 sqq.)

d'éloquence et des soudainetés de courage ; j'ai en quelque sorte forcé M. Michelot à jouer le rôle d'après des documents que la critique a trouvés faux ; depuis, il lui a donné une autre physionomie, la même qu'il lui avait fait prendre d'abord, et il y a été applaudi; le procès est jugé : j'avais tort; il est donc juste que je paye les frais ^ »

A. Dumas avait-il le droit de se vanter plus tard d'avoir fait « du drame historique avec Henri III? ~ » Il n'est guère plus heureux pour le caractère d'une époque ou d'un peuple, pour les mœurs en général. Quand il voulut faire une incursion sur le domaine de la tragédie, il songea à « réhabiliter » l'histoire romaine. Il l'avait oubliée; un autre l'aurait rapprise : « La lecture des auteurs latins me parut insuffisante; et je partis pour l'Itahe, afin de voir Rome, car, ne pouvant étudier le cadavre, je voulais au moins visiter le tombeau ^. » Triomphe de l'archéologie, et surtout de l'imagination : « Alors la nation logée commença pour moi à descendre de son piédestal, à revêtir une forme palpable, à prendre une allure vivante; je peuplai ces maisons vides de leurs habitants disparus, depuis le palais du patricien jusqu'à la boutique du marchand d'huile; et tous les degrés de l'échelle immense qui commençait à l'empereur pour ne s'arrêter qu'à l'esclave, m'apparurent, dans un rêve pareil à celui de

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