LE ROMANTISME DEVANT LE PUBLIC
Beuve se retirait. La jeunesse se refroidissait, ou mt^me, chose plus grave, désertait. Ponsard se voyait applaudi à son tour presque comme Y. Hugo : « On est toujours bien aise de saper un homme de génie avec un homme de talent K » Les ateliers où V. Hugo avait recruté les fidèles du hierro ne renfermaient plus d'enthousiastes, et Gélestin Nanteuil, prié par M. Yacquerie d'enrôler des soldats pour la bataille des Burgraves, répondait tristement : « Jeune homme, allez dire à votre maître qu'il n'y a plus de jeunesse. Je ne puis fournir les trois cents jeunes gens -. »
Au fond, les jeunes gens avaient raison : ils s'étaient battus jusqu'à la victoire; la première victoire gagnée, ils se désintéressaient de la lutte. On trouvera toujours en France des enthousiastes pour faire à^^ journées, et c'est là le nom qui convient aux premières représentations romantiques; mais une fois la révolution faite, l'ancien régime littéraire renversé, on laissait le poète se tirer d'affaire tout seul, et s'entendre avec le public.
Le public, du reste, se ftimiharisait peu à peu luimême avec le drame nouveau.
On s'habituait aux audaces de forme et de fond. L'oreille, longtemps bercée à l'harmonie monotone de l'alexandrin, commençait à saisir le rythme plus varié du vers nouveau. Des mots, qui avaient excité aux premières représentations des fureurs bizarres, passaient ou étaient applaudis : « La phrase de Gubetta sur la queue du diable, tournée et retroussée d'une façon si triomphante et si cavalière, qui faisait siffler autrefois chaque