‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 22 sur 256 · Moi, dit Iphigénie · texte numérisé non relu

Moi, dit Iphigénie

Pour qui tant de fois prodiguant vos caresses, Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.

(A. IV, se. IV.)

les fait valoir ; mais, au théâtre, dans une tragédie, nous sommes certains d'avance que tous les personnages seront des perfections; leur héroïsme est monotone. Les quelques monstres que la tragédie nous présente, par exception, ne servent pas môme de repoussoir ; ces monstres, en effet, dans leur genre, sont des héros : héros du crime, comme les autres sont des héros de la vertu.

Ces derniers sont donc bien , suivant le mot de Mme de Staël, « des marionnettes héroïques, sacrifiant Famour au devoir, préférant la mort à l'esclavage, inspirées par l'antithèse, dans leurs actions comme dans leurs paroles, mais sans aucun rapport avec cette étonnante créature qu'on appelle l'homme ^ ».

Au point de vue psychologique même, la tragédie est donc bien loin de la réalité, car nous ne pouvons prendre au sérieux ce mot de d'Aubignac : « Dans ce royaume, les personnes de qualité ne s'entretiennent que de sentiments généreux... de sorte que leur vie a beaucoup de rapport aux représentations du théâtre tragique ^. » Les personnages de tragédie sont au contraire si peu naturels qu'un caractère bien humain, bien vrai, placé dans ce milieu conventionnel, paraîtrait faux, par contraste.

Gela n'est pas une simple hypothèse. Nous trouvons dans Corneille un personnage sur lequel on s'est longtemps trompé, justement par cette illusion d'optique que nous venons de signaler ^.

i. De r Allemagne, U^ partie, cli. xv, p. 191.

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