M., t. II, p
des villes ^; en Angleterre toutes les classes sont
également attirées par les pièces de Shakspeare. Nos plus belles tragédies en France n'intéressent pas le peuple... nous possédons peu de tragédies qui puissent ébranler à la fois l'imagination des hommes de tous les rangs -. » C'est une erreur, en etTet, pour l'auteur dramatique, de mépriser la foule, et de ne prétendre écrire que pour une élite, une infime minorité d'esprits délicats. Corneille n'a-t-il pas été grand surtout quand il déplaisait à une coterie, pourtant fort bien composée, l'hôtel de Rambouillet? Il travaille pour la foule, c'est là son vrai but ^; ce doit être le but de tout dramaturge.
Il est incontestable que V. Hugo a voulu faire un théâtre démocratique "^, imprégné des idées politiques de son temps. « Au siècle où nous vivons, l'horizon de l'art est bien élargi. Autrefois le poète disait « le public »; aujourd'hui le poète dit : « le peuple '" ». La Revue des Deux-Mondes, constatant le fait, ajoutait : a Face à face désormais avec la foule^ il est de taille à l'ébranler, à l'enlever dans la lutte *'\ »
La foule retrouvait dans ces drames ses propres passions agrandies, et certains vers sonnaient d'une étrange façon, comme celui-ci :
Crois-tn donc que les rois, à moi, me sont sacrés '.
i. De l'Allemagne, p. 147.