Ibid., p
est-il juste? Il est certain que les romantiques n'avaient guère eu à se louer du rôle et de l'attitude des critiques à leur égard. Au début, la critique était affolée. Ceux qui prétendaient rester impartiaux mêlaient à des vérités de bon sens des erreurs singulières. On faisait, par exemple, de V. Hugo un disciple déguisé de Corneille. A propos d'Hernani, on prétendait que « les incontestables beautés de la nouvelle tragédie appartiennent essentiellement à l'ancienne école de Corneille K » Et ce mot ti^agédie pour drame, n'était pas un lapsus de journaliste, mais une théorie de critique, car Philarète Chastes, dans un article de revue, insistait sur l'identité du drame et de la tragédie : « Rien de plus fidèle, quant au fond, à la méthode classique et au système ancien, que sa nouvelle tragédie... Le drame nouveau a-t-il donc déplacé ou reculé les bornes de l'art dramatique français? Non..., il ne l'a point changée (la tragédie], il l'a multipliée par elle-même -. » Et cette formule bizarre, de moins en moins intelligible à mesure qu'on l'étudié, fait fortune, passe pour spirituelle ^.
Un point seulement est bien vu, et nettement indiqué : ce premier drame n'a pas l'air d'avoir été créé par un génie indépendant ; il est voulu, et par une volonté qui n'est pas libre : « C'est l'œuvre d'une volonté puissante, qui s'astreint à une création laborieuse, plutôt que d'un génie marchant dans sa force et dans sa hberté '^, » remarque juste, que la Revue
1. Courrier français, cité par le Moniteur du 28 février 1830.