Victor Hugo raconté, t. I, p. 2G
gent dans ses dogmes comme dans une source épique de poésie ; mais combien y en a-t-il qui se mettent à genoux dans l'église qu'ils décorent? ^ » Le poète n'est pas attristé par cette constatation : car il voit apparaître une autre religion : « Ce n'est pas une foi neuve, un culte de nouvelle invention, une pensée confuse; c'est un sentiment né avec nous, indépendant des temps, des lieux, et même des religions : un sentiment fier, inflexible^ un instinct d'une incomparable beauté qui n'a trouvé que dans les temps modernes un nom digne de lui... Cette foi qui me semble rester à tous encore, et régner en souveraine dans les armées est celle de VHoniieur'^. »
Ce nouveau culte remplaça si bien l'ancien dans le cœur du chantre d'Eloa, que A. de Vigny finit par écrire :
s'il est vrai qu'au jardin sacré des Écritures,
Le fils de l'homme ait dit ce qu'on voit rapporté,
Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,
Si le ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence,
Et ne répondra plus que par un froid silence.
Au silence éternel de la Divinité ^!
L'indifférence en matière de foi se changea vite chez les romantiques en hostilité contre la religion, et les amena à donner dans leurs drames le mauvais rôle à rÉghse. Leur libéralisme en politique devint bientôt de la haine pour la royauté.