Médée, t. II, p
memnon embrassait , paraît-il , Iphig-énie , avant la pièce ^; mais, une fois en scène, voici tout ce que sa tendresse paternelle lui inspire pour consoler sa fille qu'il envoie à la mort :
Montrez, en expirant, de qui vous êtes née; Allez; et que les Grecs, qui vont vous immoler. Reconnaissent mon sang en le voyant couler.
C'est de l'héroïsme, dira-t-on : soit, mais on peut répondre qu'il y a trop d'héroïsme dans la tragédie classique. Sans doute, il est beau de montrer au théâtre de grands sentiments trop rares dans la réahté. Lorsque tant d'hommes sacrifient le devoir à la passion, le bien à l'intérêt, il est bon de voir des héros sacrifiant l'intérêt au bien, la passion au devoir. Mais la bonne action la plus simple, la moins méritoire, constatée dans la rue, produit bien plus d'impression que l'héroïsme le plus raffiné, au théâtre. Les héros de tragédie sont héroïques, c'est convenu ; ils sont grands et généreux, comme les hommes sont petits et vulgaires, par nature, par habitude prise : donc ils ne font plus d'effet. Un géant de trois mètres, peint sur un tableau, me paraît moins grand qu'un homme haut de six pieds, que je viens de coudoyer. J'ai plaisir à causer avec une personne ou très bonne ou très désintéressée, parce que l'exception est toujours attrayante; de pareilles qualités empruntent leur mérite à la médiocrité générale qui les entoure et