L. II, ch. I, p. 91. De la Pratique du théâtre
3. Les lignes qui vont suivre étaient déjà écrites, lorsque je retrouvai
Félix n'est pas un personnage de la comédie, quoique Voltaire lui reproche d'en parler souvent la langue. Tl ne fait pas rire, mais il ne fait pas trembler non plus : il n'y a en lui rien d'outré : c'est un homme fort ordinaire, comme nous en saluons à chaque instant dans la rue. Mais il n'a rien d'assez bas pour exciter notre haine, en un mot pour être tragique. Sans doute il n'hésiterait pas à faire ce que dit Narcisse :
... Pour nous rendre heureux perdons les misérables!
Et pourtant Félix n'est pas un scélérat comme Narcisse. S'il nous semble bas, c'est à cause de son entourage : à côté de caractères surhumains, comme Pauline, Polyeucte, Sévère, Félix paraît petit, parce qu'il n'a que la grandeur moyenne de l'humanité. Les autres sont des héros, lui n'est qu'un homme, ou plutôt c'est un fonctionnaire qui tient à sa place, et qui fera tout pour la conserver, jusqu'à des lâchetés, s'il le faut. Il est singulier de l'entendre se comparer aux vieux Romains qui sacrifiaient leurs enfants à la patrie *. Lui, sacrifie son gendre à sa position ; car ce n'est certes point par fanatisme religieux qu'il fait mourir Polyeucte : sans doute il parle de la majesté des dieux violée; mais le crime, ou plutôt la maladresse, ce qui est plus grave à ses yeux, consiste à l'avoir violée « en pubhc ^ ». Il craint peut-être les dieux, mais surtout
cette idée développée dans une excellente chronique dramatique du Temps, 0 octobre 188i.