Journal, p
dernier acte du drame : il ne fait pourtant qu'y apparaître, sans qu'on le voie \ et ne prononce qu'un mot : « Pas de grâce ». Sans doute, Richelieu a été impitoyable; mais il avait ses raisons pour cela. Le poète a-t-il le droit de nous montrer uniquement le côté odieux de sa sévérité? Supposons un spectateur qui ne sache presque rien en histoire, et c'est à ceux-là surtout que l'auteur semble s'adresser. L'impression finale qui lui restera est celle-ci : « l'homme rouge » a été un bourreau. — On ne peut considérer cela comme un jugement définitif sur le cardinal.
De même pour Louis XIII. A. de Vigny lui fait jouer auprès du cardinal un rôle grotesque : « Sire, si j'osais dire ma pensée, je voudrais que Votre Majesté eût pour agréable d'attaquer dans un quart d'heure... — Oui, oui, c'est bon, monsieur le cardinal; je le pensais aussi; je vais donner mes ordres moi-même; je veux faire tout moi-même, etc. ^ »
Dans le drame, il est aussi effacé, aussi impuissant ; et la chose est même plus curieuse : chaque détail est juste, mais l'ensemble est faux : « C'est Louis XIII qu'il avait voulu peindre dans sa bonne foi d'artiste ^, » c'est donc avec une bonne foi parfaite qu'il s'est trompé entièrement. Ce qui le prouve, c'est que tous les mots du roi, ses moindres actions sont parfaitement conformes à la vérité historique. Certains détails même, qui semblent bizarres dans le drame, se trouvent dépassés
1. « Lorsque M. Hugo composa Marion Delorme, la censure interdisait formellement sur le théâtre l'entrée de tout personnage à robe rouge ou noire. » Revue des Deux-Mondes, 1837, t. III, p. 387.