‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 227 sur 256 · Drame, t. 11, p · texte numérisé non relu

Drame, t. 11, p

A. T. VI, p. 7.

5. « Voire public est charmant, il est lui-même un spectacle joli à voir : il a l'air de s'amuser et d'étudier à la fois..., il écoute comme un juge, et il s'émeut comme un enfant. * {Revue Française, t. IV, p. lOS.")

0, Canon XX, Décrétale de Grégoire IX, De sponsalibus et matri-

LA POLITIQUE — LA MORALITÉ '2~i

effet malheureux : car il ne suffit pas qu'une pièce soit morale dans l'intention du poète, et en elle-même; il faut encore qu'elle s'adapte aux dispositions du puhlic. Croire que le public s'amuse à chercher la moralité dans un drame est une étrange illusion; lorsque l'on veut des enseignements sérieux, ce n'est pas au théâtre que l'on va; on ne lui demande que des émotions, du plaisir; prêcher sur la scène, c'est s'exposer à prêcher dans le désert : le public s'en irait vite si le rideau se levait sur un sermon en cinq actes. Tout ce que l'on peut demander au poète, tout ce que le poète doit s'imposer à luimême, c'est le respect de la morale ; ou plutôt, pour nous servir d'un barbarisme usité, une pièce ne doit être ni morale ni immorale, mais amorale '. Le poète n'a besoin d'être scrupuleusement sévère que pour les mots qu'il emploie : le public passe tout, situations, conversations, idées plus que légères, pourvu qu'un mot scabreux ne l'offusque pas. Au théâtre, chaque spectateur dépose sa moralité personnelle et la remplace par un décorum collectif. Ce n'est pas par chasteté que

moniis, IV, 1. Conlraclus matrimonii cum peccatrice volente se corrigere, proficit ad remissionem peccatorum.

Inter opéra caritatis, qua* imitanda nobis auctorilate sacrte pagina* proponuntur, sicut evangelica testatur auctoritas. non minimum est errantem ab erroris sui semita revocare, ac prteseriim muiieres volupluose viventcs et admitlentes quoslibct ad commercium carnis. ut caste vivant, ad legilimum tori consortium invilare. Hoc igitur attendentes, auctoritate apostolica.

Statuimus, ut omnibus, qui publicas muiieres de lupanari extraxerint et duxerint in uxores, quod agiint in remissionem proliciat peccatorum.

Dat. Rom., ap. S, Petr. III, Kal. Maii Pont, noslr. A. I.

Dumas a repris cette situation, t. X, p. 2:27-:230.

1. « Traiter la question de la moralité ou de l'immoralité du théâtre, ne serait-ce pas se mettre au-dessous des Prudhomme, qui en font une question. » Balzac, préface de Vautrin.

C'est trancher bien vite la question.

l'on proteste au théâtre contre des mots qu'on lirait sans scrupule, qu'on prononcerait au besoin : c'est par respect humain, pour ne pas avoir l'air moins délicat que son voisin : se sentant surveillé, on se surveille soi-même.

Si l'auteur respecte prudemment ces scrupules, un peu hypocrites, il a toute liberté pour le fond; on lui demande uniquement, suivant le cas, d'amuser ou d'intéresser. Quant aux pièces sérieuses, où l'on pourrait, en cherchant bien, découvrir des enseignements philosophiques, le pubhc les goûte peu.

V. Hugo lutta contre cette frivolité du public jusqu'en 1843, et, « après les Burgraves^ s'éloigna du théâtre... Il ne lui convenait plus de livrer sa pensée à ces insultes faciles et à ces sifflets anonymes que vingt ans n'avaient pas désarmés. Il avait d'ailleurs moins besoin du théâtre : il allait avoir la tribune \ » Son seul tort avait été de croire trop longtemps que l'un pouvait remplacer l'autre.

De Vigny brûla, lui aussi, ce qu'il avait adoré : « Dans l'état actuel des théâtres, et tel qu'est le public, j'ai peu d'estime pour une pièce qui réussit : c'est signe de médiocrité ; il faut au public quelque chose d'un peu grossier ^. » L'élite n'a pas le temps, comme pour le livre, de convertir « la masse idiote ^ ». Reniant son ancienne foi, il dit adieu à la démocratie « dont l'ennuyeux niveau a tout enseveli et tout rasé'' », et, sui-

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